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Comment Trump peut reprocher à Amazon d’être aussi habile optimisateur fiscal que soi-même et valider cette attitude par la décision de diminuer l’impôt sur les sociétés afin de faire revenir les profits réalisés à l’étranger ?
Des adversaires de taille
L’élection de Donald Trump pourrait-elle fragiliser le monopole économique toujours plus grand des Gafa ?
Publié le 21 novembre 2016
La mondialisation et la crise économique ont favorisé la concentration du pouvoir économique entre les mains de quelques grandes entreprises, essentiellement dans le secteur technologique, mais aussi énergétique.
Sarah Guillou est économiste à l’OFCE dans le domaine de l’économie internationale et des politiques publiques affectant la compétitivité des entreprises. Son travail mobilise l’exploitation statistique de bases de données d’entreprises et de salariés...
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La mondialisation et la crise économique ont favorisé la concentration du pouvoir économique entre les mains de quelques grandes entreprises, essentiellement dans le secteur technologique, mais aussi énergétique.

Atlantico : Selon un récent article de Bloomberg View, 30,3% de la capitalisation boursière du Nasdaq ne concerne que cinq entreprises (Apple, Google, Microsoft, Amazon et finalement Facebook). Peut-on, dans ce genre de situation, parler de concentration hégémonique ou quasi-monopolistique ? De telles situations existent-elles dans d'autres secteurs que le seul domaine des technologies ?

Sarah Guillou : Les Gafa sont devenus ces quinze dernières années de gigantesques entreprises tant en termes de revenus que de capitalisation, mais aussi de présence dans la vie quotidienne des consommateurs (et demain des conducteurs ou encore des malades). Les revenus  d’Apple (tout comme ceux de Total) avoisinent le Pib de l’Autriche et dépassent celui du Danemark. Les cinq entreprises des technologies de l’information et des communications ont tiré profit de la globalisation des marchés et de l’uniformisation des usages technologiques. Fortes de leur incroyable capacité d’innovation, mais aussi de leur avance sur leurs concurrents, ces entreprises illustrent à merveille le principe du "winner takes all" propre aux activités à forts et croissants rendements d’échelle et aux activités de réseaux. Dans ces activités, c’est en effet l’acteur qui arrive le premier et qui a supporté le premier les coûts fixes, qui va ensuite bénéficier de sa capacité à servir tout le marché au coût marginal le plus faible.

On peut toutefois relativiser cette concentration du pouvoir par les Gafa en considérant ce qui se passe dans les autres secteurs. Tout d’abord, la capitalisation boursière des Gafa est loin derrière celles des entreprises mondiales du secteur de l’énergie pétrolière, auxquelles s’ajoute Walmart, qui sont bien devant Apple pour concurrencer les niveaux de revenus des Etats. Ensuite, les mouvements de concentration du pouvoir économique ont touché tous les secteurs et ceci en réponse d’une part à l’augmentation de la taille des marchés (globalisation) qui appelle l’accroissement de la taille des acteurs, mais aussi en réponse à la crise qui suscite des mouvements de fusions-acquisitions.

Tout du long de sa campagne, Donald Trump s'est montré très agressif à l'encontre de tels groupes, et tout spécifiquement vis-à-vis d'Amazon. Au-delà des intentions que l'on peut, ou non, lui prêter, est-il en mesure de mettre un terme à ce genre de situations ? Comment pourrait-il procéder concrètement ?

On peut sans doute se réjouir que l’hyper-pouvoir économique de la Silicon Valley ne se soit pas allié aux futurs hyper-pouvoirs de Donald Trump (vu la configuration du Congrès et de la Cour suprême).

En général, il y a une tradition politique aux Etats-Unis à se méfier des conglomérats et des trusts. Ainsi tant Hillary Clinton que Donald Trump se sont montrés réticents à la perspective de la fusion d’ATT avec Time Warner qui est en cours d’investigation. Le pouvoir économique fait toujours de l’ombre au pouvoir politique. L’autorité de la concurrence américaine (FTC) est une autorité indépendante mais, comme toute autorité régulatrice, ses membres sont nommés par l’administration. Si Donald Trump s’est montré très agressif à l’égard des Gafa, c’est d’abord parce qu’eux-mêmes ont exprimé leur rejet du candidat. Ensuite, cela était cohérent avec sa posture de vouloir s’opposer aux puissants pour protéger les plus faibles et avec sa hargne contre les profits réalisés à l’étranger et non rapatriés par ces entreprises. Concernant Amazon, dont Jeff Bezos le créateur et Pdg est aussi le propriétaire du Washington Post (assez critique avec Donald Trump), la vindicte de Donald Trump est aussi agressive qu’elle est incohérente : comment reprocher à Amazon d’être aussi habile optimisateur fiscal que soi-même et valider cette attitude par la décision de diminuer l’impôt sur les sociétés afin de faire revenir les profits réalisés à l’étranger, ce qui va satisfaire pleinement les Gafa ? Quant aux questions de concentration des pouvoirs sur le marché du commerce de détail (Internet et non Internet), Amazon, malgré sa taille, est un petit acteur sur ce marché. Finalement, ce qui pourrait le plus handicaper les Gafa, c’est la politique protectionniste envisagée par Donald Trump, tant pour leurs ventes que leur approvisionnement.

Quand Google, par exemple, rachète de multiples startups en intelligence artificielle, s'agit-il nécessairement d'une recherche de profit immédiat ? Quelles sont les raisons qui poussent les entreprises à monter de tels empires sans nécessairement y gagner financièrement ?

La logique des entreprises dont l’activité repose sur le réseau (télécommunications, Internet) est de poursuivre sans fin une augmentation de leur taille. C’est logique parce que la production d’une unité de plus, c’est-à-dire le service d’un usager supplémentaire, a un coût très faible. C’est très facile à comprendre pour Facebook ou Google. Pour les autres, la production d’une unité de plus est également très faible au regard des investissements technologiques qui sont des coûts fixes préalables et qui s’amortissent sur l’ensemble des consommateurs. Cette logique est renforcée par la course technologique : les leaders ne resteront les leaders que s’ils sont toujours les premiers à créer les nouveaux usages. Ces acteurs ont fortement intégré l’idée que celui qui gagne est celui qui arrive le premier. De plus, leur notoriété se nourrit de leur capacité à créer des ruptures technologiques.

Leur déploiement au-delà de leur cœur de métier - c’est le cas pour Google et Apple - montre aussi le souci de conquérir de nouveaux marchés anticipant l’extinction de la rentabilité des anciens marchés, promesses de revenus futurs que valident les marchés financiers. L’objectif est donc, non seulement d’être toujours à la frontière technologique, mais aussi de la repousser sans cesse pour obliger les concurrents à courir derrière. Ce processus valide la croyance au progrès technique de nos sociétés que ces entreprises installent dans notre quotidien.

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