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Delphine, victime d'une mère atteinte du syndrome de Münchhausen, se souvient : "Elle prenait ma température régulièrement, m'emmenait souvent chez notre médecin traitant"
Publié le 25 août 2016
Delphine a 4 ans lorsque son enfer commence… Après des années d'hôpital, de traitements trop forts pour son jeune âge et une ablation d'un rein alors qu'elle est parfaitement bien portante, Delphine va finalement parvenir à s'affranchir de cette relation mère/fille particulièrement dévastatrice. Le syndrome de Münchhausen par procuration est une forme grave de sévices à un enfant au cours de laquelle l’adulte provoque de manière délibérée chez l'enfant dont il s'occupe des problèmes de santé sérieux et répétés avant de le conduire auprès d’un médecin. Extrait de "Câlins assassins", de Delphine Paquereau, aux éditions Max Milo 1/2
Née en 1983, Delphine Paquereau grandit en Poitou-Charentes au cœur d’une famille dysfonctionnelle. Sa mère est atteinte du syndrome de Münchhausen par procuration, elle passe donc son enfance dans les hôpitaux. Aujourd’hui mariée, elle est mère de deux...
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Delphine Paquereau
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Née en 1983, Delphine Paquereau grandit en Poitou-Charentes au cœur d’une famille dysfonctionnelle. Sa mère est atteinte du syndrome de Münchhausen par procuration, elle passe donc son enfance dans les hôpitaux. Aujourd’hui mariée, elle est mère de deux...
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Delphine a 4 ans lorsque son enfer commence… Après des années d'hôpital, de traitements trop forts pour son jeune âge et une ablation d'un rein alors qu'elle est parfaitement bien portante, Delphine va finalement parvenir à s'affranchir de cette relation mère/fille particulièrement dévastatrice. Le syndrome de Münchhausen par procuration est une forme grave de sévices à un enfant au cours de laquelle l’adulte provoque de manière délibérée chez l'enfant dont il s'occupe des problèmes de santé sérieux et répétés avant de le conduire auprès d’un médecin. Extrait de "Câlins assassins", de Delphine Paquereau, aux éditions Max Milo 1/2

« Tu as mal, ma fille ? » 

« Se plaint d’avoir mal au dos, fait des infections urinaires à répétition. »

J’ai 14 mois lorsque ma mère écrit cela dans mon carnet de santé. Un carnet de santé davantage rempli par elle que par les médecins, ce qui me stupéfie quand je le découvre.

Sur une autre page de mon carnet de santé, celle utilisée par le médecin qui a pratiqué la visite médicale en classe de moyenne section de maternelle, je reconnais encore son écriture : « Se plaint toujours d’avoir mal au dos (lui, il dit que c’est qu’elle grandit). »

Jusqu’à quel point ma prétendue maladie a été un projet bien réfléchi par ma mère dès le point de départ ? Savait-elle déjà jusqu’à quelle extrémité elle voulait nous mener ?

Elle aurait souhaité que je sois sous sa dépendance ma vie durant, se dévouer à l’enfant chéri et gravement malade afin d’obtenir l’admiration des médecins et de notre entourage. Être au cœur de l’attention.

Je ne me souviens plus très bien quand ça a commencé, mais je me souviens que ma mère me demandait assez souvent si ça me brûlait quand je faisais pipi, si j’avais mal au dos. Pour bien que je sache où se trouve mon rein, elle appuyait dessus, ça me chatouillait, c’était une sensation très bizarre. Elle prenait ma température régulièrement, m’emmenait souvent chez notre médecin traitant, le docteur Pelletier qui me prescrivait des analyses d’urine. Je me rappelle que pour les faire, ma mère me demandait de faire pipi dans un bol, un bol qu’on utilisait pour le petit déjeuner.

« Ce n’est pas grave, ça se lave », déclarait-elle en me le tendant.

Alors je m’exécutais, du haut de mes 3 ans, j’allais dans les toilettes puis ramenais le bol rempli de mon urine. Elle se chargeait de la mettre dans un tube avec un gros bouchon rouge, que l’on avait été chercher au laboratoire. Avant de nous donner le flacon, on nous demandait si c’était pour un ECBU (examen cyto-bactériologique des urines). « Oui », répondait ma mère en tendant l’ordonnance du médecin. On nous précisait qu’il fallait un échantillon d’urine stérile. Mais comment pouvait-elle l’être après la manipulation qu’effectuait ma mère ? Les résultats étaient forcément faussés, et personne ne s’en rendait compte.

Un jour, en avril 1987, j’ai alors 4 ans, ma mère nous annonce que notre grand-mère maternelle est décédée. Cela faisait plusieurs semaines qu’elle était à l’hôpital et que maman lui rendait visite quotidiennement. C’est elle qui géra les préparatifs des funérailles. Elle fit ramener le corps de ma grand-mère dans la maison de ses parents, exposa le cercueil sur la table de la salle à manger, convia tous ceux qui le désiraient à venir voir sa mère.

Je ne comprenais pas ce rituel des adultes. Pourquoi ne passait-on pas ce moment en famille, en petit comité ? Pourquoi crier l’événement sur tous les toits ?

Ma mère pensait que j’étais malheureuse à cause de l’absence de ma grand-mère. Elle m’emmenait régulièrement sur sa tombe. Je sentais qu’elle voulait que je sois triste, alors je l’étais pour lui faire plaisir. Mais j’aurais préféré ne pas aller au cimetière, j’aurais préféré simplement penser à elle.

Ma mère voulait cultiver l’image de la meilleure fille qu’une mère puisse avoir. Et, de la même façon, celle de la meilleure mère qu’une fille puisse avoir. Est-ce pour cela que, deux mois à peine après le décès de ma grand-mère, elle reprit régulièrement le chemin de l’hôpital, mais avec moi cette fois ?

1er juin 1987

À l’attention du docteur Pelletier.

Je viens de voir en consultation la petite Robin Delphine, 4 ans et demi qui présente une incontinence urinaire jour et nuit, avec des mictions conservées sans troubles sphinctériens anaux, mais, d’après la maman, associée à des pertes vaginales (sang ?).

L’examen clinique de cette enfant de développement physique et psychomoteur tout à fait normal ne montre rien de particulier (je l’ai même fait uriner dans mon cabinet et elle a une miction tout à fait normale).

L’urographie intraveineuse ainsi que la cystographie que vous avez fait faire ne montre rien de particulier. En effet, il n’existe pas de reflux vésico-rénal ni d’implantation ectopique de ses uretères.

J’ai dans un premier temps rassuré la maman et lui ai conseillé de ne pas dramatiser ce genre de problèmes qui peuvent refléter un conflit psychologique avec les membres de la famille. Je lui ai conseillé de donner du Ditropan, deux comprimés par jour.

Je reverrai la petite Delphine en consultation au bout d’un mois et demi de traitement et en cas de persistance de ses troubles, je ferai un examen complet sur table et sous anesthésie générale associant une urétrocystoscopie et un examen gynécologique.

Docteur Favre, chirurgien, CH de La Rochelle.

Notre médecin traitant s’était finalement résolu à m’envoyer consulter un de ses confrères pour s’assurer d’éventuels problèmes rénaux. Réelle inquiétude du médecin ou ténacité de maman ?

Le docteur Pelletier avait été le médecin de ma grand-mère maternelle. Autant dire que ma mère le connaissait depuis très longtemps et entretenait des rapports de sympathie avec lui. À quelques semaines du décès de ma grand-mère, peut-être avait-il voulu ménager les inquiétudes de ma mère.

Il avait dû en tout cas être rassuré par cet avis d’un spécialiste. Ma mère aussi aurait dû l’être et me laisser tranquille le temps de mon traitement. Mais seulement deux semaines plus tard, elle me ramena pour l’examen sur table évoqué par le chirurgien à la consultation précédente. Je n’ai aucun souvenir de cet examen. En revanche, je me souviens que tous ces rendez-vous, qui m’obligeaient à me lever tôt, me fatiguaient, et que les différents examens que je passais m’effrayaient.

Extrait de "Câlins assassins", de Delphine Paquereau, aux éditions Max Milo. Pour acheter ce livre, cliquez ici

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