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A l'origine de l'islamisme politique contemporain, l'ambivalence de l'Occident à l'égard de la chute de l'empire ottoman
Publié le 21 mai 2016
Le Moyen-Orient est entré dans une zone de tempêtes sans précédent où toutes les cartes menacent d'être bientôt redistribuées. Cette grande menace – incarnée par l’Etat islamique – vient sans doute clore un cycle : tout semble détruit et angoissant, mais la fabrique de l’Histoire est à l’œuvre : l’hésitation de l’Amérique ; la force de l’arc chiite ; le nouvel Iran et la nouvelle Egypte ; le jeu des grands voisins... Extrait de "Daech l'équation cachée" d'Alexandre Adler, aux éditions l'Archipel. Extrait 1/2
Alexandre Adler est historien et journaliste, spécialiste des relations internationales.Il est l'auteur de Le monde est un enfant qui joue (Pluriel, 2011).
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Le Moyen-Orient est entré dans une zone de tempêtes sans précédent où toutes les cartes menacent d'être bientôt redistribuées. Cette grande menace – incarnée par l’Etat islamique – vient sans doute clore un cycle : tout semble détruit et angoissant, mais la fabrique de l’Histoire est à l’œuvre : l’hésitation de l’Amérique ; la force de l’arc chiite ; le nouvel Iran et la nouvelle Egypte ; le jeu des grands voisins... Extrait de "Daech l'équation cachée" d'Alexandre Adler, aux éditions l'Archipel. Extrait 1/2

Nous nous heurtons, dès que l’on considère le devenir de l’islamisme politique contemporain, à une ambiguïté qui, pour s’être prolongée si longtemps, ne peut plus être imputée au hasard. Dès la chute brutale de l’Empire ottoman en 1918, en effet, l’ambivalence des puissances occidentales à l’égard de cette faillite retentissante est immédiate. Rappelons que, depuis le début du XIXe siècle, l’avenir de la construction ottomane est très largement compromis. Ce qui va empêcher l’explosion finale jusqu’à la révolution jeune-turque de 1908, c’est en réalité la rivalité vis-à-vis de la poursuite du modèle ottoman des quatre grandes puissances, devenues bientôt cinq avec l’émergence de l’Allemagne unifiée de Bismarck (Angleterre, France, Russie, Autriche-Hongrie, rejointes par l’Allemagne, après 1871).

Si la France napoléonienne, et plus tard, la monarchie de Juillet qui en prend ici la suite se révèle initialement favorable à la dissolution de l’Empire ottoman au profit d’une Égypte modernisatrice et francophile, celle des Khédives, elle change ensuite de point de vue avec la guerre de Crimée, à l’occasion de laquelle elle met, avec l’Angleterre, un verrou aux ambitions russes dans les Balkans et, à un moindre degré, dans le Caucase. Puis, à mesure que l’Allemagne de Guillaume II entreprend d’installer un protectorat de fait sur ce qui reste du califat de Constantinople, le balancier de la politique française revient vers une hostilité de principe à la conservation de l’Empire ottoman, laquelle ne sera jamais totale, en raison d’intellectuels français proturcs tel Pierre Loti et de dirigeants politiques turcs passionnément francophiles, comme Mustapha Kemal. Mêmes oscillations pour l’Angleterre, qui bande toutes ses énergies pour préserver l’Empire ottoman de Napoléon Bonaparte et récidive à plusieurs reprises, organisant des expéditions de secours contre la France puis contre la Russie, pour évoluer peu à peu vers l’idée d’un partage de l’Empire ottoman après 1907, lorsque Londres envisage de plus en plus favorablement la création d’une entité arabe de Damas à Bassorah, rattachée politiquement à l’Empire des Indes.

La Russie ne change guère dans l’objectif géopolitique majeur que lui fixe Catherine II dès la fin du siècle des Lumières, qui aurait dû aboutir à la conquête des Balkans slaves, à la soumission du Caucase multiethnique et, pour couronner le tout, à la prise de Constantinople et des Détroits, tout en ranimant les espoirs de rédemption des principales communautés chrétiennes d’Orient, les Grecs, les Arméniens et les Assyriens – ces derniers de langue araméenne mais déjà fortement arabisés. L’Autriche-Hongrie en revanche, puis l’Allemagne qu’elle entraînera dans la même voie après 1871, adopteront presque continûment une vision conservatrice visant à faire de l’ensemble ottoman une entité maintenue et à peine un peu plus réformiste. Mais, au lendemain de l’effondrement de la plus grande structure politique du monde musulman, des voix conservatrices s’élèvent çà et là pour tirer la sonnette d’alarme: l’Occident est allé trop loin dans sa soif de destruction et il devient nécessaire, particulièrement avec l’émergence d’une révolution russe qui s’installe au sommet de l’édifice à Bakou, en Azerbaïdjan, de redonner espoir à ces forces traditionnelles appelées à être, demain, le meilleur rempart contre l’implosion totale de la région.

C’est évidemment à Londres, sur laquelle reposent les responsabilités les plus lourdes, que ce courant d’idées philoconservateur commence à trouver des oreilles complaisantes. Face aux sympathies communistes toujours possibles de la nouvelle révolution turque de Kemal, il devient nécessaire de rebâtir une conscience arabe pleinement musulmane et hostile aux changements trop rapides. Et devant l’édification rapide d’un foyer national juif en Palestine, où les mêmes influences marxistes en provenance de la fournaise russe commencent à s’exprimer, elles aussi rapidement, une consolidation arabo-musulmane s’impose de la même manière.

Extrait de "Daech l'équation cachée" d'Alexandre Adler, publié aux éditions l'Archipel, mai 2016. Pour acheter ce livre, cliquez ici

 

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