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Etre ou ne pas être
Le dilemme 2017 du militant socialiste : renoncer au socialisme pour tenter de le sauver
Publié le 13 janvier 2017
Etre ou ne pas être socialiste. Tel est la question. Et ce cas de conscience, nombreux sont les membres de la classe politique de gauche à y être confronté, tout comme les militants du parti socialiste. Faut-il voter Manuel Valls et d'une certaine manière trahir la ligne sociale historique du parti socialiste ? Voilà de quoi faire passer quelques nuits blanches aux plus fervents socialistes.
Sylvain Boulouque est historien, spécialiste du communisme, de l'anarchisme, du syndicalisme et de l'extrême gauche. Il vient de publier sa nouvelle note, La gauche radicale : liens, lieux et luttes (2012-2017), à la Fondapol (Fondation pour l&...
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Sylvain Boulouque
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Sylvain Boulouque est historien, spécialiste du communisme, de l'anarchisme, du syndicalisme et de l'extrême gauche. Il vient de publier sa nouvelle note, La gauche radicale : liens, lieux et luttes (2012-2017), à la Fondapol (Fondation pour l&...
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Etre ou ne pas être socialiste. Tel est la question. Et ce cas de conscience, nombreux sont les membres de la classe politique de gauche à y être confronté, tout comme les militants du parti socialiste. Faut-il voter Manuel Valls et d'une certaine manière trahir la ligne sociale historique du parti socialiste ? Voilà de quoi faire passer quelques nuits blanches aux plus fervents socialistes.

Atlantico : Les militants socialistes sont  confrontés à un choix s'ils veulent être reconduits au pouvoir. Si l'exercice démocratique est respecté, ils doivent se rallier à Manuel Valls. N'est-ce pas alors abandonner la ligne sociale historique du PS ?

Sylvain Boulouque : On ne sait pas quel sera l'issue des primaires dans la mesure où tout est  possible et qu'il y ai des surprises comme celles que l'on a pu voir pour la primaire de la droite. On ne sait pas qui sortira du chapeau fin janvier. Si les sondages se confirment de toute façon les militants devront se soumettre au choix du parti. Ils le feront peut-être en trainant les pieds mais ils devraient logiquement le faire. Si c'est Manuel Valls, il incarne une tradition de la gauche qui a existé en France depuis le 19e siècle incarnée par Clémenceau. Après si on regarde dans la gauche socialiste, cette tendance sociale, autoritaire et libérale s'est poursuivie chez Guy Mollet sous certains aspects. Plus tôt encore on retrouve des tendances sécuritaires chez Chevènement et pour le côté libéral on retrouve des aspects rocardiens chez Manuel Valls. Ce n'est donc pas une rupture complète avec l'Histoire. Après ce n'est pas sûr que ce soit une gauche sociale et moins autoritaire qui finisse par l'emporter.

Est-ce que la gauche pour compenser le principe de l'alternance n'essaye pas de plus en plus de faire sienne des chevaux de bataille historiquement de droite comme la sécurité ? Est-ce que cela ne risque pas de décevoir les électeurs traditionnels de la gauche ?

Le problème c'est qu'il y a une évolution sur certains thèmes d'une partie de la société vers la droite. Il n'y a pas de raison que les électeurs en soient exemptés. A partir de là, des thématiques "moins sociales et plus sécuritaires" sont reprises par bon nombre de candidats de gauche. Il est important de ne pas négliger le fait qu'il y a toujours eu dans la gauche en France des gens favorables aux mesures sécuritaires. Sous François Mitterrand,  un certain nombre de ministres de l'intérieur épousaient ces tendances. Il n'y a pas de raisons non plus de voir un électorat plus populaire déserter les rangs dans la mesure où c'est dans ces milieux là que la criminalité est importante. Il faut protéger les plus démunis par rapport à des gens qui veulent imposer leur mode de vie. La lutte contre la délinquance n'est pas propre à la droite.  La gauche, traditionnellement, portait de l'attention aux questions sociales et aux questions sécuritaires. Les deux aspects étaient considérés et les causes étaient traitées. Depuis quelques années la tendance est d'oublier les causes pour développer surtout et principalement les questions sécuritaires. De ce point de vue, Manuel Valls dans ses discours n'oublie pas de parler des deux aspects.

Manuel Valls est en tête dans les sondages pour la primaire de la gauche. Admettons qu'il gagne est-ce que Macron représenterait une alternative valable pour sauver la Gauche au détriment du PS ?

C'est une hypothèse qui existe. Après, le problème c'est que Macron mélange plusieurs thèmes. Sur le plan sociétal il est très social-libéral voir très libéral au sens américain du terme. Il est aussi libéral au sens économique du terme ce qui est moins le cas d'une grande partie de la gauche. Qu'une fraction de l'électorat actuel de macron sont plutôt de centre droit montre qu'il est plus de centre droit voir centre gauche. A l'échelle internationale on remarque qu'il y a une recomposition d'une partie de la gauche autour d'un centre gauche qui intègre le centre droit. Le phénomène s'explique également car le centre droit a fait sien des thèmes qui étaient portés par la gauche. Des aspects ont fusionné entre la gauche et la droite. Il y a un certain nombre de thèmes qui ne sont plus aussi clivant qu'ils l'ont pu l'être auparavant. Macron s'il l'emporte peut donc apparaitre comme une nouvelle figure pour l'électorat de gauche même s'il ne rassemble pas les mêmes catégories que celle de la gauche traditionnelle. Nous verrons maintenant comment cela va se développer, il est toujours très tôt pour spéculer mais on peut dire que pour l'instant ne PS ne semble pas cautionner une candidature Macron mais on sait jamais ce qui peut advenir. Est-ce qu'une partie des militants vont se rallier à ce candidat, il est beaucoup trop tôt pour le dire.

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