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​Comment le Portugal est parvenu à réduire ses déficits tout en augmentant ses retraites et ses salaires
Publié le 03 avril 2017
Avec Eric Dor
Alors qu'il avait été accusé d'aller à l'encontre du bon sens, le nouveau Premier ministre portugais, Antonio Costa, est parvenu à réduire les déficits publics de son pays tout en mettant fin à l'austérité.
Eric Dor est docteur en sciences économiques. Il est directeur des études économiques à l'IESEG School of Management qui a des campus à Paris et Lille. Ses travaux portent sur la macroéconomie monétaire et financière, ainsi que sur l'analyse...
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Alors qu'il avait été accusé d'aller à l'encontre du bon sens, le nouveau Premier ministre portugais, Antonio Costa, est parvenu à réduire les déficits publics de son pays tout en mettant fin à l'austérité.
Avec Eric Dor

​Atlantico : Antonio Costa, Premier ministre portugais depuis novembre 2015, s'était engagé auprès de sa population d'en finir avec les mesures d'austérité. En rétablissant les retraites, les salaires, et les heures de travail à leur niveau pré-austérité, l'économie portugaise est parvenue à retrouver des couleurs tout en arrivant à faire baisser le déficit public à 2.1% du PIB. Quels sont les mécanismes qui ont été à l'oeuvre ?

Eric Dor : L'expérience des plans d'ajustement structurels, y compris ceux appliqués en Europe en réponse à la crise des dettes publiques de la périphérie de la zone euro, a montré que l'austérité excessive est contreproductive. L'austérité démesurée est tellement récessive que le produit intérieur brut se réduit plus rapidement que la dette publique, si jamais celle-ci se réduit, si bien que le ratio d'endettement, c'est à dire la dette divisée par le PIB, augmente alors que l'objectif était une diminution. Même le FMI a admis récemment que le multiplicateur budgétaire est supérieur à ce qu'il pensait, par exemple en Grèce, mais les dégâts de cette ignorance ont été produits.
 

Indépendamment de toute idéologie politique, la stratégie du gouvernement portugais de Monsieur Costa a donc un certain fondement. Il a délibérément inversé l'orientation excessivement récessive de la politique qui avait été ordonnée jusque là au Portugal par la Troïka. Le gouvernement est revenu progressivement sur les baisses passées de salaires dans la fonction publique. Il a procédé à  la suppression partielle de la surtaxe sur l'impôt sur le revenu. Le gouvernement a augmenté certaines prestations sociales, réinstauré certains jours de congé, augmenté légèrement le salaire minimum qui reste très réduit, et a annulé l'augmentation de la TVA sur la restauration. Il a également réinstallé les négociations collectives dans les entreprises publiques.
Toutes ces mesures ont rendu du pouvoir d'achat aux ménages portugais. Cela a permis une accélération de la consommation qui a été le déterminant essentiel de la reprise au Portugal. C'est cette reprise de la consommation qui a produit une grande partie des créations récentes d'emploi après les destructions massives dues à l'austérité, même si l'embellie des exportations y a un peu contribué également. 

Il faut évidemment reconnaître que la baisse des prix du pétrole, et donc du coût de l'énergie en général, a renforcé temporairement l'accélération du pouvoir d'achat, avant que le prix du brut remonte récemment.

A l'inverse, le pays affiche encore un endettement record et un système bancaire très fragile, ce dernier point étant une source de friction entre les Européens et le gouvernement portugais qui accuse les institutions d'en être à l'origine. Quelles sont les responsabilités réelles sur ce point ? 

Tout cela n'empêche pas que la dette publique du Portugal reste excessivement élevée en pourcentage du produit intérieur brut. La solvabilité intertemporelle du pays reste menacée. Rien que stabiliser le ratio d'endettement public requiert que le taux de croissance du Pib nominal, donc la somme de la croissance du PIB réel et de l'inflation, soit supérieur au taux d'intérêt moyen payé sur l'entièreté de la dette publique. Une forte remontée des taux d'intérêt exigés par les investisseurs sur les nouvelles obligations émises peut assez rapidement augmenter le taux moyen payé sur l'encours de la dette et rendre celle-ci explosive. En effet les perspectives d'inflation sont limitées et la croissance réelle potentielle est déprimée au Portugal. Le stock de capital est en effet déprimé par l'effondrement de l'investissement en biens d'équipement depuis le début de la crise. Le stock de capital humain a été laminé par l'émigration due au manque d'emploi et par l'érosion des compétences due au chômage de longue durée. L'endettement excessif des entreprises compromet toute reprise forte de l'investissement. 

Les autorités européennes auraient du instaurer des mécanismes d'après lesquels les impôts payés par les émigrés de la périphérie de la zone euro dans les pays du centre, comme l'Allemagne, puissent être partiellement versés à leurs pays d'origine pour y contribuer à assurer le service de la dette publique. 

Les prêts à problème restent trop élevés à l'actif du bilan des banques portugaises. Cela les fragilise et laisse le gouvernement portugais sous la menace du besoin de nouvelles recapitalisations du secteur en cas de crise financière, ce qui augmenterait encore la dette publique. Il eût été opportun que le FESF et ensuite le MES puissent recapitaliser directement, et suffisamment, les banques portugaises. Cela aurait détricoté le lien qui expose le gouvernement au risque de ses banques.

Quelles sont les leçons du Portugal pour la stratégie économique de la zone euro ? Quels sont les pays qui pourraient s'en inspirer ?

Les leçons du Portugal pour la politique de la zone euro sont multiples. D'abord le Portugal confirme que moins d'austérité est compatible avec le retour à un certain équilibre des finances publiques. On peut même dire que l'abandon de l'austérité favorise l'atteinte des critères de limitation du déficit public en pourcentage du PIB. Une économie moderne crée avant tout des emplois dans les services, car l'industrie contemporaine est très robotisée. Or les services dépendent avant tout de la demande intérieure.
Ensuite le Portugal montre que même avec une forte dose de réformes structurelles et après une période d'austérité drastique jusqu'à être contre-productive, la dette publique d'un pays et le ratio d'endettement se réduisent très difficilement. Une forme d'effacement de la dette est donc nécessaire tôt ou tard. Il est aberrant que la zone euro encourage la mobilité des employés d'un pays à l'autre sans fédéralisme fiscal, sans paiement des pays de destination vers les pays d'origine. 

Le cas du Portugal montre également que les banques doivent être assainies pour pouvoir prêter aux entreprises, et qu'il est nécessaire de les recapitaliser sans exposer davantage les autorités publiques.

Les enseignements à tirer de tout cela sont très utiles pour l'Espagne et surtout l'Italie.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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brennec
- 04/04/2017 - 19:51
Recette connue
Baisser les impots et la dépense publique, la recette est connue et a été apliquée dans les pays qui s'en sont sortis
ISABLEUE
- 04/04/2017 - 17:31
en attirant les retraités de toute l'Europe
qui ne paient pas d'impôt.
Simple.
cloette
- 04/04/2017 - 12:32
oui un bémol
les Portugais vivent comme les milieux populaires dans les années 60 en France , c'est à dire mal .Ils comptent sur l'Europe, c'est dire qu'ils savent ne pas compter sur eux même, et ils émigrent beaucoup en France où ils ne vivent pourtant pas bien ,mais ont des protections sociales .