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Mohamed Louizi raconte pourquoi il a quitté les Frères musulmans et explique le rôle de la République et la laïcité dans son cheminement
Publié le 24 janvier 2016
À 37 ans, Mohamed Louizi dévoile son passé de "frère" actif parmi les Frères musulmans : dès l'âge de 13 ans, il a été au service de l'idéologie d'Hassan al-Banna, au Maroc, puis en France, au sein de l'Union des organisations islamiques de France (UOIF). Il raconte ses quinze ans de militantisme dogmatique, et revient sur les découvertes, les doutes et les interrogations qui ont précédé son désengagement ; il décrypte la stratégie d'islamisation globale non-déclarée des Frères musulmans en France et en Europe, avant de conclure sur son retour vers un islam éclairé et apolitique. Extrait de "Pourquoi j'ai quitté les Frères musulmans" aux éditions Michalon 2/2
Mohamed Louizi est un ancien membre du mouvement marocain Attawihid wal'Islah, du PJD et de l'UOIF, ex-président des Étudiants musulmans de France (Lille) Il est ingénieur. Il anime depuis 2007 le blog "Écrire sans censures !".
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Mohamed Louizi est un ancien membre du mouvement marocain Attawihid wal'Islah, du PJD et de l'UOIF, ex-président des Étudiants musulmans de France (Lille) Il est ingénieur. Il anime depuis 2007 le blog "Écrire sans censures !".
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À 37 ans, Mohamed Louizi dévoile son passé de "frère" actif parmi les Frères musulmans : dès l'âge de 13 ans, il a été au service de l'idéologie d'Hassan al-Banna, au Maroc, puis en France, au sein de l'Union des organisations islamiques de France (UOIF). Il raconte ses quinze ans de militantisme dogmatique, et revient sur les découvertes, les doutes et les interrogations qui ont précédé son désengagement ; il décrypte la stratégie d'islamisation globale non-déclarée des Frères musulmans en France et en Europe, avant de conclure sur son retour vers un islam éclairé et apolitique. Extrait de "Pourquoi j'ai quitté les Frères musulmans" aux éditions Michalon 2/2

Contre le Tamkine : la République et la laïcité

La République semble être totalement impuissante et démunie face à un islamisme organisé et conquérant. Force est de constater que celui-ci avance, à travers ses institutions et ses organisations, là où la République déserte les terrains, là où ses valeurs ne sont plus. Contrer l’islamisme ne peut se faire qu’avec la confirmation, sur le terrain du réel, des valeurs humanistes d’une République unie, indivisible, juste, laïque, bienveillante, mais ô combien ferme lorsqu’il s’agit de dire les principes constitutionnels constitutifs de notre contrat social et de les faire respecter, y compris par la force de la loi, si nécessaire !

Les renoncements de la République à ce qui a toujours fait sa force et sa stabilité hypothèquent désormais son avenir et l’avenir de la paix et du vivre ensemble en son sein. La République a le devoir de se protéger et de protéger ses enfants contre les assauts infatigables des Frères musulmans et des autres mouvements islamistes et salafistes. Cela passe d’abord par un travail de fond, sur tous les fronts (éducatif, social, économique), qui doit se poursuivre là où il a déjà commencé, et qui doit commencer là où il tarde, étrangement, à être engagé. Un travail contre les inégalités, contre la pauvreté, contre l’exclusion, contre les discriminations, contre la xénophobie, contre l’indifférence, et j’en passe et des meilleures.

L’islamisme sait parfaitement instrumentaliser la détresse des gens. Il a acquis une longue expérience, de presque un siècle, sous les différentes dictatures arabes. À chaque détresse, il sait proposer une réponse islamiste. À chaque larme, il est le premier à proposer un mouchoir et à verser ses larmes de crocodile. À chaque besoin non comblé par les services de l’État, il propose une structure idéologique. Sur chaque mètre carré déserté par la grandeur de la République, il pose les jalons de la décadence, de l’État islamique tant rêvé !

[…] Cependant, si la République peine à tenir ses promesses, dans sa politique intérieure comme dans sa politique extérieure, l’islamisme, comme d’autres idéologies extrémistes, ne peut que profiter de l’aubaine qu’offrent les situations difficiles des uns et des autres. Ainsi, il instrumentalise la détresse ; il fait miroiter le rêve du paradis à ceux qui vivent l’enfer ; il professe la rupture avec l’environnement ; il communautarise les esprits ; il sème dans les têtes les graines de l’auto-exclusion ; il impose sur des corps les signes de l’auto-marginalisation ; il propage les idées les plus rétrogrades et façonne les citoyens de demain. Parfois dans la démission et l’indifférence de l’État, parfois avec son concours et son soutien financier !

[…] La République et toutes ses forces vives doivent prendre les menaces islamistes réelles au sérieux, sans pour autant verser dans un délire psychotique collectif, afin d’éradiquer les raisons, diverses et variées, sur lesquelles se base l’islamisme pour s’étendre ici et ailleurs.

[…] Compter sur la seule réponse sécuritaire, même concertée à plus grande échelle européenne et planétaire, ne pourra pas fonctionner. D’autant plus que l’islamisme a bel et bien des alliés de poids (surtout financiers). Il saura grossir ses rangs, en habitué du procédé de la victimisation à outrance, en se faisant passer pour un messie martyrisé sur la croix des croisés !

[…] Non, l’islamisme n’est pas une fatalité, à condition, toutefois, que la République ne se transforme pas en un géant mirage dont les Lumières se brisent et se déforment à cause des flux financiers provenant d’un désert qui s’étend petit à petit, depuis le Qatar jusqu’à Paris. La France a su, relativement, représenter une espérance pour de nombreux peuples soumis à la double peine, depuis des siècles, sous le joug de tyrannies politiques presque indétrônables d’un côté, et sous la servitude d’ordres religieux de l’autre, totalement opposés à la modernité et aux nobles aspirations humanistes et démocratiques.

[…] Par ailleurs, la République, à travers la laïcité comme cadre juridique de gestion de l’espace commun, se doit de traiter l’islam équitablement, comme les autres religions. La République le fait déjà, avec plus ou moins de réussite et avec quelques améliorations nécessaires. Toutefois, face à l’islamisme, la République se doit de s’adapter et de s’armer pour l’empêcher, au nom de la protection de ses citoyens musulmans, de prendre l’islam, ses lieux de culte et les musulmans, jeunes et adultes, comme otages de son projet stratégique.

[…] Un débat franc et contradictoire doit avoir lieu entre la République et l’islamisme. Entre le choix laïc, forgé après tant de guerres et de souffrances, et les projections du Tamkine qui compte remettre en cause tous les acquis de la République et de la laïcité, et imposer à nouveau les déchirements, les guerres de religion et les souffrances. Entre l’intérêt public général unificateur et l’intérêt communautariste diviseur, dont les revendications clefs sont foncièrement formulées et défendues par des islamistes. Les projections de domination des Frères musulmans, à travers les stratégies Tamkine, leurs programmes, leurs valeurs, leurs moyens, leurs agents et leurs complices, de tous les bords politiques, doivent être passés au crible.

[…] La République n’est pas la Médine des temps des califes islamistes dont les mosquées peuvent être asservies à un quelconque pouvoir politique. La France n’est pas le Damas des Omeyyades. Elle n’est pas le Bagdad des Abbâssides. La République n’a de sens, au nom de la Constitution, que dans la séparation du temporel et du spirituel. Si la laïcité a permis, depuis plus d’un siècle, de séparer le pouvoir de l’Église, annexé au droit divin, du pouvoir de l’État, tenant sa légitimité du Peuple ; si la laïcité permet à l’État de ne s’occuper que de la dimension temporelle des affaires des citoyens, alors il va falloir « laïciser » désormais les mosquées, en expulsant le temporel et le politique de ces temples spirituels. L’on ne doit tolérer que le projet islamiste puisse continuer à instrumentaliser les lieux de culte, comme base arrière, comme starting-blocks idéologiques pour atteindre ses objectifs au bout d’une course déjà engagée.

[…] Il va falloir établir et imposer une sorte de « charte » morale contraignante entre la République et les gestionnaires des lieux de culte musulman. Une « charte » comportant, entre autres, un volet concernant la reconnaissance et l’acceptation, par ces gestionnaires, des valeurs de la République, du cadre laïc et des acquis en termes de droits et des libertés. J’ignore dans quelle mesure juridique il est possible aujourd’hui d’imposer à tous les responsables des lieux de culte, à tous les imams, d’attester sur l’honneur, avant leur prise de fonction, de leur acceptation explicite, formelle et irrévocable des droits et libertés individuelles : liberté de conscience, liberté d’expression, droits des femmes, droits des homosexuels, droit des apostats, etc. Un imam ou un recteur liberticide, totalitaire, misogyne, inquisiteur et homophobe ne doit pas avoir le droit de prêcher ses haines devant les jeunes et les adultes, tous les vendredis, au nom de Dieu. La loi devra s’appliquer, simplement.

[…] Cette « charte » devra interdire l’évocation dans l’espace consacré à la prière de toute question d’ordre politique : élections, projets de lois ou questions étrangères relatives notamment au conflit israélo-palestinien. Que celui, ou celle, qui a des visées politiques aille exercer son droit constitutionnel là où cela devrait se faire et dans le respect des règles et des procédures. Qu’il aille rejoindre une formation politique existante, ou qu’il crée sa propre formation et se confronte aux autres sur le terrain électoral. Quelle lâcheté islamiste celle consistant à vouloir faire de la politique entre les rangs de la prière !

[…] Par ailleurs, la République devra aussi interdire à « ses candidats », dans différentes élections locales, régionales et nationales, de se rendre dans les mosquées et aux rassemblements de musulmans pour séduire le supposé « vote communautaire ». Que vient faire un républicain avec son comité de soutien, dans une mosquée colonisée par des « frères » de l’UOIF, par exemple ?

[…] Toutefois, s’il y a un domaine où l’État se doit impérativement d’imposer des règles, c’est bien le domaine financier. Les islamistes, comme d’autres guerriers de tous bords, considèrent l’argent comme le nerf de la guerre. De l’argent, il en amasse en grande quantité, ici ou venant d’ailleurs. […] Ici, ils siphonnent les poches des fidèles, dans les rangs de la prière, par le biais de l’incitation religieuse presque infantilisante. À entendre un « frère » promouvoir le projet de construction d’une nouvelle mosquée, on a plutôt l’impression que Dieu, au fond, ne serait qu’un simple promoteur immobilier, vendant des mètres carrés de ses parcelles équipées au « Paradis » à tout fidèle qui, en contrepartie, construit pour Lui (ou plutôt pour l’islamisme) une parcelle ici sur terre. Mais il y a surtout toute la masse d’argent venant d’ailleurs, de l’Arabie Saoudite, du Koweït et du Qatar, servant à fluidifier le chemin du Tamkine.

[…] Par ailleurs, et au-delà de la question épineuse du financement conditionné, il va falloir se pencher sérieusement sur l’expérience de l’enseignement privé musulman pour faire un bilan et déterminer, avec précision, ce sur quoi l’islamisme s’appuie pour diffuser son idéologie et endoctriner les élèves.

[…] L’enseignement de l’arabe et du Coran, dans les mosquées UOIF et salafistes, ne doit pas échapper à l’évaluation et à la vigilance républicaine. Il va falloir engager une vraie réflexion pour qu’au moins l’apprentissage de la langue arabe soit séparé de l’apprentissage du Coran et des préceptes religieux. Il ne doit plus être toléré dans les mosquées, quelles qu’elles soient. La langue arabe est la langue d’une culture arabe plurielle et multiconfessionnelle et non pas la langue exclusive d’une religion en particulier. L’école de la République – et bien d’autres structures spécialisées – pourrait bel et bien offrir plus de places pour que les enfants souhaitant apprendre cette langue puissent le faire indépendamment de toute instruction religieuse soumise aux standards de l’islamisme !

[…] D’autres pistes de réflexion et d’action doivent être empruntées. Si la République renonce et s’affaiblit, les Frères musulmans sont conditionnés pour résister et persévérer. C’est à la République de faire ce travail d’introspection et de bilan d’étape. L’islamisme, lui, se croit au-dessus de tout reproche. Il se considère en mission. Rien ne pourra l’empêcher de s’étendre si ce n’est le courage des décideurs et la persévérance de toute personne croyant en la République, ses valeurs et son horizon.

[…] Qu’y a-t-il de plus noble que la République lorsqu’elle sait assumer sa grandeur, défendre son idéal, garder son cap et persévérer sur le chemin de l’humanisme, de la justice, de la laïcité, de la démocratie, du progrès, de la connaissance, de l’égalité, de la fraternité et des libertés ?

Extrait de "Pourquoi j'ai quitté les Frères musulmans" de Mohamed Louizi publié aux éditions Michalon, 2016. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

 

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