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Attentat de Kaboul
Ce qui se joue vraiment derrière l'attentat monstre de Kaboul
Publié le 02 juin 2017
Le bilan du dernier attentat surgi à Kaboul fait état de 80 morts. Il porte la signature de l'Etat Islamique, ce qui donne une certaine idée de la mutation du mouvement terroriste.
Emmanuel Dupuy est président de l'IPSE (Institut Prospective et Sécurité en Europe). Spécialiste des questions de sécurité européenne et de relations internationales, il a notamment été conseiller politique auprès des forces françaises en...
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Le bilan du dernier attentat surgi à Kaboul fait état de 80 morts. Il porte la signature de l'Etat Islamique, ce qui donne une certaine idée de la mutation du mouvement terroriste.

Atlantico : Une nouvelle fois, un attentat vient de frapper Kaboul, faisant 90 morts et 400 blessés. Alors que les talibans nient leur implication, le regard se détourne vers l'Etat Islamique. Quel point peut-on faire sur la situation actuelle du pays ?

Emmanuel Dupuy : On a eu très tôt un déni de la part des Talibans. Le porte-parole de l'organisation, Zabiullah Mujahid, a indiqué que la zone qui a été visé, c’est-à-dire, le Square Zambaq, dans le quartier de Wazir Akbar Khan, à l'entrée de la « Zone verte », (la plus sécurisée de la ville où se situent les ambassades canadiennes, britanniques, allemandes et un peu plus loin, françaises, en face du siège de l’opérateur de téléphonie Roshan) ne faisait pas partie des objectifs « militaires » des Talibans. En revanche, ils ont revendiqué le dernier attentat de Kaboul du 3 mai dernier, visant un convoi de l’armée américaine, à proximité du siège des quelque 5000 hommes de l’OTAN qui demeurent en Afghanistan, qui s’était soldé par le décès de huit personnes. 

De plus, le mode opératoire, à savoir un camion citerne d’eau, rempli d'explosifs (on parle de 1500 kilos d'explosifs) n'est pas utilisé par les Talibans. Cela s'approche plus des techniques que l'on peut retrouver en Irak dans les attentats suicides utilisant des véhicules (Vehicule-Borne Improvised Exlposive Device - VBIED) à partir des années 2005 2006 à Bagdad. L’attentat de ce matin s'inscrit dans une longue série d’attantats revendiqués par Daesh, à l’instar de l’attentat contre l’hôpital de Kaboul, en mars dernier, qui avait fait plus de cinquante morts, ou encore celui qui tua près de 80 personnes, lors d’une manifestation de chiites hazaras, en juillet 2016, dans l’ouest de Kaboul. 

La « signature » de cet attentat, dont le but était de faire le plus de victimes possibles à cet endroit (Square Zambaq) et à cet heure (8H30), confirme que plusieurs fronts obère la stabilisation pérenne de l’Afghanistan. Kaboul est traditionnellement le lieu où les différents groupes veulent faire le plus de buzz médiatique, notamment à l’occasion de l’offensive dite du « Printemps ». On voit bien qu'il y a désormais une sorte de répartition géographique. Daesh est en train d'essayer de sortir de l'Afghanistan en voulant élargir sa base opérationnelle, re-ciblant les pays voisins de l'Asie central, comme les mouvements islamiques des années 1990/2000 entendaient le faire, afin d’instaurer un Califat du Turkestan oriental. Alors que les Talibans continuent, eux, d'être actifs, notamment dans le Sud (Kandahar), à l’est (Nangarhar, Jalalabad) et le Sud-est (Helmand), les nouvelles recrues de Daesh se concentrent sur le Nord (Kunduz, Mazar-e-Sharif, Khost). Si les Talibans ont annoncé récemment vouloir maintenir leur volonté de s'en prendre aux forces de sécurités afghanes ainsi qu'aux forces de la coalition qui demeurent sur le territoire, soit les quelques 8500 américains et 5000 soldats de l'OTAN. 

L'administration Trump envisageait d'envoyer de 3000 à 5000 soldats sur place en avril dernier. Comment anticiper l'action américaine à venir concernant l’Afghanistan ?

Le récent voyage du conseiller national de la sécurité américaine, le général Mac Master n'a pas levé toutes les ambiguïtés par rapport au plan américain. Il peut aller dans plusieurs directions.. Une augmentation de quelques milliers d'hommes qui viendraient rejoindre les 8500 soldats américains qui reste (alors même que le gros du continent américain était monté jusqu’à 90 000 hommes dans ce que l’on a surnomé le « Surge » entre 2009 et 2011) ne changera rien. Ce n'est pas quelques milliers d'hommes supplémentaires qui vont changer la donne sur le plan tactiques. Si l'on prend en compte Al-Qaïda, les talibans, les différents groupes islamiques présents sur le territoire afghan (à l’instar du Mouvement islamique dl'Ouzbékistan - MOI) et les 2000 ou 3000  de combattants qui constituent le gros des troupes dont disposerait Daesh, on estime que près de 40% du territoire afghan n'est plus sous contrôle direct du gouvernement central. Certains estiment même que le Gouvernement a d’ores et déjà perdu les zones non urbanisés, celles, qui, précisément aliment les organisations qui s’opposent au pouvoir central,  par le biais de la culture du Pavot.

Donc si le plan américain consiste à envoyer quelques milliers de soldats supplémentaires pour continuer à former les forces nationales de sécurité afghanes (ANSF) forte de plus de 350 000 personnes, cela risque de ne pas changer grand-chose ! 

Par contre si le « mystérieux » et très attendu plan américain consiste à faire en sorte qu'il y ait une grande coalition internationale transfrontalière, à vocation subrégionale, il faut alors garder à l‘esprit qu’existe et s’exprime de plus en plus, une toute autre réflexion de la part des Américains, conscients de l’envie des pays du voisinage (Russie et Chine) de s’impliquer concrètement dans la crise sécuritaire afghane. Dans cette configuration, Washington, cherchera inexorablement à empêcher  Moscou ou Delhi, de jouer un rôle de « mentor » militaire en Afghanistan, comme le Premier ministre indien Modi l’a d’ailleurs proposé à Angela Merkel, hier à Berlin.  

Washington n’hésite ainsi plus à pointer un doigt réprobateur à l’encontre de Moscou et de Téhéran, vis-à-vis de leur soutien, voire de leur accueil sur leur territoire. A titre d’illustration de cette nouvelle réalité, l’ancien chef des Tabilans, Mollah Akhtar Mansour a été tué en mai 2016, par un drone américain, alors que ce dernier revenait de Téhéran.

Ce plan américain ne vise pas fondamentalement à renforcer les forces afghanes mais à montrer qu'ils sont encore présents dans la région, non seulement pour lutter contre les groupes terroristes mais aussi contre le narco-trafic qui est un des puissants leviers qui permet à ces groupes d'exister, de s’armer et,  in fine, d’obérer la sécurité et la stabilité de l’Afghanistan et de plus en plus des pays du voisinage (Ouzbekistan, Tadjikistan). 

Il y a également une raison sous-jacente et cela ait apparue plus clairement au cours des dernières réunions à vocation régionales, rassemblant, la semaine dernière dans la ville russe de Tver, pour sa 8ième édition, les responsables des Conseils de sécurité ouzbeks, russes, tadjiks,  kazakhs, chinois, iraniens. En effet, la Russie pourrait de nouveau revenir en Afghanistan dans le but de lutter contre Daesh dans la volonté de Vladimir Poutine visant à constituer un front mondial contre l’EI. 

La grande menace que craignent les pays du sud de l'Asie centrale (et donc de facto la Russie) c'est que cette stratégie extensive de Daesh visant à étendre ses opérations à l'Asie centrale, rappelant  la volonté de créer un Califat du Turkestan Oriental, à la fin des années 90, qui avait vu Tashkent touché par une série d’attentats en 1999 puis en 2004-2005. Les attaques à Aktobe, dans le Nord-ouest du Kazahkstan qui se solda sur la mort de cinq soldats kazakhs, l’été dernier, l’attaque contre l’ambassade chinoise à Bichkek au Kirghizstan en septembre 2016 et les annonces d’ouvertures de front de l’EI contre la Chine, via la communauté des Ouighours du Xinjiang et la Russie, ces derniers mois par le bais du chef de l’EI en Afghanistan Hafez Saïd (tué par les Etats-Unis, ne juillet 2016) , tendent à confirmer cette tendance de régionalisation de DAESH.

Alors que les Talibans ont repris une large partie du territoire, et que l'Etat Islamique ne cesse de progresser. Ou est en la rivalité entre talibans et Etat Islamique ? Avec quelles conséquences ?

La rivalité elle est à la fois dans le leadership quant à l’insurrection contre le Gouvernement central de Kaboul et les troupes étrangères américaines et otaniennes qui restent présentes à travers l’opération « Resolute Support » (peu ou prou 14 000 hommes) mais aussi à l'intérieur même des mouvements composant l’insurrection sur la marche à suivre, entre Djihad national et internationalisation de cet objectif. Contrairement à ce qui reste d’Al Qaeda et de son chef Farouq Al Qahtami, les Talibans semblent vouloir accepter la main tendue  par le gouvernement afghan dans le cadre du processus de réconciliation nationale, comme l’atteste l’amnistie dont devrait bénéficier le chef du Herzb-i-islami, Gulbuddin Hekmatyar. Pour rappel, c’est ce dernier qui était l’auteur de l’embuscade d’Uzbin, dans le district de Surobi, qui couta la vie de 10 militaires français en août 2008 !

Néanmoins, il y a une tentative de la part du gouvernement afghan de réintégrer les Talibans, c'est sans doute en lien avec la reprise du dialogue entre l’Afghanistan avec le Pakistan. Cette reprise timide de dialogue aura ainsi permis,  il y a deux jours, la réouverture de la frontière « historique » entre l'Afghanistan et le Pakistan (Ligne Durand), occasionnant certes une tension manifeste entre les forces armées de deux pays, mais confirmant que les talibans ciblent désormais leurs opérations militaires dans les provinces du Helmand, de Paktika, de Kunar, tandis que Daesh lui cible les zones frontaières du Nord avec le Turkmenistan, l’Ouzbekistan et le Tadjikistan. On sait d’ailleurs, que le processus de réconciliation nationale avec les talibans est soutenue, non seulement par les Etats-Unis mais aussi par les pays du Golfe, notamment le Qatar. 

On voit bien ainsi qu'il y a une contradiction manifeste sur laquelle joue Daesh, puisque les Américains accusent les iraniens et la Russie de soutenir ces talibans. 

Il y a donc bien une nouvelle stratégie de la part de l’Etat islamique qui consiste à cibler les Occidentaux, toute en s’en prenant directement aux talibans. Il y a de plus en plus de combats qui opposent les deux structures. A ce jeu de guérilla à l’intérieur des « insurgés », ce sont, hélas, les civils qui sont les premières victimes. La Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (UNAMA) a indiqué que sur les trois premiers mois de l’année 2017, près de 450 personnes sont mortes dans des attaques, combats et attentats. Parmi ces victimes, 62% étaient des civils, comme lors de l’attentat de Kaboul de ce matin.

On voit bien, du reste, qu'il y a un élément assez logique à ce que Daesh veuille s'en prendre d'avantage à des pays comme l'Allemagne car les forces allemandes qui sont encore déployées sur le territoire afghan le sont principalement dans la région de Kunduz et de Mazar-e-Sharif. On comprend ainsi que la discussion entre le premier ministre indien, Narendra Modi et la chancelière allemande, Angela Merkel, à Berlin, hier, visant à renforcer la coopération en matière de lutte antiterroriste et de déradicalisation, en Asie centrale et en Afghanistan contrarie inévitablement les plans de Daesh qui vise à élargir son champ opérationnel aux pays du voisinage. Avant le sanglant attentat de ce matin, devant l’Ambassade allemande, deux kamikazes  avaient été abattus à proximité de l’Ambassade. 

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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Sangha26
- 02/06/2017 - 14:52
Une faute de plus !
Décidément, ça pêche vraiment du côté orthographe ! ça commence dès la deuxième ligne où il est écrit : "...que la zone qui a été visé," plus les autres signalées plus haut... Dommage... Il y a quelque chose à revoir de ce côté-là !
Gordion
- 02/06/2017 - 10:55
Intéressant article..
.. Qui nous rappelle que le GEI s'implante en Asie Centrale, et en Asie du Sud Est, après l'Afrique. La probable exfiltration de ces islamistes de Syrie et d'Irak vers ces zones tribales complique le jeu des puissances régionales, d'autant que les enjeux de la nouvelle ipek yolu - route de la soie- impliquent la Chine et la Russie en sus de l'Inde et du Pakistan. Qui devraient s'entendre pour un pis-aller que sont les Talibans, voire al Qaida canal historique.
Les Américains vont vraisemblablement échouer à mettre en place leur stratégie eurasienne, je pense.
Ces puissances régionales n'auront pas la même pudeur que les Occidentaux à ne pas finir le sale boulot au Moyen Orient.
robs
- 02/06/2017 - 07:27
Honteux toutes ces fautes

L'article est fort intéressant mais ces fautes sont lamentables