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La Grèce sort la tête de l’eau… mais les Grecs pas tout à fait encore
Publié le 29 janvier 2018
Ce lundi 22​ janvier, la zone euro donnait son accord pour le paiement d'une nouvelle tranche d'aide de 6.7 milliards d'euros à la Grèce.
Michel Ruimy est professeur affilié à l’ESCP, où il enseigne les principes de l’économie monétaire et les caractéristiques fondamentales des marchés de capitaux.
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Ce lundi 22​ janvier, la zone euro donnait son accord pour le paiement d'une nouvelle tranche d'aide de 6.7 milliards d'euros à la Grèce.

Ce lundi 22​ janvier, la zone euro donnait son accord pour le paiement d'une nouvelle tranche d'aide de 6.7 milliards d'euros à la Grèce, et ce, dans un contexte de prochaine fin du programme de soutien dont bénéficie le pays depuis 2015. En ce début 2018, ou en est la Grèce de son rétablissement post-crise ?

Michel Ruimy : Depuis 2010, en échange de mesures successives d’austérité et de déréglementation, les Européens et le Fonds monétaire international (FMI) ont consenti des prêts internationaux à la Grèce au travers de trois programmes d’assistance. Le dernier, financé par les Etats membres de l’Union européenne (UE) mais pas par le FMI, court jusqu’en août 2018. Il porte sur 86 milliards d’euros émanant du Mécanisme européen de stabilité. Cette facilité de paiement suit celles octroyées en 2010 (110 milliards) et en 2012 (100 milliards, accompagnée de l’effacement de 50 % de la dette publique détenue par des créanciers privés).

Depuis le début de la crise en 2009, la situation économique s’est bien améliorée. Après 7 années quasi ininterrompues de récession, le pays a renoué avec la croissance en 2017 (1,8 %). Le gouvernement envisage 2,4 % pour cette année. Le taux de chômage est passé de 27 % au pic de la crise à près de 20 %. Le budget prévisionnel pour 2018 fait état d’un excédent budgétaire primaire, c’est-à-dire hors service de la dette, de 3,6%. La dette publique est en légère baisse et les exportations sont en hausse en 2017.

Toutefois, en dépit de ces indicateurs macroéconomiques probants, les Grecs n’ont toujours pas repris confiance. En effet, les conventions collectives ont été supprimées et remplacées par des contrats individuels. Un tiers de la population est aujourd’hui en risque de pauvreté ou d’exclusion sociale. Plus de 20% des individus sont déjà sous le seuil de pauvreté et la moitié des retraités vivent aujourd’hui au-dessous de ce seuil. Le pays connaît une véritable paupérisation et les jeunes diplômés ne voient plus d’avenir que dans un départ à l’étranger.

Dans ce contexte, le gouvernement d’Alexis Tsipras a vu sa popularité s’effondrer et la rupture sociale, provoquée par l’amputation massive des retraites et de l’assurance maladie, continue de stimuler le score du parti d’extrême droite : Aube dorée.

Alors que les aides servent finalement à payer avant tout les créances du pays, le pays en tire-t-il véritablement un bénéfice ?

La situation économique actuelle grecque reste compliquée. D’un côté, le redressement du secteur privé et les importantes restructurations du service public ont conduit de nombreux Grecs à démarrer de nouvelles activités. Les recettes touristiques de 2017 (13 milliards d’euros pour 30 millions de visiteurs) ont augmenté de 13% par rapport à l’année précédente. De l’autre, le rôle économique de l’Etat n’est pas optimal. Les réformes structurelles sont enlisées : le programme des privatisations a notamment un important retard sur le calendrier négocié avec l’UE. D’autre part, comme l’a répété plusieurs fois le Fonds monétaire international, la dette publique est toujours insoutenable et les nouveaux impôts se heurtent à la persistance de l’économie informelle.

Mais, au regard de la situation économique actuelle de la population, les prêts de la troïka (Banque centrale européenne, Commission européenne, FMI) semblent avoir été principalement octroyés pour que le pays puisse rembourser les banques privées occidentales au détriment des conditions de vie des Grecs.

En 2018, la convalescence macroéconomique grecque (reprise économique, présence d’un excédent budgétaire…) devrait se poursuivre. Devant ces résultats encourageants, un retour de la Grèce sur les marchés financiers est prévu au cours du second semestre. Néanmoins, je ne suis pas certain, la population voit, en cette année qui débute, une amélioration de sa condition. 

Quels sont les espoirs, pour Athènes, de voir la question de l'allègement de sa dette être abordée par ses partenaires de la zone euro ? Le pays pourrait-il s'en sortir sans une telle réduction de sa dette ?

Avant de répondre à ces questions, dressons un court tableau des conditions de remboursement de la dette grecque.

Premièrement, les conditions sociales et économiques associées aux plans de redressement ne favorisent en rien la relance de l’économie grecque : aucune limite n’est fixée pour la part des revenus d’exportation consacrée au paiement de la dette et les privatisations ont été réalisées principalement en faveur des investisseurs étrangers. Deuxièmement, les dettes vis-à-vis des pays qui ont participé au plan de la Troïka ne sont pas réduites. Seules les dettes à l’égard des banques privées l’ont été. Troisièmement, la Troïka refuse que des tribunaux puissent invoquer l’état de nécessité et les troubles à l’ordre public pour suspendre le remboursement de la dette. Or, les énormes protestations sociales et la montée des forces d’extrême-droite sont directement la conséquence des mesures dictées par la Troïka et par le paiement de la dette.

Ainsi, penser que la Grèce pourra redevenir financièrement autonome dans un proche avenir revient à se voiler la face. Si le niveau bas des taux d’intérêt encourage l’hypothèse d’un retour durable d’Athènes sur les marchés financiers, au plan politique, Alexis Tsipras a intérêt à montrer à la population que sa stratégie a fonctionné avec les Européens et que la Grèce va retrouver leur marge de manœuvre. Tous ces éléments conduisent à préférer ne pas ouvrir la question d’un nouveau plan d’aide.

Mais, les taux ne resteront pas toujours aussi bas et le jour où ils remonteront, la Grèce n’aura pas les moyens de faire face. Le risque est d’autant plus grand que la Banque centrale européenne va progressivement mettre fin à sa politique accommodante, qui a été à l’origine de la baisse des taux. Ainsi, le pays peut revenir, d’un jour à l’autre, au centre des inquiétudes des investisseurs. Seule une annulation partielle de la dette grecque est indispensable pour remettre véritablement le pays sur les bons rails. Mais, tant que la situation économique de la zone euro n’est pas robuste, ce dossier a peu de chances d’être ouvert, en particulier avant l’été 2018.

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