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Réseaux sociaux : votre ado a eu un smartphone à Noël ? Petit guide des applis auxquelles les parents ne comprennent rien

Publié le 01 janvier 2016
L'application After School connait un succès inégalable aux Etats Unis puisqu'elle permet aux adolescents de s'exprimer anonymement tout en empêchant l'accès des parents grâce à un algorithme. Ce type d'applications alimente le phénomène du "cyber harcèlement" dont les conséquences peuvent être dramatiques chez les adolescents les plus vulnérables. Un comportement qui inquiète les parents.
Michael Stora
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Michael Stora est psychologue clinicien pour enfants et adolescents au CMP de Pantin.Il y dirige un atelier jeu vidéo dont il est le créateur et travaille actuellement sur un livre concernant les femmes et le virtuel.
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David Fayon
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David Fayon est consultant Web pour des entreprises et organisations françaises depuis la Silicon Valley, co-fondateur de PuzlIn et membre de l'association Renaissance Numérique. « Il est l'auteur de Géopolitique d'Internet : Qui gouverne le monde ? ...
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L'application After School connait un succès inégalable aux Etats Unis puisqu'elle permet aux adolescents de s'exprimer anonymement tout en empêchant l'accès des parents grâce à un algorithme. Ce type d'applications alimente le phénomène du "cyber harcèlement" dont les conséquences peuvent être dramatiques chez les adolescents les plus vulnérables. Un comportement qui inquiète les parents.

Atlantico : L'application After School est très populaire aux Etats-Unis puisqu'elle permet aux adolescents de s'exprimer anonymement sans laisser la possibilité aux parents de s'immiscer. Ces derniers s'inquiètent des dérives potentielles qu'une telle application peut susciter. Est-ce justifié ? Quelles pourraient être les conséquences néfastes d'un tel espace de liberté d'expression ?

Michael Stora : Au-delà de cette application spécifique, l'inquiétude parentale des adolescents est un phénomène de société qui vient souvent révéler que les parents eux-mêmes ne supportent pas que leurs enfants existent en dehors de leur giron. En effet, les parents utilisent beaucoup les réseaux sociaux pour surveiller. A partir de cela, l'idée de faire une application interdisant l'accès aux parents est plutôt séduisante sur le papier. Les médias évoquent plutôt des histoires assez catastrophiques de cyber bashing ou de suicide en ligne. Tout cela ne fait que renforcer un sentiment d'anxiété chez les parents. A partir du moment où l'on a bien éduqué les enfants et qu'ils disposent d'une base saine, il devrait y avoir une confiance implicite envers l'adolescent. Il y a tout de même un service de modération mais qui n'est pas parfait.

L'anonymat encourage l'impunité. Il peut y avoir des dérives comme un adolescent qui annonce qu'il veut tuer tout le monde, un autre qui met en ligne le numéro de téléphone portable d'un camarade. Comme toujours dans la population adolescente, certains sont malveillants ou sadiques comme les "trolls". A partir de ce moment là, il devient intéressant de créer des gardes fous. Les adolescents sont en quête de limites qui sont plus facilement franchies par l'anonymat.

David Fayon : Déjà, il s’agit d’une application téléchargeable pour un smartphone (pour iPhone ou Android). Initialement, elle a été proposée sur l’Apple Store en octobre 2014 et le buzz a suivi ce qui l’a rendu populaire, du moins aux Etats-Unis. Elle est réservée aux internautes de 13 ans au moins, c’est-à-dire ayant leur majorité numérique. En pratique, rien n’interdit à un enfant ayant un smartphone de truquer son âge pour déclarer avoir 13 ans ou plus. C’est la même chose que pour Facebook.

Oui, les parents ont raison de s’inquiéter car cette application permet de se répandre anonymement sur son école et ce qui gravite autour et sans pouvoir savoir ce que leur enfant pense. C’est une source de crainte pour eux, tout à fait compréhensible puisque la pensée et l’humeur de leur progéniture leur échappe. En théorie, les créateurs indiquent qu’ils ont une tolérance zéro à l’égard de la cyber-intimidation mais il n’est pas possible de tout contrôler même si l’équipe d’After School indique mobiliser 15 personnes pour vérifier rapidement les messages postés.
Il est possible de dénigrer un camarade de classe en faisant des allusions (à son physique, sa tenue vestimentaire, son surnom) qui permettent aux initiés de se reconnaître car les jeunes, comme toute communauté, ont des langages codés. Et le danger est de blesser les plus fragiles qui supporteront moins les critiques.

Les conséquences peuvent être des dépressions, des débuts d’anorexies, des tentatives de suicide. C’est la même chose qui existe dans la vie physique mais le phénomène est amplifié et accéléré.

 

Comment les adolescents en viennent-ils à libérer autant de violence sur ces applications ?

Michael Stora : Après avoir vécu une humiliation à l'école ou à cause d'un sentiment de mal être, l'adolescent voudra se venger ce qui sera favorisé par l'anonymat qui permettra de maltraiter quelqu'un. Ce n'est pas si mal comme idée d'espace de récréation virtuelle pour certains lycées d'élite. Certains peuvent se moquer des professeurs et ce n'est pas négatif en soi.

David Fayon : C’est plutôt à Michaël Stora de le dire (rires). Je pense que pour certains il s’agit d’un espace de décompression, d’une soupape de sécurité où l’on vide son sac avec exagération car pour faire du buzz, les faits, les opinions et les arguments sont mélangés et amplifiés. Le fait que ce soit anonyme conduit aussi naturellement à moins de retenue. Les adolescents sont également, pour la génération Y et encore plus pour la génération Z, moins éduqués à l’ancienne par leurs parents. L’enfant roi, le pouvoir des médias et des images façonnent aussi un certain esprit critique pour le meilleur et pour le pire.

Il semblerait que les contenus haineux soient mieux contrôlés car les créateurs ont été, d’une certaine manière, victimes de leur succès. Et pour blasphémer en étant moins censurés, il est demandé d’avoir au moins 17 ans et de fournir une pièce d’identité à l’appui.

Quelles peuvent être les conséquences d'un cyber-harcèlement tel qu'il peut avoir lieu sur ces applications ?

Michael Stora : Malheureusement, certains jeunes peuvent finir par mettre fin à leurs jours puisqu'ils étaient déjà très fragiles à l'origine. D'autres ont les capacités de se défendre et même de se venger d'une certaine manière. Il n'a pas fallu attendre les réseaux sociaux pour que les adolescents entre eux puissent être bienveillants ou malveillants. Les résultats peuvent être catastrophiques puisqu'à cette période là, l'image sociale est très importante. C'est celle que l'on renvoie aux autres et avec laquelle on se construit. Si le miroir que l'on nous renvoie est négatif, cela aura des effets catastrophiques dans la construction adolescente.

David Fayon : Ce peut être des blessures pour certains jeunes qui se sentiront visés sans possibilité de se défendre avec des risques de suicide comme il en existe sur Facebook et dans la vraie vie. C’est juste un outil qui va grossir les fragilités intrinsèques des individus. Les plus fragiles et les plus sensibles sont les plus vulnérables aux critiques.

Cet outil est le corollaire de l’explosion des usages du Web 2.0 conjuguée avec la généralisation des smartphones chez les adolescents. Ce n’est pas un outil isolé et il est complémentaire des Facebook, Instagram et Snapchat, ce dernier étant très prisé chez les adolescents. Nous avons eu en France le lancement de l’application Gossip en mai dernier, laquelle permet de poster des rumeurs de manière anonyme ; c’est un peu le Wikileaks de Monsieur tout le monde, sans preuves et de façon gratuite. Nous avons également les applications Secret, Chuck ou encore Yik Yak pour ne citer qu’elles. Avec les applications notamment sur Google Play pour Android et l’Apple Store, nous sommes dans la deuxième vague des réseaux sociaux après le succès des applications initialement pensées pour les PC, d’autant que les fonctions de géolocalisation ne sont pas encore pleinement exploitées.

Comment expliquer que l'application soit aussi populaire ? D'où vient cette recherche d'anonymat alors que les réseaux sociaux utilisés par les jeunes visent le contraire ?

Michael Stora : Sur le réseau social le plus fréquenté, Facebook, les préadolescents ont fait l'erreur d'accepter leurs parents comme amis. Ils sont dans un espace qui les renvoie à leur enfance et ils ont besoin d'avoir leur espace privé et caché. C'était le principe qui a amené les adolescents à aller vers Tweeter et Snapchat. Un autre élément vient du fait que l'on a tellement répété aux ados qu'il fallait faire attention à ce qu'il faut publier en argumentant que tout pouvait se retourner contre eux. Tout cela provoque un désire d'avoir un espace véritablement caché. Snapchat a annoncé maintenant qu'il allait publier des photos de manière intime. Les adolescents ont besoin d'intimité, et donc ce type d'application entre groupes de collégiens et lycéens n'est pas une mauvaise idée.

David Fayon : L’application est populaire puisqu’elle correspond à un besoin de s’exprimer des lycéens pour la majorité. Il est également possible de discuter avec des experts sur des questions scolaires au-delà des ragots qui peuvent être postés. En outre, cela assouvit le besoin de chacun de savoir ce qui est dit sur son lycée. Nous sommes toujours dans les deux facettes de l’exhibitionnisme et du voyeurisme induites par les réseaux sociaux.

Pour faire vivre l’application, des messages sont également générés automatiquement avec des emplois d’emojis, ce qui prête aussi à la controverse puisqu’ils ne sont pas toujours générés en respectant le style rédactionnel des jeunes.

En fait, nous assistons plus à une hypersegmentation de l’offre des réseaux sociaux. Ainsi, nous avons ceux où l’on publie en son nom propre comme Facebook mais qui pose la question des traces numériques et de son corollaire (le droit à l’oubli), ceux où les messages sont éphémères et réservés à des cibles données comme Snapchat, et enfin ceux comme After School qui correspondent à de l’anonymat. On a toute la panoplie de l’anonymat en son nom propre en passant aussi par le pseudonymat. Chacun peut s’y retrouver. Notons que nous assistons également pour les outils 2.0 où l’expression est anonyme à une diversification tant en fonction des cibles que des usages avec souvent des usages constatés qui diffèrent des usages escomptés par les créateurs des applications. 

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