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Pourquoi la droite s'est tirée une balle dans le pied en ayant voulu remplacer François Fillon trop tard (et en oubliant la France conservatrice)

Publié le 09 mars 2017
Face à l'urgence de la situation et à la présence d'Emmanuel Macron au centre, le remplacement de François Fillon par Alain Juppé marquerait la défaite assurée de la droite à la présidentielle de 2017.
Jean-Philippe Vincent, ancien élève de l’ENA, est professeur d’économie à Sciences-Po Paris. Il est l’auteur de Qu’est-ce que le conservatisme (Les Belles Lettres, 2016). 
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Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www...
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Face à l'urgence de la situation et à la présence d'Emmanuel Macron au centre, le remplacement de François Fillon par Alain Juppé marquerait la défaite assurée de la droite à la présidentielle de 2017.

La semaine qui s'est écoulée aura été marquée par la défection de nombreux membres de l'équipe de François Fillon, plusieurs cadres du parti ayant appelé le candidat LR à la présidentielle à renoncer. Ne peut-on pas considérer que cette volonté de remplacer François Fillon ne survienne trop tard ? La droite ne serait-elle pas en train de se tirer une vraie balle dans le pied ?

Jean-Philippe Vincent : Il ne serait pas trop tard pour remplacer François Fillon par un homme politique qui représenterait ce qu’on pourrait appeler la synthèse libérale-conservatrice-régalienne. C’est cette ligne qui a gagné les primaires de la droite. Si l’on devait donc remplacer François Fillon par un autre candidat de droite, il faudrait qu’il incarne, de façon crédible, cette offre politique. Le seul remplaçant crédible serait à mon avis Nicolas Sarkozy. Mais il n’est pas candidat, jusqu’à présent. Quant à substituer Alain Juppé à François Fillon, ça n’est pas seulement trop tard, c’est la défaite assurée. D’une part, Alain Juppé ne se distingue pas par sa très grande capacité à faire campagne. Or, il va falloir, de façon urgente, faire campagne et se battre. Avec son habituelle ataraxie, Alain Juppé considère sans doute qu’il lui suffira de paraître, de se présenter pour gagner. Il est à craindre qu’il ne soit sévèrement détrompé. D’autre part, Emmanuel Macron représente une version rajeunie et dynamique d’Alain Juppé. Comme disait Jacques Duclos en 1969, “c’est bonnet blanc et blanc bonnet”, ou peu s’en faut. Dans ces conditions, il est presque certain que le plus jeune distancera largement le plus âgé.

Eric Verhaeghe : En l'état, nous sommes quand même à deux semaines de la clôture des dépôts de candidature. Posons donc les choses comme elles doivent l'être ! Soit la droite imagine qu'elle peut poser, à six semaines du premier tour, une candidature alternative à celle de François Fillon qui, en six semaines, ferait une campagne suffisamment convaincante pour gagner devant Macron, devant Le Pen et devant Hamon. Mais alors qui? Les quinquagénaires ont d'ores et déjà écarté l'un des leurs. Ne reste que Juppé pour jouer ce rôle. Mais cela sous-tend que, dans l'esprit des dirigeants de droite, la cote de popularité de Fillon est si basse que son vaincu de la primaire peut faire mieux que lui en si peu de temps. Mais peut-on réellement imaginer qu'il gagne? Cela semble difficile et la seule justification de ce raisonnement est de considérer que la présidentielle est perdue et qu'il faut surtout sauver les législatives.

Mais un autre raisonnement est possible, qui est celui d'un capital d'estime que Fillon gagne jour après jour en résistant à la curée dont il est l'objet. Rappelons ici que Sarkozy, comme d'autres prêts à le lâcher aujourd'hui, lui conseillait hier de rester. Il faut mesurer l'effet désastreux que ces palinodies auront dans l'opinion publique. De mon point de vue, elles seront pires qu'un maintien de sa candidature. 

Si l'on considère le comportement de plusieurs personnalités à droite depuis le début de l'affaire du PénélopeGate (soutien à François Fillon, puis défection au motif de sa mise en examen), dans quelle mesure peut-on parler, pour reprendre le titre d'une tribune d'Emmanuel Berretta parue sur le site du Point ce dimanche, d'un "bal des hypocrites" ? Ce qui anime ceux qui, à droite, appellent au renoncement de François Fillon, ne serait-il pas tout simplement de la peur ? 

Jean-Philippe Vincent : Bien sûr qu’il y a de la peur. Et c’est très normal. N’oublions pas qu’il y a des législatives après les présidentielles. Beaucoup de députés actuels des Républicains ou de l’UDI, beaucoup de candidats LR ou UDI qui salivaient à l’idée de conserver ou de gagner un siège sont en train de s’apercevoir qu’ils risquent de le perdre ou de ne pas le gagner. Ca fait peur. Et la peur est rarement bonne conseillère. Mais si tous ces braves gens se décident pour Juppé, ils doivent savoir que non seulement ils perdront, mais qu’ils auront en plus le déshonneur.

Eric Verhaeghe : Avant d'y voir de la peur, j'y verrais un manque de compréhension vis-à-vis de l'opinion publique. C'est vrai que la défense de Fillon a semé le trouble, y compris parmi certains convaincus. Mais sur le fond, l'électorat de province reste attaché au candidat, et je dirais même, pour l'avoir vu au Trocadéro, que cet attachement a forci à mesure que l'épreuve venait. La campagne de déferlement médiatique anti-Fillon à laquelle nous assistons depuis près de deux mois a nourri cet électorat avec un certain nombre de certitudes pressenties jusqu'ici. L'idée qu'il existe une aristocratie parisienne qui considère le pouvoir comme sa chose, qui dispose de la presse, de la justice, de l'appareil d'Etat, pour en faire un usage capricieux, s'est renforcée ces dernières semaines. C'est d'ailleurs paradoxal. Après sa sortie sur l'assurance maladie, Fillon avait inquiété un électorat populaire, provincial, troublé par une mise en cause des remboursements de médicaments.

Avec cette difficile traversée de la crise, Fillon a récupéré cet électorat par un effet d'identification. Fillon face à la presse parisienne qui se déchaîne, c'est le notable de province qui subit un contrôle fiscal, c'est le propriétaire terrien exproprié pour faire une ligne TGV qui ne sert à rien, c'est le médecin qui voit son hôpital fermer par une décision prise à Paris. A Paris, on ne mesure probablement pas assez ces phénomènes de transfert psychique qui jouent spontanément dans beaucoup d'esprits. 

Selon le dernier baromètre Ifop paru ce dimanche, 28% des Français souhaitent que François Fillon maintienne sa candidature. Ce qui semble caractériser les Français soutenant encore François Fillon, c'est leur volonté de voir le bon sens faire son grand retour, et avec elle, celle de mettre un terme au politiquement correct et à la bien-pensance de gauche, dont l'une des caractéristiques aura été de dévoyer la réalité. Dans quelle mesure peut-on dire qu'il n'existe effectivement pas de plan B pour répondre à cette offre politique là ? 

Jean-Philippe Vincent : Il y a une réalité politique qui a émergé au cours de l’année passée et dont François Fillon est, d’une certaine façon, représentatif. C’est ce que j’appelle “la synthèse libérale-conservatrice-régalienne”. C’est un fait majeur de la vie politique française. Cela va au-delà du bon sens. Beaucoup d’électeurs de droite ont lu mon livre Qu’est-ce que le conservatisme?, celui de Laetitia Strauss-Bonart, celui de Roger Scruton, sans parler des livres de Rémi Brague, Alain Besançon, Pierre Manent, Alain Finkelkraut, etc. Les électeurs de droite pensent de plus en plus et de mieux en mieux. Ils ont pris le goût des idées. Et surtout, ils n’ont plus honte de se dire conservateurs, libéraux, ou régaliens. Ce courant, quoiqu’il arrive, continuera à peser, et de plus en plus. Les girouettes actuelles sont dépourvues de tout bon sens si elles croient qu’une simple substitution de candidat permettra de nier ou d’évacuer une sensibilité politique dont l’émergence est massive et qui comptera de plus en plus.

Eric Verhaeghe : C'est évidemment toute l'hypothèse Juppé ou toute l'hypothèse Baroin qui sont en jeu ici. S'agissant de l'hypothèse Juppé, l'opération va quand même être très compliquée. Il y a quelques semaines, Juppé jouait main dans la main avec Bayrou. Ce dernier a rejoint Macron. Par homothétie, diraient les géomètres, la position de Juppé est évidemment vécue comme fondée sur une connivence de fait avec la gauche de pouvoir. Juppé est un étatiste. Il est inspecteur des Finances, retraité certes, mais relevant du même corps qu'Emmanuel Macron. Dans l'opinion, il est clairement identifié comme plus proche d'un Macron que d'un Fillon. Il aura peu de légitimité pour incarner le "peuple de droite" qui a élu Fillon en novembre. Pour le coup, les Républicains devraient se méfier d'un effet de conversion de leur socle vers le Front national. 

S'agissant de l'hypothèse Baroin, elle me parait également compliquée à tenir, dans la mesure où Baroin est un enfant du système. En particulier, son chiraquisme bien connu risque de déstabiliser l'opinion. Baroin est un homme de la nomenklatura. Et dans le fond de cette élection, on voit qu'il existe désormais une majorité de rejet de cette nomenklatura. C'est pourquoi il reste encore un vrai fond de popularité à Fillon. Ceux qui le soutiennent placent la lutte contre le système avant les questions de personnes. 

Toutefois, si Fillon était élu, il ne devrait pas l'oublier, sinon la déception viendrait vite, et elle serait violente. 

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eltarzan
- 07/03/2017 - 09:03
Pompiers pyromanes
Les perdants de la primaire LR jouent au pompier pyromane .
eltarzan
- 07/03/2017 - 09:03
Pompiers pyromanes
Les perdants de la primaire LR jouent au pompier pyromane .
Wortstein
- 07/03/2017 - 07:59
On en est pas encore là
Fillon a réussi à rabattre le caquet de nombre de ses contempteurs grâce à cette manifestation en tout point efficace. Pas de plan B,C et je ne sais quoi encore. Globalement on a vu le bal de ceux qui n'avait pas digérer la victoire de Fillon à la primaire venir jouer la 3ème mi temps. Pas de pot, l'homme se révèle solide et obstiné. S'assurer le travail de gens fiables autour de lui et reprendre ce qu'il sait si bien faire: défendre son programme. Il sera au second tour. la presse commence à sentir le vent du boulet se rapprocher d'elle d'avoir été partiale et sans scrupule dans l'utilisation à charge de ses commentaires. La reconquista va commencer.