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Redoublement : pourquoi il est urgent de cesser de confondre les causes et les conséquences de l’échec scolaire
Publié le 30 novembre 2017
Le redoublement alors qu'il avait été supprimé devrait être rétabli par le ministre de l'Education nationale, ce qui n'est pas sans inquiéter parents et élèves.
Jean-Paul Brighelli est délégué Education de Debout la France. Professeur agrégé de lettres, enseignant et essayiste français, il est également l'auteur ou le co-auteur d'un grand nombre d'ouvrages parus chez différents éditeurs, notamment...
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Jean-Paul Brighelli est délégué Education de Debout la France. Professeur agrégé de lettres, enseignant et essayiste français, il est également l'auteur ou le co-auteur d'un grand nombre d'ouvrages parus chez différents éditeurs, notamment...
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Le redoublement alors qu'il avait été supprimé devrait être rétabli par le ministre de l'Education nationale, ce qui n'est pas sans inquiéter parents et élèves.

Atlantico : Le redoublement en cas d'échec en fin d'année scolaire a été quasiment supprimé en 2014 (sauf volonté des parents ou cas exceptionnels), car la Ministre de l'Education de l'époque, Najat Vallaud-Belkacem, le trouvait majoritairement inefficace. Aujourd'hui, Jean-Michel Blanquer préparerait un décret pour rétablir le redoublement. Reste cependant la question des "redoublements secs" ou "inefficaces", qui sont non seulement une réalité mais surtout une majorité. Pour s'en prémunir, le Ministre actuel souhaiterait que les redoublements restent "exceptionnels", mais surtout il compte rendre aux professeurs la responsabilité des décisions. Avec cet assouplissement, ne risque-t-on pas d'avoir un enseignement à deux vitesses, l'un pratiquant un redoublement sélectif et élitiste, et l'autre suivant la ligne pédagogiste de Najat Vallaud Belkacem ? 

Jean-Paul Brighelli : Mais nous avons déjà un enseignement à deux vitesses — selon que les enseignants suivent (de près, de plus loin ou de très loin) les consignes prodiguées dans les ESPE, conformément aux vœux du Conseil Supérieur des Programmes (le départ de Michel Lusseau n'a rien changé pour le moment) et des pédagogistes qui occupent tous les échelons de l'Education nationale, tant ils se sont cooptés les uns les autres ! Nous avons un enseignement à deux vitesses selon que vous dépendez (ou non) d'une carte scolaire qui vous envoie dans un ghetto scolaire, ou dans un établissement pédagogiquement éclairé ! La répartition se fait strictement sur des critères financiers — en fonction des loyers de votre lieu d'habitation. Sidérant, non ? On n'enseigne pas de la même manière à Saint-Denis et à Paris Vème arrondissement. Et l'on redouble moins à Henri-IV qu'au collège Jean-Claude Izzo dans les Quartiers Nord de Marseille — ou on passe en meilleur état.

Dans ce contexte, redoubler n'a plus la moindre importance. J'ai fait des centaines de conseils de classe, j'ai voté pour des dizaines de redoublements — quand, en mon âme et conscience, je pensais qu'il pouvait être profitable à l'élève. Mais si l'enseignement ne s'améliore pas, si l'on persiste à faire garderie, à évaluer des "compétences" au lieu de transmettre des savoirs, quelle importance désormais ?

Ce n'est plus même pour des raisons pédagogiques (ou idéologiques) que l'on en est arrivé à supprimer l'hypothèse même des reodublements. C'est pour des raisons comptables. Selon les filières et le niveau de classe, un élève coûte de 6000 à 12 000 euros par an. Pourquoi croyez-vous que le niveau de réussite au Bac est si élevé ? Parce que 11% de redoublants, en Terminale, cela coûte déjà près d'un milliard d'euros. Alors, davantage…

À l'autre bout de l'échelle, que signifie redoubler le CP, sinon que la méthode d'apprentissage du Lire et de l'Ecrire était déficiente ? La méthode, et très rarement l'élève ! Quand le ministre, qui au fond est favorable à une méthode alpha-syllabique, va-t-il se résigner à l'imposer à des instituteurs formés idéologiquement dans les défunts IUFM ou les actuels ESPE par des maniaques du départ global et de l'idéo-visuel ? Virons-les — ça, ça nous fera des économies !

La question de l'échec scolaire ne passe évidemment pas que par le reboublement. Quels sont les modèles pédagogiques  envisageables qui permettraient , tout en maintenant une possibilité raisonnable d'encourager un redoublement, sans pour autant tomber dans l'égalitarisme qui conduit à tant d'échecs finaux ?

J'ai proposé depuis longtemps, et je ne suis pas le seul, des modules de remise à niveau intensif sur quelques semaines ou quelques mois. Un redoublement prononcé en juin ne concerne plus forcément l'élève tel qu'il est en septembre : souvent il faudrait (et il suffirait de) procéder à une remédiation ciblée. En pratiquant de façon intensive la matière la plus déficitaire. Cela reviendrait bien moins cher qu'un redoublement sec — et surtout, ce serait bien plus efficace en ombre portée dans les années à venir. Parce que ce ne serait pas pour l'élève un échec, mais une béquille temporaire. Reste à voir si le ministère veut investir de l'énergie dans ce genre de projet, qui romprait avec l'agenda strictement annualisé des programmes scolaires.

90% des difficultés des élèves viennent d'insuffisances dans la maîtrise de la langue, parlée et écrite. C'est prioritairement l'enseignement du français qu'il faut redynamiser, parce que la langue seule permet de comprendre un problème de maths, la langue seule permet de rédiger un devoir d'Histoire. Mais on a choisi d'appauvrir l'enseignement du français : commençons donc par redonner aux collégiens les 600 heures de français, entre la sixième et la troisième, que vingt ans de petites économies leur ont volées. Et ils redoubleront moins. C'est un investissement ponctuel, générateur d'économies d'envergure à terme — mais quel énarque est capable, à Bercy, de calculer au-delà d'un an ?

 
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vangog
- 02/12/2017 - 13:28
@thymthym711 parfaitement d’accord!
L’apprentissage du français doit être rétabli intégralement. Et cet apprentissage doit débuter dès l'école élémentaire...beaucoup plus fondamental que « les enseignements pour questionner le monde, les enseignements artistiques (arts plastiques et éducation musicale) ou l’enseignement moral » (Ce n’est pas à l’ecole d’apprendre la morale aux enfants)
thymthym711
- 30/11/2017 - 22:37
La connaissance du français avant tout.
"Mais on a choisi d'appauvrir l'enseignement du français : commençons donc par redonner aux collégiens les 600 heures de français, entre la sixième et la troisième, que vingt ans de petites économies leur ont volées."
Quatre heures de français par semaine font environ 600 heures en quatre ans. Si 600 heures avaient été "volées" il ne resterait quasiment plus d'enseignement de cette discipline. Mais peu importe ! Il est vrai que l'enseignement du français a été terriblement rogné. Sur les quatre années cela doit représenter plus d'un quart de l'horaire d'autrefois. Il serait par exemple très judicieux de supprimer une discipline comme la technologie (qui peut être enseignée en lycée de manière bien plus efficace et utile pour ceux qui seraient intéressés par la voie technologique) et de rendre au français l'heure et demi hebdomadaire ainsi récupérée.
Quant au redoublement, il faut bien se dire que nombre d'élèves qui recommencent une classe ne sont pas de vrais redoublants. En fait il y a des élèves qui, dans l'année, ne font rien ou presque rien durant les cours et en dehors des cours. C'est comme s'ils n'avaient pas fait l'année en question. Ils ne sont donc pas des redoublants.
kelenborn
- 30/11/2017 - 15:48
OUI
Ayant été prof d'économie pendant 11 ans, j'ai aussi quelques idées sur l'EN et ayant fait de l'économie cela aide aussi comme on dit. Brighelli nous explique , à juste titre , que le ministère est vérolé par des pédagogistes. On n'a pas de mal à le croire, tout en précisant que le sabotage de l'enseignement a surtout pour objet , au côté des discriminations positives de casser l'ascenseur social qui menace les dominants. Mais quand Brighelli nous explique que le non redoublement répond à des soucis budgétaires, on rigole!!! Le bac est aujourd'hui distribué comme les confettis à la sortie de l'église et le résultat en a été le gonflement du nombre d'étudiants. Il y a 30 ans, avec bac+4, 30% d'une génération trouvait du boulot. Aujourd'hui on est à bac +6 pour le plus grand profit des universitaires. Combien coûte un étudiant? Et ce système a un immense avantage: quand vous êtes étudiants, vous n'êtes pas...demandeur d'emploi! Les têtes pensantes du ministère de l'EN ne débordent peut-être pas de neurones mais les cranes d'oeuf de Bercy si !!!