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Le Prozac a 30 ans et il n’y a jamais eu autant de dépressions et bizarrement, personne ne semble réaliser que nous en comprenons les causes de travers
Publié le 03 janvier 2018
La dépression n’est plus tolérée et doit être éradiquée…Mais on n’y arrive pas.
Catherine Grangeard est psychanalyste. Elle est l'auteur du livre Comprendre l'obésité chez Albin Michel, et de Obésité, le poids des mots, les maux du poids chez Calmann-Lévy.Elle est membre du Think Tank ObésitéS, premier groupe de réflexion...
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Catherine Grangeard
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Catherine Grangeard est psychanalyste. Elle est l'auteur du livre Comprendre l'obésité chez Albin Michel, et de Obésité, le poids des mots, les maux du poids chez Calmann-Lévy.Elle est membre du Think Tank ObésitéS, premier groupe de réflexion...
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La dépression n’est plus tolérée et doit être éradiquée…Mais on n’y arrive pas.

Alors que la dépression est devenue un problème de santé mondial, la croyance que cette maladie serait due à un « déséquilibre chimique du cerveau » serait encore largement répandue auprès du grand public et, plus inquiétant, des praticiens. Comment expliquer cette méconnaissance et cette théorie qui ne prend pas en compte les facteurs psychologiques qui peuvent mener à la dépression ? Cette théorie ne confond-t-elle pas causes et conséquences ?  Que traduit-elle de la connaissance que l’on a de la dépression ?

Depuis la nuit des temps, la dépression existe. Elle s’est nommée mélancolie, tristesse, désespoir ; cela varie. Selon les époques, ce sentiment humain est plus ou moins accepté, supporté. L’anniversaire du Prozac montre son succès. Ainsi, la dépression n’est plus tolérée et doit être éradiquée…Mais on n’y arrive pas. Plus on vend de cachets et plus il y a de déprimés sur terre.
 
Les médecins ont colonisé les sentiments humains et décidé de les traiter. Ne serait-ce pas pure folie ? La déraison ne serait-elle pas de ce côté, dans cette prétention à dominer ce qui fait que l’humain est un être ?
Le cerveau remplace l’esprit, selon ces théories biologiques. C’est intéressant philosophiquement de voir cette propension à considérer l’humain telle une machine bien huilée. Alors, il résiste ! Car les causes de cette dépression ne résident ni dans les fluides, ni dans les gènes. Elles ne s’y réduisent pas.
 
Récemment on a lu que la solitude tue plus que les fléaux répertoriés par la Sécu. Oui, les conditions de vie sont à l’origine de bien des conséquences que les médicaments se chargent de soigner, contre rémunération. Pourtant le coût social de meilleures conditions de vie serait moins ruineux. La pauvreté, l’isolement, l’habitat, les sévices sexuels, ont certainement beaucoup à voir avec les conséquences des dits médicaments. Est-il possible de chercher à y remédier ? Est-il possible de tenter de ne pas créer les dépressions ?
 

Est-ce que ce défaut de compréhension de la maladie a pu et peut expliquer, au moins en partie, la sur prescription d’antidépresseurs ou de prozac dans différents pays occidentaux (notamment les Etats-Unis et la France) ?

C’est à médicaliser que l’on crée les maladies ! Comme il est dit plus haut, d’autres approches sont tout aussi pertinentes. Leur efficacité serait tout à fait comparable à de nombreux médicaments. Et mon propos dépasse complètement la seule dépression. La sur prescription de médicaments repose sur des considérations très étroites, biaisées sur ce qui est nommé « maladie ». Ce qui cause ces maladies n’est pas sérieusement pris en compte. En tant que psychologue, psychanalyste, vous imaginez bien que j’en sais quelque chose de ce qui crée ces dépressions, ces obésités, ces « pétages de plomb » ! Les conditions de vie sont à l’origine de toutes ces maladies. Il n’y a que les médecins pour ne pas le voir et continuer à prescrire des médicaments qui ignorent pourquoi la dépression ne quitte plus Mme Untel. Cette dame qui a une histoire, et des raisons pour plonger dans une telle détresse.
 
En regardant comment les médicaments ont remplacé les autres approches, on voit que les gouvernements conservateurs américains ont été les contemporains de l’explosion des prises en charge médicamenteuses des dépressions. C’est une prise en charge politique ! Les psychanalystes étaient subversifs. Les Prozac, pas du tout ! La biologie justifie les régimes tels qu’ils sont. Les thérapies les interrogent. C’est le jour et la nuit.
 
Le DSM a totalement gommé l’esprit pour ne regarder que le cerveau. Le DSM est la justification de la robotisation, il se présente comme une Bible, sa rédaction n’a pourtant rien de sacré, elle obéit aux diktats du moment. Dès qu’un médicament existe, une maladie y apparait. C’est un monde à l’envers, un monde fou... Désormais on atteint des sommets, les maladies pullulent, se multiplient dans le DSM puisque les possibilités de créer des médicaments augmentent. Nous savons depuis longtemps que la santé mentale varie selon les sociétés, ce qui est toléré par l’individu et ce qui est toléré par la société s’interpénètrent.
 

Quels progrès restent-ils à faire tant au niveau de la compréhension de la maladie que de son traitement ?

Corrigeons une méprise du grand public, les antidépresseurs ne s’attaquent pas à la dépression mais à ses symptômes. Ils rendent supportables la tristesse, la fatigue…  Mais la dépression se guérit autrement. Le temps, par exemple, est un excellent guérisseur. Après une grande déception, un chagrin d’amour, un deuil, une perte de quelque nature qu’elle soit, il faut souvent en passer par une réelle souffrance pour accepter l’inacceptable. Avec ou sans antidépresseur, avec ou sans traitement, s’atténuera ce qui était pourtant invivable à un moment. Modifier des conditions de vie par ailleurs guérit quasi magiquement de grandes dépressions. Vous voyez que la médicalisation n’est pas obligatoire. C’est effectivement l’approche qui conditionnera la guérison ! Il faut en tirer toutes les conséquences. Les dirigeants doivent en tirer ces conséquences. Enfin, il est indispensable de s’intéresser à la santé, plus qu’aux maladies
 
Ainsi, on reprend la question par ce qui est visé, par le but, l’objectif. La santé mentale n’exclut pas les hauts et les bas, la santé mentale englobe les états d’âme. Pathologiser ces variations des humeurs revient à ignorer ce qui est le propre de l’humain qui s’émerveille ou souffre, qui ressent, avec intensité. Faut-il soigner le fait d’être humain ? La santé dépend bien plus des conditions de vie que des gènes...
Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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Commentaires (7)
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adroitetoutemaintenant
- 04/01/2018 - 15:51
Pour la pouffe dépressive qui a fait supprimer mon commentaire
Comme l’a décrit Stéphane Gayet sur ce site et comme l’a montré une étude récente sur le fait que le sperme avait un effet anti-dépressant. Arch Sex Behav. 2002 Jun;31(3):289-93. Does semen have antidepressant properties? Gallup GG Jr1, Burch RL, Platek SM, la giclée régulière de sperme diminue les probabilités de cancer de la prostate et la déglutition de sperme a un effet antidépressif. Déchargez votre sperme et avalez pour vous rendre heureux (se). 70% de succès dans les deux cas LOL ! Et ca marche aussi avec les vraies pouffes pseudo-dépressives !
adroitetoutemaintenant
- 03/01/2018 - 13:15
La règle des 70%
Dans 70% des cas la dépression est due au mode de vie et est auto-infligée. Dans 70% des cas la médecine est inutile et même néfaste. Dans 70% des cas la dépression n’aurait pas lieu si les gens s’occupaient de quelqu’un d’autre dans le besoin plutôt que de se contempler le nombril.
Jean-Paul Mialet
- 03/01/2018 - 10:41
Simplifications
Cette jeune psychanalyste spécialisée dans le surpoids n'a sans doute pas l'expérience de familles entières ravagées par le suicide, et elle n'a pas vu non plus les miracles qu'a réalisé le lithium dans ces troubles familiaux lors de son introduction dans les années 70. Son regard changerait. Il est vrai que depuis lors, on est tombé dans la simplification biologisante à propos de tous les états dépressifs. Mais son interprétation représente le versant opposé, celui de la simplification psychologisante, tout aussi dangereux et peut être même davantage quand il mène à négliger des traitements nécessaires, sinon suffisants.