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SOS démocratie

Les leçons à tirer de la régression démocratique hongroise

Publié le 05 janvier 2012
De retour de Budapest, Serge Federbusch revient sur les bouleversements que traverse actuellement la Hongrie. Une atteinte à la démocratie d'autant plus inquiétante, que ce pays a toujours été une sorte de poisson-pilote historique en Europe.
Serge Federbusch
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Serge Federbusch est président du Parti des Libertés, élu conseiller du 10 ème arrondissement de Paris en 2008 et fondateur de Delanopolis, premier site indépendant d'informations en ligne sur l'actualité politique parisienne.Il est l'auteur...
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De retour de Budapest, Serge Federbusch revient sur les bouleversements que traverse actuellement la Hongrie. Une atteinte à la démocratie d'autant plus inquiétante, que ce pays a toujours été une sorte de poisson-pilote historique en Europe.

Profitant de la majorité des deux tiers dont dispose le Fidesz (parti politique hongrois de droite et centre droite) son parti, au Parlement, Viktor Orban, Premier ministre habile et non dénué d’un humour populiste, multiplie les "coups de canif" contre le pluralisme et la liberté d’expression.

La Constitution est modifiée pour mieux contrôler la magistrature, et la nouvelle loi électorale va rendre très difficile toute alternance... dès lors que l’opposition est émiettée, et que la prime va au parti arrivant en tête, lui assurant ainsi une majorité écrasante. Les journalistes de la télévision publique qui protestent sont licenciés, la seule radio d’opposition a perdu sa fréquence, etc. Hillary Clinton s’est émue à juste titre de ces menaces pour le pluralisme, emboîtant le pas à Viviane Reding (Vice-présidente de la Commission européenne), qui l’avait fait au nom de l’Union européenne.

Il ne s’agit pas encore d’une attaque frontale contre la démocratie, mais d’une offensive par petites touches, comme savent le faire les régimes autoritaires intelligents. Des dizaines de milliers de personnes ont osé défier l’ordre établi dans les rues pour dénoncer ces dérives. Daniel Cohn-Bendit n’a pas eu tort de comparer Viktor Orban à une sorte de Hugo Chavez européen en devenir, s’attirant des médias proches du pouvoir la seule réplique d’être un pédophile. C’est un peu court, jeunes gens.

Lorsqu’on déambule près du Parlement comme dans toutes les rues de Budapest, on ressent comme une chape de plomb sur la ville, et ce climat pesant n’est pas dû qu’à la torpeur d’un Noël où les familles restent traditionnellement chez elles.

Si Viktor Orban se mue en Hugo Chavez européen, son principal problème est qu’il sera un Chavez sans le sou : la crise économique est profonde, le forint (monnaie hongroise) perd sans cesse de sa valeur. La Hongrie ne sait plus où trouver les milliards dont elle a besoin pour rembourser ses dettes, l’Union européenne lui fait les gros yeux et les condamnations américaines ne vont pas l’aider à se retourner vers le FMI (fonds monétaire international), comme le gouvernement l’espérait il y a quelques semaines encore. Les Hongrois ont eu la mauvaise idée de beaucoup emprunter en franc suisse, et la dette publique est désormais classée en catégorie spéculative BB+ par les agences de notation.

A nouveau, Viktor Orban tente de répondre par la fuite en avant... Il va reprendre le contrôle de la Banque centrale, ce qui fait tousser derechef les institutions financières internationales, celles dont précisément il espère le soutien. Qu’on ne se trompe pas : l’auteur de ces lignes n’est pas un afficionado de l’Europe de Bruxelles ou de l’indépendance des banques centrales. Cependant, il ne faut pas jeter le bébé démocratique avec l’eau du bain technocratique. La dénonciation des travers européens ne doit pas servir de prétexte à tordre le cou, même en douceur, aux principes de liberté.

En réalité, la Hongrie paye le prix d’investissements insuffisants dans l’industrie depuis qu’elle est sortie de l’absurde système socialiste. Le pays a privilégié les rentes, les importations, ses entreprises ne disposent pas d’images de marque qui leur assurent un minimum de rentabilité face à la concurrence internationale. La baisse du forint n’est donc pas suffisante à court et moyen termes pour redynamiser le secteur privé. C’est tout le problème de la dévaluation : elle est peu efficace si la base productive n’est pas assez développée pour en tirer profit. Les Hongrois vivent mal le fait que les Tchèques s’en sortent mieux.

Il faut prêter attention à ces amères leçons hongroises. D’une certaine manière, les pays d’Europe occidentale, en particulier la France et l’Espagne, ont eux aussi négligé leurs industries et leurs investissements. Dans ces conditions, la baisse de l’euro qui a commencé ces derniers jours pourra leur donner un peu d’oxygène, mais ne remplacera pas les nécessaires efforts à produire pour supprimer les mauvaises habitudes rentières et favoriser l’investissement.

Rappelons-nous maintenant que la Hongrie a toujours été comme une sorte de poisson-pilote. En 1956, le pays fut le théâtre de la première et plus importante révolte contre la dictature soviétique. C’est en passant par son sol que les Allemands de l’Est commencèrent à contourner le rideau de fer, en 1989. La régression démocratique qu’on y observe aujourd’hui est donc de très mauvais augure.

Le lecteur me pardonnera de finir par une touche personnelle. Feu Marcel Federbusch, mon père, prolétaire longtemps communiste né à Budapest en 1911, avait quitté sa terre natale à 13 ans, avec sa famille. Il y retourna en voyage pour la première fois en 1970 et, à la stupéfaction de ses camarades de parti et de ses amis, revint avec la brutale sentence suivante : « Ils sont foutus, ils vont se casser la gueule ! ». « Pourquoi Marci ? » lui demandèrent ses compères indignés. « Personne n’est incité à travailler. » Le jugement était laconique, et l’Histoire allait lui donner raison, alors qu’à Sciences-Po, quinze ans plus tard, de doctes analystes du Quai d’Orsay nous expliquaient encore que le régime soviétique et ses satellites étaient indéboulonnables...


"Marcel Federbusch - Budapest 1911 / Paris 2002 - Prolétaire et visionnaire."

Méfiez-vous des experts, écoutez un peu plus vos pères ! Et prenez garde à ce qui se passe à Budapest, ce petit Paris sur le Danube.

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Commentaires (20)
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VeLiVoS
- 05/01/2012 - 15:09
Elcondor, loi liberticide = mot paralysant l'adversaire
commes certains agitent le danger du facisme, à savoir ceux qui n'ont pas d'argument. Quelle loi liberticide mentionnez-vous ?
1) mode de scrutin modifiée ? Il a fait quoi Mitterrand pour être élu ?
2) contrôle de la magistrature (aucun détail dans l'article) ? En France c'est un syndicat de gauche qui contrôle tout quelque soit le résultat des urnes.
Belle démocratie que nous avons en effet ! !
texarkana
- 05/01/2012 - 15:07
@ elcondor
Vous n'avez jamais entendu parler des Indignés? Ils ont fait exactement la même chose que les internautes d'Atlantico, les avez vous critiqués?
d'autre part Orban est presque un modéré en Hongrie, le parti Jobbik (18% de l'électorat) a même des positions plus radicales : va t il falloir rééduquer le peuple hongrois?
elcondor
- 05/01/2012 - 14:26
La Lune et L'imbécile qui regarde le doigt....
Navrant de voir l’inculture crasse et le manque de recul politique de la plupart des intervenants: c'est très inquiétant pour les principes démocratiques.
Il suffit qu'un guignol, pour faire passer des lois carrément liberticides montre du doigt l'Europe, les marchés etc etc (boucs émissaires bien pratiques) pour que vous le souteniez, sans autres arguments que les siens