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Tapage nocturne
Pourquoi les projets de constitutions alternatives élaborés par le mouvement Nuit debout sont irresponsables, voire dangereux pour certains
Publié le 28 avril 2016
Sur la place de la République à Paris, un stand a été érigé pour élaborer une nouvelle constitution qui redonnerait le pouvoir au peuple. Si ces projets paraissent pour le moins hasardeux, la refonte du système politique français n'est pas pour autant dénuée de sens.
Guy Lardeyret est politologue. Il préside l'Institut pour la Démocratie. Ce centre de recherche, fondé en 1986, est l'un des pionniers de l'ingénierie démocratique à l'échelle internationale. Il a publié deux livres : Relever la France,...
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Guy Lardeyret
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Guy Lardeyret est politologue. Il préside l'Institut pour la Démocratie. Ce centre de recherche, fondé en 1986, est l'un des pionniers de l'ingénierie démocratique à l'échelle internationale. Il a publié deux livres : Relever la France,...
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Sur la place de la République à Paris, un stand a été érigé pour élaborer une nouvelle constitution qui redonnerait le pouvoir au peuple. Si ces projets paraissent pour le moins hasardeux, la refonte du système politique français n'est pas pour autant dénuée de sens.

Une fleur pousserait-elle place de la République ?

Sur place, j’ai été accueilli fort courtoisement au stand des Citoyens constituants par un ingénieur qui m’a d’abord tenu un discours sensé. "Ce n’est pas aux hommes de pouvoir de changer les règles qui leur sont applicables. Il faut une Constitution écrite par les citoyens", argumente-t-il. "A la Révolution, poursuit-il, il n’était pas question de donner la parole au Peuple, ce que le grand théoricien Sièyes abhorrait et appelait la démocratie, mais seulement à ses représentants". Et de m’expliquer que leur mouvement avait pris la décision de tirer mille citoyens afin qu’ils rédigent une nouvelle Constitution.

Emettant des réserves sur la procédure, bien que des effets bénéfiques en seraient attendus (la majorité silencieuse n'est guère révolutionnaire), je lui ai demandé ce qu'il se passerait si, quelle qu’en soit la cause, la constitution émanant des citoyens n’était pas démocratique. Il me répondit : "elle serait légitime, parce qu’elle aura été faite par le peuple, donc je l’accepterais". Je fis alors valoir, en ma qualité de politologue, que la démocratie pouvait se définir par des principes de portée universelle et qu’il suffirait de les inscrire dans des tables de la loi pour satisfaire à son attente. Je n’ai pas réussi à le convaincre. La vraie démocratie selon lui se définissait par l’étymologie, à savoir le gouvernement (Kratos) "par et pour le peuple", soit la démoKratie avec un K, comme c’est écrit dans leurs prospectus.

Les Citoyens Constituants tenaient samedi à Ivry leur première réunion de travail sur le sujet. Je doute personnellement que, malgré leurs bonnes intentions, les militants disposent des compétences voulues. N’oublions pas qu’il a fallu près de deux millénaires aux philosophes politiques, dont les plus célèbres sont Aristote et Locke, pour parvenir à identifier clairement les règles de la démocratie. Ce débat étant désormais à peu près clos, la solution simple consisterait à insérer ces principes supérieurs dans nos lois fondamentales.

Dans une agora voisine, j’ai écouté ensuite l’orateur qui haranguait l’assemblée générale. C’est là que j’ai pris conscience du malaise. L’activiste au micro s’est lancé dans une longue diatribe contre le "capitalisme" honni (l’ordre économique inhérent à la démocratie), la violence "policière" (pourtant nécessaire au maintien de l’ordre) et la violence du "salariat" (comme si l’esclavagisme existait encore), vieille ritournelle marxiste. Il est difficile de ne pas voir dans ce type de propos le résultat d’une forme de lavage de cerveau.

L’idéologie de la lutte des classes demeure virulente en ce lieu. Il faut dire que les intellectuels ayant investi les médias n’ont pas la meilleure influence. Ils ne supportent pas que d’autres réussissent mieux qu’eux dans la société. Aveuglés par leur passion de l’égalité, ils s’insurgent contre une prétendue injustice sociale, qui serait la cause de leur infortune. En quête d’auditoire, ils attrapent les jeunes dans leurs filets en usant, en outre, du vilain terme de capitalisme pour désigner l’économie de marché, laissant croire que les riches exploitent les pauvres. Ils n’ont visiblement pas compris que si la richesse, dont ils bénéficient à l’échelle collective, n’est pas répartie selon la contribution de chacun à sa production, ce sont les détenteurs du pouvoir politique qui se l’approprieront.

C’est pourquoi la séparation du privé et du public est le premier critère de la démocratie. Elle permet également de s’assurer que les décisions politiques, prises à la majorité, ne s’appliquent qu’au domaine public. L’Etat doit se concentrer sur ces métiers, là où le recours à la coercition est nécessaire, notamment pour faire respecter les lois - mais pas pour distribuer des emplois publics protégés. Ces règles du jeu de bon sens font a priori l’objet d’un large consensus, mais un minimum de formation civique peut être utile pour s’assurer que tout le monde comprend.

Voilà aussi à quoi une constitution claire (notre règlement de copropriété en quelque sorte) serait bien utile. Un premier pas a été franchi si l’on s’entend déjà sur le terme de démocratie. Il faut aller plus loin et montrer que ce concept n’a pas plusieurs significations possibles. Depuis que les lois non écrites de la démocratie ont pu être définies rationnellement par Jean Baechler, on peut s’assurer en revanche que la grande majorité des Français y souscrivent, et plus avant, et saisissent bien tous les bénéfices qu’ils peuvent en attendre.

Une fleur pousserait-elle place de la République ?

Sur place, j’ai été accueilli fort courtoisement au stand des Citoyens constituants par un ingénieur qui m’a d’abord tenu un discours sensé. "Ce n’est pas aux hommes de pouvoir de changer les règles qui leur sont applicables. Il faut une Constitution écrite par les citoyens", argumente-t-il. "A la Révolution, poursuit-il, il n’était pas question de donner la parole au Peuple, ce que le grand théoricien Sièyes abhorrait et appelait la démocratie, mais seulement à ses représentants". Et de m’expliquer que leur mouvement avait pris la décision de tirer mille citoyens afin qu’ils rédigent une nouvelle Constitution.

Emettant des réserves sur la procédure, bien que des effets bénéfiques en seraient attendus (la majorité silencieuse n'est guère révolutionnaire), je lui ai demandé ce qu'il se passerait si, quelle qu’en soit la cause, la constitution émanant des citoyens n’était pas démocratique. Il me répondit : "elle serait légitime, parce qu’elle aura été faite par le peuple, donc je l’accepterais". Je fis alors valoir, en ma qualité de politologue, que la démocratie pouvait se définir par des principes de portée universelle et qu’il suffirait de les inscrire dans des tables de la loi pour satisfaire à son attente. Je n’ai pas réussi à le convaincre. La vraie démocratie selon lui se définissait par l’étymologie, à savoir le gouvernement (Kratos) "par et pour le peuple", soit la démoKratie avec un K, comme c’est écrit dans leurs prospectus.

Les Citoyens Constituants tenaient samedi à Ivry leur première réunion de travail sur le sujet. Je doute personnellement que, malgré leurs bonnes intentions, les militants disposent des compétences voulues. N’oublions pas qu’il a fallu près de deux millénaires aux philosophes politiques, dont les plus célèbres sont Aristote et Locke, pour parvenir à identifier clairement les règles de la démocratie. Ce débat étant désormais à peu près clos, la solution simple consisterait à insérer ces principes supérieurs dans nos lois fondamentales.

Dans une agora voisine, j’ai écouté ensuite l’orateur qui haranguait l’assemblée générale. C’est là que j’ai pris conscience du malaise. L’activiste au micro s’est lancé dans une longue diatribe contre le "capitalisme" honni (l’ordre économique inhérent à la démocratie), la violence "policière" (pourtant nécessaire au maintien de l’ordre) et la violence du "salariat" (comme si l’esclavagisme existait encore), vieille ritournelle marxiste. Il est difficile de ne pas voir dans ce type de propos le résultat d’une forme de lavage de cerveau.

L’idéologie de la lutte des classes demeure virulente en ce lieu. Il faut dire que les intellectuels ayant investi les médias n’ont pas la meilleure influence. Ils ne supportent pas que d’autres réussissent mieux qu’eux dans la société. Aveuglés par leur passion de l’égalité, ils s’insurgent contre une prétendue injustice sociale, qui serait la cause de leur infortune. En quête d’auditoire, ils attrapent les jeunes dans leurs filets en usant, en outre, du vilain terme de capitalisme pour désigner l’économie de marché, laissant croire que les riches exploitent les pauvres. Ils n’ont visiblement pas compris que si la richesse, dont ils bénéficient à l’échelle collective, n’est pas répartie selon la contribution de chacun à sa production, ce sont les détenteurs du pouvoir politique qui se l’approprieront.

C’est pourquoi la séparation du privé et du public est le premier critère de la démocratie. Elle permet également de s’assurer que les décisions politiques, prises à la majorité, ne s’appliquent qu’au domaine public. L’Etat doit se concentrer sur ces métiers, là où le recours à la coercition est nécessaire, notamment pour faire respecter les lois - mais pas pour distribuer des emplois publics protégés. Ces règles du jeu de bon sens font a priori l’objet d’un large consensus, mais un minimum de formation civique peut être utile pour s’assurer que tout le monde comprend.

Voilà aussi à quoi une constitution claire (notre règlement de copropriété en quelque sorte) serait bien utile. Un premier pas a été franchi si l’on s’entend déjà sur le terme de démocratie. Il faut aller plus loin et montrer que ce concept n’a pas plusieurs significations possibles. Depuis que les lois non écrites de la démocratie ont pu être définies rationnellement par Jean Baechler, on peut s’assurer en revanche que la grande majorité des Français y souscrivent, et plus avant, et saisissent bien tous les bénéfices qu’ils peuvent en attendre.

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Oui, il y a “des gens en situation de pauvreté qui déconnent”. Mais voilà pourquoi la question et la solution sont largement ailleurs
Commentaires (2)
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Ganesha
- 29/04/2016 - 10:02
Référendum
Un bon gros article, bien ''Capitaliste Libéral'', destiné à sauvegarder à tout prix les privilèges de l'oligarchie... Si Atlantico nous proposait plutôt un article sur le Revenu de Base Inconditionnel, qui va être l'objet d'un référendum en Suisse début Juin ? De nombreux ''Libéraux raisonnables n'y sont pas opposés...
vangog
- 29/04/2016 - 00:09
Les vieux réflexes cocos ont la vie dure...
"Tirer mille citoyens pour qu'ils rédigent une constitution"...ils veulent les tirer comment, les fascistes-zadistes de la place de la Rep? Au sort, ou à vue? Faudrait savoir! Bon, les pauvres représentants du peuple ont intérêt à la rédiger bien à l'extrême-gauche, cette constitution...sinon, gare aux camps de concentration!