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La France, seul pays européen du chômage de masse ? Cette curieuse phrase d'Emmanuel Macron qui révèle une approche biaisée des problèmes du pays
Publié le 25 août 2017
Le chômage est reparti à la hausse en juillet en France. Selon le chef d'Etat, la France est ainsi "seule grande économie européenne qui n'a pas gagné face au chômage de masse."
Universitaire, Edouard Husson a dirigé ESCP Europe Business School de 2012 à 2014 puis a été vice-président de l’Université Paris Sciences & Lettres (PSL). Il est actuellement professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (à l’Université...
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Nicolas Goetzmann est responsable du pôle Economie pour Atlantico.fr. Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :
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Le chômage est reparti à la hausse en juillet en France. Selon le chef d'Etat, la France est ainsi "seule grande économie européenne qui n'a pas gagné face au chômage de masse."

Atlantico : Lors de son déplacement en Autriche, au sommet de Salzbourg, Emmanuel Macron a indiqué "La réalité ? C'est que la France est la seule puissance économique européenne qui n'a pas gagné la bataille contre le chômage de masse.". Comment interpréter une telle déclaration alors même que le taux de chômage de la zone euro affichait toujours un taux de 9.1% à la fin du mois de juillet 2017 ?

Edouard Husson : Savez-vous à quoi l'on reconnaît un dirigeant français, dans une réunion internationale? Non plus, comme il y a quelques années, au fait qu'il parlerait mal anglais. Mais c'est le seul qui dit du mal de son propre pays. C'est un complexe qui remonte à la révolution française: c'est l'attitude fondamentale des émigrés qui, au lieu de défendre le roi, partent à l'étranger pour maugréer contre le pays. Depuis lors, génération après génération, sauf exception, gouvernants ou opposition en France, sont rapidement enclins à expliquer que la France n'est pas réformable, que les Français sont conservateurs, que le pays n'est jamais à la hauteur. Alors que nos malheurs viennent toujours de l'arrogance de nos propres élites, du refus des privilégiés, en 1788, de moderniser les finances publiques selon le plan proposé par Louis XVI au mythe du "modèle allemand" qui règne à Sciences Po et l'ENA depuis les années 1970. Dans le cas de Sciences Po, il faudrait dire années 1870: l'explication fondamentale de la défaite de 1871 par une partie des fondateurs de la IIIè république: est rapportée à une infériorité intellectuelle et économique  vis-à-vis de la Prusse alros que notre pays sort, à l'époque, d'une génération de décollage industriel et est en avance, économiquement, sur l'Allemagne. Je crains que la phrase du président français ne soit pas à interpréter comme une auto-critique des milieux dirigeants français - à commencer par l'inspection des finances, à laquelle il appartient, et qui, depuis Valéry Giscard d'Estaing, a fait le choix d'aligner la politique monétaire française sur celle de l'Allemagne. Cela fait quarante ans qu'à Paris on a oublié le pragmatisme économique, avec, effectivement, un chômage endémique, sur lequel nos gouvernants successifs s'apitoient quand ils font campagne et auquel ils se résignent quand ils sont au pouvoir. Rappellons-nous François Mitterrand, l'homme qui a gravé dans le marbre de l'euro la politique monétaire de Giscard mais qui expliquait d'un air contrit: "Contre le chômage on a tout essayé". 

 

Nicolas Goetzmann : Emmanuel Macron tient une sorte de discours performatif. Il n'est pas conforme à la réalité, mais il cherche à convaincre sur le thème d'une France enfermée dans la sous performance, signant ainsi son infériorité économique par rapport à l'Allemagne et à ses satellites. Avec un tel discours, on vise à convaincre les Français que maintenant, il va falloir "se retrousser les manches". Mais si l'on veut regarder la réalité, et en prenant les mots d'Emmanuel Macron, on constate une anomalie. Si par "puissance économique" Emmanuel Macron veut parler des grandes nations de la zone euro, c’est-à-dire l'Allemagne, la France, l'Espagne et l'Italie, on constate que l'intrus, c'est plutôt l'Allemagne. À la fin juillet 2017, le taux de chômage de l'Espagne était de 17.1%, celui de l'Italie était à 11.1%, celui de la France à 9.6% alors que celui de l'Allemagne est de 3.8% (données Eurostat) On voit bien que l'idée d'une France "seule puissance économique qui n'a pas gagné la bataille du chômage" ne correspond à rien de tangible. Mais le plus dérangeant, dans l'approche du chef de l'État, c'est de continuer à comparer les pays au sein de la zone euro, alors qu'il s'agit JUSTEMENT d'un ensemble. Et cet ensemble affiche un niveau global de chômage de masse, soit 9.1%, ce qui peut être comparé aux États Unis, 4.3%, au Royaume Uni ; 4.4%, et le Japon 2.8%. En prenant ce recul dans l'espace, on s'aperçoit donc que le problème n'est pas la France dans la zone euro, le problème est la zone euro dans le monde. Une réalité qui peut s'illustrer par un graphique réalisé par le Council on Foreign Relations, qui montre l'écart entre la croissance de la demande entre zone euro et États Unis au cours de ces dernières années :

Cet écart montre bien que la politique macroéconomique européenne a été totalement défaillante. Et si Emmanuel Macron veut vraiment réduire le chômage en France, il devra passer par l'échelon supérieur, s'occuper des équilibres macroéconomiques européens et non de faire la leçon sur ces Français mauvais élèves de la classe. 

De son côté, le journal le monde titrait son édition du 25/08 par un "la reprise de l'économie française se confirme". Ici encore, comment interpréter le paradoxe entre ces deux visions de l'économie française ? 

Edouard Husson : Là aussi, il y a d'illustres précédents: dans les années 1970, la gauche, à commencer par le journal Le Monde, se gaussait du premier ministre Raymond Barre, qui annonçait "la reprise au bout du tunnel". Puis, dans les années Mitterrand, on s'est mis soi-même à frémir au moindre bout de statistique encourageant. Avec les années, tout le monde, droite et gauche, s'est résigné à l'installation de ce que Jacques Chirac avait appelé, durant la campagne de 1995, "la fracture sociale". Aujourd'hui, vingt ans plus tard, alors que cette fracture s'est aggravée, le journal du monde dirigeant français a oublié qu'il y a une autre France, celle des perdants, non pas de la mondialisation - c'est tellement facile de se réfugier derrière des entités abstraites - mais des choix erronés de la politique française depuis quarante ans. Regardez d'ailleurs le phénomène psychologique qui est à l'oeuvre: à l'étranger, le président reconnaît, devant un pair, le chancelier autrichien, l'existence d'une "France périphérique"; au même moment, dans les frontières de l'Hexagone, le journal porte-parole du monde dirigeant français ignore cette même "France périphérique".  Peut-on imaginer une plus belle illustration de la "conscience de classe", à l'oeuvre dans la "France d'en haut"? 
 
Nicolas Goetzmann : reprise, mais le plus important est de montrer l'étendue des dégâts et le travail qui reste à faire avant de colmater ce que la crise nous a coûter. Pour se représenter l'effet de la crise, il suffit de prendre en référence la période comprise entre la création de l'euro et 2008; ou l'on pouvait constater une croissance de la "demande" (c’est-à-dire croissance + inflation) qui était de 4% chaque année. Puis, entre 2008 et 2016, ce taux a chuté à un rythme annuel moyen de 1.3%. Nous avons donc laissé en chemin 70% de notre croissance pendant une période de 8 ans. Il suffit de regarder dans le graphique ci-dessous l'écart entre la croissance que nous avons connu (en noir) et celle que nous aurions "théoriquement" pu avoir (en rouge) si la tendance de 1999-2008 s'était poursuivie.
 
PIB nominal France (ligne noire) et tendance PIB nominal sur la période 1999-2008
 
L'écart correspond à 23% de croissance nominale (qui est le synonyme de la demande), soit 500 milliards d'euros de "manque à gagner" annuels. À partir de là, il est bien de dire que la croissance repart en France, mais il ne faut surtout pas croire que la crise est finie. Cette crise a déjà couté 10 ans à la France et à la zone euro, et il est d'urgent d'agir massivement pour éviter de perdre une seconde décennie. 
 

Au delà de ces déclarations, le journal Die Welt , dans un article publié le 21 août dernier , interrogeait plusieurs prix Nobel d'économie sur l'avenir de l'économie mondiale. Edward Prescott, Prix Nobel 2004, a pu indiquer "Je suis très pessimiste à propos de l'Euro. La question est de savoir quelle sera l'étendue des dégâts causés par cette monnaie avant son effondrement". Une déclaration qui semble en total décalage avec le débat économique actuel en France. Comment expliquer un tel décalage ? 

Edouard Husson : Dans le monde anglophone, les universitaires et les politiques dialoguent. Vous verrez rarement des intellectuels mettre en cause radicalement le système; mais à l'inverse vous verrez souvent des dirigeants politiques consulter des savants. Le monde politique anglophone est habitué à la pluralité d'opinions et il la retrouve dans la réalité universitaire - il n'y a pas d'espace académique sans débat scientifique. Le débat sur l'euro a eu lieu, depuis les années 1990, mais pas en Europe , aux Etats-Unis, dans la communauté des économistes. On y trouve des défenseurs et des critiques de la monnaie unique européenne. L'Europe continentale, malheureusement, connaît rarement une telle liberté de discussion: les responsables politiques sont souvent des technocrates et ils préfèrent les experts aux universitaires.
 
Sur le fond, je pense qu'Edward Prescott a raison, à une nuance près. Les générations futures s'apitoieront sur nous comme nous nous demandons ce qui a rendu possible un aveuglement collectif tel que le communisme. L'Europe est un continent dynamique, le niveau éducatif est élevé, l'esprit d'entreprise est répandu et nous gâchons tout cela, depuis vingt-cinq ans par une politique monétaire centralisée digne du Gosplan. Comment voulez-vous allouer à un territoire aussi varié et divers que l'Europe la bonne quantité de crédit de manière uniforme, avec un seul taux directeur? Les marchés le savent bien, qui ne pratiquent pas les mêmes taux selon les pays de la zone euro. Même au plus fort de la deuxième révolution industrielle, celle des entreprises géantes et de la concentration de l'information, il aurait été difficile d'avoir une telle gestion centralisée de la monnaie; mais à l'âge de la révolution numérique, de la décentralisation des initiatives et du retour en force de la petite entreprise, c'est un contresens absolu. A cela vient s'ajouter le dogme allemand: pas de transfert financier au nom de la solidarité des nations d'Europe entre elles. L'euro est de plus en plus décalé avec la réalité de l'économie européenne; mais il n'éclate pas parce qu'il a le pouvoir de tuer l'initiative: regardez comment l'Italie, nation d'entrepreneurs et de créateurs, s'étiole. Une seule inflexion pourrait sauver l'euro: un partenariat avec la Chine et l'Asie en général pour susciter des investissements massifs en Europe. Il faudrait faire entrer l'Europe dans le projet chinois du "One Belt. One Road", que l'on appelle aussi "Nouvelle Route de la Soie". Les entrepreneurs allemands le savent. Mais Madame Merkel est lente à donner à ce mouvement la traduction politique nécessaire. Emmanuel Macron comprendra-t-il cet enjeu et entraînera-t-il l'Europe dans cette direction? C'est à souhaiter.
 
Nicolas Goetzmann : C'est ce qui est le plus difficile à admettre ; c’est-à-dire le niveau de déni dans le débat économique, aussi bien en France que dans le reste de la zone euro. Les débats portent sur des questions de loi travail, de réduction de quelques millions de dépenses par ci ou par-là, ce qui correspond à un discours de période "normale", alors que le continent vient de traverser sa pire crise économique depuis 1929, et ne s'en est toujours pas extirpée. Et ce n'est vraiment pas fini. Parce que si les États Unis, le Royaume Uni et le Japon ont retrouvé le plein emploi, ils sont toujours confrontés à des effets de cette crise, montée des inégalités, salaires atones, qualité faible des emplois, productivité en berne etc…Ce qui signifie que ces pays ont encore du travail sur la planche pour vraiment passer à une autre phase de développement. Et dans ce processus qui s'annonce, la zone euro est terriblement en retard. D'autant plus qu'elle n'a toujours pas corrigée les causes du problème, dont le principal est le mandat de la BCE qui ne fait toujours pas du plein emploi un objectif prioritaire. Alors évidemment, dans ces conditions, la prédiction de Prescott semble simplement réaliste. À moins que les dirigeants européens ne se décident un jour à regarder la réalité en face.  
 
 
 
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vangog
- 26/08/2017 - 09:12
"Je conseille à M. le Président Macron...
qu'il s'occupe des affaires de son pays (rappel: la France). il réussira alors peut-être à obtenir les mêmes résultats économiques (et Paf!) et le même niveau de sécurité (Re: Paf!) que ceux garantis par la Pologne à ses citoyens"; Beata Szydlo, première Ministre polonaise.
28furka
- 26/08/2017 - 09:08
@ajm @Paulquiroule.............
vous etes tout a fait dans le vrai ,tout est dit .
gerint
- 26/08/2017 - 09:06
@ajm
L'Euro est une déresponsabilisante et n'arrange ruen