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C’est parti pour le Davos Chinois : mais au fait Pékin est il le nouveau maître de la mondialisation ?
Publié le 28 juin 2017
La Chine s'impose de plus en plus comme le leader du commerce mondial, rôle dont elle ne cherche pas à s'emparer à tout prix, consciente de la responsabilité d'une telle position.
Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ;...
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Valérie Niquet est Maître de recherche et responsable du pôle Asie à la FRS.  Elle est l'auteure du livre "La puissance chinoise en 100 questions" aux éditions Tallandier.
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Jean-Paul Betbeze
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La Chine s'impose de plus en plus comme le leader du commerce mondial, rôle dont elle ne cherche pas à s'emparer à tout prix, consciente de la responsabilité d'une telle position.

Ce 27 juin, Le Premier ministre chinois a pu indiquer que le pays conservait ses prévisions de croissance pour cette année, tout en alertant sur les risques géopolitiques pour la croissance mondiale. Dans un monde de plus en plus critique à l'égard de la mondialisation, la Chine apparaît comme un nouveau leader du commerce mondial. La Chine a-t-elle les moyens de tenir ce rôle de leader de la mondialisation, rôle réservé par le passé aux Occidentaux, du Royaume Uni aux Etats Unis ? 

Valérie Niquet : La Chine est au coeur de la mondialisation des échanges. La RPC est aujourd’hui la première puissance commerciale dans le monde. C’est aussi le moteur de la croissance et du hub de production de l’Asie, facteur important de régionalisation économique dans la région la plus dynamique du monde. La croissance chinoise dépend par ailleurs encore, dans des proportions importantes, des exportations, même si aujourd’hui, les investissements et - dans une moindre mesure - la consommation des ménages ont pris le relais. 

A ce titre la Chine, plus que toute autre puissance a besoin de préserver l’ouverture des marchés. c’est en effet elle qui a le plus profité de son adhésion à l’OMC, à des conditions qui lui étaient très favorables. mais si la Chine s’est fortement prononcé pour le maintien d’une grande ouverture économique, ce principe concerne essentiellement les pays destinataires des exportations chinoises. En revanche, l’accès au marché chinois demeure très contrôlé et les déficits des partenaires de Pékin demeurent considérables. C’est le cas pour les Etats-Unis, mais aussi pour l’Union européenne dont la France. Le rôle de la Chine dans la mondialisation demeure donc très déséquilibré, et à ce titre Pékin, ne peut remplacer les grandes puissances commerciales occidentales ou japonaises.

par ailleurs, dans le secteur des matières premières et de l’énergie, où la Chine joue aussi un rôle important en tant qu’importateur, c’est la fragilité de l’économie chinoise qui pèse sur le rôle de la Chine en tant que puissance leader. En d’autres termes, pour des raisons de prestige, et d’intérêt économique, la Chine se présente en nouveau leader d’une économie mondiale ouverte, la réalité est assez éloignée de ce discours dominant.

Jean-Paul Betbeze : De manière générale, la Chine a des prévisions de croissance qui font l’admiration de tous, étant liées à un plan quinquennal voté par le Parti, toujours suivies, publiées quelques mois seulement après la fin de l’année et jamais révisées… En fait, il est très compliqué de calculer le PIB d’une économie chinoise dont une part croissante est servicielle, et importante, a toujours été assez grise.

N’importe, la croissance officielle chinoise continue à près de 7%, après des années à 10% liés à la croissance par l’exportation et par l’industrie. Ce qui est surprenant, c’est que la Chine continue cette croissance somme toute élevée, alors qu’elle se développe par la demande interne et moins par l’export. Or la croissance vient de l’addition du nombre d’heures travaillées et de la productivité par heure. Cette productivité est forte pour l’industrie et bien plus faible dans les services. Donc une Chine qui veut se développer par la demande interne et les services doit croître moins vite, ayant de moindres gains de productivité.

La surprise chinoise est donc double : 

Comment garder une telle croissance,

Que faire des anciennes usines, celles de la croissance à 10% ?

La réponse est que la croissance chinoise dépend en bonne part du crédit des banques publiques pour l’industrie, avec des zombies entreprises ainsi maintenues en vie, plus des municipalités qui soutiennent des activités et des constructions multiples, pas toujours efficaces loin s’en faut, et de plus en plus du shadow banking pour dynamiser le crédit à la consommation.

La Chine est le leader du commerce mondial, mais avec beaucoup de crédit derrière, sans nécessairement suivre non plus les règles sociales et salariales, ni de propriété intellectuelle et d’écologie des autres. Elle a juste cessé de manipuler à la baisse sa monnaie. Donc, bulles de crédit et problèmes multiples chez elle, surveillance accrue dans les pays d’accueil : ce sera très compliqué de continuer. Ce qui était possible aux anciens leaders mondiaux (Angleterre et Etats-Unis) ne l’est plus. La Chine va vers 4% de croissance.

Quelles sont les faiblesses du pays qui pourraient l'empêcher de tenir un tel rôle ? En quoi son mode de croissance ou sa démographie pourraient-ils être des freins ? Ne commettons nous pas la même erreur que dans les années 80, en voyant le Japon au sommet de la hiérarchie mondiale à venir ? 

Valérie Niquet : La Chine a de grandes faiblesses, liées à la nature du système politique. La priorité pour le régime demeure la stabilité, cette stabilité passe par un fort taux de croissance qui permet de satisfaire la population et d’éviter tout risque de protestation. Dans le même temps, le modèle de croissance de la RPC fondé depuis plus de trente ans sur une abondante main-d’oeuvre bon marché, et l’absence de règles notamment environnementales connait des limites. la pollution dramatique pèse sur les équilibres du pays. Un modèle de croissance très extensif, fondé sur des investissements massifs dans des projets en réalité peu rentables d’infrastructures arrive à ses limites, même si Pékin tente d’exporter ses surcapacités avec des projets comme ceux des routes de la soie (OBOR). Par ailleurs, le ralentissement démographique va poser de nouveaux problèmes considérables de prise en charge d’une population âgée au gouvernement, alors que pour le moment aucun système social véritablement universel n’a été mis en place. Ce sont des défis considérables auxquels les autorités doivent faire face, tout en refusant toute évolution politique.

Jean-Paul Betbeze : Le commerce mondial change de nature en se régionalisant plus, autour de pôles de production plus importants et plus compacts : voitures, avions, appareils électroniques… Les chaînes de production se restructurent en tenant compte de plus en plus de normes sociales et environnementales. C’est la nouvelle compétitivité. En même temps, les robots se développent partout et réduisent l’avantage du bas coût salarial direct qu’avait avant la Chine. Le Mexique produit bien moins cher que la Chine, le Maroc devient un hub pour l’Europe…

La Chine n’est pas au sommet technologique, mais avance très vite. Le Japon reste bien souvent à l’avant-garde, mais Il aura bientôt de graves problèmes de vieillissement, sans avoir la quantité de capital humain « à la chinoise ». 

Ajoutons les problèmes politiques : il ne s’agit pas seulement de corruption mais de la cohabitation d’entreprises privées (avec milliardaires) et d’un parti unique qui se veut égalitaire, tandis que les autorités politiques restreignent de plus en plus l’accès aux réseaux. Si la Chine veut se développer par l’intérieur, il lui sera difficile de le faire sans un peu plus de démocratie. Les consommateurs voudront parler ! Le Japon est toujours très en avance technologique, mais pas démographique – d’où sa dette publique, auprès des Japonais. La Chine est très endettée dabs le secteur privé, et de plus en plus dans le privé. Les dynamiques ne sont donc pas les mêmes, mais le risque bancaire chinois est sérieux, et plus proche.

Dans le cas, ou, même sans le souhaiter, la Chine venait à prendre un tel rôle de leader mondial de la globalisation, quelles en seraient les conséquences pour le monde ? Quelles seraient les différences majeures en comparaison à la mondialisation sous sa forme actuelle ?

Jean-Paul Betbeze : Il est impossible de laisser avancer la Chine sans lui demander de respecter des règles écologiques et sociales, de respect de la propriété intellectuelle, d’autonomie de la justice commerciale. Les marchés chinois ne sont pas ouverts. Les entreprises chinoises peuvent acheter des entreprises au dehors, et le symétrique est « délicat ». Enfin, il faudra bien savoir si la Chine, où la propriété publique est décisive, notamment en matière financière, est une « économie de marché ». Si non, elle ne joue pas dans la même cour et il serait irresponsable de lui permettre de continuer. Les discours libre échangistes chinois, au moment où la Chine se ferme, sont surtout « habiles ». La Chine est un pays qui a une stratégie : elle avance intelligemment dans la longue durée, et d’autant mieux qu’elle séduit ceux qui se laissent séduire. L’Union européenne, par exemple, ne paraît ni bien consciente, ni équipée ni unifiée par rapport à cette dynamique. Les Etats-Unis se braquent. Ces comportements sont tous deux inadéquats. La nouvelle mondialisation sera plus régionale et complexe, ce qui ne veut pas dire moins efficace – au contraire, surtout si elle se développe selon les normes économiques, sociales et écologiques des pays industrialisés. Il n’est pas évident que la Chine y est prête, alors que cette mondialisation est avantageuse pour le plus grand nombre dans la durée. Il faut donc bien insister sur le nouveau contenu du concept de « leader mondial de la mondialisation », avec ses avantages et ses exigences. Evidemment, c’est d’un rapport de forces qu’il s’agit.

Valérie Niquet : La Chine est très loin de pouvoir prendre le rôle de leader mondial de la globalisation. Cette hypothèse n’est pas envisageable.

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