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Pourquoi nous aurions bien besoin d’un système de notation de la manière dont les entreprises partagent la richesse qu’elles produisent
Publié le 06 avril 2018
Avec ce genre d’informations, le consommateur serait plus à même de faire son choix quand il fait l’achat d’un bien ou d’un service. Cela pourrait permettre de développer une pression transformatrice sur les entreprises.
Alexandre Malafaye a d’abord été chef d’entreprise avant de devenir cadre dirigeant au sein de grands groupes. En 2008, il décide de se lancer dans l’écriture, mettant ainsi à profit ses connaissances historiques et géopolitiques.
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Alexandre Malafaye
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Alexandre Malafaye a d’abord été chef d’entreprise avant de devenir cadre dirigeant au sein de grands groupes. En 2008, il décide de se lancer dans l’écriture, mettant ainsi à profit ses connaissances historiques et géopolitiques.
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Avec ce genre d’informations, le consommateur serait plus à même de faire son choix quand il fait l’achat d’un bien ou d’un service. Cela pourrait permettre de développer une pression transformatrice sur les entreprises.

Atlantico : Le think tank Synopia, dont vous êtes le président fondateur, projette de créer un système de notation du partage des richesses crées par les entreprises, qui ouvrirait ainsi la possibilité aux consommateurs d'orienter leurs choix en fonction de tels critères. En quoi une telle solution "venant du bas" permettrait d'apporter une réponse alternative à la question des inégalités ? Un tel traitement pourrait-il être efficace dans cet objectif ?

Alexandre Malafaye : Il faut bien avoir en tête le projet PACTE (plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises) qui a été proposé par le gouvernement. Dans ce projet, il y a une lettre qui nous parle beaucoup, c’est la « transformation », car nous voulons vraiment que les choses évoluent, pas que cela soit d’ordre cosmétique. 

Comme le nerf de la guerre est la répartition de la richesse créée, il faut que petit à petit cela évolue. Aujourd’hui, notre modèle est encore un peu trop fondé sur le principe du Monopoly. Le Monopoly, pour ceux qui ne connaissent pas ce jeu de plateau inventé en 1935, est une simulation dans laquelle vous avez de l’argent, vous investissez, cela vous rapporte de l’argent, vous réinvestissez, vous êtes toujours plus riche, toujours plus seul… Et bien ce modèle, on peut le contester. Mais pas n’importe comment, bien sûr. Car, et c’est toute la difficulté de ce genre de sujet, on a aussi besoin d’avoir des grands groupes français, très puissants et capables de rivaliser avec leurs équivalents potentiels de classe internationale étrangers dans la bataille mondiale de l’économie. Si on avait que des petits patrons, que des petites boites dans un monde où il y a des géants, on ne résisterait plus. On a besoin de L’Oréal, Lagardère, Pinault etc. 

Mais il y a quelque chose qui n’est pas satisfaisant du point de vue du partage, d’autant plus que le gigantisme n’exclut pas le partage. Il faut le rappeler : il n’y a pas de contre-indication dans ce sens. C’est pour cela que nous souhaitons utiliser le levier de pression que peut représenter le consommateur. Si on lui donne une bonne information sur la façon dont la richesse est répartie entre les actionnaires, les dirigeants, l’Etat, les salariés, les fournisseurs (à travers les délais de paiement par exemple), en rajoutant pourquoi pas des indicateurs sociaux ou sociétaux sur les écarts de rémunération, on se rendra compte que tout cela raconte une histoire. Cela raconte votre conception, en tant qu’entreprise, de ce qu’est le partage avec toutes les parties prenantes de votre réussite. 

Nous croyons qu’avec ce genre d’informations, le consommateur serait plus à même de faire son choix quand il fait l’achat d’un bien ou d’un service. Cela pourrait permettre de développer une pression transformatrice sur les entreprises. Car il ne s’agit pas de faire du bashing, mais d’accompagner progressivement cette transformation, d’offrir aux entreprises un outil de pilotage. Un peu comme pour les questions de développement durable ou des filières de commerce équitable, ou encore de sauvegarde énergétique dans le BPE, dans le recyclage ou les étiquettes énergies dans l’électroménager. Et cela permet en même temps aux citoyens de s’impliquer d’avantage, par exemple dans le choix de produits qui favorisent l’Europe ou la France. Petit à petit, tout cela est rentré dans les moeurs, les gens sont attentifs aux étiquettes de recyclage par exemple, à la consommation énergétique de leur grille-pain, aux filières de commerce équitable. Et bien il vient un temps où le consommateur sera concerné par le bon comportement ou la tendance à améliorer son comportement d’une entreprise. Cela peut-être un vrai indicateur pour le consommateur, ce qui est d’autant plus important que le sondage que nous avons fait montre que 83% des Français trouvent que les entreprises ne redistribuent pas assez, et ce malgré la multiplication des contraintes qu’imposent toutes les lois de ces dernières années (Sapin 1, Sapin 2, la transparence etc.). Pour autant, il y a un sentiment d’injustice, et c’est pour cela que nous voulons favoriser cette éthique, qui est l’esthétique de l’intérieur, là où la RSE est l’esthétique de l’extérieur. 

Et ensuite il y a un deuxième volet important dans cette proposition. On est, depuis quelques temps, sous l’influence de la Pax Americana et de la Law Americana…

Justement, en quoi un tel label éthique, d'origine française et européenne pourrait-il également être une réponse aux différents labels en provenance des Etats-Unis ? Qu'est ce cette "souveraineté éthique" européenne pourrait-elle apporter au continent ?

Cela nous permettrait de reprendre la main sur son destin. Nous voyons trois inconvénients à laisser prospérer des labels américains (tel B Corp) sur le continent européen. 

D’abord il y a une dimension « cosmétique » à tous ces labels, et cela ne bernera pas nos 83% de Français qui trouvent le système de redistribution actuel injuste. 

Ensuite, ces labels sont en fait pas accessibles au plus grand nombre, et n’ont donc que très peu d’influence sur les achats du consommateur. L’entreprise peut se revendiquer de bonne pratique. Elle peut, grâce à cela, convaincre des maires pour ouvrir un centre commercial ou des pouvoirs publics dans le cadre d’un appel d’offre etc. mais fondamentalement, cela ne dit rien sur le fonctionnement interne de l’entreprise et de sa capacité à redistribuer ses profits.

Et enfin, même s’il ne faut pas voir uniquement l’influence américaine comme quelque chose d’hostile, il faut bien voir que ces critères sont définis par les Américains. Et c’est donc leurs critères qui s’appliquent à nous. Du coup, si nos objectifs sont différents, si nous voulons évaluer nos entreprises selon nos valeurs, et bien tout cela passe au second plan. Et ça, c’est dommage. La création d’un label d’éthique du partage de la valeur revient donc à reprendre en main notre destin pour pouvoir transformer effectivement - même si cela sera lent et long - notre économie sur la base de ce qui nous parait fondamental et profondément éthique et pas cosmétique.

Une dernière chose : notre projet cherche des bonnes volontés, des partenaires et des interlocuteurs pour nous aider à tester notre label. Nous avons présenté ce projet à Bercy, qui nous a invités à porter ce projet auprès des entreprises. L’appel est donc lancé

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J'accuse
- 07/04/2018 - 11:56
Je préfèrerais noter les politiciens plutôt que les entreprises
Faire de l'entreprise un outil de partage égalitaire des richesses qu'elle produit est une vision communiste; en d'autres termes, sans aucune viabilité économique et socialement injuste. Comme je l'ai déjà dit pour un autre article, équité et égalité sont opposées. Le but ici est idéologique et intéressé: créer un label pour diriger le peuple et les entreprises, au nom d'une vision égalitariste. Je dis: non !
Atlante13
- 06/04/2018 - 09:49
Avec de gros efforts,
j'ai réussi à lire ce papier jusqu'au bout. Et je comprends mieux pourquoi votre invité est sorti de l'entreprise pour se consacrer au verbiage intello-branché.