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Réparation des dégâts
Des mammouths ressuscités par des scientifiques de Harvard : rêve ou cauchemar à Jurassic Park ?
Publié le 18 février 2017
Les chercheurs de l'Université de Harvard ont lancé un plan en 2015 visant à faire renaître un mammouth à partir de fragments d'ADN conservés. L'animal disparu il y 4000 ans pourrait être sauvé du statut d'animal éteint où il se trouve. Toutefois, cette expérience tout aussi excitante pourrait ne pas être forcément bénéfique pour l'écosystème.
Alexandre Robert est chercheur-enseignant au laboratoire CESCO (Centre d’Ecologie et des Sciences de la Conservation) au Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris. Son activité de recherche se concentre sur la biologie de la conservation de la...
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Alexandre Robert
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Alexandre Robert est chercheur-enseignant au laboratoire CESCO (Centre d’Ecologie et des Sciences de la Conservation) au Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris. Son activité de recherche se concentre sur la biologie de la conservation de la...
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Les chercheurs de l'Université de Harvard ont lancé un plan en 2015 visant à faire renaître un mammouth à partir de fragments d'ADN conservés. L'animal disparu il y 4000 ans pourrait être sauvé du statut d'animal éteint où il se trouve. Toutefois, cette expérience tout aussi excitante pourrait ne pas être forcément bénéfique pour l'écosystème.

Atlantico : Les chercheurs de l'Université d'Harvard ont lancé en 2015 un projet pour tenter de récréer un mammouth à partir de fragment de traces ADN. Leur objectif est clairement d'arriver à un compromis qui serait un croisement entre le mammouth et l'éléphant.  Cette expérience est toute nouvelle. Comme toute nouveauté, il existe des risques. Quels sont les dangers d'une telle démarche ? Est-ce que les chercheurs pourront gérer ces risques pour parvenir à un résultat satisfaisant ?

Alexandre Robert : Oui bien sûr, il existe des risques. Le premier de ces risques est tout simplement de ne pas parvenir à créer de populations viables de ces animaux, et d’avoir utilisé des éléphants actuels comme de vulgaires tubes à essai avec tout ce que cela implique de souffrance animale (les protocoles de transfert d’embryons ne sont pas sans risque pour les femelles receveuses, et les organismes créés par ingénierie génétique et clonage peuvent souffrir de problèmes physiologiques aigus)… et d’avoir investi des sommes considérables pour créer des ersatz de la biodiversité passée alors que des centaines d’espèces menacées ont grand besoin de ces ressources pour être protégées ou restaurées. En admettant que des populations viables soient malgré tout produites, les risques écologiques sont nombreux. Personne ne sait quel rôle écologique ils pourront jouer dans leur nouvel environnement, comment ils influenceront les autres espèces, si ils provoqueront des extinctions en chaine, des réarrangements majeurs dans le vivant, si ils pourront, sur le long terme, être circonscrits à une zone géographique donnée, si ils entreront en conflit avec les sociétés humaines locales... Il est possible, et même probable, que les bénéfices globaux de ces opérations pour la conservation de la biodiversité, soient nuls ou négatifs.

Les chercheurs veulent créer ce mammouth en le couplant avec de l'ADN d'éléphant. Ce mammouth pourrait-il réussir à assurer sa survie et se renforcer en tant qu’espèce à part entière en s'accouplant avec des éléphants ? 

Créer des organismes viables en laboratoire ou en conditions très contrôlées est sans doute possible. En conditions naturelles, cette tâche est complexifiée par le fait que le phénomène d’extinction est associé à des cassures irréversibles de la continuité de certains phénomènes biologiques comme la non-transmission d’organismes symbiotiques de mère à enfant, l’interruption de certains processus génétiques et cellulaires, de processus de transmission culturelle, etc. Mais surtout, être capable de recréer un organisme viable est très insuffisant pour recréer des populations viables sur le long terme, capables d’interagir avec leur environnement (y compris les autres espèces) et de jouer un rôle fonctionnel dans les écosystèmes. Même en admettant que l’on soit capable d’obtenir des individus viables, on va se heurter nécessairement à des problèmes de faible diversité génétique des populations créées à partir de très peu d’individus, ce qui peut compromettre à la fois la démographie de ces populations à court terme et leur capacité à s’adapter aux changements environnementaux futurs sur le long terme. Ce qui semble encore plus grave, c’est l’effet Hibernatus, le fait que ces populations ne soient pas adaptées au monde actuel. Les espèces vivantes évoluent en permanence, en réponse aux changements climatiques, anthropiques ou autres, et la biodiversité est fortement influencée par la capacité des espèces à « co-évoluer » les unes par rapport aux autres. Une espèce éteinte n’évolue pas, elle est figée. Personne ne sait quel peut être le résultat de la résurrection d’une espèce éteinte il y a plusieurs milliers d’années, qui n’a pas eu l’opportunité de s’adapter graduellement aux changements du monde (vivant et inerte) qui l’entoure.

Pourra-t-on se promener dans des parcs animaliers au milieu de vieilles espèces animales comme dans "Jurassic Park" à l'avenir ?

La volonté de certains scientifiques et d’une partie de la société est telle qu’on finira surement par y arriver (pas pour les dinosaures, qui ont disparu depuis trop longtemps pour que l’ADN soit exploitable, mais peut-être pour le mammouth et d’autres animaux spectaculaires et emblématiques disparus plus récemment …). Mais la vraie question est : est-ce souhaitable ? Certains scientifiques regardent ces projets de « de-extinction » d’espèces disparues comme des opérations de « réparation » des dégâts causés par l’Homme dans le passé. Peut-être que de tels parcs seront très spectaculaires, très rentables. Mais pour l’instant, au-delà du spectaculaire et du rentable, je ne vois pas trop quelle sorte de réparation pourrait être apportée par ces projets. Il y a un débat éthique à mener.

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