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Vote utile
Menace sur le vote utile ? Seuls (ou encore?) 51% des Français considèrent que le FN occupera une place importante dans leur choix de vote au 1er tour de la présidentielle
Publié le 14 avril 2017
Selon un sondage d'Harris Interactive pour Atlantico, Emmanuel Macron serait considéré comme le vote utile face à Marine Le Pen. Pourtant, le Front National semble occuper une place plus importante dans le choix de vote des électeurs de François Fillon.
Jean-Daniel Lévy est directeur du département politique & opinion d'Harris Interactive.
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Vincent Tournier est maître de conférence de science politique à l’Institut d’études politiques de Grenoble.
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Selon un sondage d'Harris Interactive pour Atlantico, Emmanuel Macron serait considéré comme le vote utile face à Marine Le Pen. Pourtant, le Front National semble occuper une place plus importante dans le choix de vote des électeurs de François Fillon.

Atlantico : Quels sont les enseignements de ce sondage ? La proportion de Français qui se déterminent par rapport au FN est-elle conforme à ce que l'on en savait ? Le fait que le FN semble qualifié pour le 2è tour quels que soient les sondages a-t-il induit une manière différente d'envisager son vote chez les Français (et le cas échéant lesquels) ? 

Jean-Daniel Lévy :  Aujourd'hui, on observe une réelle porosité de l'électorat de François Fillon, et le fait que 50% des personnes qui veulent voir François Fillon l'emporter pensent que le Front National a de l'importance dans leur façon de choisir leur vote semble le confirmer. A l'opposée, Emmanuel Macron, dont 42% des personnes qui veulent le voir élu (parmi les Français ayant entendu parler du Grand Débat) a un électorat beaucoup moins poreux, et donc plus constitué de personnes prêtes à voter pour lui pour faire barrage. Et ce d'autant plus que les autres candidats à sa gauche ne semblent pas pouvoir lui contester ce rôle, comme le montrent leurs scores inférieurs (Mélenchon 32%, Hamon 28%). Dans le cas d'un second tour dans lequel il ne serait pas qualifié, les électeurs d'Emmanuel Macron iront majoritairement voter contre Marine Le Pen si celle-ci était qualifiée. Cela s'explique certainement par une opposition idéologique et sociologique importante. 

Mais on peut aussi supposer qu'un tel scénario pourrait encourager l'électorat de François Fillon, qui, rappelons-le, considère pour 50 % que le Front National est important dans le choix de son vote, à choisir de voter pour Marine Le Pen contre le barrage républicain. 

Si on se penche sur l'hypothèse d'un second tour entre François Fillon et Marine Le Pen, on aurait une fuite électorale nettement moindre de la part de l'électorat d'En Marche. On peut supposer que les 42% correspondent dans le cas d'En Marche aux électeurs qui ont choisi de voter pour Emmanuel Macron dans la perspective d'un « vote utile » afin de s'opposer au Front National. Ils appuieraient certainement Fillon.  C'est donc la victoire de François Fillon qui est une opportunité intéressante pour faire barrage au Front National, pas la candidature en tant que tel du candidat des Républicains. 

 

 

 

Vincent Tournier : D’après le sondage, 51% des Français qui ont entendu parler du débat disent que le FN occupe une place importante dans leur choix du premier tour. C’est assez logique car le FN n’a cessé de prendre une place croissante dans le débat politique. Il est devenu un pivot, un point charnière, un facteur de cristallisation. Il occupe une place structurante : c’est par rapport à lui que chacun se situe, que ce soit pour le soutenir ou pour s’y opposer. Pour les uns, il est le sauveur, pour les autres il est l’incarnation du mal. Cette place structurante est le signe que des recompositions profondes sont à l’œuvre concernant les clivages politiques en France.  C’est d’ailleurs pour cela qu’il a connu une dynamique de croissance, malgré la mobilisation des élites et des médias contre lui. Pour les électeurs, il est aujourd’hui très difficile de faire un choix sans intégrer la question du Front national. 

Quels sont les candidats qui peuvent bénéficier ou pâtir de cette perception particulière qu'ont les Français du FN ?

Jean-Daniel Lévy : On peut considérer que le Front National est un sujet majoritairement important dans cette campagne. Tout d'abord parce qu'il y a une adéquation évidente entre le vote FN et l'adhésion au programme du Front National. 93% des personnes qui veulent voir Marine Le Pen l'emporter considèrent que le FN est important dans leur choix. On peut en conclure que la part des électeurs du FN le fait par conviction dans une très grande majorité. 

De plus, c'est la confirmation de la place centrale occupée par le Front National dans le débat politique, et de la continuation de l'idée de Front Républicain pour faire barrage à la formation de Marine Le Pen. Mais on peut observer aussi les limites de ce front, qui aujourd'hui ne semble pas à même de mobiliser suffisamment. Une partie de l'électorat non négligeable ne considère pas le FN comme une variable importante. Mais évidemment, ce n'est pas suffisant pour en tirer immédiatement des conclusions sur les reports de voix au second tour.

Vincent Tournier : Le FN constitue un point de polarisation, ce qui fait qu’il est à la fois fortement soutenu et violemment rejeté. Cette situation lui garantit un bon score au premier tour, mais elle permet aussi de faire de l’opposition au FN un argument mobilisateur pour ses adversaires. On voit bien, d’ailleurs, que les ralliements au profit d’Emmanuel Macron sont quasiment tous justifiés par la volonté de faire barrage au Front national, ce qui montre que l’argument anti-FN est bien commode : cela permet de ne pas se prononcer sur le fond. 

Par ailleurs, le fait que le FN soit pratiquement assuré d’être au second tour peut avoir deux effets. Le premier est de ramener dans les bureaux de vote une partie des abstentionnistes, notamment ceux qui ont renoncé à voter en partant du principe que leur vote ne sert à rien puisque la démonstration a été faite que le FN n’est pas en mesure d’accéder au pouvoir. Le second effet porte sur les stratégies des électeurs anti-FN. Pour eux, la priorité est d’assurer  la présence au second tour du moins mauvais des candidats. Pour l’instant, Emmanuel Macron est probablement le grand gagnant de cette stratégie, tandis que Benoît Hamon risque fort d’en être la principale victime.
 

Que révèlent les données électorat par électorat, à gauche comme à droite ? Et que révèlent l'analyse du détail sociologique des réponses ? 

Vincent Tournier : Quand on regarde les résultats de ce sondage, ce qui frappe surtout, c’est que, à l’exception de Jean-Luc Mélenchon, les principaux candidats sont jugés moins convaincants lors de ce débat que lors du premier débat. La baisse concerne tout particulièrement François Fillon et Emmanuel Macron (ils perdent tous les deux 6 points, alors que Jean-Luc Mélenchon en gagne 6). Cette baisse est surtout plus problématique pour Emmanuel Macron car celui-ci est censé incarner une candidature de consensus et de rassemblement, ce qui n’est pas le cas de Fillon. Evidemment, la situation peut évoluer  d’ici la fin de la campagne, mais cette difficulté que rencontre Macron pour convaincre les électeurs est un signe de la fragilité de son succès : s’il se retrouve bien placé dans les intentions de vote, ce n’est visiblement pas en raison de son projet ou de son discours, mais plutôt en raison de sa posture. Mais le manque de contenu de son discours apparaît de plus en plus. C’est sans doute pour cette raison qu’il n’est pas très chaud pour participer à un troisième débat, où il aurait sans doute plus à perdre qu’à gagner.

Que peut-on déduire des données de ce sondage pour tenter de comprendre ce qui pourrait guider les choix des Français dans un éventuel duel Macron Le Pen au 2è tour ? 

Vincent Tournier :  En fait, il n’y a pas grand-chose de nouveau après ce débat. Les débats télévisés n’ont jamais eu un fort impact sur les électeurs : on n’a jamais vu une inversion de tendance après un débat. Donc, pour l’instant, il n’y a rien de neuf : s’il y a un second tour entre Macron et Le Pen, il y a de fortes probabilités pour que le premier sorte vainqueur sans trop de problème car Emmanuel Macron bénéficiera du ralliement massif des électeurs de gauche et des électeurs de droite. C’est d’ailleurs un peu dans cette optique qu’il a conçu sa campagne : en restant dans un certain flou, il s’est donné la possibilité de rassembler largement au second tour face à Marine Le Pen. Cela dit, la question de la qualification au premier tour n’est pas encore totalement jouée. On sent que les électeurs ont du mal à être enthousiasmés par le projet d’Emmanuel Macron. Les derniers sondages montrent que les écarts se resserrent. Désormais, François Fillon n’est qu’à 4 points d’Emmanuel Macron, ce qui n’est pas énorme compte-tenu des marges d’erreur ; et de son côté, Jean-Luc Mélenchon fait jeu égal avec François Fillon. Le jeu reste donc ouvert.

Au regard de ce sondage mais aussi d'autres enquêtes ou analyses politiques ou sociologiques, Emmanuel Macron est-il bien le candidat le plus à même de faire barrage au FN ? 

Vincent Tournier : Pour l’instant, les sondages ne testent pas d’autres hypothèses de second tour qu’avec François Fillon ou Emmanuel Macron face à Marine Le Pen. On ne sait donc pas ce qu’il se passerait en cas de duel entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, même si une telle configuration reste pour l’heure assez hasardeuse. Cela dit, il est clair que, face à Marine Le Pen, Emmanuel Macron devrait obtenir un meilleur score que François Fillon et, surtout, que Jean-Luc Mélenchon. Emmanuel Macron bénéficie d’un atout important : il est moins clivant que les deux autres et devrait donc recueillir plus de voix. Toutefois, même s’il fait un score écrasant au second tour (par exemple 70% contre 30% pour Marine Le Pen), le problème de sa légitimité restera posé. Dès lors que son élection sera en partie artificielle, car davantage liée à un rejet du FN qu’à une adhésion à son projet, on sera un peu dans la même configuration qu’en 2002 avec Jacques Chirac : même si celui-ci a fait un très bon score au second tour (82%), sa légitimité était très faible, ce qui en a fait une sorte de roi fainéant, ou de monarque faible, alors qu’il avait pourtant un parti à son service (l’UMP) et une majorité confortable au Parlement, ce qui ne sera pas le cas avec Emmanuel Macron. On risque donc de s’aventurer vers une présidence faible, comme sous la IIIème ou la IVème Républiques. Ce serait le paradoxe de cette élection : les institutions seront profondément transformées dans leur esprit sans qu’il soit nécessaire de faire une révision constitutionnelle.

Emmanuel Macron étant l'incarnation du vote utile, ses intentions de vote pourraient-elles être affectées par l'érosion de celles en faveur de Marine Le Pen ? 

Vincent Tournier : Pour l’instant, le tassement de Marine Le Pen dans les intentions de vote n’est pas énorme. Il est en tout cas comparable à celui d’Emmanuel Macron, ce qui montre qu’on assiste plutôt à une érosion des deux favoris, ce qui n’est pas surprenant puisque les débats télévisés ont donné une visibilité exceptionnelle aux petits candidats. Néanmoins, même si Marine Le Pen venait à baisser un peu, cela ne changerait pas grand-chose. Ou alors, il faudrait que sa baisse soit très importante au point de remettre en cause sa qualification pour le second tour. Si tel était le cas, il pourrait effectivement y avoir des répercussions importantes. On pourrait imaginer en particulier que les petits candidats en bénéficient car les électeurs seraient moins obsédés par le vote utile. Inversement, Emmanuel Macron pourrait en souffrir car son potentiel électoral est assez fragile. Il est celui dont les électeurs sont parmi les plus hésitants. Son succès ne repose pas sur un engagement enthousiaste. Il est un peu le candidat « faute de mieux ». Ses électeurs lui font probablement crédit d’être en marge des partis, de bénéficier de compétences dans le domaine financier et d’avoir l’intention de faire des réformes. Il reste à savoir si ce choix par défaut est capable de tenir dans le cas où la crainte d’une victoire du FN viendrait à s’estomper. 

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bd
- 12/04/2017 - 02:47
Emmanuel Macron: La logique pragmatique (2)
Pantin, sans expérience, disant ce que d'autres puissances l'enjoignent à dire?

Dont acte, il a 39 ans, c'est vrai, et sans doute donc moins d'expérience que des hommes et femmes politiques rompus aux joutes électorales...

Il suit une ligne cognitiviste, ce qui pour tout pédagogue, est particulièrement parlant.
Il faut des constats, argumentés, intellectualisés, et de ces constats, découlent des solutions.
Cela s'appelle du pragmatisme. 
Il ne prétend pas que toutes ces solutions seront un succès. 
Il explique le droit à l'échec (pour lui comme pour tout le monde en promettant le droit au chômage pour tous).
Mais on tente, on essaie, parfois cela marchera, parfois non.
Mais, bon sang, qu'est-ce que ça fait du bien justement d'entendre quelqu'un qui peut ne pas être totalement sûr de lui et dire : «on va faire ensemble».
Cela permettra à chacun, individuellement, de se sentir meilleur, en ayant le sentiment légitime d'avoir participé à l'élévation de la société dans son ensemble.
Là où tous les politiques depuis plus de 40 ans expliquent à longueur de temps sur Les plateaux télé savoir exactement ce qu'il faut faire, et qu'une fois élus, ils semblent d'un coup avoir tout oublié...
bd
- 12/04/2017 - 02:46
Emmanuel Macron: La logique pragmatique (1)
Parce qu’Emmanuel Macron peut être d'accord avec des gens de droite et de gauche, il n'aurait pas d'idée?

Nous souffrons tous depuis des années de voir des lois élaborées sous un gouvernement être détricotées par le suivant.
"En Marche!" n'est pas comme les autres.
Le rôle d'un Président dans un pays mature est, en effet, de trouver le dénominateur commun entre des personnes et des positions différentes, pour avancer, pour que le pays, en tant que nation, avance.

Est-ce que les politiques qui divisent, qui pointent du doigt l'autre, sont plus claires pour l'électorat?
Il est temps de comprendre que ceux qui jouent à diviser, à opposer, sont des apprentis sorciers.
Mingus
- 10/04/2017 - 18:13
Si on était plus malins ...
L'euro pourrait devenir la monnaie de référence a la place du dollar si on était plus malins, mais Les USA ne nous laisserons jamais nous, les européens, devenir la première économie du monde, il préfèrerons nous mettre une guerre dans les pattes, quand aux Russes il ne veulent pas nous laisser prendre trop d'envergure et risquer que d'autres pays qui sont dans leur giron nous rejoigne....