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Deux poids, deux mesures

France is back. Oui, celle qui va bien... mais où en est vraiment l’autre ?

Publié le 23 janvier 2018
Emmanuel Macron a sorti le grand jeu pour les 140 dirigeants des entreprises mondiales qui étaient ses invités, lundi, au château de Versailles. Le chef de l'Etat tente de convaincre les décideurs de miser sur la France après le Brexit. Mais si un "choc d'image" semble en effet se dessiner, le pays présente encore de nombreuses fractures en son sein.
Erwan Le Noan
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Emmanuel Macron a sorti le grand jeu pour les 140 dirigeants des entreprises mondiales qui étaient ses invités, lundi, au château de Versailles. Le chef de l'Etat tente de convaincre les décideurs de miser sur la France après le Brexit. Mais si un "choc d'image" semble en effet se dessiner, le pays présente encore de nombreuses fractures en son sein.

Atlantico : Ce 22 janvier, Emmanuel Macron recevait quelque 140 grands dirigeants de multinationales dans la promotion de l'attractivité du pays, et de l'idée du "France is back". Si cette idée du "retour" français prend effectivement forme, de quelle France s'agit-il ? N'est-on pas confronté actuellement à un retour de la France qui "allait déjà bien", par opposition à certaines fractures qui peuvent exister dans le pays, notamment entre grandes entreprises et PME; ou entre territoires métropolisés et ceux qui sont désindustrialisés ? N'est-ce pas là la célébration d'une réussite partielle ? 

Erwan Le Noan : La réunion organisée par le Président de la République est un grand succès de communication et il faut s’en féliciter : sur la scène médiatique internationale, diplomatique et économique, la France est de retour avec une image positive – qu’elle avait perdue sous François Hollande par exemple. L’événement organisé par le Président Macron, à Versailles, a atteint son objectif : créer un choc d’image.

Dans les faits, pour autant, la croissance française reste atone, les investisseurs nous regardent plus positivement mais il faut encore attendre que cela se matérialise par des décisions… Il est trop tôt pour mesurer une réussite : les effets des réformes engagées par le Gouvernement ne peuvent pas se faire sentir encore très nettement. Et encore faudrait-il qu’elles aient la capacité de se faire sentir ! Or, si la volonté réformatrice est clairement affirmée, on peut douter qu’elle soit allée très en profondeur jusqu’à maintenant : quid de la dépense publique ? De la fiscalité ? Comment parler d’attractivité avec notre niveau d’impôt, de réglementation, de dépense publique ?

Cela dit, même si elles ne semblent pas si ambitieuses, les réformes ont-elles la capacité d’améliorer le sort de tous les Français ? C’est ce que défend le Gouvernement : grâce à ses réformes et au retour des investisseurs, l’économie repartira dans son ensemble, y compris au bénéfice des PME, des acteurs régionaux, etc.. Cette logique est certainement bonne, mais elle n’est pas suffisante pour résoudre les défis de la France isolée, qui sont également politiques, qui appellent une reconfiguration des services publics … qui ne vient pas et qui ne se fera pas sans révolution profonde de la dépense publique.

Michel Ruimy : Avant de vous répondre, il faut remettre cet évènement dans un contexte plus global. En effet, Emmanuel Macron n’a de cesse de porter, au gré de ses visites, de Washington à Pékin, le message du retour de la France sur la scène internationale. Le message est simple et direct : la France se réveille, renoue avec la croissance et prend enfin les mesures de transformation économique attendues depuis longtemps (réforme du code du travail, abaissement de la fiscalité sur le capital…). Dans le passé récent, cette diplomatie économique a été mise au service du climat lorsque la France a accueilli, à Paris, le « One Planet Summit ». A chaque fois, il invite les chefs d’entreprises, les investisseurs privés et publics, etc. à venir s’installer en France afin de relancer une économie française encore convalescente.

Hier, comme pour le « One Planet Summit », l’Elysée a créé un événement politique qui cristallise les initiatives et qui pourrait être le premier évènement d’importance d’une campagne de communication internationale sur le mode de la « Great Britain Campaign » entonnée depuis des années par le Royaume-Uni. La campagne « Choose France » pourrait ainsi devenir emblématique.

Mais si l’image de la France est meilleure que par le passé, elle ne permet pas encore d’accéder au concert de la mondialisation. C’est pourquoi, le fait que 120 CEOs aient été présents, situation inimaginable il y a encore quelques années, est un des signes de l’attractivité retrouvée de la France. Hier, au lieu d’avoir un grand discours du président de la république devant un parterre de 120 CEOs, a été organisé un grand «  speed dating » entre ces CEOs et la personnalité politique qu’ils souhaitaient rencontrer. C’est cela, l’originalité de ce sommet. C’est un exemple que la France est redevenue innovante, dynamique, agile qui souhaite répondre concrètement aux attentes des entreprises.

Mais être attirant ne suffit pas. Au vu des intentions d’investissements, ce n’est pas le succès uniquement d’une « France qui allait déjà bien ». Car pour que l’essai soit transformé, il faut que cela se traduise par un regain d’activité et des créations d’emplois afin que les Français, qu’ils travaillent dans des PME ou non, quelle que soit leur région, voient les retombées de cette entreprise de séduction. Tout l’objet de M. Macron est de démontrer que sa politique « pro-entreprises » permettra la relocalisation d’emplois industriels en France même si en s’affichant à Versailles, puis à Davos, aux côtés des plus grands patrons de la planète, il prend également le risque de donner de la consistance à l’étiquette de « président des riches » que l’opposition tente de lui coller depuis plusieurs mois.

Toutefois, la question cruciale reste toujours la formation : une main d’œuvre qualifiée, notamment en économie numérique et en intelligence artificielle, est un des paramètres d’attractivité et donc de succès.

Quels sont ces défauts de l'économie française qui peuvent ralentir son développement des petites et moyennes entreprises ? Peut-on parler effectivement d'une économie qui protège trop ses fleurons par rapport à de nouveaux acteurs entrant sur le marché, à des PME ? Dans quelle mesure la "collusion" public-privé s'exprime-t-elle ici ? 

Michel Ruimy : Vous me demandez les facteurs qu’il faudrait mobiliser pour hisser la France au rang des premiers pays d’accueil. Sans être exhaustif et sans priorité, il faudrait, tout d’abord, plus de flexibilité dans l’organisation du travail afin de s’adapter au plus près des réalités. C’est l’ambition de la loi travail. Ensuite, plus de souplesse et de simplification dans les relations avec l’Administration sociale et fiscale. Enfin, plus de compétitivité sociale (moins de charges) et plus de compétitivité fiscale (moins d’impôts sur le capital et sur l’entreprise).

Mais plus qu’une politique industrielle, quasi-inexistante en France et en Europe, favorisant le développement de « champions nationaux » qu’il conviendrait de soutenir voire protéger pour faire face à la mondialisation, ce qui revient, au final, à envisager des initiatives selon une dichotomie portant sur la taille de l’entreprise, il faut se concentrer sur la demande formulée par les investisseurs étrangers. Tous souhaitent que ces réformes ne détruisent pas les spécificités du modèle français (système d’éducation supérieure, équipements de transport, institutions sociales…). Ainsi, plus que de privilégier telle ou telle entreprise, l’action gouvernementale doit être globale et doit concerner l’ensemble des entreprises.

La seule solution pour garder le modèle français est qu’il soit mieux géré, mieux organisé et donc moins coûteux. Nous retombons alors sur la nécessité de mener à bien des réformes de structure car, pour la majorité des investisseurs, si la France avait la même compétitivité que l’Allemagne, la même fiscalité que celle des Pays-Bas ou celle de la Belgique, la France serait championne du monde et reprendrait son rôle de locomotive du continent européen.

Dès lors, l’objectif du gouvernement sera de favoriser encore plus l’environnement des entreprises que les firmes elles-mêmes, laissant suggérer la mise en œuvre d’une politique économique libérale, où l’enjeu, pour les grandes entreprises, pourrait être dorénavant d’essayer d’influer sur toute la chaîne de la régulation, qui passe par le Parlement, Bercy, les cabinets ministériels, les autorités de régulation ou les directions de la Commission européenne. D’où, peut-être, votre allusion à la « collusion public-privé » et, de manière sous-jacente, à la notion de « conflits d’intérêt » qui serait au cœur même de la mutation néo-libérale de l’Etat. On ne peut pas dire que cela n’arrivera jamais mais on ne peut pas dire pour autant que la chaîne de réglementation ne soit pas soumise à certaines influences.

Erwan Le Noan : Les "fleurons" français réussissent souvent … parce qu’ils sont des entreprises mondialisées dont une partie seulement du business se fait en France. Il n’en reste pas moins que de nombreux opérateurs français, fleurons ou plus petits, vivent de leur proximité avec la puissance publique : ils bénéficient de subventions, ils font adopter des normes protectrices. C’est un phénomène que les économistes appellent la « capture réglementaire », quand un opérateur privé « capture », de fait, l’édiction de normes en raison de sa proximité avec le pouvoir politique. En France, il est probable que ce phénomène est renforcé par l’immense consanguinité des élites administratives (plus que politiques) et économiques, qui sortent tous des mêmes formations, très restreintes ! Une étude de Thesmar et Kramarz l’avait montré : en France, les grandes entreprises qui sont dirigées par des ENArques et ont plus souvent tendance à recruter des ENArques… et enregistrent de moindres performances !

Quels sont ces verrous que l'économie française doit faire sauter pour permettre l'émergence d'un véritable libéralisme, à l'opposé d'un libéralisme parfois perçu en France comme la protection du plus fort ? 

Erwan Le Noan : La France n’est pas libérale : son système économique, politique et réglementaire est miné par une collusion des élites. Surtout, elle est plombée par un complexe administrativo-fiscal beaucoup trop lourd, tatillon, étouffant. Pour libérer l’économie française, il faut baisser la dépense publique, résolument. C’est un défi majeur, auquel le Gouvernement n’a pas même commencé de s’attaquer.

Michel Ruimy : En fait, il me semble que le verrou le plus important est d’ordre culturel. Il faut faire comprendre au plus grand nombre, à l’aide d’une communication ciblée et appropriée, que, dans le contexte actuel, les entreprises sont au cœur de notre système économique et social dont elles assurent la viabilité. Pour cela, une condition nécessaire est le retour à une meilleure compétitivité qu’il faut améliorer et favoriser en réduisant notamment, dans un premier temps, la fiscalité les frappant.

Par ailleurs, un autre exemple est le problème rencontré par les PME pour établir des relations coopératives avec les banques. Le manque de fonds propres et les risques qui accompagnent un surendettement à court terme ne pourront, en effet, être résorbés que si les intermédiaires financiers acceptent de réviser leurs critères d’octroi de crédit qui désavantagent actuellement les unités de petites dimensions.

Ainsi, l’initiative de M. Macron intervient au moment même où sont effectivement lancées les premières réformes structurelles majeures dans notre pays. La France sort progressivement des vœux pieux et sa voix s’en trouve renforcée un peu partout dans le monde. Elle retrouve a minima le bénéfice du doute. Mais, il lui faut imaginer la mutation du pays qui aboutira à une société, bâtie sur une adaptation aux conditions de la mondialisation, au bénéfice de tous, beaucoup plus libre et moins corporatiste, à un nouveau régime qui permettra de sortir de toutes les scories de l’ancien régime.

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Commentaires (23)
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l'enclume
- 24/01/2018 - 18:25
Tout n'est pas perdu, quoique ????
Ganesha - 23/01/2018 - 16:42 - Vous en faites exprès où vous êtes vraiment + stupide que je ne le pensais. Mon commentaire portait sur les produits manufacturés. Quant à votre infirmière si elle veut aller bosser à Hambourg, elle a bien raison, cette ville est magnifique, quoique un peu plus froide que Milan.
gilbert perrin
- 24/01/2018 - 08:07
NOVELLO : un revenant à coté de la plaque ....
NON, MACRON avec ses réformettes dans les dépenses publiques ne redressera pas la FRANCE... 120000 suppressions c'est pour quand ?
C'est le SYSTEME qu'il faut réformer .... l'état qu'il faut controler MAIS ? ce n'est pas votre proposition d'un institution supplémentaire du système qu'il faut : mettre cette institution sous la responsabilité de parlementaires godillot est une rigolade !!! OUI il faut un contrôle CITOYEN de l'état et de l'administration publique, libre et indépendant constitué de candidats non élus ni politique ni syndicaux, élus au suffrage universel... ELUS pou la durée d'un mandat et révocables à la première infraction (doigt dans le pot de confiture) VOUS, VOUS VOULEZ des COOPTES du SYSTEME ? que changez vous ? RIEN alors PEINE PERDUE c'est la continuité ?????
nobobo
- 23/01/2018 - 22:45
Désespérant
Macron ce n ' est que de la com. Les vrais réformes (avant tout la réforme du service public et la priorité à assurer des revenus décents à ceux qui créent réellement les richesses et ne vivent pas
de l 'impôt ) attendrons encore.
On se passerait volontiers des saillies néo-gaucho de Ganesha.