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© AHMAD AL-RUBAYE / AFP
La peau de l’ours
Et pendant ce temps-là, à Mossoul, les pires scénarios redoutés par la coalition internationale se confirment jour après jour
Publié le 02 décembre 2016
Loin de l'attention médiatique, la bataille s'enlise à Mossoul entre l'armée irakienne soutenue par la coalition internationale et les combattants acculés de l'Etat Islamique. Ces derniers développent une guérilla urbaine qui plombe sérieusement l'avancée des troupes ennemies.
Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la...
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Alain Rodier
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Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la...
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Loin de l'attention médiatique, la bataille s'enlise à Mossoul entre l'armée irakienne soutenue par la coalition internationale et les combattants acculés de l'Etat Islamique. Ces derniers développent une guérilla urbaine qui plombe sérieusement l'avancée des troupes ennemies.

Atlantico : Alors que sur le front syro-irakien, la situation à Alep connaît un regain d'intérêt médiatique ces derniers jours, qu'en est-il de la bataille de Mossoul ? L'armée irakienne et la coalition internationale sont-elles sur le point de prendre le grand bastion irakien de l'Etat Islamique ?

Alain Rodier : La bataille d’Alep connaît un regain médiatique car les forces gouvernementales syriennes appuyées par les milices chiites et les Russes sont en train de la gagner. Bien sûr, tous les médias occidentaux qui soutiennent de près ou de loin les rebelles soulignent l’atrocité des combats. Ils en imputent toute la faute aux assaillants. Ils relayent de nombreuses ONG qui en appellent à l’Onu. Les gouvernements occidentaux qui ne peuvent plus rien faire pour sauver la situation assurent que les responsables de ces massacres seront traduits devant les tribunaux internationaux dans un avenir sans doute assez éloigné. De leur côté, les médias prosyriens ou prorusses insistent sur les évacuations de civils, l’aide humanitaire, etc.

Tous omettent de dire que :

Primo : les guerres sont cruelles et plus encore quand elles sont "civiles" car elles ne respectent alors aucune règle ;

Secundo : le combat dans les localités est toujours un piège pour les civils qui sont coincés - voire utilisés - par les deux partis ;

Tertio : des couloirs humanitaires avaient bien été ouverts par les forces gouvernementales syriennes sous le contrôle des conseillers russes et qu’ils n’ont pas été utilisés car les rebelles ont dissuadé ceux qui voulaient partir.

A l’évidence, les manières d’opérer des assaillants sont extrêmement brutales mais, si l’on se réfère à l’Histoire même récente, je ne connais pas de "guerre propre" mais des "guerres gagnées", les perdants ayant toujours tort. Certes, en Irak durant la seconde guerre du Golfe (1990/1991), les pertes avaient été très limitées du côté de la coalition emmenée par les Etats-Unis : environ 300 morts (plus 200 au Koweït). Par contre, en face de 20 000 à 35 000 morts, dont au moins 3 600 civils étaient répertoriés… L’important était bien la victoire.

A Mossoul, la situation s’enlise. Tous les analystes de la chose militaire l’avaient prévu. Mais le public avait été désinformé par les communiqués de victoire diffusés à l’envi par les professionnels de la propagande. Seuls quelques responsables politiques et militaires osaient dire que cela allait durer "un certain temps" mais personne ne voulait les entendre.

Il est d’ailleurs parfaitement exact que les Américains et les Européens impliqués plus ou moins directement dans l’affaire demandent aux Irakiens de ne pas causer autant de dégâts civils qu’à Alep car, si cela venait à faire l’objet de la une des médias, ce serait très mauvais pour l’image de marque. Du coup, les unités irakiennes de pointe ne progressent presque plus depuis qu’elles sont engagées en ville avec environ un million de civils qui servent de boucliers humains. Il ne faut frapper qu’à coup sûr en évitant les pertes collatérales. Les Anglo-américains n’ont pas eu ce souci en Normandie en 1944 mais la diffusion de l’information était à l’époque beaucoup plus lente pour ne pas dire inexistante. Il n’en reste pas moins que ce sont bien eux qui ont libéré la France du joug nazi et il est parfaitement admis que c’était le prix à payer.

Il est vrai que si l’on se place strictement sur le plan de la morale, la différence qui existe entre les "bons" est les "méchants", c’est que les "bons" causent des pertes collatérales involontaires et les "méchants", des pertes délibérées destinées à casser le moral de leurs adversaires. Par contre, il est parfaitement exact qu’il faut prendre en compte les résultats psychologiques des opérations militaires de manière à ne pas précipiter les populations dans les bras de l’ennemi. Les Américains ont commencé à s’en soucier au Vietnam avec le succès que l’on sait car il était vraisemblablement alors trop tard. Ce qui est curieux, c’est que l’ennemi, lui, peut se livrer à toutes les exactions sans en subir les foudres populaires et/ou médiatiques. Il y a heureusement quelques exceptions : les Khmers rouges souvent vantés à Saint-Germain-des-Prés ont fini par perdre.

Selon vous, cet enlisement des conflits était-il prévisible, au vu de l'état des forces belligérantes, de la situation politique internationale et du contexte géographique de cette bataille de Mossoul (combats urbains, présence de civils, etc.) ?

D’un côté, il y a environ 100 000 hommes, des chars, des hummers en pagaille, de l’aviation, de l’artillerie, des forces spéciales, etc. Un rouleau compresseur qui a été très efficace tant que les combats se sont déroulés dans les terrains ouverts autour de Mossoul. Ils étaient impossibles à défendre. De l’autre, il n’y aurait tout au plus que 5 000 combattants équipés d’armes d’infanterie légère. Le problème, c’est qu’ils ont préparé leurs positions et que l’avantage est toujours du côté du défenseur dans le combat dans les localités. Et surtout, les activistes de Daesh sont totalement fanatisés et prêts à se sacrifier pour leur cause. Les kamikazes ne semblent d’ailleurs pas manquer.

Pour revenir à des exemples historiques, cela me fait penser aux Japonais qui défendaient Iwo Jima du 19 février au 26 mars 1945. Sur la garnison qui comptait quelques 22 000 Japonais, il y eut 20 700 morts, 1 150 disparus et seulement 216 prisonniers ! Du côté US, environ 7 200 morts et disparus. Et pourtant, les Américains ont écrabouillé l’île sous un tapis de bombes et d’obus d’artillerie navale. Ce ne sera bien sûr pas la même ampleur à Mossoul mais cela devrait durer d’autant que l’on oublie de préciser qu’une partie de la population lui était favorable. A titre d’exemple actuel, je rappelle que Daesh tient encore une petite partie de la ville de Syrte en Libye, problème qui devait être réglé en quelques semaines depuis août de cette année.

Si l'Etat Islamique résiste bien aux assauts lancés contre lui, sa situation n'est-elle pas malgré tout difficilement tenable sur le long terme ? Combien de temps peut-il espérer tenir, lui qui ne brille pas par le nombre de ses alliés dans la région ?

Daesh va tenir des semaines voire des mois tant qu’il aura des vivres et des munitions. La question que se posaient les observateurs était la suivante : allait-t-il choisir de se défendre sur place où se livrer à des combats retardateurs afin de pouvoir exfiltrer une grande partie de ses combattants comme il l’avait fait à d’autres occasions ? Il semble qu’il ait choisi la défense ferme même s’il peut encore s’en sortir car le "siège" est loin d’être hermétique à l’ouest.

De toutes façons, le mouvement salafiste-djihadiste va repartir à l’assaut multipliant les attentats terroristes (pour le moment, les chiites sont visés en priorité) et les actions de guérilla sur l’ensemble de l’Irak et vraisemblablement ailleurs (1). Son objectif est de fixer des forces irakiennes en-dehors de Mossoul et, surtout, de montrer au monde entier qu’il existe encore.

Ce que l’on ne parvient toujours pas à faire, c’est de le couper de ses racines idéologico-religieuses. Les activistes sont convaincus de se battre pour leur vision de l’islam qui, pour eux, est la seule admissible. Les musulmans qui ne partagent pas leurs idées ne sont que des apostats, c'est-à-dire des traîtres à la religion.

Quand vous dites que Daesh n’a pas d’"alliés" dans la région, vous parlez d’Etats. Par contre, il continue à avoir des sympathisants qui adhèrent à sa vision de la religion et qui admirent son pouvoir de résilience. Ces quelques "gueux" qui sont capables de défier les plus grandes puissances de la terre rencontrent toujours une certaine adhésion au sein d’une frange non négligeable des populations locales - voire étrangères -. La guerre ne pourra se gagner qu’au niveau des idées. Et pour l’instant, les Irakiens chiites et sunnites, les Kurdes, ont bien des idées, mais derrière une alliance de façade, ils ont des objectifs différents. Il en est de même pour les Etats de la région et les grandes puissances.

(1) En ce qui concerne la France, des appels au meurtre se multiplient et, nouveauté, il n’est plus demandé aux aspirants au djihad de rejoindre le front syro-irakien mais de combattre les ennemis de Daech là où ils se trouvent.

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Beredan
- 01/12/2016 - 20:00
Bourrage de crâne ( surtout pour Alep)
Question simple : pourquoi les populations civiles , lorsqu'elles en ont la possibilité , se ruent-elles vers les zones tenues par les forces gouvernementales ???
VV1792
- 30/11/2016 - 22:48
@langue de pivert
Tres bon!! Je rajouterai un seul mot sur le comment faire la guerre dans de tels endroits, je veux malheureusement dire: Grozny
hibernato
- 30/11/2016 - 17:30
pour compléter le plan de "langue de pivert"
Vendre des armes à l'ensemble des parties prenantes pour accélérer le processus et dégager des ressources afin de développer les énergies nouvelles. Ceci mettra un terme à la rente pétrolière sans laquelle ces braves gens se battraient encore à coup de figue molle sans risque de nous nuire en exportant l'islam.