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MST

Mais comment s’explique la hausse record des maladies sexuellement transmissibles ?

Publié le 29 septembre 2017
Le rapport annuel de surveillance des maladies sexuellement transmissibles montre que plus de 2 millions d'américains ont été touchés par une MST en 2016. Un record aux États-Unis.
Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier. 
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Le rapport annuel de surveillance des maladies sexuellement transmissibles montre que plus de 2 millions d'américains ont été touchés par une MST en 2016. Un record aux États-Unis.

Atlantico : Comment expliquer une telle progression des MST dans le pays? Ce phénomène est-il également observable en France ?

Stéphane Gayet : L’histoire des maladies sexuellement transmissibles ou infections sexuellement transmissibles (MST ou IST) a été fortement influencée par la pandémie de sida. Le début apparent de cette dernière date de 1981. Après une phase de sidération et de doute due à l’effet de nouveauté créé par cette maladie d’un nouveau type, vraiment très singulière, une prise de conscience collective s’est lentement effectuée. Cette nouvelle maladie, le sida, était alors constamment et implacablement mortelle. Qui plus est, son agent infectieux était transmis par voie sexuelle. Des personnages médiatiques en sont morts en série, parmi lesquels des artistes très talentueux et justement appréciés. Le mot d’ordre préventif était alors l’utilisation d’un préservatif. Des campagnes de prévention se sont multipliées, s’appuyant essentiellement sur l’utilisation du préservatif.

Étant donné que la pandémie galopante de sida a entraîné une peur ambiante dans les années 1980 et jusqu’au début des années 1990, l’utilisation du préservatif s’est effectivement répandue, notamment chez les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH), car le spectre de la mort par le sexe faisait vraiment peur. Il faut ajouter que, non seulement le sida tuait systématiquement, mais qu’en plus la fin de la vie était une sorte de déchéance physique pénible à tous points de vue.

La prévention de la contamination par le virus VIH, grâce à l’utilisation du préservatif, a eu pour effet, non seulement la baisse de l’incidence (nombre de nouveaux cas par an) de l’infection par le VIH, mais aussi celle de l’incidence des autres maladies sexuellement transmissibles, comme la gonorrhée (infection génitale à gonocoque), la chlamydiose (infection génitale à chlamydia) et la syphilis (infection par le tréponème). Il est indéniable que, du fait de la peur du sida, l’augmentation de l’observance des mesures préventives a fait baisser d’une façon importante le nombre des autres infections sexuellement transmissibles.

Mais cet effet d’entraînement n’a pas perduré. En 1996, la trithérapie antirétrovirale a été instaurée comme le traitement de référence de l’infection par le virus VIH. Cette trithérapie, on le sait bien, a permis de stabiliser les personnes infectées et les préserver ainsi de l’aggravation et de la mort. Au fur et à mesure que cette trithérapie s’est améliorée (plus commode, moins d’effets secondaires), on a assisté à une sorte de banalisation de ce triple traitement antiviral pourtant lourd. L’infection par le virus VIH est passée de la maladie mortelle à la maladie chronique qui permettait de continuer à vivre d’une façon proche de la normale. Cette modification de la perception de l’infection a de toute évidence été à l’origine d’un relâchement de la prévention sexuelle. Car les deux maladies sexuellement transmissibles graves, à savoir le sida et la syphilis, semblaient vaincues : la première par la trithérapie, la seconde par les antibiotiques.

Parallèlement à la disparition de la peur de la mort ou de la maladie grave, pour différentes raisons parmi lesquelles l’explosion de l’utilisation d’internet et des réseaux sociaux, une importante partie des adolescents et adultes jeunes s’est mise à évoluer vers une activité sexuelle sans tabou, débridée, déculpabilisée et souvent insuffisamment réfléchie quant aux conséquences possibles. L’activité sexuelle des HSH est devenue plus ouverte, beaucoup d’hommes n’hésitant pas à faire connaître leur affinité sexuelle. Les clubs, réseaux, soirées, séances et associations ont décuplé. C’est comme une deuxième libéralisation sexuelle, après la première qui a suivi la généralisation de la pilule contraceptive. L’une des conséquences de cela a été l’augmentation nette des autres maladies sexuellement transmissibles comme la chlamydiose, la gonorrhée ou gonococcie, mais aussi à moindre degré la syphilis. Un phénomène est frappant, c’est l’augmentation du nombre d’infections rectales sexuellement transmises. Elle ne concerne pas que les HSH, mais aussi des personnes hétérosexuelles se laissant tenter par le plaisir nouveau de la sodomie qui se répand d’autant plus qu’elle est en elle-même une façon non médicamenteuse d’éviter la grossesse. Mais la muqueuse rectale est plus réceptive aux infections que la muqueuse génitale.

En France, les infections sexuellement transmissibles bactériennes augmentent en effet. Les différents réseaux de surveillance ont ainsi constaté, entre 2013 et 2015, une augmentation de 10 % des infections à chlamydia (surtout chez des jeunes femmes), de 47 % des cas de lymphogranulomatose vénérienne rectale (autre type d’infection à chlamydia) et de 92 % des autres infections rectales à chlamydia (exclusivement chez les homosexuels). Les gonococcies augmentent de 100 % chez les homosexuels ; chez les hétérosexuels : de 32 % chez les femmes et de 8 % chez les hommes. Les syphilis précoces ont augmenté de 56 % chez les homosexuels (et plus faiblement chez les hétérosexuels). L’incidence est élevée chez les homosexuels coinfectés par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) (le quart des syphilis surviennent chez des sujets séropositifs VIH).

1,6 million des nouveaux cas provient de la chlamydia, 470 000 de la gonorrhée et près de 28 000 de la syphilis. Quels sont les risques présentés par ces maladies? Peut-on voir dans un recul du HIV dans ces chiffres?

La plupart de maladies infectieuses sexuellement transmises peuvent être graves, en tout cas avoir des conséquences plus ou moins sévères.

Les infections à chlamydia chez l’homme peuvent donner une prostatite et une infection d’autres glandes de l’appareil génital dont les conséquences peuvent être importantes. Chez la femme, ces infections peuvent atteindre les trompes utérines et le pelvis ou petit bassin, partie basse de l’abdomen. Il peut en résulter des douleurs prolongées du bas ventre et une stérilité. L’infection peut également se propager à d’autres organes et donner des atteintes sévères.

La gonorrhée ou plutôt la gonococcie (gonorrhée désignant la forme masculine habituelle de l’infection, c’est-à-dire l’urétrite) peut donner chez l’homme un rétrécissement cicatriciel de l’urètre (canal du pénis allant du méat ou orifice urinaire externe à la vessie en passant par la prostate), ce qui est grave et doit être opéré. Elle peut donner également une prostatite et une infection d’autres glandes de l’appareil génital masculin. Ces atteintes sont douloureuses, peuvent durer plus ou moins longtemps et donner des complications très gênantes. Chez la femme, l’infection à gonocoque peut également donner des complications sévères de l’appareil génital. De plus, le gonocoque peut se répandre dans le corps et donner des infections à distance de l’appareil génital, par exemple des infections articulaires ou arthrites.

La syphilis est la plus grave des infections bactériennes sexuellement transmises. Dans sa forme tertiaire (des moins après la contamination), elle peut atteindre d’une façon grave le système nerveux et l’appareil cardiovasculaire. La paralysie générale est la forme la plus évoluée de la neuro syphilis, stade dramatique, mais heureusement historique de cette affreuse maladie.

L’augmentation de ces maladies bactériennes est de plus associée à une diminution de la sensibilité aux antibiotiques de ces différentes maladies. Ces deux phénomènes sont intriqués et constituent ensemble une forte préoccupation de santé publique. Cette augmentation est sans conteste liée au fait que l’infection par le virus VIH ne fait plus peur comme elle le faisait. Elle est à rapprocher du contrôle relatif de la pandémie mondiale à virus VIH. Le recul constaté de l’infection à VIH reste encore fragile et le combat contre le sida est loin d’être gagné.

Quels sont les moyens permettant de faire face à cette progression? Que peuvent faire les pouvoirs publics pour endiguer le phénomène?

Il est certain que l’on assiste aujourd’hui à une banalisation des expériences sexuelles de tous types, notamment par le canal de l’internet et des réseaux sociaux. Les risques semblent apparemment maitrisés, à savoir celui de la grossesse et celui des infections sexuellement transmises. Pour la grossesse, la contraception primaire et celle après rapport sexuel semblent mettre à l’abri de toute grossesse non désirée. Concernant les infections, la trithérapie antivirale et les antibiotiques semblent mettre à l’abri de toute infection grave. On se rend compte que, s’agissant du deuxième point, nous en sommes loin.

Force est d’admettre que l’utilisation du préservatif et l’observance de règles d’hygiène sexuelle sont nécessaires pour se protéger. Les antibiotiques sont moins efficaces et il n’existe pas de vaccination. L’hygiène sexuelle consiste à ne pas avoir de relation sexuelle pendant les menstruations, à éviter les traumatismes créés par des pénétrations violentes, à se nettoyer les muqueuses génitales après un rapport sexuel et à limiter le nombre de partenaires sexuels. Concernant ce dernier point, les sites de rencontre à fin sexuelle, les incitations de toutes parts à une sexualité débridée sont des dangers. Le vagabondage sexuel, la multiplicité des partenaires comportent des risques bien réels et très insuffisamment connus. Bien sûr, la fidélité fait partie des mesures d’hygiène sexuelle, mais elle ne suffit pas toujours.

Après une relation sexuelle nouvelle, il faut être très attentif à ses organes génitaux et consulter un médecin au moindre signe. Un traitement antibiotique précoce peut éviter bien des complications.

Les pouvoirs publics vont probablement refaire une campagne d’information et de sensibilisation, sous la forme de spots télévisés ou radiophoniques, d’encarts dans les journaux et d’affiches. Mais c’est un travail de fond qu’il faut entreprendre, face à la banalisation du sexe qui est bien réelle aujourd’hui et qui est un piège particulièrement dangereux.

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moneo
- 30/09/2017 - 10:10
BOF
ça n'arrive qu'aux autres
assougoudrel
- 29/09/2017 - 23:10
Des nœuds coulant
ça a toujours existé. Dans les années 70, j'ai connu un jeune appelé antillais qui, après avoir fricoté avec une "fille perdue" s'est retrouvé avec le sang empoisonné. Le Sida n'était pas encore connu. Ceux qui se faisaient piquer à la pénicilline (ils étaient millionnaire) faisaient très attention par la suite, car, parait-il, s'était très douloureux.
patafanari
- 29/09/2017 - 10:57
On ne prête pas sa poupée gonflable.
Et j'ai interdit à mon robot sexuel d'aller partouzer avec d'autres machines.