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Elections européennes

Pourquoi la droite fait face à la perspective de défaites cinglantes

Publié le 09 janvier 2018
Selon un sondage datant de décembre 2017, seulement 12% des Français feraient le choix des Républicains aux élections européennes de 2019 malgré l'élection de Laurent Wauquiez à la tête du parti. Une défaite cinglante est donc encore à envisager pour le parti de droite.
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Alain-Gérard Slama est un essayiste, journaliste et historien de droite français. Il collabore également aux revues suivantes : Vingtième siècle, L'Histoire, Politique internationale, Droits, Pouvoirs, Le Débat.
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Alain-Gérard Slama
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Selon un sondage datant de décembre 2017, seulement 12% des Français feraient le choix des Républicains aux élections européennes de 2019 malgré l'élection de Laurent Wauquiez à la tête du parti. Une défaite cinglante est donc encore à envisager pour le parti de droite.

Atlantico : Avantage de fait comparativement au PS, les LR disposent désormais d'un chef en la personne de Laurent Wauquiez. Cependant, selon un sondage datant du mois de décembre dernier seuls 12% des Français feraient le choix des LR pour les élections européennes de 2019. La droite est-elle en panne d'idées ? A-t-elle encore quelque-chose à dire pour éviter une défaite électorale qui pourrait l’entraîne à la 4e voire à la 5e place des formations politiques lors de ces scrutin ? 

Maxime Tandonnet : Pour l’instant, ce n’est pas tellement une affaire d’idées, mais d’image. Le débat d’idées n’existe pas. L’équipe au pouvoir n’a pas spécialement d’idées, elle met plus ou moins en œuvre quelques slogans de campagne présidentielle par exemple sur la taxe d’habitation ou l’impôt sur la fortune. Si, dans les sondages, LREM semble avoir toujours le vent en poupe, c’est parce qu’il est encore sur sa lancée de 2017. Le parti incarne toujours aux yeux des Français le nouveau monde face à l’ancien, le renouvellement, la jeunesse et la modernité. Sur les institutions, la démocratie française, la sécurité, l’école, l’immigration, l’Europe, l’économie, le social, les impôts, l’international, il ne propose pas la moindre idée un tant soit peu nouvelle et originale par rapport aux gouvernements précédents. Mais l’image reste bonne. Elle bénéficie d’un contexte international de croissance et d’optimisme qui est très favorable. Cette réussite est surtout fondée sur une double illusion de modernité et d’autorité. Sur le chômage, la désindustrialisation, les prélèvements obligatoires, la dette publique, la violence, les zones de non droit, la liberté d’entreprendre, la maîtrise des frontières, par-delà les coups de menton et les gesticulations, aucune décision ne permet d’espérer une substantielle amélioration. Pour l’instant, la posture triomphe. Dès lors la droite souffre pour l’instant, par rapport à LERM, d’un déficit d’image. Les idées n’ont plus grand rapport avec la politique française, devenue un grand spectacle, un show médiatique et une manipulation de grande ampleur de l’opinion. L’opposition républicaine ne s’en sortira pas, aussi longtemps que la belle illusion va perdurer. Sa mission est triple aujourd’hui : faire prendre conscience aux Français de la réalité, se donner une nouvelle image qui inspire la confiance et enfin, essayer justement de recentrer la vie politique sur le débat d’idées et non plus la posture. Le défi est colossal…

Alain-Gérard Slama : Le problème de la droite vient de loin. Il est issu de la dernière campagne de Sarkozy en 2012. Un contresens a été fait et s’est développé à travers le thème de la « droite sans complexe ». Même s’il y a dans ce raisonnement quelque chose de juste, en l’occurrence l’existence d’une droite et d’une gauche, et cette bipolarité est une réalité depuis l’après 1962. Le président élu, souvent la droite et en 81 la gauche, devait prendre en compte une partie du programme de son centre pour se constituer une majorité. Et cette logique là a permis aux différents présidents de gouverner au centre et non pas du centre – je vous renvoie pour cela au cours d’histoire de Sciences Po qui montre que le centre n’a jamais été stable. C’était une fonction d’appoint, mais un gouvernement du centre ne tient pas, parce qu’il est trop faible, soit, comme aujourd’hui, avec une large majorité comme celle de M. Macron, il se divise tôt ou tard sur des sujets qui ne tarderont pas à se manifester quand l’époque des godillots macroniens, c’est-à-dire quand les premières années du nouveau quinquennat, seront passés. Ce sera la question de l’Europe, de l’immigration, de la fiscalité, du creusement des inégalités. Un fossé apparaitra au sein de cette majorité pour l’instant disciplinée par l’intérêt bien compris de ses participants tenus d’une main ferme par le pouvoir.

Ce dualisme droite-gauche a commencé à se heurter à une objection quand Nicolas Sarkozy a durci ses positions. Et il l’a durci sur un exemple illustre, celui du Général de Gaulle à l’époque du RPF. Il avait l’idée à cette époque d’une droite qui n’était pas molle. Sarkozy a ainsi effarouché une partie des voix modérées qui sont passées à l’habile Hollande, qui ménageait assez bien la chèvre et le chou et qui a compris le parti qu’il pouvait tirer de cette radicalisation.

Aujourd’hui, la droite n’a pas tellement un déficit d’idée. Les idées de la droite, au fond, c’est une synthèse assez claire même si elle doit être adaptée en fonction des circonstances, entre les trois fameux courants qu’on connaît depuis René Rémond, c’est-à-dire d’un côté un légitimisme qui défend la légitimité et la stabilité des institutions, un orléanisme qui défend le jeu de l’économie de marché – mais jamais au point d’aggraver les inégalités – c’est le souci actuel des classes moyennes qui ne supporte plus le système débordant toute limites et devenu fou, souci très clairement illustré et compris par Laurent Wauquiez. La droite doit surveiller son projet : doit-elle le faire en renonçant au projet européen ? Elle risque de se heurter alors à des conflits internes très lourds, parce qu’une grande partie de la droite est européenne. Et enfin il y a la droite autoritaire, nationale, bonapartiste. Et dans ce domaine-là, l’appareil d’idées ne manque pas. Mais ce sont les divisions internes qui sont fortes entre ceux qui d’un côté se heurtent sur le thème de l’Europe et ceux qui d’autre part comme le Général de Gaulle restent attachés aux thèmes de l’expansion, de l’orgueil français, de la puissance, et qui savent bien que cela n’est pas possible si on est tout seul.

La droite bonapartiste a un autre problème lourd qui est celui du degré d’autorité du pouvoir. Nous sommes entrés dans une société où il faut faire extrêmement attention. Car au-delà d’un certain degré, la stabilité du pouvoir, qui était une des composantes importantes de la Ve République, si elle se traduit par un « exercice solitaire », ce que reprochait Giscard à De Gaulle, il faut faire attention parce qu’on frôle alors l’arbitraire, et il lui faut alors des contre-pouvoirs. Emmanuel Macron se heurte aujourd’hui à ce problème, il me semble. Sur ce point la droite a une carte à jouer.

Car si la droite est cohérente sur les trois poles énoncés, et qu’elle comprend d’une part qu’il n’est pas possible de continuer sans régulation et laisser le système aller a volo comme il le fait aujourd’hui. Et elle doit se poser la question de la continuité et donc de la confiance dans une société éclatée qui est menacée de plus en plus par le danger de l’identitarisme. J’attire votre attention sur le fait que j’avais annoncé l’identitarisme il y a bien longtemps, et je crois avoir été le premier à avoir employer le mot.

Les idées ne manquent pas, la capacité à prendre des trois droites classiques ce qu’il y a de positif et porteur. Et j’ai peur que Laurent Wauquiez se laisse entraîner, comme cela avait été le cas de Sarkozy en 2012, à ne retenir que ce qu’elles ont de pire. C’est-à-dire du légitimisme sauvant la France au nom du Sacré Cœur (ce qui n’est pas toujours souhaitable !). Le problème de l’identitarisme est que quand on se réduit à un référent défini l’ethnie et le religieux, il est difficile de combattre ceux qui défendent eux aussi leur ethnie et leur religion. C’est la question qu’ont posé les Espagnols aux Basques. Il faut tenir très bon sur la définition de la culture politique française, sujet très balisé et oublié aujourd’hui. J’avais défini l’identité française par sa littérature, par la structure cartésienne de sa langue, chose bien plus importante que de flatter la détestation ou la xénophobie.

Emmanuel Macron parvient peu à peu à gagner des points chez les électeurs de droite, provoquant ainsi une tentation de durcissement du discours à droite, et dont les bénéfices peinent à se faire ressentir auprès de l'électorat. N'est ce pas justement cette attitude de réaction qui pénalise les LR ?

Maxime Tandonnet : Sur le plan de l’image, puisque c’est cela qui compte avant tout aujourd’hui, c’est tout à fait vrai. L’opinion publique dans sa majorité, n’acceptera jamais une image de droite dure, cassante, autoritaire, radicalisée. Dans la France moderne, on ne peut pas gagner une élection en donnant une image brutale. L’opinion publique est d’une complexité inouïe. Elle veut l’autorité, enrobée dans la douceur, autrement dit une main de fer dans un gant de velours. L’esprit sectaire n’a jamais gagné une élection et les Français ont soif d’unité… La nouvelle équipe de LR n’a pas encore trouvé le ton juste en termes d’image.  M. Wauquiez et son équipe ont pour l’instant une image qui plaît beaucoup aux militants mais qui inquiète l’opinion dans son ensemble. La priorité absolue est de la corriger en l’orientant sur l’unité, l’ouverture, le collectif et le dialogue. En revanche, sur le fond de la politique, il est du premier devoir des LR de s’opposer clairement au gouvernement actuel. Justement, l’enjeu aujourd’hui est de dénoncer l’illusion d’un « nouveau monde » qui aurait remplacé l’ancien. Le rôle de l’opposition démocratique est de proposer aujourd’hui une profonde révolution de la politique française. Il faut en finir avec le culte de la posture, de l’image et du « je » nihiliste. L’opposition républicaine doit replacer le débat d’idées, l’intérêt général, et le destin national au premier plan de la politique. Quel est l’avenir d’une Europe en pleine désintégration avec le Brexit, les crises polonaise, espagnole, autrichienne ? Comment concilier les démocraties nationales et la solidarité européenne face au chaos planétaire  ? Que faire face à la montée de l’insécurité et la crise de l’autorité de l’Etat, face aux zones de non droit, aux zadistes, à la montée de la violence notamment contre les policiers ? Comment réduire drastiquement les prélèvements obligatoires  et la dette publique ? Comment sauver le système scolaire, réhabiliter les savoirs fondamentaux, pas seulement dans le discours, mais dans la réalité ? Quelles réponses à apporter sur la question de l’unité nationale face au communautarisme, à l’islamisme radical, la maîtrise des frontières ?  Il faut parler et débattre de ces sujets sans peur ni tabou en vue de forger une ligne réaliste et républicaine.

Alain-Gérard Slama : Bien sûr, c’est ce que je viens de vous dire. Fillon a eu pour problème un excès d’orléanisme. Il est allé trop loin dans le libéralisme – en plus de son gout prononcé pour les beaux manteaux. Et il faut aussi que la droite soit capable de montrer son autorité sans tomber dans le pouvoir personnel. Tout en tenant en compte la composante médiatique de notre société.

Il faut aussi prendre en compte l’Islam, sujet qui obsède notre société aujourd’hui. Il ne faut plus rougir devant le constat qu’il existe au sein de l’Islam une fidélité à certains principes qui sont incompatibles avec l’ordre républicain. La loi est celle de la démocratie, pas celle de Dieu. Le problème est le fanatisme, et le fanatisme islamiste – qui n’est pas le seul, mais qui est clairement le plus têtu et qui provoque des chocs en retour – et c’est pour cela qu’il faut tenir un discours qui ne consiste pas à pointer du doigt des groupes humains mais qui permette de maintenir la continuité de l’idée laïque française. On cède trop sur ce point – tels les compromis à la canadienne, ceux des « accommodements raisonnables ». Ici, sur la question de la laïcité, il faut tenir ferme là où cela se justifie : à l’école d’accord, pas dans la rue. On va trop loin souvent sur cette question de voile. Pour ce qui est des piscines, il est inadmissible de dispatcher entre hommes et femmes. Etc. etc. Toutes les religions connaissent malheureusement ces tentations. L’actuel Grand Rabbin Haïm Korsia il y a 15 ans voulait qu’on déplace les dates des concours en France en fonction des différentes fêtes religieuses. De même que le libéralisme a pour devoir de ne laisser personne en chemin, toutes les religions doivent accepter dans leur fonctionnement les contraintes collectives du politique, le bien commun.

Laurent Wauquiez doit prendre en compte tout cela. Il devrait attendre que la macronisme paraisse pour ce qu’il est. Aujourd’hui, la plupart des gens qui rallient Macron le font parce que ce dernier est condamné à réussir pour éviter que la France se lepénise.

De nombreux politologues ont pu faire le constat, au sein des démocraties libérales, de la disparition progressive de la social-démocratie. Si la case vide de l'échiquier politique actuel correspond à celle de la social-démocratie, la droite ne risque-t-elle pas son existence même face à la percée de LREM ? 

Maxime Tandonnet : Le risque existe en effet. Mais c’est à l’opposition républicaine de se resituer dans un nouveau contexte. Si le débat libéralisme/sociale démocratie est dépassé, il faut s’adapter aux circonstances nouvelles. Le véritable clivage qui se présente aujourd’hui est entre la politique spectacle et la politique des réalités. LR ne doit pas cesser de dénoncer les dérives de la politique actuelles dans le culte de l’image, les paroles, le narcissisme. Et surtout, pour exister, LR doit repenser de fond en comble la politique française. Ce qui est en cause aujourd’hui, dans l’aveuglement et l’indifférence générale, c’est un certain modèle politique fondé sur le présidentialisme à outrance, cette idée que l’essence du pouvoir se concentre dans l’image médiatique d’un seul homme au détriment de tout le reste, le gouvernement, le parlement, les collectivités locales, la nation. Cette idée est profondément illusoire. Le culte médiatique du « chef providentiel » sert à dissimuler l’affaiblissement de l’autorité de l’Etat, son impuissance et son renoncement à traiter les problèmes de fond. LR doit fonder son renouveau sur la sortie du schéma de l’ultra narcissisme ou culte de la personnalité, et le retour à la politique en tant qu’action au seul service du bien commun. LR doit lancer une réflexion sur la reconquête de la démocratie française. Comment restaurer la notion de gouvernement, de choix de société, de décision publique ? Quelle place pour le gouvernement et le Parlement en tant que détenteur de la souveraineté ? Quelle place pour la Nation à travers la démocratie directe (le référendum) et la démocratie locale, la liberté communale ? Il est fort probable que d’ici, 2022, les masques vont tomber et le pouvoir actuel, fondé sur l’image, fera l’objet d’un profond rejet de l’opinion publique. La France aura besoin d’une opposition pour accomplir l’alternance. C’est dès maintenant qu’elle se construit.

Alain-Gérard Slama : La social-démocratie meurt partout pour une raison simple, parce qu’il n’y a plus personne, plus une instance, patronat ou syndicat qui ne soit en mesure de tenir un engament sur la longue durée. Il y a un devoir de lucidité aujourd’hui, pas une nécessité de nouvelles idées. 

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JonSnow
- 10/01/2018 - 20:06
Trop modérés!
Ces deux commentateurs ont quelques réflexions intéressantes, mais ils sont trop modérés pour moi dans l'ensemble. Il faut cesser de penser sur le modèle français et étudier plutôt comment le modèle autrichien a fonctionné. Avec Macron occupant un large centre, l'alliance sur sa droite est la seule piste d'avenir pour la droite. A condition d'avoir un FN plus crédible et moins repoussoir.
jurgio
- 10/01/2018 - 16:18
La Droite ne gagnera pas !
parce que les médias le disent et le répètent.
ajm
- 09/01/2018 - 22:57
Mai 1940 et le principe de précaution.
En fait il faut relire " L'etrange défaite" de Marc Bloch. Mai 1940 , c'est au fond l'application du principe de précaution à un pays en guerre. Evidemment, si on est cynique, cela a marché avec un taux de décès par rapport â la population Française de 1.5% contre 7% en Allemagne, 14 ou 15% en URSS, 20% en Pologne, près de 10% en Grèce.