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Bonnes Feuilles
Un géographe peut-il encore crier “Vive la nation !” ?
Publié le 15 avril 2018
Il est le père de la géopolitique française et le fondateur de la mythique revue Hérodote. Mais, Yves Lacoste est, avant tout, l'un des plus grands noms de la géographie contemporaine. Il revient sur son parcours "audacieux" dans
Yves Lacoste est un géographe et géopolitologue français. Il est professeur émérite de géopolitique à l’Université Paris-VIII (Saint-Denis), et fondateur de l'Institut Français de Géopolitique (IFG).   
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Il est le père de la géopolitique française et le fondateur de la mythique revue Hérodote. Mais, Yves Lacoste est, avant tout, l'un des plus grands noms de la géographie contemporaine. Il revient sur son parcours "audacieux" dans

Rappelons que l’apparition du mot « nation » en France date de la révolution de 1789. Elle a d’abord été invoquée par des intellectuels, plus ou moins philosophes, puis par les députés aux états généraux, comme une idée opposée à celle de royauté, c’est-à-dire comme une autre forme de pouvoir. Je pense que c’est lors de la bataille de Valmy, le 20 septembre 1792, que le cri « Vive la nation ! » commence à prendre une signification que j’appelle aujourd’hui géopolitique. À Paris, les députés contestent même qu’il y ait eu bataille et donc victoire. Lorsqu’à Valmy, un général fait crier ce « Vive la nation ! » à ses soldats qui craignent une nouvelle défaite c’est pour les galvaniser et les encourager à ne pas céder du terrain. En effet, le territoire n’est plus celui du Royaume de France mais le territoire de la nation France. Surprises par ce cri, les troupes prussiennes se retirent. Nombre de leurs officiers comprennent le français car certains sont des protestants qui ont dû fuir la France après la révocation de l’édit de Nantes. 

J’estime alors que l’idée de nation relève de représentations géopolitiques, qu’elle émerge, selon les pays, à des époques très différentes et qu’elle connaît des chemins très dissemblables. Le concept émerge à la fin du XVIIIe aux États-Unis et en Europe occidentale. Plus tard, sous l’effet de la colonisation en Afrique du Nord et au sud du Sahara, où l’on appelle « nationalistes » ceux qui veulent l’indépendance de leur nation, la nation revient sur le devant de la scène, mais reste fragile en Afrique tropicale où les tribus ont plus de réalité que la nation officielle. Après avoir lu de nombreux textes tentant de formuler des définitions de la nation, sans être satisfait j’ai proposé de la définir comme une représentation géopolitique qui offre de sensibles différences, selon les tendances culturelles ou politiques de ceux qui la formulent. La grande conférence de Renan sur la nation qui date de 1882 a été fort appréciée en France dans les milieux intellectuels : « Une nation est donc une grande solidarité constituée par le sentiment des sacrifices qu’on a faits et de ceux qu’on est disposé à faire encore.

Elle suppose un passé ; elle se résume pourtant dans le présent par un fait tangible : le consentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie commune. L’existence d’une nation est un plébiscite de tous les jours. » Mais Renan se garde d’en dire davantage, d’évoquer un territoire, ou une langue commune. Bien qu’il s’agisse, en son temps, d’une question majeure, il ne dit rien de celle de l’Alsace et de la Lorraine, ni de la question de la langue.

La définition la plus construite de la nation que j’ai trouvée est celle de Staline en 1913 dans Le Marxisme et la question nationale. N’oublions pas qu’il est géorgien et très conscient de son identité géorgienne et qu’il est témoin des rivalités nationales au sein de l’Empire austro-hongrois. « La nation est une communauté stable, écrit-il, historiquement constituée, née sur la base d’une communauté de langue, de territoire, de vie économique, de formation psychique qui se traduit en une communauté de culture. » Il faut remarquer que cette définition de la nation ne fait aucunement mention de religion ni d’un quelconque pouvoir politique. L’Histoire démontrera que, plus tard, Staline a confondu la nation avec le parti communiste. Lénine, pour sa part, n’a guère porté d’intérêt à l’idée de nation. Il pense qu’elle va disparaître « dès que la propriété privée de la terre aura disparu ». En revanche, la politique des nationalités menée par Staline repose sur les recherches et les cartes établies par les ethnologues soviétiques qui ont pris en compte les différences et les nuances en matière linguistique pour faire la distinction entre des nations et des peuples qui n’avaient pas de langue écrite. Le cas le plus célèbre est celui du découpage des frontières dans la grande dépression du Ferghana en Asie centrale où, entre les montagnes, s’enchevêtrent les limites territoriales de nombreux peuples et nations. Cette définition de Staline m’a impressionné.

Au moment de corriger les dernières épreuves du livre, Denis Maraval m’a demandé si nous conservions ou pas les guillemets à l’expression « Vive la nation ! », qui faisait clairement allusion à Valmy. J’ai dit qu’on pouvait la conserver sans guillemets. Du coup, Le Nouvel Observateur a cru malin de proclamer que j’étais sur le point de me rallier à l’extrême droite, voire au Front national, puisque même la droite classique, au nom de l’Europe et de la mondialisation, ne se référait plus guère à la nation. C’est dans ce contexte que Plantu a croqué en 1998 sur mon exemplaire une bulle où l’on voit un cavalier chauve portant une petite barbe et brandissant un drapeau bleu-blanc-rouge, tandis que la petite souris de Plantu déclare « Bravo, Yves ». J’en suis très fier.

Extrait de Aventures d'un géographe publié aux Editions des Equateurs - Tous droits réservés

Aventures d'un géographe publié de Yves Lacoste

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