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L'Edito de Jean-Marc Sylvestre

François Hollande cerné de toutes parts : le Parti socialiste le harcèle, le patronat le lâche et Macron le menace

Publié le 11 janvier 2016
D’un côté, les chefs d’entreprise ont prévenu l’Elysée. La situation de l’emploi est catastrophique. De l’autre, les députés socialistes ne répondent plus et Emmanuel Macron se sent pousser des ailes.
Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.Il est aussi l'auteur...
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D’un côté, les chefs d’entreprise ont prévenu l’Elysée. La situation de l’emploi est catastrophique. De l’autre, les députés socialistes ne répondent plus et Emmanuel Macron se sent pousser des ailes.

La parenthèse de deuil national ne va pas pouvoir durer très longtemps encore. Les cérémonies commémoratives de dimanche ont fait un flop. Beaucoup de Français ont compris que ces débats sans fins sur la réforme de la Constitution et sur la déchéance de la nationalité, ne débouchaient sur aucun progrès véritable au niveau de la cohésion nationale. Au contraire ils brouillent les radars. Quant au devoir de mémoire, il est certes utile et nécessaire, mais on ne va pas pouvoir déposer des gerbes tous les jours de la semaine jusqu’ à la fin du mois. Les sondages indiquent clairement que François Hollande reperd une partir du crédit qu'il avait regagné dans sa réponse immédiate au terrorisme. Manuel Valls qui colle au Président n’échappe pas au désamour relatif d’autant qu'au Parti socialiste, on ne grogne pas par pudeur, mais on en pense pas moins.

Maintenant, la majorité de l’opinion attend qu'on s’attaque aux vrais problèmes de l’emploi et de la situation économique : seul moyen de donner un peu d’oxygène et d’espérance à ce pays qui s'asphyxie.

La demande est d'autant plus forte qu’avant les fêtes, le Président a obtenu de Bruxelles, de s’affranchir des contraintes de Maastricht que la BCE a confirmé sa politique accommodante. Il n’y a donc plus aucune contrainte pour ne pas opérer un virage pro-business. Pour déclencher une sorte de plan d’urgence pour l’emploi. Ce plan d’urgence ne viendra de nulle part ailleurs que de Paris.

Or, a priori, François Hollande qui avait promis un bing bang, Manuel Valls qui en a rajouté sur le thème qu’il fallait décoincer le système, les deux têtes principales de l’Elysée n’ont rien sous le pied de très sérieux pour relancer l’emploi.

En fait, ils sont tétanisés par le climat qui empoissonne le Parti socialiste. Presque la moitié des députés de la majorité présidentielle se sont mis en hibernation. Ils ne se rebellent pas ouvertement parce qu’ils n’ont pas de leaders... Cécile Duflot et Arnaud Montebourg ont disparu des écrans radars, mais le plus grave c’est qu’ils n’ont pas de plans B qui leur assurerait un avenir. Le problème principal des frondeurs n’est pas un problème de convictions, c’est – soyons cynique - un problème de Job. Ils ont besoin de vivre. En dépit de toute logique et même de toute morale politique, François Hollande va essayer de garder Christiane Taubira au gouvernement pour éviter justement de donner aux mécontents du parti un leader un peu charismatique.

Dans ces conditions, la seule opération qu'il pourrait lancer en fin semaine revient à une vague opération d'enfumage pour mettre 500 000 chômeurs en formation et vider du même coup les listes de pôle emplois. Tout cela pour 1 milliards d’euros à prendre sur les fonds de la formation (32 milliards). Personne n’est dupe.

Le comble c’est que l’opposition n’a strictement rien à proposer comme solution miracle. Personne n’a véritablement travaillé sur la question, hormis François Fillon mais aucun leader ne l’a pris au sérieux. Le succès de son livre (le seul livre politique à s’être correctement vendu) prouve néanmoins que l’opinion publique, elle, le prend au sérieux et le considère comme crédible. Le résultat c’est que François Fillon voit revenir vers lui beaucoup de ses anciens amis qui travaillent soit avec Nicolas Sarkozy, soit avec Alain Juppé.

Dans ce paysage politique délétère, on pourrait assister à partir de cette semaine à une double une offensive assez forte et puissante pour essayer d’obtenir des changements.

La première viendrait des milieux d’affaires qui commencent à penser que la situation économique et sociale va devenir franchement dangereuse. On approche en terme de déficit d’un point de non-retour et beaucoup disent qu’il faut urgemment redresser la barre.

Pierre Gattaz, le président du Medef a envoyé une note la semaine dernière rappelant l’urgence d’une politique économique de l’emploi sur trois axes archi-connus.

Un, une suppression des charges pour les chômeurs de longue durée qui seraient embauchés dans l’entreprise et un abondement de revenus pour ceux qui accepteraient une formation. Idem pour les jeunes sans qualification.

Deux, une réforme du contrat de travail CDI, simplification et fixation d’un barème au niveau des indemnités de départs actes par les prud’hommes.

Trois, une dérèglementation rapide et réelle du travail indépendant. Il y a énormément de travail qui n’est pas effectué aujourd'hui faute d’entreprises.

Parallèlement à la démarche officielle de Pierre Gattaz, une cinquantaine de patrons de PME ou ETI ont rédigé une lettre ouverte au président de la République qui a dû en prendre connaissance entre deux cérémonies de souvenirs et dans laquelle ils réclament en détail des mesures d’allègements de charges, de simplification administratives exonération totales de charges et d’obligations sociales pour faciliter l’embauche ou l’installation des jeunes . Il faut savoir aujourd'hui que le premier site de recrutement sur le marché de l’emploi, c’est pas pôle emploi, mais le Bon coin. Tant mieux mais c’est surréaliste. L’administration française marche quand même à cote de ses réalités.

Tous ces patrons craignent un effondrement total du tissu des PME dans l’année 2016. Il y a des besoins, il y a des marchés. Ils sont dans l’incapacité d’y répondre.

La deuxième offensive pourrait venir de l’aile libérale de la gauche dont le porte-parole est de plus en plus Emmanuel Macron, il a repris l’offensive pour ressortir et vendre la loi Macron 2. La loi NOE assortie d’un volet réglementation du travail qu'on veut lui retirer pour la confier à la ministre du Travail qui n’est d’ailleurs pas très emballée par le projet ; C’est surtout Manuel Valls qui plaide pour rapprocher cette réforme de Matignon, c’est-à-dire pour l’éloigner de Bercy.

Les amis de Macron et il en a de plus en plus dans tous les milieux sociaux-économique des grands patrons, des petits et des sans-emplois de banlieues qui estiment avoir trouvé un homme politique qui ne pense pas idéologie mais efficacité.

A cet égard, la semaine dernière, tout le monde a bien noté que Manuel Valls avait accepté une heure de direct à BFM TV avec Ruth ElKrief , à condition que ça se passe dans son bureau et en bras de chemise pour qu'on soit bien convaincu qu'il était au boulot avec, au programme, deux priorités la sécurité et l’emploi. Histoire de bien recadrer le programme de rentrée. Le plus étonnant c’est que quelques heures avant, le journal de gauche « Le Monde » bouclait sa une avec la photo de Macron avec une barbe taillée à la "jeun’s", et surtout annonçant une longue interview décrivant par le menu l’impératif d’une politique économique avec de vraies réformes.

L’offensive Macron s’est poursuivie le lendemain au centre Beaugrenelle où il est allé prendre la température des consommateurs avant de prendre un avion pour Las Vegas où il allait encourager des start up françaises qui ont une fois de plus tenu la vedette. Détail, l’avion de Macron était bourré de chefs d’entreprises qui voulaient approcher le nouveau messie.

La méthode Macron est simple. Le pays est asphyxié. Il n’a pas besoin de mesures de gauche ou de mesures de droite, il a besoin de mesures de bons sens pour assumer et vaincre les contraintes qui nous étouffent. Pas de discours, pas de promesses, des actes et des résultats. L’attitude, le look de la barbe, le discours, le ton est un mélange de provocations, de bons sens et d’expertise est assez bien reçu. L’âge aussi. Les plus anciens rappellent que Valéry Giscard d’Estaing avait été nommé à Bercy alors qu'il n’avait pas 33 ans, qu'il n’avait aucune expérience politique. Quelle bouffée d’oxygène et quelle carrière dans la foulée.

Politiquement, Macron est très seul comme Giscard en son temps. Giscard avait été découvert et sponsorisé par le général de Gaulle qui était pourtant aux antipodes de sa culture avec des rapports parfois rugueux.

Macron, lui, a été adopté par François Hollande. Il est soutenu par François Hollande. On ne peut pas dire qu’il ait beaucoup d’amis au Parti socialiste. Ce n’est pas forcément un handicap. 

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A M A
- 11/01/2016 - 12:06
Macron est-il capable de
Macron est-il capable de changer la donne, c'est à dire le système? Giscard ne l'avait pas pu, et son échec avait amené Mitterrand. A Macron succèdera qui, et ce qui fera quoi de pire encore? Faire jeune ce n'est quand même pas suffisant pour bouleverser en profondeur un système bancal, solidement implanté, dont tout un chacun a pu mesurer la nocivité. Tout ce qui est bon n'est pas nouveau, et tout ce qui est nouveau n'est pas bon
l'enclume
- 11/01/2016 - 11:52
A chacun son truc
A la différence de Macron, Giscard était jeune, mais il s'était engagé dans l'armée française durant la seconde guerre mondiale. Il était chef de char.
zouk
- 11/01/2016 - 11:08
Déliquescence française
D'où viendra la réaction? Certainement pas du PS qui ne cherche qu'à survivre, ni de Fr. Hollande qui continue dans le flou total en rêvant de son improbable 2° mandat. Plutôt que de faire fond sur E.Macron, des qualités certes mais pas de troupes. Lisez "Faire", Fr. Fillon seul a le courage de proposer un programme de REDRESSEMENT, complet, équilibré, courageux, fondé sur une expérience politique souvent couronnée de succès malgré des obstacles considérables (réforme des retraites face à nos syndicats archaïques arc-boutés sur le refus). Diffusons le aussi largement que nous le pourrons. Oui, Gilly, vendons du Fillon, notre futur en dépend.