En direct
Best of
Best Of du 13 au 19 avril 2019
En direct
© Reuters
Jens Weidmann
Achtung
GroKo ou pas, ces indices ne trompent pas, l’adoucissement allemand espéré par Emmanuel Macron sur le front européen a du plomb dans l’aile
Publié le 27 février 2018
La nomination de Martin Selmayr au poste de secrétaire général de la Commission et le soutien apporté par le SPD à la candidature de Jens Weidmann à la tête de la BCE montrent un renforcement réel de l'Allemagne au plus haut niveau européen.
Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble depuis 1999. Il est spécialiste à la fois de la vie politique italienne, et de la vie politique européenne, en particulier sous l’angle des partis.
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Christophe Bouillaud
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble depuis 1999. Il est spécialiste à la fois de la vie politique italienne, et de la vie politique européenne, en particulier sous l’angle des partis.
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
La nomination de Martin Selmayr au poste de secrétaire général de la Commission et le soutien apporté par le SPD à la candidature de Jens Weidmann à la tête de la BCE montrent un renforcement réel de l'Allemagne au plus haut niveau européen.

Atlantico : Au cours de la semaine du 19 février, deux faits semblent dévoiler un potentiel renforcement de l'Allemagne au sein des instances européennes, que ce soit la nomination de Martin Selmayr au poste de secrétaire général de la Commission, selon des circonstances qui font aujourd’hui débat, et le soutien apporté par le SPD à la candidature de Jens Weidmann au poste de Président de la BCE. Comment interpréter ces événements, alors que l'Europe est aujourd’hui au centre des attaques de nombreux partis politiques, et quelles en sont les conséquences notamment pour les projets européens d'Emmanuel Macron ? 

Christophe Bouillaud : Les deux événements sont tout de même de nature différente : l’un (la nomination de Martin Selmayr) correspond à des luttes bureaucratiques au sein de la Commission européenne pour les postes les plus intéressants ; et l’autre (l’appui du SPD à une candidature Weidmann à la tête de la BCE) correspond à une profonde divergence de conception entre ce que les conservateurs allemands voient comme une bonne politique monétaire et ce que d’autres acteurs plus pragmatiques ont découvert sur cette dernière au cours de la présente crise économique. La possible nomination de Jens Weidmann à la tête de la BCE serait un terrible retour en arrière : c’est vraiment quelqu’un qui n’a rien vu, rien compris, rien appris – ou, du moins, il fait comme si la vision de la politique monétaire selon Bundesbank était la seule valable en tout lieu et en tout temps. Je comprends que le SPD ait dû faire des concessions à la CDU-CSU : l’Allemagne connait à la fois un début d’inflation salariale, dangereux pour la compétitivité, et aussi plus qu’un début de bulle immobilière qui déséquilibre en augmentant les prix des logements et les loyers le rapport entre les salaires versés et les dépenses contraintes des ménages. Les taux d’intérêts bas ont aussi le don d’exaspérer les épargnants allemands. Du seul point de vue allemand, il y a donc de bonnes raisons de vouloir une augmentation des taux d’intérêts pour refroidir une conjoncture allemande qui semble dériver du bien (plein emploi) vers le trop bien (surchauffe du marché du travail et bulle immobilière).  Cependant, ce  genre de concessions, qui correspond à une certaine vision conservatrice des nécessités allemandes, n’est guère porteur d’une vision d’une politique économique bonne pour toute l’Union européenne. Il est vrai que ces négociations CDU/CSU/SPD se sont terminées dans un climat de chute politique complète de Martin Schulz. Cet homme qui avait fait toute sa carrière politique jusqu’ici au sein du Parlement européen entendait apporter beaucoup d’Europe dans la politique allemande. Sa dégringolade au fil des dernières semaines traduit le peu de poids de ces considérations européistes à la fois pour l’électorat allemand en général et pour ses propres camarades de parti. 

En tout cas, Emmanuel Macron devrait commencer à s’inquiéter. Les conservateurs allemands ne démordront donc jamais de leur vision « ordo-libérale » de la zone Euro. En même temps, on pourrait se demander, vu le rythme des réformes mises en œuvre en France destinés à faire baisser rapidement le coût du travail dans notre pays ou à limiter drastiquement la fiscalité portant sur le capital mobile (hors immobilier donc), s’il n’a pas déjà fait son deuil d’un horizon européen autre que cette vieille lutte franco-allemande pour offrir aux entreprises les prix du travail qualifié les plus bas. Cela dure depuis les années 1980 avec la « désinflation compétitive » lancée par les Français pour contrecarrer déjà la domination allemande sur les marchés, et cela continue depuis vaille que vaille. Les conservateurs allemands et aussi les sociaux-démocrates les plus économiquement orthodoxes sentent qu’ils risquent de perdre la manche actuellement  engagée, puisque l’inflation repart outre-Rhin, d’où leur volonté de remettre un orthodoxe à la tête de la BCE pour ralentir l’économie européenne en remontant les taux d’intérêts. 

Plus localement, quels sont les pays qui ont le plus à perdre de tels mouvements ? 

Tous les pays membres de la zone Euro fortement endettés – dont la France – ont beaucoup à perdre d’une remontée des taux d’intérêts lancés pour contrecarrer l’inflation en Allemagne. Tous les pays du sud de la zone euro sont concernés. Mais le pays qui a sans doute le plus à perdre est l’Italie. Sa croissance actuelle et sans doute potentielle est très faible, et son endettement public est très élevé (plus de 130% du PIB). La moindre augmentation des taux d’intérêt sur sa dette publique risque de fait de déséquilibrer complètement le budget de l’Etat. Or l’Italie a déjà dégagé depuis deux décennies un solde budgétaire primaire positif pour éviter un emballement de sa dette publique. Mais cet effort de rigueur a fini par voir d’énormes conséquences en matière d’investissements publics et de formation du capital humain en Italie. Les Italiens sont de plus en plus conscients de ces conséquences négatives de l’austérité maintenue sur une longue période, et ils voudraient sortir. Je ne suis donc pas sûr qu’une hausse des taux d’intérêts soit très bien accueillie en Italie.

Comment expliquer une telle position allemande qui semble peu prendre en compte les difficultés rencontrées ailleurs sur le continent, notamment dans les pays du sud de l'Europe ?

J’ai bien peur que nous soyons simplement amenés à constater que les rapports de force politiques restent fondamentalement en 2018 définis dans des cadres nationaux sans trop tenir compte des effets sur les voisins européens, et que chacun poursuit donc ce qu’il croit être à tort ou à raison son intérêt national. Il faut aussi ajouter que les partis européens (PPE, PSE, ALDE, etc.) sont bien trop faibles pour imposer lors de la définition nationale des politiques européennes des choix correspondant à ce qui serait le mieux pour l’ensemble européen. En tout cas, quand le SPD accepte de se rallier à la candidature Weidmann, on sent bien qu’il ne tient pas compte du tout de l’avis de ses camarades italiens, espagnols, portugais  ou français sur le sujet. Ce n’est pas d’ailleurs une caractéristique proprement et uniquement allemande, c’est bien plutôt une tendance générale dans tous les pays européens : chacun fait ses choix et vérifie ensuite éventuellement leur compatibilité européenne. Un ensemble de fait fédéral par bien des côtés sans vrais partis fédéraux pour intégrer le tout n’est pas bien rassurant pour l’avenir. 

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
Public voit un nouvel homme dans la vie de Laeticia Hallyday; Angelina Jolie veut récupérer le sien; Brigitte Macron au chevet de l’AVC de Line Renaud; Ségolène Royal & François Hollande bientôt mamie-papy; Louis Sarkozy accouche d’une ligne de mocassins
02.
Ils reconnaissent l'une des écoles de leur village dans un film porno
03.
Le nouveau parti du Brexit de Nigel Farage prend la tête des sondages pour les Européennes au Royaume-Uni
04.
Quand Bret Easton Ellis atomise la “Génération Chochotte”
05.
La honte de l’empereur : loin du soleil d’Austerlitz, l’ombre infamante de la bataille de Toulouse
06.
Gilets Jaunes : des échauffourée avec la police, des voitures brûlées et des magasins pillés
07.
Barbara Lefebvre : “Le patriotisme est intimement lié à la dimension militaire d’une nation”
01.
Notre-Dame de Paris : des dirigeants de l’Unef se moquent de l'incendie
02.
Mais pourquoi se poser la question sur l’origine de l’incendie de Notre-Dame classe-t-il automatiquement dans le camp des complotistes ?
03.
Ce que pèse vraiment le vote musulman dans la balance démocratique française
04.
L’insoutenable légèreté de la majorité LREM ?
05.
Grand Débat : le revenu universel, la mesure qui pourrait produire l’effet whaouh recherché par Emmanuel Macron
06.
Cardinal Robert Sarah : “Ceux qui veulent m’opposer au Pape perdent leur temps et leurs propos ne sont que le paravent qui masque leur propre opposition au Saint-Père”
01.
Après les Gilets jaunes, Notre-Dame : cette France qui se redécouvre des sentiments perdus de vue
02.
Mais pourquoi se poser la question sur l’origine de l’incendie de Notre-Dame classe-t-il automatiquement dans le camp des complotistes ?
03.
Du “Yes We Can” au “Yes I can” : de quelle crise politique le succès phénoménal de Michelle Obama est-il le symptôme ?
04.
Incendie de Notre-Dame : et notre mémoire ancestrale fit irruption dans la post-modernité
05.
Suppression de l’ENA : en marche vers des records de démagogie
06.
Grand Débat : le revenu universel, la mesure qui pourrait produire l’effet whaouh recherché par Emmanuel Macron
Commentaires (0)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
Pas d'autres commentaires