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Une bande d'égoïstes immatures ? Pourquoi le portrait de la Génération Y a surtout été peint pour détourner l'attention des erreurs de leurs parents

Publié le 08 juillet 2016
Alors que les Millennials, enfants de la désormais célèbre génération Y, voire Z, sont souvent pointés du doigt pour leur narcissisme et leur désespoir, la réalité pourrait bien être bien différente.
Xavier Camby est l’auteur de 48 clés pour un management durable - Bien-être et performance, publié aux éditions Yves Briend Ed. Il dirige à Genève la société Essentiel Management qui intervient en Belgique, en France, au Québec et en Suisse. Il anime...
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Alors que les Millennials, enfants de la désormais célèbre génération Y, voire Z, sont souvent pointés du doigt pour leur narcissisme et leur désespoir, la réalité pourrait bien être bien différente.

Atlantico : Le discours concernant les Millennials, génération née à l'aube de l'an 2000, décrit souvent une jeunesse désabusée, narcissique et peu indépendante. Ce type de généralité dit pourtant peu de chose de la réalité de cette jeunesse qui va aujourd'hui sur ses 30 ans. En quoi ce mode de réflexion par tranche générationnelle dit peu de choses de la jeunesse occidentale ?

Xavier Camby : C'est toujours avec effroi que j'entends énoncer ces tentatives de nomenclatures générationnelles ou que j'en apprends de nouvelles : chacune tente au mieux d'enserrer une réalité complexe dans des archétypes étroits. Donc faux, bien que soi-disant explicatifs et prétendument prédictifs. Je ne peux m'empêcher d'entendre aussi potentiellement le pire : sous le masque d'anodins "marronniers journalistiques" sont créés des compartiments sociaux, premières manœuvres pour imposer des sociétés tyranniques et/ou pour y désigner des boucs émissaires. Oui, ces généralisations générationnelles, en plus d'être ineptes, sont dangereuses : un soupçon de prétendu narcissisme, un zeste de réputation cynique ou une présomption de manque d'autonomie et voilà artificiellement créée une redoutable fracture générationnelle et sociale.

On ne peut nier que les comportements évoluent, souvent nécessairement et plus encore, fort heureusement. Ne pourrions-nous donc pas considérer ces comportements différents, nouveaux ou renouvelés, plutôt que de vouloir imposer des catégories artificielles, négativement définies qui veulent s'en distinguer ? Plutôt que de les stigmatiser, ne serait-il pas judicieux d'entendre ce qu'ils affirment, bien au-delà des frontières de l'économie occidentale ou occidentalisée ?

Ces comportements nouveaux sont en fait observables dans le monde entier et ce renouveau est une vraie révolution : tous déclarent qu'ils ne veulent pas vivre comme leurs parents ont accepté de le faire !

Jean-Noël Chaintreuil : Tout d’abord, il ne faut pas oublier que la segmentation générationnelle des Millennials (ou de toute autre génération) ne sert qu’à les observer de façon macroscopique afin de dégager de grandes tendances comportementales. Le terme Millennial regroupe aujourd’hui quasiment deux générations : les Y (nés entre 1980 et 1995) et les premiers Z (nés entre 1995 et 2000). Les seconds sont encore plus connectés et mobiles et entrent à peine sur le marché du travail, alors que les seconds ont pour certains des enfants et une carrière bien entamée. Leurs modes de consommation, de communication, leurs mythes fondateurs ne sont donc pas tout à fait les mêmes. Les études permettent de mettre en évidence des effets a posteriori, mais pas des comportements présents ou même futurs. De plus, on a tendance à imaginer que les Millennials ont les mêmes usages partout dans le monde. Si Internet crée une forme de culture commune où deux jeunes Millennials ont plus en commun que deux baby boomers de pays différents, il ne faut pas négliger l’héritage familial de chaque Millennial, mais aussi l’héritage culturel du pays dans lequel il vit. On peut ainsi se demander si le Printemps Arabe pourrait arriver demain aux Philippines. Probablement pas. Malgré ces différences, les Millennials sont plus que jamais dans la communication et l’ouverture à l’autre. S’ils prennent des selfies, ils n’en sont pas moins curieux et adeptes de formes de partage et de dialogue nouvelles, mais pas plus narcissiques. Enfin, les Millennials sont plus indépendants que leurs aînés. Saisis d’une crise de foi vis-à-vis des institutions et des entreprises, ils forment une génération d’entrepreneurs, que ce soit sur le plan économique ou dans la création de nouveaux modèles et moyens d’actions politiques et sociaux.

En quoi est-ce que la situation de cette jeunesse est plus compliquée que ce que certains en disent ? Leur vision désespérée de l'économie est-elle si défaitiste que cela ?

Jean-Noël Chaintreuil : La vision qu’ont les Millennials de l’économie et du monde qui les entoure n’est pas tant défaitiste que profondément en prise avec la réalité qui les entoure. Les Gen Z sont nés avec le 11 septembre, premier événement mondial dramatique couvert en quasi-temps réel et avec une transparence inédite, notamment grâce à Internet, puis ils ont connu la crise des subprimes, la télévision en temps réel, les analyses politiques et économiques qui n’émanent plus seulement des médias institutionnels mais aussi des experts qui prennent la parole sur le web. C’est la première génération à ne pas avoir le souvenir d’une période de stabilité et d’insouciance, et ce dans une ère de transparence et d’accès quasi-immédiat à l’information. Cela les pousse à être dans une permanente quête de sens et de retour à des valeurs qu’ils ne trouvent pas ou plus dans l’entreprise. Ils sont dans une recherche de transparence et de vérité qui entraîne une méfiance vis-à-vis des institutions qui n’y répondent pas, plus que du défaitisme.

Xavier Camby : Je ne crois pas que leur vision soit du monde soit si désespérée. Mais il est certain qu'ils veulent vivre différemment. La première remarque est qu'ils ne croient absolument plus en la loyauté d'un éventuel employeur, quel qu'il soit, et d'autant moins d'ailleurs que ce dernier la réclamerait avec plus de force. Ils ont vu leurs parents s'investir et travailler intensément, au mépris de leur bien-être, pour ensuite se faire licencier au moindre toussotement du dividende, sans démérite de leur part. Ils savent donc tous qu'ils exerceront plusieurs métiers, successivement et concomitamment pour éviter que la subordination contractuelle d'un seul employeur devienne une soumission dangereuse, aussi risquée qu'inhumaine. Ils sont donc naturellement entrepreneurs, plutôt que salariés. La seconde remarque est qu'il veulent d'abord créer une vraie valeur ajoutée, humaine, sociale, culturelle, économique... avant d'être financière. Ils rejettent donc le paradigme de leurs parents, qui ont fondé toute leur vie sur leur réussite patrimoniale et leur consommation. Ils vivent donc dans une logique écologique, avec un souci esthétique autant qu'ascétique et une constante recherche du partage, qu'il s'agisse d'appartement, de voiture, de savoir ou de richesse.

Qu'est-ce qui explique cette image peu flatteuse de cette génération que la société renvoie aujourd'hui ? Est-ce une façon de ne pas regarder la morosité économique ? Ou de masquer les erreurs d'hier ?

Xavier Camby : Cette image médiatique s'explique en effet sans doute par l'incompréhension de certains, trop grassement installés, face au choix d'un mode de vie excluant l'hyper-consommation, l'intégrisme capitaliste de la captation prédatrice et égoïste des richesses comme les erreurs des utopies collectivistes, pareillement, ou encore l'inconscience écologique généralisée (des Etats, notamment) et l'individualisme forcené d'un système exclusivement fondé sur la compétition-élimination... Je ne crois pas que l'attitude de ces nouveaux citoyens du monde soit lâche, bien au contraire. Ils ne fuient pas les enjeux de la réalité de notre monde actuel. Ils essaient simplement, avec courage, détermination et discrétion d'en créer un bien meilleur, pour tous, loin des errances passées. En ce sens, quels que soient les discours actuels et leur réputation, ils inventent notre vrai futur !

Jean-Noël Chaintreuil : Tout d’abord, il ne faut pas oublier que les journalistes qui parlent des Millennials de façon peu flatteuse sont le plus souvent des membres de la génération X. De la même façon que nos grands-mères disaient à nos mères que les Stones étaient satanistes, de la même façon que les parents d’il y a quelques années trouvaient la tecktonik abrutissante, ceux d’aujourd’hui s’inquiètent de voir leurs enfants regarder des vidéos de YouTubers. Cette incompréhension et cette tendance au “c’était mieux avant” se reflètent chez certains journalistes. Pourtant, il est indispensable qu’analystes, journalistes, entreprises, sans nécessairement adopter les usages des Y et Z, fassent l’effort de les comprendre. Comme le disait Jack Welch, "lorsque la vitesse d'évolution du marché dépasse celle de l'organisation, la fin est proche". C’est le cas pour les entreprises, mais c’est aussi le cas pour la société. Si les institutions politiques ou culturelles et les médias ne comprennent pas et n’intègrent pas les Millennials, ils construiront leurs propres modèles sans se soucier des anciens - et au-delà de bouleversements économiques, ils créeront des espaces de dialogue et d’échange dont eux seuls comprendront les codes.

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Deudeuche
- 05/07/2016 - 18:58
Sont très biens ces jeunes
pas comme les gros et vieux cons qui avaient 20 ans en mai 68!