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Elections territoriales en Corse : mais où va l’Ile de Beauté ? Petites prédictions à l’aune des derniers scrutins

Publié le 03 décembre 2017
Dimanche 3 décembre, les Corses se rendent aux urnes pour élire leurs représentants territoriaux. L'occasion de regarder plus précisément une île aux dynamiques de vote très complexes avec cette note de l'Ifop.
Jérôme Fourquet est directeur du Département opinion publique à l’Ifop.
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Sylvain Manternach est géographe-cartographe, formé à l’Institut français de géopolitique, et auteur d'une note sur les résultats du second tour des élections départementales co-écrite avec Jérome Fourquet, Directeur du département Opinion et...
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Dimanche 3 décembre, les Corses se rendent aux urnes pour élire leurs représentants territoriaux. L'occasion de regarder plus précisément une île aux dynamiques de vote très complexes avec cette note de l'Ifop.
 

Primaire de la droite : prime au discours « corsiste » et à la ligne identitaire

Même si elle ne portait que sur une partie spécifique et limitée du corps électoral corse (à savoir les électeurs de droite), la primaire de la droite et du centre, qui s’est déroulée pratiquement un an après les élections régionales de décembre 2015 a mis de nouveau en lumière certaines tendances observées lors de ce scrutin .

Si tous les candidats à la primaire étaient favorables au maintien des dérogations fiscales, à un report de la mise en place de la collectivité unique (en lieu et place de la Collectivité Territoriale Corse – équivalemment du Conseil régional - et des Conseils départementaux) et à un rapprochement des prisonniers nationalistes, seuls Alain Juppé et Nicolas Sarkozy se sont prononcés pour une loi spécifique pour la Corse. L’ancien président de la République évoqua même la modification de la constitution pour y insérer le statut fiscal de la Corse. François Fillon, quant à lui, a été nettement moins allant sur l’affirmation et la reconnaissance de la spécificité corse, campant sur un discours républicain assez classique pour un élu de droite continental même s’il s’est déclaré favorable au bilinguisme . Or, alors que François Fillon a très largement dominé ses concurrents sur le continent (avec un score de 44% contre 28% à Alain Juppé et 21% à Nicolas Sarkozy), le rapport de force a été très différent sur l’Ile de Beauté. C’est Nicolas Sarkozy qui est arrivé en tête avec 43,8% des voix, devant le maire de Bordeaux (26,8%) suivi par le député de Paris qui, avec 24,8% des voix, accuse ainsi un retard de près de 20 points sur sa moyenne nationale. Les liens privilégiés qu’entretient de longue date Nicolas Sarkozy avec la Corse ont sans doute pesé mais sa prise en compte des revendications liées à la spécificité insulaire ont constitué un sérieux atout (quand François Fillon est apparu plus jacobin et Alain Juppé dans une position intermédiaire). Ses soutiens ont d’ailleurs abondamment insisté sur ce point comme en témoignent par exemple ces propos de Stéphanie Grimaldi sur le site Corse Net Infos : « Il connaît parfaitement les dossiers corses, que ce soit en matière d’agriculture, de PEI (Plan exceptionnel d’Investissements) ou d’Arrêtés Miot. Il a agi pour l’université de Corse, pour Via Stella dont il a poussé la création, et pour la langue corse. C’est lui qui a mis en place les crédits qui nous ont permis, quand nous étions au pouvoir à la région, de passer des conventions avec l’Etat pour faire en sorte d’arriver à un bilinguisme affirmé. »

Comme les dernières élections régionales l’avaient montré, la problématique de la spécificité corse sous ses aspects fiscaux, institutionnels, culturels et linguistiques est centrale et a donc aussi pesé d’un poids certain lors de la primaire de la droite. Un autre parallèle peut-être tracé avec les régionales, celui de l’influence des élus locaux, qui continuent de structurer les votes dans leur commune même si le pouvoir prescripteur des grands barons (les « chefs de clans ») sur des territoires plus étendus est de plus en plus remis en question. Dans cette optique, il est intéressant de souligner que le vainqueur du premier tour de la primaire est le candidat qui alignait le plus de soutiens locaux dans l’Ile. Nicolas Sarkozy pouvait s’appuyer sur Stéphanie Grimaldi, présidente de la Fédération des Républicains de Haute-Corse, sur Marcel Francisci, son homologue en Corse du Sud et sur Sauveur Gandolfi-Scheit député-maire de Biguglia, commune où Nicolas Sarkozy obtint 60,9%. Les résultats ont été plus spectaculaires encore à Zicavo (79,3%), fief de Marcel Francisci ou à La Porta, commune de Stéphanie Grimaldi (78,5%). Il enregistre le même résultat à Borgo, dirigée par Anne-Marie Matoli, 75,7% à Calacuccia, dont le maire Jean-Baptiste Castellani le soutenait tout comme Tony Sindali, maire de Corte (62,2%) . Alain Juppé, quant à lui, enregistre un score de 40,7% et la première position à Calvi dont le maire, Anne Santini, était membre de son comité de soutien. Les deux rivaux font jeu égal à Ajaccio : 38% pour Alain Juppé soutenu par le maire Laurent Marcangeli contre 39,1% pour son adversaire, épaulé par José Rossi. Dans la cité impériale les deux influences se sont neutralisées.

François Fillon, de son côté, alignait un réseau de soutiens nettement moins étoffé au premier tour et cela a pesé négativement sur son score. Si Camille de Rocca-Serra s’est engagé pour lui, cet appui lui a certes apporté des voix à Porto-Vecchio, où il a viré en tête avec 53,8% des suffrages mais cette influence ne s’est guère fait ressentir au-delà des limites de cette ville (avec néanmoins 40,6% et la première place dans la commune voisine de Lecci). Les élections régionales avaient fait apparaître un phénomène de rétraction géographique de l’influence rocca-serriste en Corse du Sud, phénomène confirmé d’une certaine manière lors de cette primaire et qui apparaîtra avec plus de force encore quelques mois plus tard avec la perte par Camille de Rocca-Serra du fief historique de la seconde circonscription de Corse-du-Sud, comme nous le verrons.

Ces primaires de la droite révèlent enfin un autre enseignement sur le climat d’opinion prévalant aujourd’hui en Corse. Les analyses que nous avons menées au plan national avec Hervé Le Bras  ont fait ressortir la très grande similitude entre la géographie des zones de force de Nicolas Sarkozy à la primaire et la carte du vote FN. C’est dans les territoires les plus favorables aux idées frontistes et de la droite identitaire que la campagne très droitière de Nicolas Sarkozy a connu le plus de succès. Or, les deux départements corses sont ceux où l’ancien Président a enregistré ses meilleurs résultats et l’Ile de Beauté est également une des régions où François Fillon, incarnant au 2nd tour une ligne plus identitaire que Juppé, a le plus progressé entre les deux tours. Ces éléments traduisent bien le durcissement de la société insulaire sur la question identitaire et migratoire. Le premier tour de la primaire avait donc souligné à la fois la prime accordée aux candidats les plus favorables aux revendications « corsistes » (Sarkozy et Juppé ) mais aussi au candidat tenant le discours le plus droitier sur l’immigration et l’islam (Sarkozy), ce tropisme bénéficiant au second tour pleinement à François Fillon.  

La primaire du PS : Manuel Valls, le pourfendeur de l’islamisme s’impose sur l’Ile de Beauté face à Benoît Hamon

Deux mois plus tard, ce fut au tour du PS d’organiser sa primaire. Si le nombre de votants fut faible (4400 votants au premier tour et 5900 au second), les résultats ne sont pas dénués d’intérêt. Avec 43% des voix au premier tour, Manuel Valls sortit vainqueur au premier tour en Corse devançant Benoît Hamon (30%) et Arnaud Montebourg (15%). Une nouvelle fois, la Corse manifestait son particularisme puisqu’au plan national c’est Benoît Hamon qui avait remporté le premier tour (36,4%) devant Manuel Valls (31,1%). Cette spécificité ressortit encore davantage au second tour quand les deux départements corses furent, avec l’Aude et les Pyrénées-Orientales, les seuls à placer Manuel Valls en tête.

Au-delà d’un hypothétique paradoxe corse, deux facteurs que nous avons déjà rencontrés lors de l’analyse de la primaire de la droite ont conduit à ce résultat s’inscrivant à rebours de la tendance nationale. On peut évoquer en premier lieu le poids des soutiens locaux qui peuvent peser d’autant plus que le corps électoral est restreint comme ce fut le cas lors de cette primaire de la gauche qui ne fit se déplacer que quelques milliers d’électeurs. Dans ce contexte peu mobilisateur, Manuel Valls put compter sur le soutien de quelques figures locales alors que les autres candidats ne parvinrent pas à rallier des personnalités de la gauche insulaire. L’ancien premier Ministre était ainsi appuyé par François Orlandi, président du Conseil général de Haute-Corse et par Emmanuelle de Gentili, secrétaire nationale du PS et adjointe au maire de Bastia. Ces soutiens « nordistes » lui permirent manifestement de creuser nettement l’écart avec son rival en Haute-Corse avec un score de 61,7% contre 38,3% pour Benoît Hamon alors que sa victoire fut beaucoup plus serrée en Corse-du-Sud : 50,3% contre 49,7%. 

On peut également penser que le positionnement assez strict de Manuel Valls sur les questions de laïcité et d’immigration ait résonné auprès de l’électorat de gauche dans une île où ces questions sont très sensibles. En août 2016, au moment de la polémique sur les arrêtés anti-burkini notamment pris par le maire socialiste de Sico après les violences ayant opposé une famille maghrébine et des villageois sur une plage de la commune, Manuel Valls, alors premier Ministre, avait ainsi déclaré : "Je comprends les maires qui, dans ce moment de tension, ont le réflexe de chercher des solutions, d'éviter des troubles à l'ordre public (…) les plages, comme tout espace public, doivent être préservées des revendications religieuses. Le burkini n'est pas une nouvelle gamme de maillots de bain, une mode. C'est la traduction d'un projet politique, de contre-société, fondé notamment sur l'asservissement de la femme". L’ancien premier Ministre et ex-ministre de l’Intérieur obtint d’ailleurs 62,5% à Sisco et 80,9% des voix dans le bureau de vote du quartier populaire bastiais de Lupino, où résidait la famille maghrébine en question et où se rendirent plusieurs centaines de Corses en colère prêts à en découdre après la rixe de Sisco. Le score de Manuel Valls fut en revanche nettement moins élevé à Ghisonaccia (51%) sur la plaine orientale, petite ville qui abrite une importante communauté maghrébine.

Emmanuel Macron fait moins recette en Corse que sur le continent 

En fin politique, Paul Giacobbi, ancien président PRG de la Collectivité Territoriale de Corse, se prononça en janvier 2017 en faveur de la candidature d’Emmanuel Macron. Le positionnement de centre-gauche du leader d’En Marche ! correspondait assez à la ligne giacobbiste et sur le continent d’autres radicaux de gauche avaient également fait le même choix. Mais la perspective de miser sur le bon cheval à la présidentielle et donc de se remettre en selle localement après avoir perdu les élections régionales et avoir été condamné dans l’affaire dite « des gîtes ruraux » a sans doute également compté. Ce choix ne fut pas anodin car Paul Giacobbi entraîna avec lui bon nombre de ses réseaux. Ainsi, si 28 maires de l’île ont parrainé Emmanuel Macron, le futur président de la République recueillit seulement 7 paraphes en Corse-du-Sud contre 21 en Haute-Corse, terre d’élection de Paul Giacobbi, avec notamment des communes comme Vivario, Pietroso ou bien encore Santo-Pietro di Venaco situées autour de Venaco, fief familial des Giacobbi et dont le maire Michel Mezzadri apporta lui aussi son soutien à Emmanuel Macron.  Quand on observe dans le détail la liste des signataires, le poids des giacobbistes apparaît encore plus flagrant. On retrouve ainsi, par exemple, Barthélémy Leca, maire de Serriera ou Jean-Michel Simonpietri, maire de Furiani, qui étaient présents sur la liste giacobbiste lors des régionales de 2015. On croise également Jean-Hyacinthe Vinceguerra, maire de Perelli, Augustin-Dominique Viola, maire de Santo-Pietro di Venaco et Stéphane Domarchi, maire de Santa-Andrea-di-Cotone, tous très proches de Paul Giacobbi  et dont les noms étaient cités dans la procédure judiciaire des « gîtes ruraux ». Cette liste des parraineurs comptait également des personnes qui avaient figuré sur la liste de Paul Giacobbi lors des régionales de 2010, certains ayant pris leur distance, d’autres étant restés proches. On pourra ainsi citer en Haute-Corse : Paul Lions, maire de Corbara, Marie-Antoinette Filippi, maire de Pietroso et Guy Armanet, premier édile de Santa-Maria-di-Lota ; et en Corse-du-Sud François Faggianelli, maire d’Appietto et Jean-Charles Orsucci, maire de Bonifacio. 

A quelques semaines du premier tour, Emmanuel Macron rencontra une partie de ses soutiens corses lors d’un déjeuner à Vescovato , auquel participèrent le sénateur PRG de Haute-Corse, Joseph Castelli, par ailleurs proche de Paul Giacobbi et mis en examen dans une affaire de pots de vins concernant la construction de sa villa, mais aussi Pierre-Siméon de Buochberg, conseiller départemental de Haute-Corse et condamné en 2016 et 2017 ainsi que Pierre-Marie Mancini, lui aussi conseiller départemental de Haute-Corse et giacobbiste et ayant écopé de trois ans de prison dans l’affaire des « gîtes ruraux ».      

Alors qu’Emmanuel Macron avait préempté la thématique du renouvellement sur le continent, la mise en mouvement du ban et l’arrière-ban des troupes giacobbistes en faveur du leader d’En Marche! lui permit certes de bénéficier, comme on va le voir, de blocs de voix dans certaines localités mais se paya par un brouillage de son image sur l’île. Le soutien de ces représentants archétypaux de la « vieille politique » et de personnalités condamnées empêcha Emmanuel Macron de surfer dans l’île sur la vague « dégagiste », créneau occupé par les nationalistes, qui avaient précisément fait de la lutte contre les clans et l’affairisme - et notamment contre le « système Giacobbi » - un axe fort de leur discours politique. Avec 18,5% au premier tour en Corse, Emmanuel Macron enregistrait un score sensiblement inférieur à sa moyenne nationale (23,5%) et il finit en troisième position derrière Marine Le Pen et François Fillon. 

Parallèlement à cette contre-performance, la géographie du vote Macron se caractérisa par certaines particularités. Alors que partout sur le continent, c’est dans les agglomérations que le futur président était le plus soutenu, ses résultats à Ajaccio (18,7%) et Bastia (19,3%) étaient justes dans la moyenne insulaire. Les classes moyennes et supérieures corses ainsi que la jeunesse diplômée, assez sensibles aux thèses autonomistes adhérèrent moins que leurs homologues continentales au « macronisme », qui rencontra inversement (et là aussi à rebours avec ce que l’on observait sur le continent) de meilleurs résultats dans les zones rurales. Comme on peut le voir sur la carte, ce fut le cas notamment dans le centre de l’île et en Haute-Corse qui constitue le cœur de la « Giacobbie » quand les campagnes du sud de l’île votaient traditionnellement davantage pour la droite. Cette carte fait également apparaître des survotes importants en faveur d’Emmanuel Macron dans les communes dont le maire l’avait parrainé. Comme à l’occasion d’autres scrutins, les maires ont joué le rôle d’agent électoral dans leur village respectif et ont influencé le vote d’une partie de leurs administrés en faveur de leur candidat. Les chiffres présentés dans le tableau ci-dessous sont assez éloquents de ce point de vue.

Le score d’Emmanuel Macron au premier tour dans certaines communes dont le maire l’avait parrainé.

 Communes % d’E. Macron au 1er tour

  • Bigorno 77,1%
  • Novale 73,7%
  • San-Andrea di Cotone 69,2%
  • Perelli 58,6%
  • Serriera 39,8%
  • Pietricaggio 36,1%
  • Campitello 34,6%
  • Venaco 28,6%
  • Vivario 28,5%
  • Pietroso 27,5%
 
 

Un fort vote Le Pen signe d’un raidissement identitaire

Si la structure géographique du vote Macron en Corse, caractérisée par des zones de forces dans les régions isolées et enclavées et des faibles performances dans les aires urbaines et la plupart des zones touristiques, apparaît donc inversée par rapport à la physionomie qu’il a pris sur le continent, on retrouve néanmoins un trait commun avec la tendance nationale dans la mesure où vote Macron et vote Le Pen au premier tour semblent bien en Corse, comme sur le continent, quasiment antithétiques.  Avec 27,9% la candidate frontiste obtient un score très élevé dans l’île et vire en tête au premier tour. Comme sur le continent, le vote FN se concentre dans les zones péri-urbaines et en bordure des agglomérations. C’est le cas dans la périphérie d’Ajaccio avec des scores très élevés à Alata (33,1%), Appietto (36,3%), Sarola-Carcopino (39%) ou Tavaco (39,4%). On retrouve le même phénomène en périphérie de Bastia (35,9% à Furiani, 36,5% à Biguglia et 40,8% à Lucciana) ou à proximité de Calvi (32,5% à Calenzana et 42,2% à Moncale). 

La carte fait également apparaître d’autres points d’appui traditionnels du FN le long de la plaine orientale, où des rapatriés se sont installés dans les 1960, rejoints ensuite par une importante communauté maghrébine, cette présence venant doper le vote frontiste notamment autour de Ghisonaccia. Au sud de la plaine orientale, on distingue également la commune de Ventiseri (46,4% pour Marine Le Pen) où est implantée une base aérienne. La présence de nombreux militaires, dont des études ont montré le tropisme frontiste assez marqué , explique sans doute en bonne partie ce résultat tout comme le niveau de ce vote dans les communes voisines : 35,6% à Solaro et 38,4% à Serra-di-Fiumorbo.

La forte audience du FN en Corse ne constitue pas un fait nouveau et les événements du quartier des Jardins de l’Empereur à Ajaccio et de Sisco ont rappelé que les tensions communautaires étaient très vives sur l’île. Mais on peut également penser que la situation institutionnelle et les liens à la France ont également pesé. Pour la première fois, une liste d’union des autonomistes et des nationalistes a remporté les élections régionales en décembre 2015. Depuis, ils dirigent la collectivité corse et ce sont leurs thématiques (co-officialité de la langue corse, statut de résident, rapprochement des prisonniers politiques, charte sur la priorité à l’embauche des Corses…) qui sont au centre du débat insulaire. Tout cela contribue à alimenter l’idée qu’ils sont en position de force et qu’ils peuvent imposer leur agenda. Or, comme en Nouvelle-Calédonie, la Corse est à la veille d’un rendez-vous politique historique. En décembre prochain, des élections seront organisées pour désigner les membres de la collectivité unique, institution qui concentrera de nombreux pouvoirs en lieu et place des deux conseils départementaux et de l’actuelle Collectivité Territoriale Corse.

Dans ce contexte, la question du lien à la France se trouve posée pour de nombreux Corses. Le vote FN puissant au premier tour, et quasi-majoritaire au second (48,5%), renvoie certes à une sensibilité aigüe de la société corse à la problématique de l’immigration et au développement du communautarisme. Mais ce vote peut aussi s’analyser comme l’affirmation radicalisée d’un sentiment d’appartenance à la nation française dans un contexte où les nationalistes et régionalistes corses marquent des points. Comme en Nouvelle-Calédonie, territoire où la question de l’indépendance et du rapport à la France se pose d’une manière encore plus aigüe, les reports des électeurs de François Fillon sur Marine Le Pen au 2nd tour ont été beaucoup plus élevés qu’ailleurs, ce qui accrédite la thèse d’un durcissement de l’électorat de droite local autour de l’enjeu national et du lien à la France.

Comme les Caldoches de Nouvelle-Calédonie inquiets face à la perspective de l’indépendance, les électeurs de droite corses ont voté par réflexe « unioniste » en faveur du FN pour signifier leur opposition à un scénario de sortie du cadre national, vote que l’on peut comparer à celui des loyalistes protestants d’Irlande du Nord en faveur du « Leave » (la sortie de l’UE) lors du référendum sur le Brexit, traduisant ainsi comme les Anglais leur attachement à l’Etat-Nation Britannique quand les catholiques-irlandais ou les Ecossais votaient pour le « Remain » (le maintien dans l’UE).

Si l’opposition à une immigration musulmane et un attachement à la nation française demeurent les principaux ressorts du vote FN, Marine Le Pen n’a pas hésité à corsiser son discours. Elle déclarait ainsi dans Corse Matin : « Il existe des spécificités corses qui nécessitent des lois particulières sur le plan fiscal et budgétaire pouvant être réfléchies et discutées, je n’y suis pas opposée ». Cette tentative d’incursion sur les plates-bandes des régionalistes n’a pas échappé à une frange de la mouvance « natios » qui perturba un meeting de Marine Le Pen à Ajaccio le 8 avril pour bien affirmer l’opposition résolue de ces mouvements au FN.

Une prime régionaliste pour Jean Lassalle

Si la Corse a été, avec la Nouvelle-Calédonie, l’un des territoires ayant le plus massivement voté pour Marine Le Pen aux deux tours, c’est également la région française qui a accordé à Jean Lassalle son meilleur score : 5,6%. La nature montagneuse et méditerranéenne de l’île peut en partie expliquer cette performance car, comme nous l’avons montré ailleurs , le berger béarnais a obtenu ses meilleurs résultats dans les massifs montagneux et les terroirs de la langue d’oc. 

La carte suivante montre d’ailleurs que, pour l’essentiel, les scores les plus importants de Jean Lassalle se concentrent dans la partie centrale et montagneuse de la Corse et que les résultats sont en revanche nettement plus faibles sur les côtes et dans les plaines. 

Mais un autre paramètre a également joué et le candidat de la ruralité n’a pas misé que sur son accent et sa proximité en termes de vécu de montagnard pour s’adresser à l’électorat corse. Lors d’un déplacement sur l’île quelques jours avant le premier tour, Jean Lassalle a ainsi déclaré souscrire et adhérer aux revendications des régionalistes sur les principaux sujets en débat actuellement sur l’île. En tant qu’élu d’une région où la question de l’usage de la langue régionale et celle des prisonniers séparatistes basques sont sensibles, Jean Lassalle s’est prononcé en faveur de la co-officialité de la langue corse, du rapatriement des détenus « politiques » corses sur l’île et pour le statut de résident (octroyant une priorité à l’achat d’un bien immobilier aux insulaires) pour lutter contre l’urbanisation des terres agricoles, mais aussi pour que les Corses puissent se loger ou devenir propriétaires sur leur propre île. Ces prises de position furent manifestement reçues cinq sur cinq par l’électorat nationaliste. On constate en effet des scores importants pour ce candidat dans les fiefs nationalistes. Jean Lassalle obtient ainsi 37,8% à Belgodère, dont le maire nationaliste avait appelé à voter pour lui, 30,1% à Balogna, 17,9% à Palasca, ou bien encore 15,5% à Tralonca (commune où eut lieu en janvier 1996, une conférence de presse clandestine du FLNC Canal Historique ayant réuni plus de 500 militants armés et cagoulés) et 14,2% à Lozzi, berceau historique de la famille Simeoni dont l’un des membres, Edmond, est une figure historique du mouvement et qui a pour fils Gilles, actuel président du Conseil exécutif de Corse. L’attrait particulier d’une partie de l’électorat corse pour un candidat ayant mis en avant ces problématiques a constitué un indice parmi d’autres de l’influence grandissante du courant régionaliste sur l’île, qui se traduira quelques semaines plus tard par la conquête de trois des quatre circonscriptions insulaires par les « natios ». 

La vague nationaliste

L’élection à l’Assemblée nationale de trois députés nationalistes corses a fait l’effet d’un véritable coup de tonnerre. Mais s’il s’agit là assurément d’un événement historique, il s’inscrit néanmoins dans un processus de montée en puissance du camp nationaliste. Cette dynamique a commencé de façon fracassante aux municipales de 2014 avec la prise par le régionaliste Gilles Simeoni de Bastia, bastion de la famille Zuccarelli, qui détenait la mairie depuis 1968. Seconde étape, lors des régionales de 2015, les « natios » s’emparent de l’exécutif régional et défont Paul Giacobbi, héritier et représentant d’un des autres puissants clans corses. Ces victoires successives ont conféré une crédibilité gestionnaire aux régionalistes qui sont apparus capables d’administrer la ville de Bastia mais également la Collectivité Territoriale Corse. Cela a nourri une dynamique et un effet domino s’est ensuite produit aux législatives avec l’élection de trois députés nationalistes, ce qui est inédit dans l’histoire parlementaire, d’autant plus que la victoire est sans appel. Dans la 2ème circonscription de Corse du Sud, le régionaliste Paul-André Colombani l’a emporté avec 55,2%, balayant le député de droite sortant Camille de Rocca-Serra. En Haute-Corse les deux candidats nationalistes font 61% et 63%. Ce sont donc des victoires larges. Ils confirment leur domination dans leurs fiefs : 63,9% à Bastia et 69,8% à Corte mais ils arrivent également en tête dans les bastions historiques des caciques : 52% à Porto Vecchio, fief familial des Rocca-Serra, 50,2% à Biguglia dont le député-maire, Sauveur Gandolfi-Scheit, était le candidat des Républicains dans la 1ère circonscription de Haute-Corse. 

Comme le montre la carte suivante, les candidats nationalistes obtiennent des scores élevés dans quasiment toutes les régions de l’île à l’exception de la région d’Ajaccio, du Valinco et de l’extrémité du Cap Corse. Ils sont en revanche très puissants en Balagne et dans le Niolu. On constate également un survote lié à l’implantation personnelle d’un candidat comme si le phénomène de notabilisation s’observait également pour cette famille politique. C’est le cas par exemple de Paul-André Colombani qui obtient ainsi au premier tour 45% des voix à Zonza, où il exerce la profession de médecin généraliste, 45,7% à Conca et 36,3% à Quenza, communes voisines de la première pour un score moyen de 29,1% sur l’ensemble de la circonscription. 

 

Plusieurs facteurs ont alimenté ce puissant mouvement de fond. Le premier tient au besoin de renouvellement de la vie politique existant en Corse depuis longtemps mais qui s’est exprimé avec une force inédite lors de ce scrutin. Alors que sur le continent, ce sont les candidats de La République en Marche qui l’ont incarné, en Corse ce sont les « natios » qui ont surfé sur la « vague dégagiste » et cela pour deux raisons.  La première est que le combat contre le clanisme, c’est-à-dire la domination de la vie politique par les mêmes familles depuis le XIXème siècle (et parfois au-delà…), est l’un des chevaux de bataille historiques des nationalistes. A la manière dont Emmanuel Macron a bousculé les deux grands partis de gouvernement, ce sont les nationalistes, opposants historiques aux vieilles familles, qui ont été choisis par une majorité d’électeurs corses pour défaire Camille de Rocca-Serra en Corse-du-Sud et les restes du clan Giacobbi en Haute-Corse . Nous touchons là au second facteur expliquant pourquoi ce sont les régionalistes qui ont capté l’aspiration au renouvellement en lieu et place des candidats macronistes. En effet, ces candidats du camp présidentiel aux législatives étaient tous liés, de près ou de loin au clan Giacobbi, qui avait régné sur la Corse ces dernières années avant d’être battu lors des régionales de 2015 et que son chef ne soit ensuite condamné par la justice. Dans la 1ère circonscription de Haute-Corse, c’est ainsi François Orlandi, proche de Giacobbi et l’ayant remplacé à la tête du conseil départemental, qui portait les couleurs de LREM. Dans l’autre circonscription de ce département, l’investiture avait été accordée, au terme d’une rude concurrence à Francis Giudici, maire de Ghinosoccia mais aussi vice-président de ce même conseil départemental et co-listier de Giacobbi en 2015 aux régionales. En Corse-du-Sud se présentaient dans la circonscription d’Ajaccio, Maria Guidicelli, qui occupait la seconde place sur la liste de Giacobbi aux régionales de 2015 et dans la circonscription de Sartène, Jean-Charles Orsucci, maire de Bonifacio et ancien allié « sudiste » de Paul Giacobbi lors des régionales de 2010. Le profil de ces candidats, ajouté au fait que de nombreux maires giaccobistes avaient parrainé Emmanuel Macron quelques mois plutôt, a sans doute brouillé l’image du parti présidentiel sur l’île. 

Une droite recroquevillée sur ses bastions

     
Conformément à l’histoire politique de l’île, la droite enregistre au 1er tour des législatives d’assez faibles scores dans le nord de la Corse et des résultats plus élevés dans le sud. Dans les deux circonscriptions de Haute-Corse, la droite se situe en dessous de 20% dans de nombreuses communes. Les points d’appui des candidats LR sont très épars et correspondent le plus souvent aux fiefs personnels de ces personnalités (autour de Biguglia pour Sauveur Gandolfi-Scheit et de La Porta pour Stéphanie Grimaldi). Cette dernière a également pu compter sur le soutien des maires de Taglio-Isolaccio et de Vallica mais a souffert de la dissidence de Jean-Martin Mondolini qui bénéficiait des soutiens de droite mais aussi giacobbistes, nous y reviendrons.
 
 

En Corse-du-Sud, la droite a mieux résisté comme le montre la carte ci-dessus. Camille de Rocca-Serra enregistre des scores élevés à Porto-Vecchio et dans les communes voisines, bastion familial oblige, mais aussi à Solenzara ainsi que dans la vallée du Taravo, également appelée la « vallée des croupiers ». Cette vallée isolée a été marquée par l’empreinte de fortes personnalités qui ont fait fortune dans les jeux, à Paris ou en Afrique, et qui ont pendant des décennies fourni des emplois de croupiers ou d’hommes de salle aux jeunes habitants de ces communes mais également des subsides financiers à ces villages déshérités. Eux-mêmes ou leurs proches ont alors assez naturellement converti cette influence en un capital électoral en devenant maire de leur commune voire conseiller-général. On peut citer le cas de Jean Tomi, maire de Tasso et frère de Michel Tomi, qui régnait sur de nombreux établissements de jeux au Gabon et dans d’autres pays africains. Toute une partie de la population villageoise travaillait pour lui en Afrique ce qui valut au village le surnom de « Burkina-Tasso »…

A quelques kilomètres de là, toujours dans cette vallée, se situe la commune de Ciamannacce, fief de la famille des Francisci. L’un de ses illustres représentants était Marcel Francisci, qu’on appelait l’« empereur des jeux », cumulait ses activités lucratives dans les cercles de jeux parisiens avec un engagement politique dans le mouvement gaulliste et les réseaux Pasqua. Conseiller général RPR du canton de Zicavo, il fut assassiné en 1982 . Son neveu, également dénommé Marcel Francisci, occupe aujourd’hui son poste de conseiller départemental et préside la fédération des Républicains de Corse du Sud. La sœur de ce dernier, Félicia Francisci, est quant à elle, maire de Ciamannacce.

Plus bas dans la vallée, on trouve la commune de Pila-Canale dont étaient originaires Jean-Jérôme Colonna, qualifié par de nombreux observateurs de « parrain de la Corse du Sud » et Robert Feliciaggi, autre personnalité gravitant dans l’univers des jeux et des réseaux Pasqua et qui fut maire de cette commune de 1994 à 2006 avant d’être lui aussi assassiné. Dans la plupart de ces villages, l’empreinte de ces influences demeure prégnante et la droite néo-gaulliste continue de dominer nettement le paysage électoral local. Camille de Rocca-Serra y a bénéficié de nombreux soutiens, plusieurs maires figurant en bonne place sur sa liste lors des régionales de décembre 2015. Il a obtenu par exemple au 1er tour 89,1% des voix à Ciamannacce et 51,5% à Pila-Canale.

Plus au nord, dans la 1ère circonscription, la droite, sous l’impulsion du jeune maire d’Ajaccio, Laurent Marcangeli, présentait un visage renouvelé en la personne de Jean-Jacques Ferrara, ce qui a sans doute permis à la droite de sauver ce siège face à la concurrence d’En Marche et à la vague régionaliste. Jean-Jacques Ferrara, président de la communauté d’agglomération d’Ajaccio, a su s’appuyer sur cette image de renouveau mais aussi sur l’implantation de la droite dans l’agglomération ajacciaise , territoire qui représente la majeure partie de l’électorat de la circonscription. On distingue également sur la carte quelques communes rurales (Arbon, Salice, Rezza) votant traditionnellement à droite et dont les maires soutenaient Ferrara. On repère également la commune de Peri, dont le maire Xavier Lacombe était le suppléant de Jean-Jacques Ferrara et qui a voté à 52,6% pour lui au 1er tour.

Dans la circonscription voisine de Haute-Corse (la 2nde de ce département), la représentante des Républicains, Stéphanie Grimaldi, a rencontré des difficultés beaucoup plus importantes, on l’a vu, et a dû s’incliner à l’issue du premier tour. Cela s’explique en bonne partie par la candidature dissidente de Jean-Martin Mondoloni qui a fait quasiment jeu égal avec elle (13,4% pour le divers droite contre 14,1% pour elle) et a gelé une partie des voix de droite qui ont manqué à la candidate officielle. C’est manifeste dans la région de Calvi, dont le maire, l’influent Ange Santini, ainsi que ses collègues de Lumio, Cateri et Sant’Antonio apportèrent leur soutien à Mondoloni. 

Dislocation des réseaux « giacobbistes » et contreperformance des Marcheurs

Mais ce candidat dissident n’a pas bénéficié que d’appuis de droite. Une partie des réseaux giacobbistes en déliquescence se sont également rangés à ses côtés. Paul Giacobbi étant dans l’incapacité judiciaire de se présenter, trois personnalités affichèrent leur velléité de concourir et de reprendre le flambeau local passé entre temps sous pavillon En Marche ! : le conseiller départemental de Corte (ayant parrainé Emmanuel Macron), Pierre Ghionga, le maire de Calenzana, Pierre Guidoni et le maire et conseiller départemental de Ghisonaccia, Francis Giudici. C’est ce dernier qui fut finalement investi par La République en Marche. Mais tous les notables giacobbistes ne lui firent pas allégeance et ce réseau, dépourvu de sa tête, se désagrégea. Pierre Guidoni décida ainsi de soutenir Jean-Pierre Mondoloni qui obtient 27,2% dans sa commune de Calenzana. Le candidat divers droite engrangea également de bons, voire très bons résultats dans d’autres villages, historiquement giacobbistes : 86% à San’Andrea di Cotone (fief des Donarchi), 31,4% à Castellare-di-Casinca  ou bien encore 23,4% à Venaco, berceau du clan Giacobbi contre seulement 14,7% pour Francis Giudici. Ce dernier est cependant parvenu à mobiliser en sa faveur une partie des réseaux giacobbistes : 56,9% dans la commune de Costa (dont le maire Mancini est un proche de l’ex-président de la CTC) ou bien encore 65,3% dans la commune de Crocicchia (dirigée par un autre giacobbiste, Pierre-Pascal Piacentini, ayant parrainé Emmanuel Macron à la présidentielle).

 
 

 Face à la dispersion de ce capital électoral giacobbiste, Francis Giudici a dû compter sur sa propre assise politique organisée autour de sa commune et de son canton de Ghisonaccia. Mais si son audience débordait au sud les limites de son canton et s’étendait sur une partie de la plaine orientale, c’est Jean-Félix Acquaviva, candidat des régionalistes, qui virait en tête dans la majeure partie de la circonscription et notamment en Balagne et dans tout l’ouest de la circonscription, comme on peut le voir sur la carte suivante. Il atteint ainsi 84,7% à Lozzi, berceau des familles Acquaviva et Simeoni (et dont il est maire), 39,5% à Corte ou bien encore 54% à Tralonca.

 

Même si Giudici n’était pas l’héritier politique de Giacobbi au sens strict du terme, son positionnement politique et le soutien de certaines personnalités peuvent indiquer une certaine proximité. Or la comparaison des scores de Giacobbi au 1er tour en 2012 (43,6%) et de Giudici cette année (23,4%) montre l’ampleur de la décomposition d’un système giacobbiste. Le contenu du dossier du procès de « l’affaire des gîtes ruraux » a révélé l’une des facettes de ce système politique : le clientélisme. L’instruction a ainsi démontré que la quasi-totalité des subventions indues versées par le Conseil Général de Haute-Corse, présidé au moment des faits par Paul Giacobbi, pour des faux projets de gîtes ruraux avait été accordée à des personnes résidant dans la 2ème circonscription de Haute-Corse, soit précisément celle de Paul Giacobbi. Et la carte détaillée fait apparaître non seulement Venaco, fief familial du clan Giacobbi, mais aussi des communes dirigées par des proches.

 

Cette affaire des gîtes ruraux a mis pleinement en lumière une pratique clientéliste sur base d’une distribution indue d’argent public. Mais un système politique comme il en existe en Corse repose également sur biens d’autres piliers comme les liens interpersonnels, les fidélités familiales et la relation vote contre service rendu est encore largement pratiquée notamment pour les scrutins locaux. Les maires constituent le pivot de base d’un tel système. Par le biais de ces relations multiples, ils contrôlent ou influencent un nombre de voix plus ou moins important en fonction de leur poids politique et sont eux-mêmes liés, selon une intensité variable, à une personnalité. Le degré de sujétion et le nombre de maires ou d’agents électoraux contrôlés déterminent l’ampleur et la surface de la clientèle électorale ainsi constituée. Les relations interpersonnelles et familiales constituant la base du système clanique, c’est principalement dans la partie de l’électorat autochtone insulaire que le système s’enracine. Etre né sur l’île confère en effet à un électeur une probabilité beaucoup plus importante d’être intégré et inséré dans ces réseaux faits de liens familiaux et amicaux ou de renvois d’ascenseur en échange de services rendus par un élu à un électeur ou à ses proches. L’Ifop s’est procuré la quasi-totalité des listes électorales communales et nous avons ainsi pu évaluer commune par commune la part de la population née sur l’île. D’après ce décompte fastidieux, nous avons pu établir que cette population, que l’on appellera ‘’autochtone’’, représente environ 50% du corps électoral insulaire. Cet indicateur ne permet pas de distinguer les personnes issues de familles corses mais qui sont nées sur le continent ni, inversement, les électeurs qui, bien que nés en Corse n’ont pas d’ascendance corse. Cette variable statistique est cependant riche d’enseignements puisqu’elle montre d’une part l’ampleur de la population ‘’allogène’’ (continentaux + immigrés) aujourd’hui sur l’île avec un poids particulièrement important sur le littoral alors que la proportion d’autochtones est plus élevée dans les communes de l’intérieur. Cette variable calculée commune par commune mise en regard avec les résultats électoraux permet par ailleurs de mettre en lumière l’assise plus ou moins clientélaire de tel ou tel électorat. 

Quand on se livre à cet exercice pour les élections régionales de 2015 on constate ainsi que le score de la liste Giacobbi est très fortement corrélé à la proportion d’autochtones dénombrés sur les listes électorales dans la commune en question. Comme le montre le graphique ci-dessous, alors que l’ancien président de la collectivité territoriale de Corse n’obtenait que 15,2% en moyenne dans les communes où les natifs de l’île étaient les moins nombreux ce score moyen doublait, dans les communes présentant des taux plus élevés d’électeurs autochtones (30,5%). Ces chiffres illustrent de manière très claire que le système Giacobbi tirait principalement sa force de son assise auprès de la composante autochtone du corps électoral et que l’influence de son réseau clientélaire  s’étendait de manière beaucoup plus limitée dans l’autre moitié de l’électorat nettement moins insérée dans ces réseaux familiaux et d’interrelations . La poursuite des flux d’arrivées de continentaux et la diminution du poids des autochtones constituent un véritable danger pour un système clientélaire comme celui du clan Giacobbi car la base sociale sur laquelle il repose voit ainsi sa surface relative se réduire. 

 

Comme le montre ce graphique ci-dessus, il est en revanche intéressant de constater que le score de la liste Rocca-Serra n’est absolument pas corrélé à cette variable contrairement à celui de la liste Giacobbi. Toutefois, il ne faudrait pas en déduire que l’héritier de la dynastie des Rocca-Serra ne s’est pas appuyé sur la persistance de vieux mécanismes claniques mais plutôt qu’il a su trouver les voies et les moyens d’étendre son assise électorale également parmi les non autochtones. Le fait que son fief de Porto-Vecchio soit situé sur le littoral touristique, où les continentaux se sont installés en nombre, a sans doute permis d’agréger au socle traditionnel de voix du clan parmi les autochtones, cette nouvelle clientèle composée pour partie de retraités et de commerçants (catégories socio-professionnelles acquises à la droite) continentaux. Cette hypothèse est corroborée par l’analyse des scores de l’autre liste de droite en 2015. Les résultats de la liste emmenée par José Rossi sont en effet nettement corrélés, mais négativement, avec le pourcentage d’autochtones dans la commune. Ceci-indique que son électorat a été principalement composé par des continentaux. Implanté lui aussi en Corse-du-Sud, mais dans la région d’Ajaccio et du Golfe de Valinco, zones marquées par les activités touristiques, il a su capter comme Camille de Rocca-Serra ou d’autres représentants de la droite sur la côte d’Azur ou dans les régions littorales, un électorat de retraités et de professionnels du tourisme, du bâtiment et de l’immobilier, catégories de la population, où dans cette partie de la Corse, les continentaux sont très nombreux. Mais alors que Rocca-Serra a pu s’appuyer en parallèle sur les restes de la base sociale du système clientélaire familial, Rossi qui n’est pas un héritier, disposait d’une assise beaucoup plus restreinte parmi la composante autochtone de l’électorat d’où ses faibles scores dans les communes majoritairement peuplées de « natifs ». 

Alors que les nationalistes corses ont fait de la défense et de la primauté du peuple corse le cœur de leur discours politique (statut de résidant, accès préférentiel aux emplois pour les Corses….), il est intéressant de constater que le score cumulé de leurs listes au premier tour est certes corrélé positivement, mais assez faiblement, avec la proportion d’autochtones dans la commune. Les natifs ont donc une propension un peu plus importante à voter pour les nationalistes mais ces derniers recrutent manifestement de manière non négligeable parmi les électeurs non nés en Corse. Cette capacité à mordre sur l’électorat d’origine continentale confère aux nationalistes une surface électorale large et a constitué sans doute une des clés de leur victoire. 

 

Au second tour, la dynamique des nationalistes a été alimentée par des reports nombreux et très hétéroclites.

Qualifiés dans 3 des 4 circonscriptions corses  et arrivés en tête dans deux d’entre elles (les deux de Haute-Corse), les nationalistes ont transformé l’essai au second tour en raflant ces trois circonscriptions et ce d’une manière très large. Jean-Félix Acquaviva dans la 2nde circonscription de Haute-Corse l’emporte ainsi haut la main avec 63,2% des voix et une progression de 27 points d’un tour à l’autre. Dans la circonscription voisine, Michel Castellani détrône le député sortant, Sauveur Gandolfi-Scheit, avec 60,8% des voix (et un bond de 30 points d’un tour à l’autre) et dans la seconde circonscription de Corse-du-Sud, Paul-André Colombani s’empare du fief historique des Rocca-Serra avec 55,2% des voix (+26 points par rapport au 1er tour) contre 44,8% pour le député sortant Camille de Rocca-Serra, « l’héritier » ne progressant que de 9 points par rapport au 1er tour : les électeurs des candidats éliminés s’étant donc très majoritairement reportés sur son opposant.

Pour la première fois, la Corse sera donc représentée à l’Assemblée Nationale par trois nationalistes. Cette victoire historique s’est accompagnée d’un dynamitage en règle du vieux système clanique. En effet, en l’espace de trois ans, toutes les citadelles familiales ont succombé aux coups de boutoir des nationalistes. Lors des municipales de 2014 comme on l’a vu, c’est tout d’abord la ville de Bastia qui est conquise mettant un terme à la domination des Zuccarelli sur la Préfecture de Haute-Corse . Un an plus tard, lors des élections régionales, la mort du zuccarellisme est confirmée en Haute-Corse (avec un score de 4% seulement sur le département et de 13,5% à Bastia pour la liste conduite par Jean Zuccarelli ) mais c’est également au tour du clan Giacobbi d’être battu et de perdre la présidence de la Collectivité Territoriale Corse au profit de Gilles Simeoni et de Jean-Guy Talamoni. La condamnation de Paul Giacobbi dans « l’affaire des gîtes ruraux » va précipiter le déclin et, comme nous l’avons vu, le 1er tour des législatives sera marqué par la dislocation des réseaux électoraux giacobbistes. Au second tour, les nationalistes remporteront son ancienne circonscription, mais battront également dans la circonscription voisine, dès le premier tour, François Orlandi, président du Conseil Général de Haute-Corse, et proche de Paul Giacobbi.

 A l’occasion de ce scrutin, les nationalistes s’empareront également d’une autre place forte, la seconde circonscription de Corse-du-Sud que détenait Camille de Rocca-Serra depuis 2002, circonscription qui avant cela avait eu depuis 1962 pour député un certain Jean-Paul de Rocca-Serra (père du premier) et de 1928 à 1940, Camille de Rocca-Serra (grand-père du premier). Le cœur même du fief familial sera conquis puisque le régionaliste Paul-André Colombani s’imposera avec 52% des voix dans la ville de Porte-Vecchio. Camille de Rocca-Serra, qui avait largement viré en tête dans cette commune avec 43,3% au 1er tour s’est manifestement trouvé à cours de réserves puisqu’il n’a gagné que 4,7 points au 2nd tour quand son adversaire passait de 30 à 52% comme si un large front anti-Rocca-Serra s’était mis en place jusque dans le cœur même du fief historique .

L’une des principales clés de cette large victoire des régionalistes est qu’ils ont su incarner depuis plusieurs années un renouvellement politique face au vieux système clanique. Alors que sur le continent, Emmanuel Macron puis ses candidats aux législatives surfèrent sur cette tendance, ce créneau très porteur sur l’île de Beauté avait été préempté par les nationalistes. Cela s’est traduit au 1er tour par les bonnes performances de ces derniers mais aussi, au second tour, par une très forte dynamique en leur faveur et ce, qu’ils soient opposés à la droite (Gandolfi-Scheit dans la 1ère de Haute-Corse et Rocca Serra dans la 2nde de Corse-du-Sud) ou à La République en Marche (Francis Giudici dans la 2nde de Haute-Corse). Ce dernier cas est intéressant car il montre que même face à un candidat « macronien », c’est le représentant des nationalistes qui a bénéficié des meilleurs reports et qui a eu la dynamique pour lui.

L’analyse de la carte de la progression du candidat nationaliste entre les deux tours fait apparaître des gains particulièrement massifs dans des communes politiquement très diverses. Jean-Félix Acquaviva progresse ainsi de 30 à 40 points dans la région de Calvi et notamment dans les communes qui avaient le plus fortement voté pour le divers droite Jean-Martin Mondoloni . Cet électorat a donc manifestement basculé en faveur du régionaliste contre le candidat « macronien », Francis Giudici. Ceci est corroboré par les reports très élevés en faveur d’Acquaviva à Aléria et Tallone, dont les maires avaient activement soutenu le divers droite Mondoloni au 1er tour. On retrouve le même phénomène au nord de la circonscription dans des communes comme Ortiporio, Monte, Loreto-di-Casinca ou Silvareccio, qui avaient elles-aussi fortement voté Mondoloni. L’orientation « corsiste » de ce dernier peut expliquer en partie que  le choix de ses électeurs se soit préférentiellement porté sur le candidat régionaliste. Mais la dynamique qui a porté Acquaviva n’a pas émané que de l’électorat « mondoloniste ». On constate en effet de très bons reports dans les communes où la candidate des Républicains, Stéphanie Grimaldi, avait enregistré ses meilleurs résultats au 1er tour. C’est tout à fait flagrant dans sa propre commune de La Porta où elle avait obtenu 64,1% au 1er tour. Au 2nd tour, Acquaviva l’emporte avec un score écrasant de 86% des voix et progresse de … 63 points d’un tour à l’autre quand Giudici n’améliore son score que de 8 points … Même constat par exemple dans le village de Taglio-Isolaccio ayant pour maire la filloniste, Marie-Thérèse Mariotti : +49 points pour Acquaviva contre +17 points pour Giudici .

 

L’analyse des reports dans cette circonscription montre donc que le candidat régionaliste a bénéficié du soutien d’une bonne partie des électeurs divers droite « corsiste » mais aussi des électeurs des Républicains. Cette capacité à agréger des électorats hétéroclites a donné naissance à la puissante dynamique d’entre deux tours des régionalistes qui se retrouve dans les autres circonscriptions où ils étaient présents au second tour. Ainsi, alors qu’Acquaviva, opposé à un candidat de La République en Marche, a su capter une part importante de l’électorat de droite, dans les deux autres circonscriptions, c’est l’électorat « macronien » que les régionalistes sont allés chercher pour vaincre la droite. 

Ainsi, comme le montre la carte suivante, c’est dans les communes où François Orlandi, candidat LREM, et Julien Morganti, candidat divers gauche / dissident d’En Marche !, avaient fait leurs meilleurs scores au 1er tour, que le régionaliste Michel Castellani progresse le plus spectaculairement d’un tour à l’autre dans la 1ère circonscription de Haute-Corse.

 

A l’autre extrémité de l’île, on observe le même phénomène dans la seconde circonscription de Corse du Sud. Si la progression du régionaliste Paul-André Colombani est relativement limitée dans la vallée du Taravo, où la droite dispose encore de solides relais, elle a été en revanche spectaculaire dans toutes les communes dans laquelle Charles Orsucci, candidat LREM, avait performé au 1er tour. C’est le cas notamment dans sa ville de Bonifacio où Orsucci a recueilli 59,3% des voix au 1er tour. Au 2nd, Colombani vire en tête avec 55,6% des voix (soit une progression de 44 points quand Rocca-Serra ne gagne « que » 21 points). C’est le cas également à Pietrosella (dont le maire était suppléant d’Orsucci), à Cozzano, Santa-Maria-Siché ou bien Olmeto, communes dont les maires soutenaient Orsucci au 1er tour. Parallèlement à ces reports de l’électorat « macronien », le candidat régionaliste a également bénéficié d’apports de voix communistes ou insoumises avec des progressions au 2nd tour particulièrement fortes à Ocana ou Bilia, où la gauche de la gauche avait recueilli de bons résultats au 1er tour ou bien encore à Sartène.

Les ressorts de la victoire des régionalistes.

Comme on l’a vu, la capacité à incarner le changement face à un système politique insulaire figé depuis des années, combinée à l’affaiblissement des clans traditionnels a constitué l’une des principales clés de la victoire pour les régionalistes.

Par ailleurs, il convient de rappeler qu’historiquement, les « natios » avaient été lourdement pénalisés par leurs divisions et par le recours à la violence d’une partie de cette mouvance.  Le renoncement clair et net à la lutte armée a crédibilisé et normalisé le nationalisme comme force politique responsable et présentable. En gagnant une grande ville comme Bastia puis la Collectivité Territoriale, les « natios » ont par ailleurs, fait preuve de leur capacité à gérer sans violences et sans difficultés de grandes collectivités locales . Et au second tour des régionales, comme cette année dès le premier tour des législatives, ils ont su se rassembler et présenter des candidats d’union, ce qui a alimenté leur dynamique alors que les autres forces politiques apparaissaient très divisées. 

La comparaison des résultats de 1er tour entre 2012 et 2017 est de ce point de vue assez instructrice. Si la progression est spectaculaire dans la seconde circonscription de Haute-Corse (avec un score de 17% en 2012 contre 36,4% cette année) et conséquente dans la 1ère circonscription de Corse du Sud (de 16,9% à 21,4%) elle est beaucoup plus modeste (de 28% à 30,4%) dans la 1ère de Haute-Corse et inexistante dans la 2ème de Corse du Sud (de 29,3% à 29,1%). Mais cette stabilité masque le fait qu’à  l’époque, cet étiage correspondait aux scores cumulés de 2 voire 3 candidats régionalistes ou nationalistes qui se concurrençaient dans chaque circonscription privant ainsi leur famille politique de l’accès au 2nd tour. La leçon a désormais été retenue. Hormis dans la 2ème circonscription de Haute-Corse où la disparition du système Giacobbi a libéré un électorat qui s’est en partie reporté sur les nationalistes, ces derniers n’ont en fait que peu progressé au 1er tour par rapport à 2012. Mais en optant pour des candidatures uniques, ils ont pu cette année accéder au 2nd tour et surtout créer une dynamique vertueuse .

Depuis plusieurs années, les nationalistes ont dicté l’agenda politique et su mettre au cœur du débat toute une série de sujets très populaires : la protection du littoral (interdiction du bétonnage des côtes), la co-officialité de la langue corse, le rapprochement des prisonniers politiques sur l’île, la maîtrise du foncier, le statut de résident, et plus récemment la préférence insulaire à l’embauche, etc… Non seulement ces thématiques sont populaires, mais bon nombre d’acteurs politiques locaux les ont reprises à leur compte, venant ainsi légitimer le programme des « natios ». 

Cette capacité à imposer les termes du débat, une grille de lecture, et même un vocabulaire, n’est pas sans rappeler la situation prévalant en Catalogne espagnole ou d’après un élu socialiste catalan interrogé par Le Monde « les indépendantistes ont gagné la bataille du récit » . Un autre parallèle avec le contexte catalan peut également être fait du point de vue de l’influence de l’enseignement de la langue et de la culture régionale qui est venue raviver le sentiment national dans les jeunes générations (l’université de Corte étant un des foyers du nationalisme corse).  En ce sens, «les natios » récoltent aujourd’hui, dans un contexte particulier, les fruits d’un travail idéologique de fond initié depuis plus de 30 ans. 

Leur victoire aux législatives va conforter leur dynamique. Ils abordent le prochain scrutin régional en position très favorable et leurs adversaires risquent d’être encore davantage fragilisés en cas de victoire de Siméoni et de Talamoni. En Haute-Corse comme en Corse-du-Sud, de par les emplois publics, les investissements et les subventions qu’ils génèrent et contrôlent, les Conseils départementaux étaient les bras armés du clanisme. Si les nationalistes prennent le contrôle de la future collectivité unique (qui remplacera les Conseils départementaux et la collectivité Territoriale Corse), ils auront alors les coudées franches pour mener leur agenda.  

 
Remerciements : Nous remercions chaleureusement Charlène Jacquetton pour son aide sur la partie cartographique et Antoine Albertini pour les informations et les éléments qu’il nous a gentiment fournis
 

 

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Paulquiroulenamassepasmousse
- 03/12/2017 - 21:48
Une seule solution .....
Pour se débarrasser de la Corse. Obtenir du congrès l'autorisation de faire un référendum sur l'indépendance de la Corse ...Puis faire voter l'ensemble des Français. Indépendance garantie ! Comme pour l'Algérie. Quand on voit l'état de l'Algérie malgré tout son pétrole, .................On imagine ce que sera la Corse indépendante 55ans plus tard avec ses glands et ses châtaignes.....
A M A
- 03/12/2017 - 18:44
La Corse, enjeu stratégique
La Corse, enjeu stratégique majeur en Méditerranée largement convoité. S'attendrir sur le émotions des indépendantistes parait un peu dérisoire, au lieu de se préoccuper de savoir quelles puissances intéressées par l'éviction de la France de cette île les soutient. L'Union pour la Méditerranée n'est pas une galéjade, mais un objectif dans lequel la Catalogne est l'un des segments du périmètre manquant encore au façonnage de la suprématie du futur dominateur.. Pauvres Corses qui se figurent que se séparer de la France va assurer leur indépendance alors qu'ils s jettent dans les bras d'on ne sait trop qui. Encore cette éternelle histoire de Charybde et Scylla.