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© Manuelle Gautrand Architecture
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Fou dans la ville

Comment nous pourrions mieux gérer les maladies mentales en redessinant nos villes

Publié le 30 décembre 2016
Si les maladies mentales ne trouvent pas leurs causes dans l'urbanisme, celui-ci peut parfois aider les personnes les plus fragiles. En effet, le calme d'un espace vert comme l'affluence d'une terrasse de café peuvent être des vecteurs de liens importants pour les malades mentaux.
Jacques Lévy est urbaniste et professeur à l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne. Il a récemment publié Réinventer la France 
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Si les maladies mentales ne trouvent pas leurs causes dans l'urbanisme, celui-ci peut parfois aider les personnes les plus fragiles. En effet, le calme d'un espace vert comme l'affluence d'une terrasse de café peuvent être des vecteurs de liens importants pour les malades mentaux.

Atlantico : La psychiatre Layla McCay, fondatrice du Center for Urban Design and Mental Health, travaille notamment à alerter les autorités sur la nécessité de prendre en compte la santé mentale en matière d'urbanisme. Par leurs caractéristiques, à quel point les villes affectent-elles notre santé mentale ? Comment cela se manifeste-t-il ?

Jacques Levy : La maladie mentale peut être définie comme une difficulté de vivre avec soi même, comme une difficulté de vivre avec les autres. Il faut rechercher la base de ces maladies dans la construction de l’individu dès la petite enfance, époque où ses relations avec l’environnement sont faibles. La ville n’est pas responsable de la maladie mentale, cependant l’environnement spatial et urbain ont connu une certaine évolution. Nous somme passé de l’idiot du village au fou dans la ville et entre les deux se trouve l’institution qu’est l’hôpital psychiatrique. Nous avons parfois une certaine nostalgie d’un système intercommunautaire et rural, où le malade s'intègre dans l’environnement avec une faible institutionnalisation (à condition qu’il ne soit pas un danger pour autrui). Michel Foucault a travaillé sur la question de l’extraction des déviances et notamment des maladies mentales du 18ème siècle à la moitié du 20ème par la création d’espace spécifique, c’est l’hétérotopie. La ressemblance entre hôpital psychiatrique et prison étant évidente. Pour beaucoup de médecins, les malades peuvent utiliser l’environnement extérieur comme une ressource pour aller mieux, indépendamment des autres types de traitement.

Finalement, plus une ville est grande plus elle offre des ressources urbaines qui vont aider le malade à travers la solidarité mais aussi l’anonymat. La conquête de l’urbanité, du respect des individus résume l’histoire des villes depuis le 19ème siècle. Plus les villes sont des villes, plus elles sont ouvertes à l’altérité et au mélange, plus elles vont être agréables aux personnes qui ressentent un mal être important. Dans toutes les situations de vulnérabilité la ville permet de rendre une vie normale par son adaptation. La violence et l'agressivité dans la ville sont néfastes pour tous les habitants de la ville. A mon sens, il ne faut pas une ville spécialement pour les malades mentaux, une ville se doit d’être bonne pour tous et donc pour les catégories les plus faibles.

Quel rôle peut jouer précisément l'urbanisme dans la prévention de certains troubles mentaux et dans l'accompagnement des personnes qui en souffrent déjà ?

L’origine des maladies mentales étant probablement dans le cercle proche de la personne, nous pouvons donc penser que plus l’individu existe en dehors du cercle familial plus les syndromes liés à la construction familiale peuvent s'atténuer. La force d’une ville est son espace publique et ce qu’on peut appeler les liens faibles. L’espace public ne se substitue pas aux liens forts qui construisent l’individu. Tout en étant conscient des limites, lorsque la ville offre des opportunités de construction, de relations ou de réseaux de relations par une approche pragmatique, cela peut aider certains individus. La possibilité d’une intimité dans l’espace public est une notion importante, nous avons souvent confondu le couple public/privé avec le couple intime/extime. Beaucoup de personnes déploient leur intimité dans des lieux où la densité n’est pas faible, dans un espace public mobile. Si l’individu peut progresser doucement dans la reconquête de son intimité, la ville peut être utile. Les lieux où l’on se sent bien sont important, nous devons pouvoir interagir de façon équilibrée avec un environnement présent.

L’une des caractéristiques fondamentale de l’urbanité est la multitude de micro événements non prévisibles auxquels nous sommes confrontés. Cette dimension aléatoire peut être utile à celui qui se sent mal, il va voir des voies s’ouvrir auxquelles il ne serait pas confronté dans un espace fonctionnel classique. La force de la ville est que chaque chose n’est pas à sa place. Il faut que l’individu soit prêt à recevoir positivement ces informations, c’est la sérendipité (le fait de trouver ce que l’on ne cherche pas). Cet apport de la ville peut prendre des formes multiples, il ne faut pas nécessairement du calme. Il faut créer des infrastructures appropriés aux habitants. L’urbanisme propose, si les habitants viennent à un moment donné, alors il y a un espace public. Il faut offrir aux personnes fragiles des environnements malléables qui peuvent leur convenir. Par exemple, le sociologue Erving Goffman a montré que dans l’espace public, l’inattention civile est très importante. Le fait ne pas faire attention aux choses inhabituelles est importante pour les malades mentaux. Par la ville, des personnes en difficultés mentales peuvent vivre sans se sentir agressées, il y a là un réel enjeu.

Quels efforts une ville comme Paris doit-elle fournir afin de prendre en compte, dans son urbanisme, les dommages causés sur notre santé mentale par l'environnement urbain ? Comment juger la volonté des politiques municipales à cet égard ?

Lorsque l’on qualifie l’espace public pour tout le monde il est important de la faire aussi pour les plus vulnérables. Il n’est à mon avis pas nécessaire d’avoir des politiques spécifiques pour les malades mentaux. Une politique urbaine se doit de toucher tout le monde, pas seulement les personnes fragiles. L'immatériel est plus important que le concret, l’urbain a besoin par exemple d’espace fixe et calmes (espaces verts) comme de mobilité et d’affluence (terrasses de café). Les agoraphobes n’ont pas besoin des mêmes choses que des claustrophobes. Plus la diversité d’offre urbaine est grande, plus les différents cas de figure de maladies mentales vont trouver des réponses. 

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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vangog
- 30/12/2016 - 23:58
"Redessiner les villes"..."re-anchanter la vie"...
"Re-éduquer les hommes"....ouais, on connaît! Le monde a l'expérience de ces re-éducateurs-re-dessinateurs, qui n'acceptent pas la nature telle que l'histoire l'a créée ( oui, oui, la nature...) et rêvent de lui appliquer leur petit Reve de puissance modificatrice...les cimetières de toutes les dictatures sont pleins de jeunes cadavres de leurs expériences insensées...déjà vu!
Paulquiroulenamassepasmousse
- 30/12/2016 - 19:35
Redécouvrir Alphonse Allais
Et construire les villes à la campagne car l'air y est plus pur.... Je ma'apperçois que les urbanistes Suisses sont aussi cons que les Français.. Et ça me rassure. Quant à l'idiot du village il correspond à une époque où les dangereux étaient enfermés à vie... Et c.'est surtout ça qui rendait les campagnes fréquentables, quant aux villes, elles l'étaient tout autant et pour les mêmes raisons ! Mais après tout, une ville bien pensée peut peut-être nous libérer de cette psychologie à d'ex balles.