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L'espoir fait vivre
La vraie raison pour laquelle les Iraniens prennent la peine de voter dans un système politique pourtant totalement bloqué
Publié le 20 mai 2017
Réfléchissant en termes de gains et de pertes sur le plan électoral, les Iraniens préfèrent le maintien de leur système politique tel qu'il est actuellement, plutôt que de le faire voler en éclats, au profit d'une instabilité particulièrement dangereuse dans un Moyen-Orient hostile à l'Iran chiite.
Milad Jokar, chercheur associé à l'IPSE (Institut Prospective et Sécurité en Europe), enseigne la géopolitique moyen-orientale à l'EM Normandie. 
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Réfléchissant en termes de gains et de pertes sur le plan électoral, les Iraniens préfèrent le maintien de leur système politique tel qu'il est actuellement, plutôt que de le faire voler en éclats, au profit d'une instabilité particulièrement dangereuse dans un Moyen-Orient hostile à l'Iran chiite.

Atlantico : En dépit d'une offre politique limitée et d'un système politique en apparence bloqué, les Iraniens continuent d'aller voter, et ce de plus en plus massivement depuis 2005. Pour quelles raisons ? 

Milad Jokar : L'échiquier politique iranien est effectivement plus réduit que celui de la France, par exemple. Néanmoins, les Iraniens ressentent les différences qu'il peut y avoir entre un candidat modéré et un candidat conservateur. Ce qui ressort beaucoup en Iran, c'est que le changement se fera par l'évolution et non pas par la révolution. Les Iraniens réfléchissent beaucoup en termes de gains et de pertes. À ce titre, ils préfèrent la République islamique telle qu'elle est aujourd'hui plutôt qu'un système fragile, surtout dans un Moyen-Orient hostile à l'Iran chiite. 

Au regard donc des motivations électorales des Iraniens, pourrait-on qualifier leur vote de "préventif", réalisé sans grande conviction vis-à-vis des candidats ? 

Cela peut être très varié à vrai dire. Les sensibilités sont nombreuses. Certains vont voter pour un candidat auquel ils croient vraiment ; d'autres vont déposer leur bulletin de vote pour éviter le pire comme on a pu le voir en France notamment, il y a quelques semaines à peine ; d'autres vont s'abstenir, etc. Ce que les Iraniens choisissent à vrai dire, c'est davantage une orientation pour leur pays : dans quelle direction va-t-il aller ? Vers la continuité, c'est-à-dire la diplomatie, l'ouverture, l'engagement ? Ou bien va-t-il retourner vers un semblant de politique économique populiste comme celle d'Ahmadinejad, qui risque de renfermer le pays sur lui-même et de mettre un terme aux avancées économiques, sociales et diplomatiques de Rouhani ? 

En termes de comportement électoral, quelles évolutions peut-on constater au sein de la population iranienne depuis la première élection d'Ahmadinejad en 2005 ? 

La conscience politique est très éveillée en Iran, et notamment au niveau de la démographie. Voilà maintenant douze années que l'ancien président iranien a été élu, au cours desquelles la jeunesse s'est développée ; ainsi, celle qui peut aller voter est de plus en plus importante numériquement parlant. Par ailleurs, cette jeunesse est de plus en plus éduquée, et se dirige sensiblement vers la modération, le côté réformateur. Ceci a pu être constaté lors des élections législatives de février 2016, qui ont vu la large victoire des modérés. Plus généralement, le dynamisme de la société iranienne a tendance à aller dans ce sens-là. Les conservateurs font donc tout pour éviter le retour des modérés, mais cette année, par rapport à l'élection de 2013, ils ont évité de faire l'erreur de diviser leur nombre de voix : en effet, ils avaient six candidats conservateurs en 2013 ; or cette fois, ils ont décidé de se réunir derrière un seul candidat afin de faire contre-poids aux réformateurs et aux modérés représentés par Rouani. 

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