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La difficile tâche d'un président Macron face à une France plus fracturée que jamais
Publié le 08 mai 2017
La tâche d'Emmanuel Macron est désormais complexe. Bientôt officiellement président, il devra composer avec une France plus fracturée que jamais.
Vincent Tournier est maître de conférence de science politique à l’Institut d’études politiques de Grenoble.
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La tâche d'Emmanuel Macron est désormais complexe. Bientôt officiellement président, il devra composer avec une France plus fracturée que jamais.

Ainsi se termine une élection présidentielle qui aura innové sur de nombreux plans : un président devenu tellement impopulaire qu’il renonce à se présenter, des primaires novatrices et mobilisatrices mais qui ont débouché sur un fiasco total avec l’élimination des candidats issus des deux grands partis, des affaires judiciaires qui ont fortement pesé sur la campagne, des débats nombreux, tout ceci dans un contexte très tendu avec pour toile de fond plusieurs attentats islamistes, réels ou déjoués. Et pour finir, un résultat marqué par une ambiguïté inédite, que l’on peut résumer ainsi : ni réelle alternance, ni réelle continuité. Car Emmanuel Macron est-il le candidat de la rupture ou celui de l’héritage ? Telle est la question qui vient à l’esprit en voyant François Hollande et ses ministres se réjouir de la victoire d’Emmanuel Macron comme s’il s’agissait de leur propre victoire, oubliant que le candidat officiel du PS a été laminé comme rarement dans son histoire. La même ambiguïté vaut pour Les Républicains : après avoir appelé à voter pour Emmanuel Macron, François Baroin ne s’est-il pas proposé d’être son premier ministre, avant de préciser ce dimanche que Les Républicains sont  bel et bien dans l’opposition, et condamnant au passage Bruno Le Maire après que celui-ci a offert ses services au nouveau président. Bref, qui a gagné et qui a perdu ? Et demain, qui se retrouvera dans la majorité, et qui sera dans l’opposition ? 

Cette situation inédite s’explique par deux facteurs. Le premier est la stratégie mise en œuvre par Emmanuel Macron. En quittant le gouvernement un an avant le scrutin, puis en créant un parti entièrement dévoué à sa cause et soutenu par tous les losers et has-been de la vie politique française,de Robert Hue à Alain Madelin en passant par Gérard Collomb, François Bayrou ou Jean-Louis Borloo, il a su se présenter comme un homme neuf et compétent, non tributaire du système politique,situé au-delà des appareils partisans et du clivage gauche-droite, bref le seul capable d’engager des réformes radicales pour moderniser le pays. De ce point de vue, il a réussi ce que le FN a toujours raté : prospérer sur la dénonciation du « système UMPS ». Macron,en somme, c’est un populisme qui a réussi. Contrairement à ce qui a été dit, sa candidature n’a pas reposé sur du vide : il a su capter, malgré ses nombreuses faiblesses dans la forme comme dans le fond, un électorat qui est manifestement en attente d’un discours optimiste sur l’Europe et la mondialisation. 

Le second facteur tient à la conjoncture. La société française apparaît fracturée comme jamais. Le clivage gauche-droite ne disparaît pas, mais il est concurrencé par de nouveaux clivages liés à l’internationalisation des échanges.Ces clivages portent sur plusieurs thèmes : l’identité (patriotisme contre cosmopolitisme), l’intégration européenne (approfondissement contre interruption) et l’économie(libéralisation contre régulation). La division traditionnelle en deux grands blocs cède la place à quatre pôles : un pôle conservateur-libéral (François Fillon), un pôle conservateur-régulateur (Marine Le Pen), un pôle libertaire-libéral (Emmanuel Macron) et un pôle libertaire-régulateur (Jean-Luc Mélenchon). Cette fragmentation, à laquelle s’ajoute la poussée du FN, a permis à Emmanuel Macron de se qualifier pour le second tour, puis de l’emporter confortablement, alors même s’il a suscité presque autant de détestation que Marine Le Pen.

Du coup, la situation qui est en résulte est fragile. Le contexte n’est pas du tout comparable à celui de 2002. D’abord, la victoire d’Emmanuel Macron est beaucoup moins nette que celle de Jacques Chirac (il est très loin d’atteindre les 82% de ce dernier). Et encore : Emmanuel Macron peut remercier Marine Le Pende ne pas avoir été à la hauteur des attentes qu’elle a suscitées, elle qui disposait visiblement d’un potentiel plus important que son score des premier et second tours. Au FN, cet échec relatif va d’ailleurs déboucher sur des règlements de compte : faut-il garder le même nom et, surtout, la même candidate ? Avec un autre parti et un autre candidat, avec plus de rondeurs et plus de sens tactique, quel score aurait-il été possible d’envisager ?

Ensuite, la coalition qui vient de l’emporter au second tour repose sur une base fragile, justement parce qu’elle regroupe des électorats qui sont traversées par des antagonismes plus forts qu’en 2002. Certes, le phénomène Macron va maintenant fonctionner comme une pompe aspirante, provoquant des ralliements de tous bords. Mais cette coalition de circonstance, fondée sur l’anti-FN, peut-elle tenir longtemps ? En 2002, Jacques Chirac avait eu la sagesse de jouer les rois fainéants en annonçant dès le départ qu’il se consacrerait à ses « chantiers présidentiels »(le cancer, le handicap, la sécurité routière) dont la caractéristique principale était de ne menacer personne. En 2017, Emmanuel Macron veut au contraire assumer une posture offensive. Il entend engager des réformes radicales. Ces réformes sont vivement souhaitées par ses électeurs, notamment sur le travail et l’intégration européenne, mais elles sont redoutées par une grande partie de l’électorat. Inversement, il risque fort de ne rien faire sur des sujets où il existe de fortes attentes, comme l’immigration ou la sécurité. Tout ceci est susceptible de créer de vives tensions. Alexis Corbière, le porte-parole de Jean-Luc Mélenchon, a déjà lancé un avertissement dimanche soir sur France 2 : « ça va mal finir ».La difficulté est que la société française est désormais confrontée à des choix qui pourront difficilement être tranchés sans douleur. Il reste à espérer qu’Emmanuel Macron se révèle plus souple et plus réaliste que prévu. Ce n’est pas impossible : après tout, n’est-ce pas ce qui est en train d’arriver à Donald Trump ? 

 

 

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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Oui, il y a “des gens en situation de pauvreté qui déconnent”. Mais voilà pourquoi la question et la solution sont largement ailleurs
Commentaires (8)
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Anguerrand
- 09/05/2017 - 07:28
Tout était prêt depuis l'été dernier
Le cabinet noir de Hollande avait tout préparé sur les candidats en particulier de droite pour pouvoir feuilletoner 3 mois avant l'élection. Le pire c'est que les français après avoir ecouté les infos de gauche quelque soit la chaîne ont suivi ce mauvais feuilleton. Juppé n'a pas voulu prendre la suite car il semble qu'il avait connaissance de ça. Tous les élus ont fait la même chose...légalement mais Fillon était visé car potentiel vainqueur. Nous aurons 5 ans de socialisme supplémentaire bien camouflé. Il ne reste qu'une chose c'est voter massivement pour l'opposition aux Législatives ce qui évitera entres autres d'ouvrir toutes nos frontières.
Beredan
- 08/05/2017 - 21:45
Les yeux du zombie..
...les 2 phares d'une locomotive échappée sans contrôle dans le brouillard pour un voyage sans retour...


lasenorita
- 08/05/2017 - 14:09
Les casseurs..
voir http://www.leparisien.fr/faits-divers/des-echaffourees-a-paris-nantes-et-strasbourg-apres-l-election-de-macron-07-05-2017-6926577.php...les ''casseurs'' qui démolissent un hôpital pour enfants sont ''de gauche''. .ils ne sont pas du F.N...La ''haine'' est chez les gauchistes et les musulmans!...