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Mondialisation : voici les emplois qui ont été anéantis par l’ouverture internationale, et ceux qui s’en sortent plutôt bien (et leur répartition sur le territoire français)

Publié le 02 septembre 2016
Sous l'effet de la mondialisation, l'ancienne distinction entre secteur secondaire et tertiaire est devenue moins opérante. Il est désormais plus pertinent de parler d'emplois exposés (à la concurrence internationale et susceptibles d'être délocalisés) et d'emplois abrités (proches géographiquement des clients). En France, les zones les plus fragilisées par la mondialisation continuent d'être les territoires traditionnellement industriels du Nord, Nord-est et de l'Ile-de-France.
Philippe Frocrain est doctorant en économie (Mines Paristech), et chargé d'études à La Fabrique de l'industrie.
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Sous l'effet de la mondialisation, l'ancienne distinction entre secteur secondaire et tertiaire est devenue moins opérante. Il est désormais plus pertinent de parler d'emplois exposés (à la concurrence internationale et susceptibles d'être délocalisés) et d'emplois abrités (proches géographiquement des clients). En France, les zones les plus fragilisées par la mondialisation continuent d'être les territoires traditionnellement industriels du Nord, Nord-est et de l'Ile-de-France.

Atlantico : Vous venez de réaliser une étude sur les emplois abrités et exposés en France, relativement à la mondialisation. Que signifie cette distinction ? Pourquoi vous parait-elle plus pertinente que la division secteur secondaire / secteur tertiaire ? Quelles en sont les implications ?

Philippe Frocrain : Pour établir cette distinction, nous sommes partis de l'idée que dans chaque territoire économique, c’est-à-dire chaque espace géographique bordé par des frontières, on trouve deux économies.

Le secteur exposé produit des biens et services échangeables par-delà les frontières : les emplois dans ces activités sont ainsi en concurrence avec des emplois situés à l'étranger.

A l'inverse, certains emplois sont dit "abrités". Plusieurs raisons peuvent l'expliquer. Premièrement, des raisons institutionnelles (emplois dans l'armée ou dans le gouvernement). Deuxièmement, des raisons de coût de transport qui expliquent que ces emplois aient besoin de produire à proximité des clients. C'est ce besoin de proximité physique avec le client qui protège ces emplois de la concurrence étrangère.

On pourrait donner d'autres noms à ces emplois. Pierre-Noël Giraud (co-auteur de l'étude) préfère les termes de nomades et sédentaires : les nomades étant les exposés pouvant disparaître d'un territoire et réapparaître ailleurs, les sédentaires étant créés au niveau territorial. On pourrait aussi parler d'emplois non-délocalisables et d'emplois délocalisables.

Cette distinction est faite en réaction au problème posé par l'utilisation fréquente de la distinction entre secteur secondaire et tertiaire (ou entre emplois industriels et services). Or la frontière entre ces types d'activités est devenue extrêmement floue aujourd'hui. En effet, des services pénètrent l'industrie et certains emplois dans l'industrie sont de moins en moins des emplois de production concrète et physique mais de plus en plus des emplois de "cols blancs" (design etc.). De la même façon, dans les produits vendus, il y a souvent un mélange de biens physiques et de services (par exemple, les objets physiques électroniques vendus avec des applications et des logiciels intégrés). Par ailleurs, au sein des services, sont apparus depuis plusieurs décennies des phénomènes que l'on n'observait pas auparavant : délocalisations de services tels que les services financiers (liées aux accords de déréglementation), apparition d'outils numériques qui permettent de transférer de l'information à distance. On a donc des services délocalisables et des services qui utilisent de plus en plus d'infrastructures physiques, notamment dans le domaine du numérique : par exemple, une entreprise comme Google utilise des fermes de serveurs ayant besoin d'être refroidies en permanence, ce qui nécessite des installations physiques importantes.

Sur le territoire français, quelle est la logique de répartition des emplois exposés et abrités ? Où se trouve principalement chacun de ces deux secteurs ? Dès lors, quelles sont les zones du territoire les plus exposées à la mondialisation ?

Par définition, les emplois abrités sont localisés dans des endroits près des clients et sont donc répartis de manière proportionnelle à la population. Ils sont plus présents dans les villes, un peu moins dans les campagnes, mais globalement, ils sont répartis de manière beaucoup plus uniforme sur le territoire français que les emplois exposés.

Les emplois exposés sont davantage présents dans la partie nord de la France et un peu moins sur le pourtour méditerranéen qui est globalement la zone la plus pauvre en emplois exposés.

Au sein des emplois exposés, il faut distinguer ce qui relève des emplois industriels ou agricoles et ce qui relève des emplois de services. Les emplois de services exposés sont plutôt concentrés dans les espaces métropolitains alors que les emplois industriels sont un peu mieux répartis. Ces derniers sont présents principalement dans le Nord-est, le bassin parisien et le Nord malgré une importante désindustrialisation au cours des dernières décennies.

Les territoires les plus exposés à la mondialisation continuent d'être les territoires traditionnellement industriels. Mais les espaces métropolitains, qui sont surtout spécialisés dans les services exposés, sont de plus en plus concernés.  Si ces territoires sont exposés à la concurrence internationale, ils ont l'avantage d'être spécialisés dans des activités de services exposées qui sont créatrices d'emplois. Ils tirent donc leur épingle du jeu dans la compétition internationale ou en tout cas sont moins à risque que l'industrie manufacturière. A ce sujet, on constate que la situation du pourtour méditerranéen, zone assez pauvre en emplois exposés mais assez bien dotée en emplois de services exposés, est génératrice à la fois d'opportunités et de risques (ce qui est également valable pour les métropoles). En effet, c'est une opportunité car l'ouverture croissante des services aux échanges et à la concurrence internationale peut favoriser ces zones mais un risque car cela les met en concurrence avec d'autres pays, ce qui constitue un potentiel facteur de déstabilisation.

D'un point de vue de la politique économique, quelles sont les conséquences de votre étude ? Quels sont les liens qui existent entre les emplois abrités et exposés ? Quelles politiques économiques permettraient de pérenniser un effet d'entrainement entre ces deux secteurs ?

Ces économies sont certes différentes mais elles sont également extrêmement interdépendantes et articulées.

Dans cette étude, nous avons montré qu'au niveau local l'emploi exposé peut impacter de manière importante l'emploi abrité. L'impact peut être positif en permettant l'implantation de firmes qui peuvent à la fois consommer des biens et services abrités et apporter de nouveaux travailleurs qui vont consommer leurs revenus en biens et services locaux.

A l'inverse, cela peut donner lieu à des délocalisations comme on le voit dans les territoires fragilisés du Nord/Nord-est de la France et de l'Ile-de-France : les emplois abrités dans ces territoires ont été négativement impactés par la désindustrialisation.

On estime qu'au niveau de la France métropolitaine, 100 emplois exposés génèrent 64 emplois abrités. L'inverse n'est pas vrai : les estimations de l'impact de l'emploi abrité sur l'emploi exposé n'ont rien montré de significatif.

L'emploi exposé est donc un vecteur de développement de l'emploi abrité mais également de ses revenus. S'il y a un lien de dépendance des abrités par rapport aux exposés, les exposés sont également dépendants des abrités car ces derniers vont déterminer en partie leur compétitivité. En effet, si les exposés peuvent se déplacer d'un territoire à l'autre, les mouvements sont toujours compliqués : ils n'est jamais facile d'ouvrir ou de fermer une usine. Les exposés sont donc dépendants des conditions locales et même nationales. Ainsi, la performance du secteur abrité conditionne assez largement la performance du secteur exposé.

Dans notre étude, nous avons laissé des ouvertures car c'est un travail encore en cours. On sait qu'il est très important de s'intéresser au secteur abrité qui représente 3/4 des emplois et, comme nous venons de l'expliquer, impacte la performance du secteur exposé. On constate cette importance quand on compare la situation française à la situation allemande. En Allemagne, les prix dans le secteur abrité ont augmenté nettement moins vite qu'en France ce qui a permis de soutenir  la performance du secteur exposé allemand.

Sur les politiques économiques à mener, il faut distinguer l'échelon français et l'échelon européen.

Si l'on considère que la situation est inchangée chez nos partenaires européens, une des conclusions est d'essayer de limiter la progression des prix dans le secteur abrité pour éviter d'être trop distancé par l'Allemagne. Il existe plusieurs façons d'agir sur les prix. Premièrement, on peut limiter la progression des salaires dans le secteur abrité. Mais les inégalités de salaires entre exposés et abrités étant déjà importantes, cette stratégie, qui relève d'un choix politique, n'est pas adaptée si on accorde de l'importance à la réduction des inégalités. Deuxièmement, si on part du postulat qu'on doit limiter les inégalités, un levier consiste à agir sur la productivité du secteur abrité : cela permet de maintenir une progression des salaires qui correspond à une augmentation de la production et ainsi de limiter l'impact sur les prix sans créer d'inégalités salariales nouvelles entre exposés et abrités.

Au niveau européen, si l'on considère que nos voisins ont également des leviers d'action, il est beaucoup plus compliqué d'agir efficacement. On peut d'abord estimer que s'il y a une divergence de compétitivité, ce n'est pas forcément à celui en déficit de compétitivité de faire l'ajustement. Ainsi, la solution pourrait être que l'Allemagne laisse davantage progresser les salaires dans son secteur abrité.

Mais il n'y a pas que la France et l'Allemagne, il y a aussi d'autres concurrents importants tels que l'Espagne et l'Italie qui peuvent mener des stratégies visant à agir sur les prix dans leur secteur abrité. Comme on le voit, il y a au niveau européen énormément de scénarios possibles puisque chaque pays a des stratégies à mener. Cela plaide pour une coordination des politiques entre acteurs pour éviter une compétition qui mènerait tout le monde dans une impasse. 

Propos recueillis par Emilia Capitaine

 

 

Les emplois exposés et abrités en France from La Fabrique de l'industrie

 

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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Ganesha
- 03/09/2016 - 09:17
Je suis un libéral de droite !
Belle description technocratique ! Ce qu'il faudrait faire ensuite, c'est de mener une politique qui assure, dans la toute la mesure du possible, le plein emploi pour un nombre maximum de français. Mais, cela, çà n'intéresse pas vraiment la plupart des lecteurs d'Atlantico : vous n’êtes que des chiens à la recherche d'un réverbère… Pouvoir lever la patte et pisser : ''Je suis un libéral de droite !'' et… retomber dans votre demi-coma, devant BFM-TV !
D'AMATO
- 02/09/2016 - 22:52
Non seulement ça, mais....
...pour ceux qui ont un travail....Si le patron vous paye 150€...en réalité, compte tenu des charges, impôts, TVA, etc...il ne vous reste que 39 € de pouvoir d'achat VRAI.... C'est y pas fantastique....Mais l'année des élections....LES IMPÔTS VONT BAISSER( cf le ministre des finances)...le nouveau, cela s'entend....WWWOOOOUUUUUUAAAAAUHHHHH !!
Mais il faut comprendre... nous avons tellement de perfusions à assurer....Il faut bien prendre l'argent là où il est... Il faut que tous, VOUS partagiez "Toi, qui as tout reçu...donne...donne...donne....à ceux qui sont nus....(à répéter 3 fois-ou plus pour plus d'efficacité)"...
excalibur2016
- 02/09/2016 - 16:03
Et le fonctionnariat ?
Il faut être clair c'est un secteur qui ne connait nullement la crise puisqu'a l'écart de la globalisation economique.