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Barbe-Noire

Surpêche : qui sont les nouveaux pirates des mers ?

Publié le 07 août 2016
De nombreux pays pauvres sont victimes de pêches illégales ou de surpêche de la part de grandes puissances de pêches. Ces dernières, en partie des pays du nord, exploitent des ressources auxquelles les pays côtiers ne peuvent pas ou plus accéder, faute de contrôle suffisant ou de populations de poissons devenues insuffisantes.
Frédéric Le Manach
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Frédéric Le Manach est directeur scientifique de l'association Bloom, qui oeuvre pour le bien commun en mettant en œuvre un pacte durable entre l’homme et la mer.
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De nombreux pays pauvres sont victimes de pêches illégales ou de surpêche de la part de grandes puissances de pêches. Ces dernières, en partie des pays du nord, exploitent des ressources auxquelles les pays côtiers ne peuvent pas ou plus accéder, faute de contrôle suffisant ou de populations de poissons devenues insuffisantes.

Atlantico : Qui organise ces réseaux de pêche intensive ? Quel est l’impact écologique et humain de cette surpêche sur dans cette zone géographique ?

Frédéric Le Manach : Le problème de la surpêche est assez global. Il n’y a pas que le large de la Guinée qui est touché, mais la Guinée et l’Afrique de l’est sont des zones ou ces problèmes de surpêche sont fréquents. On parle beaucoup de la Chine comme un des acteurs de cette surpêche, mais elle n’est pas la seule à la pratiquer. Il y a aussi beaucoup de pays européens, la Russie, ainsi que des pays asiatique comme la Corée, le Japon ou Taiwan. Il y a bien un impact environnemental car cela fragilise grandement l’écosystème et la population de poissons, et vu que ces populations servent à nourrir les populations côtières, il y a un problème de sécurité alimentaire. C’est ce dernier point qui soulève un problème humain et social. Les populations subsaharienne ou de la ceinture équatoriale, beaucoup plus pauvre que celles d’Europe ou des pays du nord, dépendent grandement de ces ressources.

Comment se prémunir d'effets irréversibles pour l’écosystème marin dans ces zones où la pêche est une activité vivrière essentielle ?

Pour se prémunir de ces impacts négatifs, il n'y a pas 36 solutions. Il s'agit de doter les pays victimes de surpêche, généralement pauvres, de moyens de surveillance efficaces, pour s'assurer que les bateaux européens ne fassent pas ce que bon leur semble. C'est le cas depuis une dizaine d'année, avec la mise en place d'un réseau de surveillance par satellite. Les bateaux qui pêchent de l'étranger doivent être équipés d'une balise pour les localiser.

En fonction de leur vitesse et de leur direction, on peut savoir s'ils sont en train de pêcher. La première mesure à prendre, c'est de savoir où sont les bateaux. Dans le cas de la Somalie, si ces pays pouvaient savoir où sont les bateaux qui pénètrent leurs eaux, ce seraient déjà un premier pas vers un meilleur contrôle, mais cela ne suffit pas. Il y a également des programmes d'observateurs, qui sont à bord d'environ 10% des bateaux européens pour observer les activités de pêche, les espèces capturées, les engins de pêche utilisés ou les zones exploitées. Tous ces éléments vont permettre de voir si l'exploitation qui est faite respecte les règles ou non. Mais ces observations ne concernent pas les bateaux chinois. Les Chinois n'en n'ont pas à bord de leurs bateaux . Le manque de moyens criant des pays africains les empêche de savoir ce qui se passe dans leurs eaux, et c'est ce qu'il faut régler en priorité. Donc, est-ce que ça doit être résolu avec des moyens humains, des moyens technologiques comme des caméras placées à l'avant des bateaux qui permettent aux citoyens et aux autorités de voir en streaming les activités de ces bateaux ou des drones ?

Ces moyens seraient beaucoup moins chers qu'un moyen humain. Plein d'options existent comme la surveillance par satellite ou par drones. Par exemple, le projet - Eyes on the sea – est un programme envisagé se servant des données satellites pour voir si il y a des activités de pêche locales dans des aires marines protégées. Il pourrait être généralisé pour encadrer les différents pays. C'est efficace car quand on connaît la direction et la vitesse d'un bateau, on peut savoir si il pêche ou non. Les bateaux en transit ont une signature différente des bateaux en train de pêcher. Dans le cadre de la pêche européenne en Afrique, les observateurs sont souvent à la charge du pays. Cela suppose pour les pays africains des coûts importants. Un programme – OCUT – vient d'être mis en place : un partenariat entre l'industrie, les secteurs scientifiques et les différents pays de l'océan indien pour permettre de créer un programme d'observateurs régionaux pour diminuer les coûts de ces observateurs et d'en former de manière assez homogène. Avec un observateur humain, beaucoup de problèmes se posent. C'est-à-dire qu'il peut être corrompu, ce qui n'est pas le cas de la technologie. Les observateurs ne peuvent également pas être partout, car sur un bateau de 90m de long en moyenne, ils peuvent être appelés à un autre endroit. Je dirais que l'humain et la technologie sont complémentaires pour lutter contre la surpêche, c'est-à-dire qu'un observateur dans un bureau peut très bien se servir des données recueillies par une caméra à l'avant du bateau pour les analyser, voir quels poissons sont ramenés à bord et si les algorithmes informatiques décèlent des activités illégales. Cela permet également de couvrir beaucoup plus de terrain grâce aux relevés satellitaires, chose qui est impossible avec des observateurs présents sur un bateau, car on ne peut pas en placer un sur chaque bateau. Et un observateur dans un bureau sera bien moins cher qu'un autre qui serait présent sur un bateau pendant 3 mois.

Quelles sont les autres zones maritimes dans le monde où l'on retrouve ce type de conflits ? Les Chinois sont-ils les seuls coupables ? N'y a-t-il pas un sommet pour éviter une trop grande prédation ?

Il n'y a pas énormément de pays développés qui font ce que l'on appelle de la pêche distante. Parmi ces pays-là, il y a la Chine qui a fortement développé ce type de pêche dans les années 90 et qui est vraiment devenue une superpuissance mondiale dans ce domaine.

Un rapport européen commandé en 2013 a permis de montrer que les bateaux chinois se trouvaient un peu partout sur le globe, même en Antarctique. Ils ont un fonctionnement un peu différent des Européens ou des Américains. La Russie est également une énorme puissance de pêche étrangère, mais extrêmement opaque, qui pêche des petits poissons en Afrique de l'ouest pour alimenter les filières d'aquaculture ou les exploitations de porcs et de poulets. On ne sait pas grand-chose de leurs activités de pêche, surtout au niveau du respect des droits de l'homme et de la biodiversité marine. Ce que l'on sait c'est qu'ils possèdent des énormes bateaux.

Les Européens sont très présents en Afrique de l'ouest et pèchent énormément au travers d'accords de pêche ou d'accords économiques qui sont signés entre la commission européenne et les pays africains, ou alors, dans les pays qui n'ont pas signé ces accords, il y a des contrats qui se négocient directement. Les Etats-Unis pêchent énormément dans l'océan indien et dans le pacifique.

Les pays d'Afrique de l'ouest sont vraiment l'épicentre du conflit entre pêche local et pêche étrangère. La Somalie, qui se situe à l'est de l'Afrique est une zone très importante pour le thon, ce qui a mené à beaucoup de pêche illégale dans les années 80/90. Ces activités sont en partie responsables de la montée de la piraterie dans les années 2000. La pêche illégale ou la surpêche est également très présente dans l'océan indien.

Ce genre de conflits entre surpêche et pêche traditionnelle est-il inéluctable ? Quelles sont les mesures les plus importantes à appliquer aujourd'hui ?

Il est inéluctable dans le modèle de la pêche actuelle. Il y a eu une surexploitation chronique et très rapide de nos ressources dans nos eaux après l'industrialisation de l'économie. L'Europe a financée la création de bateaux de pêches surpuissants à la fin de la seconde guerre mondiale, capables de pêcher des quantités énormes de poissons et les stocks se sont complètement effondrés.

Soit on pouvait réduire notre effort de pêche et la puissance des bateaux pour laisser à la population de poissons le temps de se reconstituer puis mener une exploitation plus mesurée pour avoir une exploitation plus durable. Soit on pouvait envoyer nos gros bateaux vers d'autres zones où la pêche industrielle n'était pas présente pour continuer à alimenter notre consommation de poisson. C'est ce dernier choix qui a été fait. C'est pour cela qu'il y a un conflit entre pêche locale et pêche étrangère car les deux ciblent les mêmes ressources, en particulier les espèces présentes sur les côtes.

Le contre-exemple est le thon exotique, qui est présent très au large et qui ne peut pas être exploité par les pêcheurs artisanaux, n'ayant pas les ressources nécessaires.

D'un point de vue européen, cette surpêche pourrait être évitée si on arrivait à reconstituer nos stocks. Nous avons appliqué des mesures qui donnent de l'espace à notre population de poissons et on voit un petit rebond. Les stocks se reforment lentement mais sûrement. Et à terme, on n'aura plus besoin d'aller les exploiter ailleurs. La solution ne viendra pas des pays d'Afrique, mais plutôt des pays comme l'Amérique du nord, l'Europe ou l'Asie. Comme je l'ai dit, un meilleur contrôle de pêche des pays africains ou de meilleurs partenariats pourraient permettre de diminuer la pêche illégale, en particulier si les Africains ne peuvent pas avoir accès à leurs populations de pêches. Il serait aussi très efficace de faire en sorte que les bateaux dont les activités illégales sont avérées ne soient plus assurés. C’est une aberration...

Propos recueillis par Thomas Gorriz

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Commentaires (1)
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vangog
- 07/08/2016 - 14:35
Oui à la confiscation de l'assurance, pour les sur-pêcheurs!
Excellente idée!