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Basta !

Italie : un bouleversement politique majeur dans le droit fil de l’immense exaspération des Italiens

Publié le 05 mars 2018
Les résultats sont désormais connus avec une victoire de la coalition de droite au-dessus de 35%, et au sien de celle-ci de la Ligue de Matteo Salvini à un incroyable 18%, et une victoire de Mouvement Cing Etoiles, qui dépasse les 30% des voix à lui seul.
Christophe Bouillaud
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Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble depuis 1999. Il est spécialiste à la fois de la vie politique italienne, et de la vie politique européenne, en particulier sous l’angle des partis.
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Les résultats sont désormais connus avec une victoire de la coalition de droite au-dessus de 35%, et au sien de celle-ci de la Ligue de Matteo Salvini à un incroyable 18%, et une victoire de Mouvement Cing Etoiles, qui dépasse les 30% des voix à lui seul.

Ce sont 46 millions d'électeurs qui étaient appelés aux urnes en Italie pour les élections générales. Les résultats sont désormais connus avec une victoire de la coalition de droite au-dessus de 35%, et au sien de celle-ci de la Ligue de Matteo Salvini à un incroyable 18%, et une victoire de Mouvement Cing Etoiles, qui dépasse les 30% des voix à lui seul.  Comment interprétez-vous ces résultats et que retenir de ce scrutin?

Ce résultat, qui représente un choc de très grande ampleur pour les équilibres politiques italiens,  s’inscrit dans le droit fil de l’immense exaspération des Italiens telle qu’on pouvait la percevoir à travers tous les sondages disponibles sur le rapport à l’Europe, à l’immigration, à la situation économique, aux institutions, aux partis politiques. Un récent livre dirigé par Dominique Reynié pour la Fondapol (Où va la démocratie ?), paru à l’automne 2017,  le montrait déjà très bien : les Italiens étaient parmi les peuples les plus exaspérés du continent.  La donnée de base, c’est donc un pays dont une nette majorité de citoyens considère qu’il va très mal – d’où une énorme volonté de changement qui donne une prime à tout ce qui parait nouveau et radical. Et, selon les données dont je dispose via la presse italienne en ligne (à 7h du matin lundi 5 mars), il faut bien dire que cela dépasse toutes les attentes. Deux forces en particulier font exploser les compteurs : le M5S qui se trouve au-dessus de 30% (alors qu’il était à 25% en 2013) et surtout la Ligue de Matteo Salvini qui passe avec 18% en tête de la coalition de droite. Il y a vraiment dans les deux cas une prime à des leaders jeunes et masculins.

Donc, en premier lieu, Il faut bien sûr retenir le score du M5S. Se situer à plus de 30% représente un score d’autant plus extraordinaire que, depuis 2013, les grands médias n’ont pratiquement parlé de ce parti qu’en mal, et, encore à la veille du vote, un scandale a éclaté dans les grands médias prétendant montrer que les députés et sénateurs ne respectaient pas les règles d’éthique financière qu’ils s’étaient eux-mêmes donnés en 2013. Ce score montre ainsi que les médias se trompent totalement d’angle à son sujet. Et puis, il faut aussi bien dire que le M5S a tué le père, puisque cette victoire a été obtenue sans presque aucune intervention de Beppe Grillo, son fondateur, dans la campagne électorale de 2018. Le contraste est saisissant avec 2013, où c’est ce dernier qui avait fait le show. Le M5S, c’est donc bien un parti au sens fort du terme, et plus seulement une entreprise de conquête de voix limitée à la médiatisation d’un acteur comique via un blog. Il restera à comprendre comment le M5S a pu réaliser un tel score. Il semble d’après les tous premiers résultats qu’il s’impose au sud du pays – d’où est originaire son actuel leader, Luigi Di Maio. Cela voudrait dur que l’électorat du sud est tellement désespéré économiquement qu’il a décidé d’opter pour le saut dans l’inconnu que représente le M5S. Or le sud a rarement voté pour être dans l’opposition nationale, au contraire.

Il faut retenir ensuite la percée de la Ligue de Matteo Salvini. Faire passer un parti régional moribond en 2013 de 4% des voix à un parti national plus de 18%, c’est 100% sa réussite personnelle. Et puis, le contraste avec l’échec de Silvio Berlusconi est patent, qui n’aurait qu’un peu moins de 14% des voix. La coalition des droites italiennes est donc désormais dominée par les deux extrêmes droites, celle de Matteo Salvini et de Giorgia Meloni, puisque les post-néo-fascistes de Frères d’Italie, sont donnés à un peu plus de 4%. L’effet leadership de Matteo Salvini, qui n’a pas épargné sa peine depuis 2013 en étant en campagne permanente, est évident. Il est désormais le chef de fait d’une coalition des droites radicales. Son succès tient à la conjonction de la crise économique, des problèmes migratoires, de la critique de l’Europe et de la révolte anti-fiscale.  

Le centre-gauche du Parti démocrate, qui a gouverné de fait depuis 2013, est assez bas, puisqu’il passe en dessous des 20%, mais il n’est pas anéanti. Toutefois, il est douteux que Matteo Renzi puisse garder le leadership de son parti. La gauche de la gauche, constituée par des dissidents âgés du PD, Libres et égaux, est faible, et il n’est pas sûr que cette liste passe la barre des 3% pour avoir des représentants au Parlement dans l’une ou l’autre Chambre. Les néo-communistes de Pouvoir au peuple, seraient un peu au-dessus de 1%, un bon score pour eux.  Mais, surtout, il faut bien constater qu’il n’y a plus du tout de centre pro-européen, ni à droite ni à gauche. La liste la plus forte des centres, celle d’Emma Bonnino, « + Europa », passerait en dessous de la barre des 3%, et les autres sont bien plus bas encore.

En effet, si l’on écarte les partis et les coalitions pour l’analyse et l’on ne garde que l’orientation sur les politiques européennes, il faut bien souligner que ces élections de 2018 constituent une avalanche de suffrages populaires contre l’Europe telle qu’elle est : en additionnant les voix du M5S, de la Ligue, et de Frères d’Italie, on arrive sans peine à bien plus de 50%. Inversement, si l’on additionne tous les petites listes centristes de droite et de gauche, qui se référaient uniquement à l’Europe pour se donner une consistance, on arrive à grand peine à 5% des voix. Il faut donc en conclure que les électeurs italiens ont voté conformément à l’euroscepticisme grandissant qu’ils exprimaient depuis des années dans les sondages du genre Eurobaromètres. Ils ont tourné leur pouce vers le bas pour l’Europe. Et tout le monde, y compris à Berlin, ferait bien d’en tenir compte.

Pourquoi est-ce que la Ligue et le Mouvement Cinq Etoiles (M5S) sortent au final renforcé de cette élection? Quels sont les risques qu'à leur tour ils forment des alliances ponctuelles et quelle influence cela pourrait-il avoir sur les débats et la gouvernance du pays ?

Chacun a sa zone de force, le Nord pour la Ligue et le Sud pour le M5S, mais leur base est la même : le cœur de la main d’œuvre salarié qui craint pour son présent et pour son avenir. La Ligue rassemble l’aile traditionaliste et anti-immigrée de cette Italie en difficulté, et le M5S l’aile plus moderniste et moins anti-immigrée. Ils partent de prémisses finalement assez similaires, mais ils aboutissent à des visions différentes. De fait, je doute que ces deux forces puissent jamais s’allier, à la fois pour des questions d’orientation idéologique de leur électeurs et militants, et aussi pour des questions de leadership : qui serait le chef de ce duo Salvini- Di Maio ? Il ne faut pas oublier non plus que la Ligue se retrouve de fait le plus vieux parti italien en activité (depuis 1991), et qu’il est très inséré dans toutes les administrations locales dominées par la droite dans le nord du pays. Il a déjà des alliés, pas le M5S.

Par contre, ces deux partis, s’ils ne sont pas au gouvernement, essaieront de bloquer la constitution d’une majorité stable, surtout si elle est banalement pro-européenne, et business as usual. Mais cette hypothèse risque d’avoir du mal à se concrétiser vu les chiffres – à moins que le PD soutienne une majorité gouvernementale très à droite…

Claudio Tito, éditorialiste de La Repubblica, le grand journal historique du centre-gauche, se désolait que "l'ingouvernabilité est désormais une maladie endémique" en Italie. Est-ce que le résultat de ces élections vient confirmer cette position ?

Il faut souligner tout d’abord que cette fameuse ingouvernabilité italienne constitue plus un mythe qu’autre chose. En fait, il y a toujours eu des gouvernements fonctionnels en Italie depuis 1946, il n’y a jamais eu une vacance du pouvoir de l’Etat italien, même au plus fort des crises politiques des soixante-dix dernières années. Ce mythe de l’ingouvernabilité e correspond en réalité au refus du pluralisme, voire de l’expression des volontés populaires, de la part d’une bonne part des élites italiennes. C’est la vieille idée qui traine en Italie depuis les années 1970 qu’il ne faut pas gouverner en faisant des compromis entre partis, groupes sociaux, régions, mais qu’il faut une majorité parlementaire solide et surtout un chef incontesté et incontestables de cette dernière comme Président du Conseil pour décider de tout. Cette idée, vue comme aux claires tonalités fascistes dans les années 1950-1960, a d’abord conquis le Parti socialiste italien de Bettino Craxi dans les années 1980 au nom de l’imitation de la Vème République française, puis la droite berlusconienne dans les années 1990 là encore  sous la forme d’un appel au « présidentialisme » à la française, avant de devenir le credo du Parti démocrate de Matteo Renzi dans les années 2010. Toute la réforme constitutionnelle de 2016, largement rejetée par les électeurs,  allait dans ce sens : un parti majoritaire dans une seule Chambre élective de taille réduite, grâce à un mode de scrutin fortement majoritaire, et un chef tout puissant à sa tête comme du temps du Duce pour « sauver l’Italie ».

Ensuite, il faut bien rappeler que le mode de scrutin actuel, le Rosatellum, a été choisi justement par le Parti démocrate de Renzi et Forza Italia de Silvio Berlusconi pour faire en sorte que le M5S ne soit surtout pas en mesure de gouverner seul, alors même qu’ils se considèrent tous deux réciproquement dignes d’exercer seul leur propre «gouvernance » sur l’Italie.  Pour l’instant, le M5S a réussi à déjouer le piège qu’on lui a tendu par ce mode de scrutin au prix de l’ingouvernabilité du pays.

Bref, l’ingouvernabilité a été organisée par les partis qui sont censés la chérir le plus, parce qu’ils ne voulaient à aucun prix que le M5S gouverne.  De fait, il faudra bien trouver maintenant une solution pour former un gouvernement, mais après tout, comme l’ont montré quelques exemples récents en Europe (Belgique, Pays-Bas, et même Allemagne), un pays peut très bien vivre avec un gouvernement qui expédie les affaires courantes pendant des mois. La véritable échéance pour l’Italie serait en fait le vote du budget 2019 à l’automne, mais, d’ici là, l’Etat peut fonctionner sans peine.

 

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Commentaires (4)
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Borgowrio
- 05/03/2018 - 13:40
La résistance en marche
Un espoir , après l'Autriche , La Pologne , la Hongrie , et bientôt les pays bas , même l'Allemagne qui accepte une coalition contre nature pour barrer ce qu'ils appellent l'extrême droite et j'espère la France aux prochaines élections
cloette
- 05/03/2018 - 10:34
il faudra bien finir par comprendre
que les directives pro-migrants imposées par Bruxelles ne conviennent pas aux peuples des pays de l'UE . Alors, ils vont continuer ?
ISABLEUE
- 05/03/2018 - 10:14
oui, les Italiens ne veulent plus de l'Europe et des européens
qui l'ont abandonné depuis la chute de Khadafi et de l'arrive MASSIVE de migrants en tout genre.... Il faut le voir pour le croire !!
Mais ici on fait un article de presse sur l'Italie seulement lorsqu'il y a élection : cela est bien dommage.. Car chut, ne rien raconter de ce qu'il s'y passe pour ne pas effrayer les autres européens...