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Tripartisme, instabilité et blocages institutionnels... Et si la France se dirigeait plutôt vers une nouvelle IVème République que vers une VIème ?

Publié le 22 février 2016
La Vème République est-elle morte ? Le retour de la guerre des partis, des divisions intra-partisanes et d'un centre puissant font penser à un retour à la IVème République plutôt qu'à une évolution vers la VIème. Et ce n'est pas bon signe pour les citoyens.
Yves Roucaute est philosophe. Agrégé de philosophie et de sciences politiques, il enseigne à la faculté de droit de l’université de Paris-X.
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La Vème République est-elle morte ? Le retour de la guerre des partis, des divisions intra-partisanes et d'un centre puissant font penser à un retour à la IVème République plutôt qu'à une évolution vers la VIème. Et ce n'est pas bon signe pour les citoyens.

Atlantico : On voit dans l’actualité des dissensions visibles au sein des partis eux-mêmes. Est-ce que le système bipartisan de la Vème République, déjà bousculé depuis plusieurs décennies par le FN, est en train d’exploser ?

Yves Roucaute : Oui, le passage au quinquennat a produit un phénomène de concentration du pouvoir politique entre les mains du président de la République, entraînant de facto un affaiblissement de ses pouvoirs. Le chef de l'Etat s’est retrouvé depuis en plein cœur de l’arène politique. Il est devenu un homme politique parmi d'autres. Par conséquent, il n'a moins la capacité qu'auparavant de prendre du recul par rapport au Gouvernement et d'apparaître comme étant au-dessus des partis.

La même évolution s'observe pour le Premier ministre qui devient un ministre comme les autres. Il était déjà affaibli par la constitution de la Vème République, qui n’en faisait déjà plus le président du Conseil comme sous la IVème. Mais le quinquennat a accentué cette faiblesse.   

Il y a un glissement dans la vie politique française : les jeux politiques prennent le dessus sur les idées. On est à un an et demi de la présidentielle, tout devient un enjeu politique, et donc un jeu politique. Le remaniement gouvernemental est symbolique de cette évolution. Il y avait clairement une volonté politique de fédérer en vue de la prochaine présidentielle. Cette volonté a pris le pas sur l'action et les enjeux de fond. La même logique prime actuellement dans la réforme constitutionnelle.

On observe d'ailleurs une explosion de la droite et de la gauche. La vie politique est soumise à un véritable émiettement, contraire à la volonté primaire du général de Gaulle qui voulait pour la Vème République des institutions solides. Au contraire, on assiste à une révision constitutionnelle en passe d’être avortée, ou alors, si elle est votée, de passer pour des raisons purement politiques, et non pour l’intérêt national. La tactique l’a emporté sur la stratégie. Le court terme a doublé le long terme, comme l'indique cette révision de la Constitution.

François Hollande doit compter sur la droite pour faire passer sa réforme, or le Sénat est majoritairement à droite. Il doit donc continuer les tractations avec l’opposition. C'est une véritable chienlit politique aujourd'hui.

Je le répète, les symptômes de cette explosion de la Vème République sont aussi perceptibles avec la nomination de ce nouveau Gouvernement. Traditionnellement, le président de la République préside le Conseil des ministres et le Premier ministre est tributaire de la politique du chef de l'Etat. Aujourd'hui, le système est totalement différent. Certaines nominations étaient clairement orientées contre Manuel Valls (que ce soit le retour des écologistes ou d'Ayrault au Gouvernement). Encore une fois, la tactique l’emporte sur l’esprit de la Vème République. Je pense que l'on peut même dire que l’on assiste à ce titre à la fin de la Constitution telle qu'elle avait été pensée par de Gaulle. Il n'y a plus ce qui faisait la grande cohésion de la vie politique.

Quand de Gaulle prend la décision de faire élire le président de la République au suffrage universel, il souhaite mettre définitivement un terme au manque de cohésion et de stabilité de la vie politique sous la IVème République. Le souci d'efficacité a guidé l'élaboration de la Vème République. Le suffrage universel plaçait, le temps du septennat, le président de la République au-dessus des partis pendant 7 ans.

La cohabitation a été premier coup de canif portée à la Constitution de De Gaulle. Le second fut le quinquennat. La réduction du mandat du chef de l'Etat a affaibli le président de la République. Les conséquences sont aujourd'hui visibles. François Hollande a essayé de piéger la droite sur la question de la sécurité sans se rendre compte que sa combine a aussi eu comme effet d'exploser son propre camp.

La droite aussi souffre de cette situation. Elle ne possède pas en son sein un homme politique assez fort pour imposer une vision et un programme. Si François Hollande est réélu, il ne réussira pas à imposer ses réformes. De fait, s'il bat Marine Le Pen au second tour, il n'en tirera aucune légitimité. Idem pour le candidat de la droite. Même si Alain Juppé, le favori des sondages actuellement, a des qualités réelles, il ne pourra pas mener de profondes réformes. 

Jusqu’où peut se déformer la Constitution face aux nouvelles logiques partisanes avant de casser véritablement ?

Il faut tout d'abord bien comprendre le fonctionnement de la Vème République. Il y a deux grands groupes derrière lesquels il faut se ranger pour exister : la droite et la gauche. Charles de Gaulle voulait donner une structure et un cadre à la gauche pour lui permettre de s’exprimer. Ce système avait l’avantage de contraindre les points de vue à s’associer, à se rationaliser et à se limiter. Il permettait aussi d’écraser le centre. Non pas parce que de Gaulle méprisait le centre, mais parce qu’un centre de type radical pouvait, au gré des tendances, pencher à droite ou à gauche. Le système bipartisan contraint à faire un choix entre les deux options que sont la gauche ou la droite. Il a d'une certaine façon pacifié les relations politiques.

Il y a néanmoins un paradoxe. Dans la Vème République, originellement, le centre déterminait les élections. Par conséquent, la gauche et la droite extrêmes devaient être un peu plus souples pour s’associer avec le centre. De cette façon, il n'y a pas eu d’extrémisme au pouvoir pendant les grandes crises du régime. Voilà le paradoxe : c’est en évacuant le centre que de Gaulle a renforcé le pouvoir de ce même centre. Il voulait que la France soit gouvernée et gouvernable. Ainsi, il est plus aisé de comprendre le problème auquel est confrontée la politique française aujourd'hui. Le système gaulliste ne fonctionne que si le président de la République a un Gouvernement qui lui est entièrement soumis. Le Premier ministre doit obéir au président de la République.

Actuellement, le problème est que le FN est très fort. Lorsque le PCF était à un tel niveau, avec les mêmes fonctions de tribun du peuple, le PS, de manière assez subtile, se passait de lui. Puis, le Parti socialiste a choisi sous l'impulsion de Mitterrand de faire alliance avec le Parti communiste dans le cadre de l'union de la gauche. Cette stratégie a forcé le PC à avoir un rôle fonctionnel (c'est ce qu'expliquait le juriste Georges Lavau) : les discours demeuraient révolutionnaires quand la pratique était devenue fonctionnelle. Par ailleurs, le PC avait une utilité. Il maintenait l’ordre dans les cités, permettant une forme de paix politique et sociale. Or, son remplacement, en partie par le FN, ne nous a pas fait gagner au change. Le FN est incapable de remplir le rôle social du PCF à l'époque. Le Front national ne pacifie pas, bien au contraire.

Aujourd’hui, le système politique est loin de se diriger vers une VIème République. Il revient plutôt à la IVème. La réforme constitutionnelle entérine le pouvoir et le jeu des partis. On retrouve finalement les mêmes dissensions que la France a connues sous la IVème République. François Hollande a toutes les caractéristiques de cette époque : c’est un homme de compromis, un homme de compromission.

On est face à un Etat faible. Les institutions ne peuvent pas répondre à cette médiocrité actuelle. La meilleure constitution du monde n’y pourrait rien. Ce ne sont pas les textes qui décident, ce sont les hommes. 

Du point de vue du citoyen, il est plus difficile de se repérer sur l'échiquier politique. N’y-a-t-il pas un risque de complexification du vote et donc de démobilisation encore plus forte de l'électorat ? N’y-a-t-il pas tout simplement un risque pour la démocratie ?

Nous sommes dans une situation où la légitimité des politiques est faible. C’est grave. Si dans le système américain, 4 personnes sur 10 ne se préoccupaient pas des élections, ce serait moins dramatique : le vote politique n’est qu’un volet de la démocratie étatsunienne à plusieurs étages qui s’appuie sur tout un tissu associatif.

En France, c’est différent, le tissu associatif est faible. Les hommes politiques sont déconnectés des questions qui agitent les citoyens.  Prenez par exemple la sécurité au sens large ou encore, plus précisément, les femmes qui craignent de prendre les transports trop tard le soir. Ces dernières représentent pourtant 50% de la population. Ce problème quotidien n’a jamais été repris par les hommes politiques, ni par les femmes politiques d’ailleurs qui vivent en général dans les beaux quartiers. La plupart de nos compagnes vivent dans la peur et/ou la méfiance. Pourtant, les politiques n’en parlent pas. Idem pour l’immigration, le djihadisme, etc.

Il y a une coupure entre le monde ordinaire et la classe politique. Par conséquent, est-ce que vous croyez que dans ce contexte le débat sur la réforme constitutionnelle intéresse les Français ? Ils veulent qu’on sanctionne violemment les terroristes - le Bataclan et l’affaire Merah sont passés par là. La question de la nationalité est secondaire. Les Français attendent des mesures. Il faut lutter contre le terrorisme et l’islamisme. A force de ne pas être écoutés, les Français vont se tourner vers des organisations populistes. Les Français ne sont pas les Suisses, ils ne vont pas se détourner de la politique. Ils aiment LA politique mais rejettent de plus en plus LE politique. Ils vont sanctionner le personnel politique, et parti comme cela le FN va gagner 5 ou 10 points.

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Gordion
- 23/02/2016 - 06:26
@ Lafayette 68
Oui. Un de Gaulle a, avec une volonté et un talent forts, su se placer dans le jeu politique grâce à des circonstances exceptionnelles.

Ces circonstances ne sont pas encore "identifiées exceptionnelles" par l'opinion publique en France en 2016. Question de temps. Et de courage politique, mais aussi de volonté d’alliances, ce qui n'est pas le cas.
vangog
- 22/02/2016 - 23:42
Quelles inepties d'enseignant gauchiste!
Le Front National serait incapable, selon cet archaïque, d'avoir le rôle social qu'avait le parti communiste dans les cités. Votre logiciel est obsolète, M.Roucaute! Si vous vous référez au parti communiste pour comprendre le rôle du Front National, c'est que vous n'avez rien compris à la globalisation, et que vous êtes resté en état d'hibernation post-soixantuitarde, alors que tout s'accélérait autour de vous! Le parti communiste, recomposé en Front de Gauche, s'adressait à un clan, celui des révolutionnaires internationalistes ( la "révolution mondiale"), et à une classe, celle des travailleurs. Le Front National n'a absolument pas la même approche restrictive, ni internationaliste. Il s'adresse à l'ensemble du peuple français, sans exclusion, ni exclusive. Avec lui, pas de lutte des classes, pas de révolution, pas d'entrisme dans les institutions, pas de compromis foireux pour la conquête d'un pouvoir corrompu! voila pourquoi le Front national a autant de chances d'être plébiscité par les banlieues, qu'elles soient gauche-caviar ou plombées par le gauchisme...et ces banlieues assassinées par la gauche, trouveront un intérêt à redevenir zones de droit, grâce au Front National...
jurgio
- 22/02/2016 - 15:45
Deux constatations principales, en effet, qui deviennent
deux points névralgiques puisque la déontologie politique de De Gaulle a disparu avec lui : le suffrage universel qui transporte la pure démagogie et la « gérance» de la nation sans aucune obligation de résultats : un référendum de contrôle à mi-parcours est plus que nécessaire... Sinon la IVe ! qui fait engraisser les bobgochos.