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Anti-scolaire

Jean Gabard : "les dérives de l'idéologie dominante féministe pénalisent notre système scolaire"

Publié le 29 mai 2016
A l’occasion de la sortie de son ouvrage "Materner ou éduquer ? Refonder l’école", Jean Gabard, ancien professeur au lycée et au collège, revient sur l’influence des transformations subies par la structure familiales depuis quelques décennies sur le système scolaire.
Après une jeunesse marquée par la culture libertaire soixante-huitarde, Jean Gabard a enseigné pendant 30 ans en collège et lycée. Passionné de voyages et de sciences humaines, il se consacre maintenant à l’écriture et à l’animation de conférences...
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A l’occasion de la sortie de son ouvrage "Materner ou éduquer ? Refonder l’école", Jean Gabard, ancien professeur au lycée et au collège, revient sur l’influence des transformations subies par la structure familiales depuis quelques décennies sur le système scolaire.

Atlantico : Vous imputez les problèmes actuels de l’école à une double perte d’autorité : celle des enseignants et celle des pères de famille. Quel lien existe-t-il entre les deux phénomènes et quelles en sont les conséquences sur l’enfant ?

Jean Gabard : La fonction d’autorité est une fonction symbolique de père. C’est celle qui dit les limites à l’enfant mais qui, parce qu’elle a été mal jouée pendant des millénaires, est associé au fascisme et au machisme dont heureusement on ne veut plus. De même que dans la famille, avec un petit enfant, la fonction de père n’est plus donnée à l’homme par la maman qui joue de moins en moins la fonction de mère, la fonction d’autorité n’est plus donnée par les parents à l’enseignant. 

Vous faites référence à Balzac en écrivant que "les pères ont perdu leur prestige et la Révolution leur a coupé la tête". Il semblerait pourtant que le phénomène que vous décrivez n’a que quelques décennies. En quoi la Révolution française est-elle la racine de la mort du père selon vous ?

La perte d’autorité des pères ne date pas de la Révolution mais du XVème siècle quand l’idéologie de la société patriarcale commence à être contestée par les humanistes, qui s’apercevant des erreurs de leurs dirigeants, remettent en cause leurs pouvoirs d’ordre divins. Si le Roi, la religion, les pères dans la famille ne tiennent pas leur autorité de Dieu, cela veut dire qu’ils peuvent se tromper et donc que tout ce qu’ils ont dit jusqu’à là et notamment sur les hiérarchies, sur l’autorité, peut être remis en cause. Et c’est ce qui va se passer au niveau religieux, politique, économique, scientifique, scolaire, familiale. Cette contestation s’accentue au cours des siècles et particulièrement dans la deuxième moitié du XXème avec la Révolution culturelle des années 60. Cette nouvelle vision du monde que l’on peut appeler "féministe" dans la mesure où elle s’oppose en tout point à l’idéologie des hommes au pouvoir a amené le libéralisme et la démocratie mais se transforme à son tour en une idéologie en devenant dominante. 

Vous condamnez des "mères omnipotentes" et l’intrusion des familles à l’école, "avec des exigences de consommateurs". Pourtant, l’idéologisation de l’éducation – notamment par la théorie du genre – que vous déplorez ne révèle-t-elle pas une volonté de l’école de se substituer à l’éducation parentale ?

Il n’y a pas de théorie du genre mais simplement des Etudes de genre qui se sont développées dans les années 1960. Ces études ont permis de lutter contre la construction sociale sexiste mais elles ne veulent plus simplement révéler "tout ce qui, dans les inégalités, relève de la construction sociale" (Najat Vallaud-Belkacem ) mais que toute inégalité dans les comportements et les résultats entre les hommes et les femmes relève de la construction sociale et de la domination masculine. Elles prennent ce qui n’est qu’un postulat impossible pour une théorie. Leur "Vérité" constitue la base de l’idéologie dominante, suivie dans les familles et à l’école depuis déjà une quarantaine d’années. 

Suivant cette idéologie égalitariste (qui confond l’égalité en droits qui doit être respectée en démocratie avec un droit à l’égalité utopique), les pères et les parents d’élèves, au lieu de jouer leur fonction symbolique de père, ne jouent plus qu’un rôle maternant.

Vous fustigez "l’égalitarisme forcené" qui "s’est chargé de masquer toute hiérarchisation assimilée à des discriminations". En quoi la hiérarchie – entre professeurs et élèves et entre parents et enfants – est-elle nécessaire pour l’apprentissage de l’enfant ?

Si dans la famille, la femme (perçue toute-puissante par le petit enfant) ne donne pas l’autorité à l’homme, le père n’a pas d’autorité et ne peut pas faire intégrer les limites à l’enfant. Si les parents d’élèves ne donnent pas l’autorité à l’enseignant celui-ci ne peut pas enseigner, ne peut pas faire intégrer les règles de l’écriture, de l’orthographe, de la grammaire, du calcul … 

Vous relevez : "Il y a toujours eu des enfants "à problèmes". Il était plutôt question "d’enfants gâtés" qui étaient les enfants des enfants uniques". Pouvons-nous en déduire que la baisse de la fécondité et la raréfaction des familles nombreuses pénalise notre système scolaire ?

Ce sont aujourd’hui les dérives de l’idéologie dominante féministe qui pénalisent notre système scolaire. Par refus de la fonction de père, nous avons des enfants qui sont de plus en plus dans l’incapacité d’écouter un enseignement. La transmission ne peut plus se faire ! Il n’y a plus de co-naissance !

Vous brossez le tableau d’un père qui aurait perdu le statut de "chef de famille" ou serait content de "s’affranchir de la fonction répressive". N’est-ce pas également une conséquence des évolutions subies par la famille depuis, caractérisée par la forte progression des divorces, des familles recomposées et du concubinage ?

La progression des divorces n’est pas la cause mais plutôt la conséquence de l’évanouissement de la fonction de père. Avec la croyance en l’égalité femmes/hommes, il est beaucoup plus facile de se passer de l’un des éléments du couple parental et ceci d’autant plus que l’homme est souvent devenu une « seconde maman » forcément moins performante dans une société où les valeurs féminines, autrefois dénigrées, sont maintenant la norme. 

Les transformations subies par la famille traditionnelle semblent durables. Dans ces conditions, existe-t-il encore un espoir de sauver notre système éducatif ?

Notre système éducatif peut être sauvé si l’on remet en cause, avant que certains imposent un retour en arrière, les dérives de l’idéologie féministe sur les notions de liberté et d’égalité et si après l’enfance et la crise d’adolescence que nous sommes en train de vivre, nous faisons le projet d’avancer et de devenir adulte.

 

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vangog
- 29/05/2016 - 17:31
Apres quarante ans de dérive féministe...
c'est un réveil salutaire, mais un peu tardif. On sait une faiblesse sur la notion d'égalité que beaucoup de gauchistes portent comme un talisman, alors que l'égalité n'est ni naturelle, ni souhaitable. Seule l'égalité des droits doit être favorisée, mais imposer l'égalité comme le font les gauchistes, c'est, non seulement, niet les différences, mais c'est imposer la dictature, évolution fatale dès que l'être humain essaie de s'opposer à l'ordre naturel des choses. Et l'ordre naturel des choses a toujours préféré associer féminité avec tendresse, apitoiement et tolérance, alors que la masculinité se trouve associée à l'autorité, la prévoyance et l'intransigeance. Faire porter un jugement de valeurs sur ces caractères naturels, diversement partage, est typique de l'indigence gauchiste. Et croire que l'on peut modifier l' ordre naturel des caractères et des sexes, en invoquant un déterminisme social absurde, est une nouvelle confusion dangereuse de cette gauche, décidément bien égarée intellectuellement..