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La froide “estime” de De Gaulle pour Joseph Darnand, le chef de la Cagoule qu’il envoya à l’échafaud
Publié le 14 avril 2018
Dès les années 1940, avant même la libération de Paris et la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'épineuse question de l'épuration s'impose : Comment sanctionner ceux qui ont collaboré avec l'Allemagne nazie ? La France se déchire entre les défenseurs du pardon et les partisans d'une justice punitive pour les soutiens de Vichy. Brossant un tableau de la France de l'après-guerre couvrant tous les milieux – intellectuels, politiques, ecclésiastiques, etc. Emmanuel Pierrat dépeint dans "La France des vaincus passe à la barre - Une histoire judiciaire de l'épuration en France. 1943-1953" (First Editions) un pays au bord de la rupture et analyse les tourments d'une société qui cherche à sortir d'une situation d'exception, violente et chaotique.
Emmanuel Pierrat est avocat au Barreau de Paris et écrivain.
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Dès les années 1940, avant même la libération de Paris et la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'épineuse question de l'épuration s'impose : Comment sanctionner ceux qui ont collaboré avec l'Allemagne nazie ? La France se déchire entre les défenseurs du pardon et les partisans d'une justice punitive pour les soutiens de Vichy. Brossant un tableau de la France de l'après-guerre couvrant tous les milieux – intellectuels, politiques, ecclésiastiques, etc. Emmanuel Pierrat dépeint dans "La France des vaincus passe à la barre - Une histoire judiciaire de l'épuration en France. 1943-1953" (First Editions) un pays au bord de la rupture et analyse les tourments d'une société qui cherche à sortir d'une situation d'exception, violente et chaotique.

Son procès a lieu le 3 octobre 1945. Il ne dure que quelques heures. Un seul témoin se présente pour la défense, rappelant son passé héroïque, mais l’accusé est indéfendable. Et d’ailleurs il ne cherche pas à se justifier, il assume. Quand on lui demande d’expliquer sa participation à la Cagoule, il répond par exemple :

« Je ne pense pas qu’on fasse grief aux chefs militaires qui étaient à la tête de cette organisation d’être actuellement dans la Résistance. Ce sont les mêmes, monsieur le Président. »

Son seul regret sera d’avoir été désavoué, à la fin, par Pétain : « L’ingratitude n’est pas que le fait des démocraties », ironisera-t-il.

Quant au réquisitoire, il est sans appel : « Trêve d’hypocrisie, Darnand, soyons francs : ce n’était pas parce que c’étaient des terroristes ou des brigands que vous traquiez les maquisards […] dans toute la France : c’est uniquement parce que c’étaient des patriotes, uniquement pour obéir aux ordres de vos maîtres allemands et uniquement parce qu’ils voulaient empêcher la victoire de l’Allemagne. Dans ces conditions, j’ai le droit, quant à moi, de déclarer en mon âme et conscience que Darnand a du sang français sur les mains, et du meilleur. […] Ce que j’ai entendu, c’est la voix de ma conscience qui me disait : “Tu peux tuer cet homme en toute tranquillité.” Mesdames et messieurs les jurés, non sans émotion, je le reconnais, ni sans tristesse en pensant au passé militaire de Darnand, mais c’est très fermement, au nom de la patrie, au nom de la justice, que je viens vous demander de prononcer le châtiment suprême à l’encontre de ce traître et de cet assassin qu’est Darnand. »

Il est sans surprise condamné à mort. Il ne formule pas de recours en grâce auprès du général de Gaulle. Toutefois, quelqu’un s’en charge à sa place (et contre sa volonté). Il est évidemment rejeté, le 7 octobre. Le lendemain, Darnand écrit à de Gaulle pour solliciter la grâce, non pas de sa personne, mais des miliciens qui l’ont accompagné dans sa lutte contre le bolchevisme et la démocratie. Le chef de la France libre lui fera savoir sa réponse :

« Vous direz à Darnand que j’ai lu sa lettre. Je n’ai pas le temps d’y répondre. Dites-lui en tout cas que je suis obligé de le faire fusiller par raison d’État, mais que de soldat à soldat, je lui garde toute mon estime. »

Dans ses mémoires, il ajoutera :

« Rien, mieux que la conduite de ce grand dévoyé de l’action, ne démontrait la forfaiture d’un régime qui avait détourné de la patrie des hommes faits pour la servir. »

Le surlendemain, le 10 octobre 1945, Darnand est conduit au fort de Châtillon et il est fusillé. Ses dernières paroles sont un extrait du Chant des cohortes, qui servait d’hymne à la Milice :

« À genoux, nous fîmes le serment, de mourir en chantant, s’il le faut, pour la France nouvelle. »

Extrait de "La France des vaincus passe à la barre - Une histoire judiciaire de l'épuration en France. 1943-1953" publié aux Editions First.

Pour commander cet ouvrage cliquez sur sa couverture ci-dessous

"La France des vaincus passe à la barre  Une histoire judiciaire de l'épuration en France. 1943-1953" d'Emmanuel Pierrat

 

 

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