En direct
Best of
Best Of
En direct
© Wikipedia / Klever
Pas si sale
Et voici comment l'urine pourrait devenir un nouveau carburant et générer de l'énergie propre pour toute la planète
Publié le 22 avril 2016
Des chercheurs de l'université de Bath ont développé une pile à combustible miniature capable de générer de l'électricité à partir de l'urine, créant un moyen abordable, renouvelable et neutre en carbone de générer de l'énergie. Un outil qui, si il est fiable et bien développé, pourrait aider à apporter de l'électricité à des populations pauvres.
Steven Andlauer est président de Tilidia. Il a exercé une dizaine d’années en cabinets de conseil, dont McKinsey & Company. Il travaille sur l'impact des nouvelles technologies sur la société.
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Steven Andlauer
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Steven Andlauer est président de Tilidia. Il a exercé une dizaine d’années en cabinets de conseil, dont McKinsey & Company. Il travaille sur l'impact des nouvelles technologies sur la société.
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Des chercheurs de l'université de Bath ont développé une pile à combustible miniature capable de générer de l'électricité à partir de l'urine, créant un moyen abordable, renouvelable et neutre en carbone de générer de l'énergie. Un outil qui, si il est fiable et bien développé, pourrait aider à apporter de l'électricité à des populations pauvres.

Atlantico : Selon les travaux de l'université de Bath, l'urine pourrait être utilisée comme combustible au moyen d'une pile à combustion microbienne, capable de générer, pour l'instant, assez d'énergie pour alimenter un téléphone portable. Pouvez-vous expliquez un peu plus en détail en quoi consiste ce procédé technologique ?

Steven Andlauer : Les piles à combustibles libèrent de l'énergie, sous forme d'électrons, par oxydation d'un matériau (le réducteur, ou combustible, typiquement de l'hydrogène), qui libère ses électrons vers un autre matériau (l'oxydant). Cette réaction chimique peut être accélérée par la présence d'une membrane contenant un accélérateur, un catalyseur, entre les deux electrodes. Le catalyseur est un point de blocage fréquent, car souvent fabriqué à partir de platine ou d'alliages complexes.

Le combustible est un autre point bloquant, car la manipulation d'hydrogène peut être dangereuse. Dans l'approche de l'université de Bath, le catalyseur est fabriqué à partir de matériaux organiques, bon marché, et l'urine sert de combustible. La réaction est biologique. Sur le papier, leur solution permet donc de lever deux verrous importants des piles à combustible, le prix du catalyseur, et la sécurité du combustible, le tout dans un microformat.

Trouvez-vous ce projet viable à long terme et surtout intéressant écologiquement parlant ?

Si on parle de viable à long terme, il faut définir la fiabilité de l'outil. Le fonctionnement semble pour l'instant validé en laboratoire seulement, la première étape serait donc de tester en conditions réelles, en intégrant la technologie dans un produit courant, et en vérifiant sa pérennité dans un environnement non protégé. Avant cela il est difficile d'évaluer sa viabilité opérationnelle. La fréquence de rechargement n'est pas très bien indiquée par exemple. Une autre question sur la viabilité se situe dans le champ économique. Un composant qui vide les équipements électroniques doit s'intégrer à un écosystème de conception et production de très grande échelle, réparti sur l'ensemble de la planète. Le soutien d'un industriel clef dans ce secteur apporterait plus de crédibilité sur ce point.

Sur le plan écologique, a priori le procédé et son fonctionnement ne paraissent pas présenter de coûts écologique forts, et seraient plus durables que des batteries à base de matériaux extraits de mines, mais il faudrait pouvoir observer l'ensemble de la chaîne de vie du produit et du combustible, de la production au recyclage, pour se prononcer sur l'impact total.

On ne peut pas non plus négliger la nature du combustible, de l'urine, dont la composition peut varier d'une part, et qui peut poser des barrières sociales sur le plan hygiénique d'autre part (odeurs bactériennes). L'utilisation d'urine suggère donc une phase de normalisation à la fois sociale, et technique. Elle doit être acceptée en terme d'usage car elle représente un tabou dans certains pays et surtout on peut se demander si les industriels sont prêt à associer leur marque à ce procédé.

Connaissant le prix de production qui est bas, estimé entre 1 et 2 livres, pensez-vous qu'un tel dispositif puisse se démocratiser suffisamment pour aider les populations pauvres et isolées à avoir accès à l'électricité ?

On peut d'emblée se demander pourquoi ce type de produit ne serait pas adapté aux marchés développés, ce que l'article n'indique pas. La publication de ces chercheurs suggère en revanche que cette invention pourrait être intégrée dans des téléphones mobiles à destination des marchés émergents. Or, même les foyers pauvres ont des besoins en électricité qui vont au delà du téléphone. L'éclairage, à titre d'illustration, est une fonction primordiale, qui permet aux enfants de faire leurs devoirs, aux parents de cuisiner ou de travailler plus tardivement, de déceler la présence d'animaux nuisibles etc. Les solutions qui se commercialisent avec succès (des centaines de milliers d'exemplaires) sont des chargeurs solaires robustes et peu coûteux, qui permettent d'éclairer, et d'alimenter les téléphones.

La pile à combustible miniature qui serait intégrée dans un téléphone ne remplirait pas ces deux fonctions, et ferait par conséquent double emploi avec un chargeur solaire, en particulier dans les pays du Sud, qui bénéficient d'un taux d'ensoleillement important. Et là encore pour que cette technologie puisse devenir accessible au plus grand nombre, il faut qu'un producteur de téléphones (chinois en particulier) considère l'opportunité de l'intégrer. Les téléphones adaptés aux marchés émergents sont non seulement très peu couteux, mais aussi robustes. ils résistent assez bien à la poussière, aux chocs… Le remplacement d'un composant éprouvé par un composant innovant dans ce type de contexte présente un risque.

Vous observerez d'ailleurs que la plupart des innovations technologiques jusqu'à présent ont d'abord été adressées à une population de "early adopters" dans les marchés développés, prête à payer un surcoût pour l'innovation, et à essuyer les plâtres le cas échéant. Le prix et le risque d'une technologie non éprouvée sont peut être trop importants pour des foyers pauvres.

Quelles autres perspectives ce projet pourrait-il ouvrir ?

Il est toujours heureux que de nouvelles possibilités apparaissent, et on peut considérer - si la fiabilité est démontrée hors labo- l'exploitation de ces piles pour des usages au-delà du téléphone. Les résultats publiés semblent indiquer qu'il est possible d'agréger ces micro-piles, sans perte d'énergie, ce qui permet d'envisager des applications plus consommatrices d'énergie qu'un téléphone. Cela pourrait servir à améliorer les conditions de sanitaires en intérieur, pour alimenter des pompes, des filtres, des brosses, ou des aérateurs. Plus généralement, on pourrait imaginer aujourd'hui des applications là où le solaire n'est pas une option.

Propos recueillis par Thomas Gorriz

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
Jean Arcelin : “Une large majorité des 700 000 personnes en Ehpad mangera, pour le reste de sa vie, des repas à 1€”
02.
Soirée arrosée en boîte : Christophe Castaner filmé en train d'embrasser une inconnue
03.
Dégoût, colère, envie de révolution… : l’étude exclusive qui révèle la très sombre humeur des Français relativement aux autres Européens
04.
Rokhaya Diallo va (peut-être) nous quitter pour les Etats-Unis
05.
Grand débat en péril ? Les trois erreurs politiques que semble s'apprêter à commettre Emmanuel Macron
06.
Emploi record et hausse des salaires au Royaume-Uni... Mais que se passe-t-il à 9 jours du Brexit ?
07.
Electricité : le record de production par les éoliennes battu le 14 mars est un faux espoir
01.
"Les banques britanniques ont leurs pauvres et leurs subprimes"
01.
Jean Arcelin : “Une large majorité des 700 000 personnes en Ehpad mangera, pour le reste de sa vie, des repas à 1€”
02.
Soirée arrosée en boîte : Christophe Castaner filmé en train d'embrasser une inconnue
03.
Dégoût, colère, envie de révolution… : l’étude exclusive qui révèle la très sombre humeur des Français relativement aux autres Européens
04.
Philippe de Villiers : « Mon livre n’est pas complotiste, c’est la construction européenne qui est ontologiquement conspirationniste »
05.
Et Marine Le Pen éclata de rire…
06.
Grand Débat, la suite : petite géographie des intellectuels français que reçoit Emmanuel Macron ce lundi (ainsi que de ceux qu’il ne reçoit pas)
01.
Philippe de Villiers : « Mon livre n’est pas complotiste, c’est la construction européenne qui est ontologiquement conspirationniste »
02.
Révolution, le retour : le scénario d’un vrai dérapage insurrectionnel est-il en train de devenir possible en France ?
03.
Grand Débat, la suite : petite géographie des intellectuels français que reçoit Emmanuel Macron ce lundi (ainsi que de ceux qu’il ne reçoit pas)
04.
Christchurch : de la théorie du Grand Remplacement à ses travaux pratiques
05.
Grève mondiale des élèves pour le climat : 5 éléments pour déterminer s’il faut s’en réjouir ou... s’en inquiéter sérieusement
06.
Dégoût, colère, envie de révolution… : l’étude exclusive qui révèle la très sombre humeur des Français relativement aux autres Européens
Commentaires (3)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
kaprate
- 24/04/2016 - 02:11
intelligent
Recycler les déchets, notamment organiques, pour produire de l'énergie est la bonne démarche. Il y a des blocages socio-culturels à dépasser mais cela répond à de nombreux besoins (si j'ose dire...) et apporte des solutions écologiquement et économiquement viables. Voilà une ressource dont nous ne manquerons pas!
zouk
- 22/04/2016 - 14:25
Urine carburant
Faudra-t-il uriner dans des lieux dûment homologués?
Deudeuche
- 22/04/2016 - 08:46
peux pas résister à la blague trop facile
on fera pipi dans le réservoir de la voiture?