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Le Maroc enterre 30 ans d’arabisation pour revenir à des enseignements en français
Publié le 26 février 2016
Avec Eric Coder
La réforme de l'Education nationale marocaine prônant l'enseignement du français dans les études scientifiques n'est pas qu'une histoire d'éducation. Les enjeux sont sociologiques, culturels, religieux, et symboliquement forts.
Eric Coder est journaliste.
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La réforme de l'Education nationale marocaine prônant l'enseignement du français dans les études scientifiques n'est pas qu'une histoire d'éducation. Les enjeux sont sociologiques, culturels, religieux, et symboliquement forts.
Avec Eric Coder

Après trente ans d'arabisation, le Maroc a décidé de retourner à l'enseignement du français dans trois disciplines majeures : les mathématiques, les sciences naturelles et les sciences physiques, et ce dès la première année du primaire au lieu de la troisième actuellement.

Cette décision du retour à la langue de Molière a été prise le 10 février 2016 par le roi Mohammed VI. Selon Le Monde, l'islamiste Abdelilah Benkirane, chef du gouvernement marocain, a appelé les députés à un ajournement de ce projet qu'il estime avoir été préparé dans son dos par le ministre de l'Education nationale, un proche du roi. Peine perdue. La bataille pour la mise à l’écart de ce projet semble définitivement s'éloigner pour les islamistes qui dirigent l’actuel gouvernement. Derrière cette décision se trouvent d'importants enjeux culturels, religieux, politiques et historiques : le français par rapport à l'arabe, dans un pays comme le Maroc, c'est tout un symbole.

Trente ans de perdus

Pour les islamistes, "arabisation et islamisation vont de pair car la langue est liée à la pensée", se félicite Ahmed Assid, professeur de philosophie et défenseur de la laïcité. "Ce retour aurait dû se faire depuis longtemps. Nous avons perdu trente ans à cause de petits calculs idéologiques. Avant d’arabiser, l’Etat marocain aurait dû d’abord réformer la langue arabe dont le lexique et les structures n’ont pas varié depuis la période préislamique", explique-t-il au Monde.

C'est une révolution au Maroc qui avait opté pour l'arabisation de l'enseignement (primaire et secondaire) dans les années 70-80 sous l'impulsion du parti de l'Istiqlal, le parti de l'indépendance, et l'appui implicite du roi Hassan II (1961-1999).

Au Maghreb, le Maroc comme l'Algérie de Houari Boumediene avaient opté pour l'arabisation de l'enseignement, dès les classes primaires. Le français était enseigné en première langue étrangère. Mais l'Algérie, il y a une dizaine d'années, a réintroduit le français, comme langue étrangère, dès la deuxième année du primaire.

Le français était devenu une langue étrangère

Interrogé par Atlantico, Pierre Vermeren, professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Paris 1 Panthéon Sorbonne, spécialiste du Maghreb et des mondes arabo-berbères, juge qu'après "l'indépendance du Maroc, l'enseignement bilingue est devenu la norme, avec une très bonne tenue jusque dans les années 80. Mais dès les années 1970, l'arabisation de l'enseignement s'est déroulée étape par étape, touchant d'abord les matières littéraires et mettant fin, par exemple, à la philosophie. Cette arabisation a été menée à son terme en 1989, notamment dans les sciences, et le français est devenu une langue étrangère à l'école. Mais cela a fortement influé sur le niveau général des élèves qui, d'après les enseignants et responsables marocains, a beaucoup baissé par rapport à celui des élèves des années 70. Or, des matières comme les sciences, les mathématiques, le droit international, l'économie, la médecine, n'ont jamais été arabisées à l'université. Il en est alors résulté une crise de l'enseignement supérieur. Aujourd'hui, le pouvoir marocain veut restaurer l'enseignement bilingue et inculquer les sciences en français dès la primaire pour ne plus connaître de décalage avec l'enseignement prodigué à l'université", explique l'historien.

Un acte politique majeur

Et Pierre Vermeren d’ajouter : "A travers cette mesure, le Maroc veut montrer qu'il désire s'ancrer durablement vers l'Europe et l'Afrique de l'Ouest francophone. C'est donc une défaite idéologique du parti de l'Indépendance, l'Istiqlal, hostile à la francophonie, et c'est également une défaite des islamistes du PJD obligés d'avaliser la réforme. Une manière de dire aux marocains que le Maroc est, certes, un pays arabo-berbère,  mais qu'il est aussi tourné vers la France et l'Afrique pour ses échanges économiques et culturels. En Tunisie, une réforme assez similaire avait été prise dans les années 90, il y a 25 ans, sous Ben Ali. J'estime que c'est un tournant important. Mohammed VI n'avait pas touché à l'enseignement depuis le début de son règne, et seul le roi pouvait imposer une telle réforme. La langue arabe est en effet celle du Coran, c'est donc un acte politique majeur que de vouloir en réduire sa présence à l'école."

L'école privée gagne du terrain

La politique d'arabisation, appliquée à marche forcée, a eu des conséquences en cascades. Selon Le Point, "Faute de professeurs arabisants en nombre suffisant, le Maroc et l'Algérie ont fait appel à des professeurs étrangers (souvent égyptiens ou palestiniens, dont beaucoup étaient Frères musulmans). Ce sont eux qui ont introduit l'islamisme et l'ont propagé. Les classes supérieures, quant à elles, ont mis leurs enfants dans des écoles françaises, en payant des frais de scolarité élevés. Les plus fortunés les envoyaient en Europe."

Le principal écueil réside dans le fait que les élèves des lycées publics, après toute leur scolarité en arabe, devaient repasser au français en arrivant à l'université, spécialement dans les disciplines scientifiques. Ce qui ne posait évidement aucun problème pour ceux qui parlaient le français à la maison, mais tous les autres ramaient fortement. Ainsi, beaucoup d'étudiants échouaient dans l'obtention de leur diplôme et le niveau de l'université baissait. Et au final, les diplômés francophones, bilingues, trouvaient plus facilement du travail que ceux qui ne maîtrisaient que l'arabe.

Aujourd'hui, évidemment, l’enseignement privé ne cesse de s’amplifier au détriment de l’école publique : de 9 % en 2009, la part des élèves scolarisés dans le privé est passée à 15 % en 2015, selon Global Initiative for Economic, Social and Cultural Rights, un centre de recherches sur les inégalités dans l’accès à l’éducation.

L'enjeu n'est donc pas simplement éducatif. Il y a des considérations sociologiques, puisque l'arabisation de l'enseignement a créé un clivage social. Mais surtout, des considérations symboliques : le roi du Maroc lance un symbole fort pour ancrer le Maroc à l'Occident et à la Francophonie, un symbole qui n'est pas du tout apprécié d'une partie de l'opinion, notamment les islamistes.

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Danper
- 11/09/2017 - 18:08
Ils pourront toujours venr en France
S'ils ne peuvent apprendre l'arabe au Maroc les Marocains pourront toujours venir l'apprendre en France....Enfin, peut-être pas maintenant que Najat Belkacem n'est plus là.
JLH
- 10/09/2017 - 16:05
@outre vosges
border line = sur le fil
off line : dépasser les bornes
vous avez en partie raison sauf pour la langue arabe qui a très peu évolué en 8 siècles qui emprunte énormément pour tout ce qui est techno aux langues européennes, et les fameux arobes de l'Ouma (famille) qui revendiquent une arabité mythique ne parlent en fait absolument pas la même langue de Rabat à Bagdad, du Caire à Doha.
En réalité, la plupart des lecteurs du coran que vous voyez dans le métro ou les transport en commun, lisent alphabétiquement sans rien comprendre. Au surplus la langue écrite du prophète n'est absolument pas la même que la langue écrite actuelle. Tous les caractères diacritiques (voyelles, accentuations..) sont apparus au 9ième siècle, 150 ans après la mort de Mohamed. Donc le Coran est une traduction donc une exégèse, à laquelle 90% des lecteurs ne comprennent rien.
D'où l'importance de l'Imam, dont la majorité est elle-illétrée.
Outre-Vosges
- 09/09/2017 - 19:52
Réflexion d'un traducteur
Vous reconnaissez, @Kelenborn, que vous n’êtes pas «spécialiste de la question», euphémisme pour dire que vous n’y connaissez pas grand-chose, mais vous tenez quand même à donner votre avis. Moi non plus je ne connais pas l’arabe mais je relis continuellement des traductions (à partir de l’anglais ou de l’allemand) et je sais ce qu’est le problème de l’évolution des langues. Vous-même, dans votre réflexion de 15 h 33 sur l’article «Les réactions pleuvent face à la phrase choc d'Emmanuel Macron sur les "fainéants", les "cyniques" et les "extrêmes" «employez l’adjectif «borderline»; pourquoi cet anglicisme? C’est que vous estimez sans doute qu’en français il n’existe pas de terme équivalent; pourtant le site Linguee, trop souvent laxiste, vous donne 29 exemples de traductions et aucun des traducteurs professionnels qui y sont cités n’y a réemployé l’adjectif anglais. Je ne dis pas que vous ayez tort mais je constate que vous n’avez pas hésité à utiliser un terme qui n’existe pas dans la langue française officielle. Que peut donc faire un Arabe qui se trouve obligé pour exprimer sa pensée de ne se servir que des mots que Mahomet avait pu employer dans son Coran?