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Deux poids deux mesures
Crise humanitaire au Yémen : cachez moi cette famine gravissime imputables à nos alliés saoudiens que nous ne saurions voir
Publié le 10 novembre 2017
Famine, épidémie de choléra, morts par milliers... Chaque jour le conflit au Yemen fait de plus en plus de victimes. On peut alors raisonnablement s'étonner de la différence d'intérêt, tant diplomatique que médiatique, qu'y portent les pays occidentaux si prompts à condamner les exactions en Syrie.
Ardavan Amir-Aslani est avocat et essayiste, spécialiste du Moyen-Orient. Il tient par ailleurs un blog www.amir-aslani.com, et alimente régulièrement son compte Twitter: @a_amir_aslani.
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Famine, épidémie de choléra, morts par milliers... Chaque jour le conflit au Yemen fait de plus en plus de victimes. On peut alors raisonnablement s'étonner de la différence d'intérêt, tant diplomatique que médiatique, qu'y portent les pays occidentaux si prompts à condamner les exactions en Syrie.

Atlantico : Comment peut-on expliquer la différence de traitement et d'attention d'abord diplomatique, puis médiatique, entre les conflits en Syrie et au Yémen ? Quels sont les ressorts de cette double prise de vue alors que dans les deux cas la situation sur place est catastrophique ?

Amir Aslani : Hélas, la realpolitik l’emporte sur tous les autres critères. Le Yémen n’intéresse personne. Le pays le plus pauvre du monde arabe n’intéresse pas les grandes puissances internationales. Le pouvoir d’achat y est très restreint malgré sa population de 29 millions de personnes. Il n’y aucun enjeu économique majeur dans ce pays alors même que sa position géostratégique est des plus importantes avec la ville d‘Aden qui permet un contrôle efficace sur la porte d’entrée de la mer rouge avec le Bâb el Mandeb. Les pays occidentaux semblent se satisfaire de leur présence à Djibouti, de l’autre côté de la mer rouge à cet égard d’où les drones prennent pour cibles les milices d’Al Qaeda.

L’Arabie Saoudite, qui pour le coup, intéresse tous les pays occidentaux de par ses richesses minières d’hydrocarbures a d’ailleurs tout fait pour isoler ce pays considérant d’après la phrase apocryphe attribuée à Ibn Saoud, le fondateur du royaume, qui aurait dit que le bonheur de l’Arabie passe par le malheur du Yémen. Et pourtant l’Arabie heureuse de Sindbad dont on parle dans les livres est le Yémen et pas l’Arabie Saoudite.

L’absence également de la présence d’une population importante occidentale dans ce pays participe également à le rendre inintéressant. En fait, alors qu’il y a des milliers de djihadistes occidentaux n Syrie, il n’en va pas de même pour le Yémen. L’occident a donc tendance à s’intéresser davantage à la Syrie où l’Europe y dispose de plus d’enjeux, ne serait-ce que dans le combat contre le terrorisme islamiste. La proximité géographique de la Syrie avec l’immigration massive issue de ce pays vers les autres pays du rivage méditerranéen fait que la Syrie occupe le devant de la scène médiatique et diplomatique.

Est-ce que cette différence de regards est généralisable à tous les pays occidentaux ? Comment expliquer ces différences s'il y en a ?

L’indifférence n’est pas généralisable à l’ensemble des pays européens. Les pays nordiques ont en effet un autre regard sur la crise yéménite. Un regard plus proche des réalités de terrain. En effet, alors que les conflits secouant le Yémen représentent le plus grand enjeu humanitaire du moment, si on écarte le sort des Rohingyas de Myanmar, la diplomatie internationale et les médias ont tendance à ne pas y accorder l’attention que la crise mérite. Ceci est due au fait que les autres pays arabes belligérants dans le conflit yéménite sont des alliés importants de certains pays européens comme la France et l’Angleterre avec des enjeux économiques majeurs notamment dans le domaine de l’armement et des infrastructures.

La France en particulier ferme les yeux sur les exactions que subit le Yémen par crainte d’offenser ses alliés Saoudiens et Emiratis. C’est ainsi que l’on oublie que 7 millions de personnes sont au bord de la famine au Yémen et qu’un demi-million de yéménite sont touchés par le choléra, maladie que l’on croyait oublié en ce troisième millénaire. Ce constat de la souffrance du peuple yéménite n’empêche pas le chef d’Etat français de rendre visite aux dirigeants des Emirats Arabes Unis et l’Arabie Saoudite sans que le conflit yéménite occupe une juste place dans les sujets abordés. L’inauguration du Louvre Abou Dhabi est ainsi traitée de manière largement prioritaire par rapport à la souffrance de toute une nation voisine.

Le fait également que ces pétromonarchies du golfe persique disposent dans certains pays occidentaux de relais médiatiques important et de « soft power » font que les gouvernants des pays concernés ne sont pas enclins à les prendre pour cibles. Les équipes de foot et autre relais d’opinions, comme les universités européennes disposant de campus dans ces pays jouent leur rôle de blocage et d’auto censure des médias et des gouvernants européens. Quelque part les milieux intellectuels et culturels sont complices de cette tragédie, ne serait-ce que par leur silence volontaire.

Le silence assourdissant des principales puissances occidentales n'est-elle pas dangereuse sur le long terme vis-à-vis de nos intérêts sur place sachant que l'intervention des saoudiens a aussi pour effet de renforcer la présence de l'Iran et de Al-Qaeda dans la péninsule arabique (AQPA) au Yémen ?

La guerre que livre l’Arabie Saoudite au Yémen contre le pouvoir Zaydite, apparenté chiite, au nord a eu pour effet d’unir l’ensemble du peuple yéménite dans la haine contre les Saoudiens. Les médias occidentaux ont tendance à représenter la guerre civile au Yémen comme un conflit entre un groupuscule armé, les Houthis, contre le pouvoir légitime yéménite qui n’a d‘ailleurs était élu par personne. Les Houthis représentent l’aspiration de la moitié de la population du Yémen de retrouver l’indépendance qu’ils ont connu pendant 9 siècles. Rappelons, en comparaison, que l’indépendance de l’Arabie Saoudite ne date que du début 20e siècle.

Plus de trente milles mort civils avec la quasi totale destruction des infrastructures ont plongé le Yémen dans le désarroi le plus complet. Les Houthis qui contrôlent la capitale Sana que les Saoudiens malgré une supériorité militaire totale n’ont pas réussi à reconquérir après presque trois ans de guerres se tournent naturellement vers l’Iran chiite et ce en dépit des différences qui caractérisent ses deux versions du chiisme permettant de la sorte à l’Iran d’y exercer une certaine influence et de mener une guerre indirecte aux Saoudiens.

L’Arabie Saoudite a donc réussi l’exploit d’unir aussi bien les 14 millions de chiites que les 15 millions de sunnites dans une volonté de vengeance contre Ryad. Les bombardements aléatoires et sauvages saoudiens qui prennent de manière indiscriminée pour cible autant les hôpitaux, les écoles et les processions funéraires que des objectifs militaires ont finis par unir le Yémen dans la haine de Ryad, chose que 80 ans d’écart de niveaux de vie n’avaient pas réussi à accomplir.

A terme la défaite saoudienne est inéluctable et c’est à ce moment-là que le rideau s’élèvera sur ce qui sera devenu non plus le croissant chiite mais une véritable pleine lune allant de l’Iraq au Yémen.

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gwirioné
- 10/11/2017 - 23:41
Fumiste!
Article bidon, en particulier pour les chiffres.Le(s) Yemen était sous domination ottomane jusqu'en 1918. Depuis , des guerres internes incessantes incompréhensibles pour les Occidentaux, dues à des relations sociales-tribales très complexes. Il n'y a pas de "bons" ou de "mauvais" partis, seulement des alliances tribales(religions calquées sur les appartenances) appuyées sur des alliances extérieures (se souvenir de Nasser) dont nous n'avons rien à faire.
Deneziere
- 10/11/2017 - 20:44
L'oeuf ou la poule ?
Les états sunnites peuvent-ils se laisser en encercler par des forces chiites ? Avant de nous parler de différence de traitement médiatique, parlez-nous des ingérences iraniennes dans la région.