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Publié le 18 décembre 2015
De part et d'autre de l'Atlantique le constat est le même : les partis populistes sont en pleine explosion. Qu'ils soient de droite ou de gauche, que la crise soit de nature économique, culturelle ou démographique : les éléments rhétoriques des leaders populistes sont partout les mêmes.
Adeline Joffres est docteur en Science Politique de l’Université Sorbonne Nouvelle-Paris 3, et actuellement présidente du GEIVEN (www.geiven.com) et ingénieure de recherches au CNRS.
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Magali Balent est chercheur associé à l’IRIS et maître de conférences à Sciences Po.
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Steven Ekovitch est professeur de Sciences Politiques et d'Histoire à l'Université Américaine de Paris.
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De part et d'autre de l'Atlantique le constat est le même : les partis populistes sont en pleine explosion. Qu'ils soient de droite ou de gauche, que la crise soit de nature économique, culturelle ou démographique : les éléments rhétoriques des leaders populistes sont partout les mêmes.

Atlantico : Comment expliquez vous cette montée globale de l'engouement populiste en ce moment particulièrement ? D’une région à l’autre les mécanismes et les facteurs sont-il les mêmes ?

Adeline Joffres : Cette forme de leadership que l'on nomme le populisme est à mettre en lien avec la façon dont nous exerçons la politique aujourd’hui. C’est pour cela qu’il y a une hausse des partis populistes en Europe, aux USA et dans les plus grandes démocraties. Les hommes politiques agissent en fonction des médias, qui pour eux sont essentiels. La manière de communiquer a beaucoup évolué avec le développement des médias de masses.

En outre, nous constatons que le rattachement à des mouvements populistes est lié à une perte d’espoir de la société. Il est aussi lié à un sentiment d’inexistence, notamment des classes moyennes. Les hommes se sentent incompris et oubliés des politiques. Ce sentiment se retrouve régulièrement dans l'analyse des facteurs à l'origine des populismes, qu’ils soient d’Amérique latine, d’Europe ou d’ailleurs. L’Amérique latine en particulier, se révèle être un laboratoire d’expériences et d’analyses de ces tendances populistes pour le monde entier, puisqu’elle représente une région "avant-gardiste", révélatrice de ce qu’il peut se passer à plus grande échelle.

Magalie Balent : En Europe, cette poussée du populisme concerne avant tout l’extrême droite. Elle est liée à une multiplicité de facteurs qui sont essentiellement d’ordre culturel.

Ce constat s'explique par l’évolution du visage des sociétés européennes dans le contexte d'une arrivée massive de réfugiés, qui provoque une peur généralisée d’une partie de la population. Celle-ci craint de perdre son identité ainsi que les valeurs qui fondent historiquement ce que sont les Européens et les nationaux. Nous sommes par ailleurs dans une phase de très forte mondialisation. Celle-ci provoque l’ouverture des frontières, le libre-échange en matière économique et humain. Dans ce contexte-là, les populations ont tendance au repli national. Elles veulent se sentir protégées de tous ces événements qui viennent de l’extérieur.

Ajoutez à cela, en Europe, la crainte d’une montée de l’islamisme et du terrorisme musulman qui joue en faveur de ces partis populistes.

Comme je le disais, il y a également les facteurs économiques. Nous sommes dans un contexte de montée du chômage et de baisse du pouvoir d’achat. Les populations fragilisées sont forcément plus réceptives aux discours protectionnistes car elles se sentent davantage concernées par les méfaits de la mondialisation.

Steven Ekovich : Je crois qu’aux États-Unis, les facteurs sont très proches de ceux du reste du monde. Les électeurs de partis populistes mettent en question les élites politiques. Le discours politiquement correct n'agit plus. Leur préoccupation première est de vouloir entendre de nouvelles grilles de lecture pour comprendre le monde. Donald Trump par exemple parle très crûment, cela brise le discours politiquement correct. Les gens, qui étaient cantonnés à un style de discours convenu, trouvent cette nouvelle façon de parler attrayante. Ils ont face à eux quelqu’un qui brise les tabous.

En outre, aux États-Unis, il y a un décalage entre les élites urbaines privilégiées des grandes villes et les classes moyennes fragilisées. Ces dernières ne supportent plus le soutien accordé aux privilégiés qui ne travaillent pas, critiquent l’État, pendant qu’eux, certes dans une situation précaire, font des efforts, respectent les coutumes, la loi etc. Un ras-le-bol des gens qui mènent leur vie aux dépens de l’État alors qu’après tout, c’est cette classe moyenne qui paye les impôts et qui le soutiennent.

Qu’est-ce qui, dans ce contexte, séduit dans le discours populiste ?

Magalie Balent : Les partis populistes ont un discours qui apparaît plutôt protecteur, qui prône le rétablissement des frontières, la priorité nationale et qui envisage de traiter différemment les populations de souche, et celles qui ne le sont pas. C’est donc un discours qui séduit. Il préconise un retour aux valeurs traditionnelles dans une société qui a peur de voir son visage se modifier et ses racines disparaître.

Il ne faut pas oublier que les partis populistes renvoient à l’idée trouver des boucs émissaires. L'idée est de trouver d’autres responsables que le peuple lui-même : les banquiers, les élites, les populations immigrées, etc. Les leaders populistes cherchent à disculper les classes populaires et à leur montrer que le problème vient d’ailleurs. Il permet de rejeter la responsabilité de leurs difficultés sur d’autres populations ou catégories sociales.

Les populations se sentent loin et surtout incomprises des politiques. Les discours populistes ont pour objectif de défendre le peuple contre les élites en considérant qu’il y a un fossé entre ces deux groupes de la société. Ils ont toujours tendance à rejeter les difficultés que rencontrent les classes populaires sur les élites.

Adeline Joffres : Nous sommes aujourd’hui à l’ère de la communication. Bien évidemment les techniques des populistes ont changé et ils sont devenus beaucoup plus visibles qu'avant. Leur discours dans le fond ne change que très peu, mais les leaders populistes sont de vrais showman médiatiques. Les médias jouent un rôle également dans la communication des idées. Et une des notions centrales du populisme est qu'il y a un rapport direct au peuple. Le leader est à la fois un chef que nous admirons et une personne qui nous est proche et qui pourrait être notre frère, un membre de notre famille qui comprend nos difficultés et qui nous veut du bien. C’est une sorte de tropisme psychologique qui intervient dans le processus du populisme. D’un côté nous avons un leader que l'on considère pour ses qualités supposées extraordinaires. Et d‘un autre côté on peut se dire que cet homme là est aussi normal que nous. C’est la raison pour laquelle il semble nous comprendre et incarner nos demandes.

Leur discours touche également les populations qui ont besoin de se sentir exister. Par exemple, au Venezuela, Chavez a gagné en 1998 alors que rien ne l'y prédisposait. Il a réussi à renverser une partie de l’appareil politique qui régnait sur le pays depuis une décennie en mobilisant toute une partie de la population qui politiquement n’existait pas. Son discours, qu’on retrouve chez tous les populistes, est aussi celui d'un homme qui veut reconstruire une nation. C’est un élément central du discours populiste. L’aspect psychologique est donc très important : on se sent considéré et incarné par ce leader populiste.

C’est aussi la raison pour laquelle le populisme, de manière générale, est conçu comme quelque chose de très temporaire. Nous pourrions le comparer à un volcan qui d’un coup se réveille et explose. Ils sont attachés à un contexte spécifique de crise : en période de crise les gens se réfugient là où ils se sentent protéger. Ils suivent les personnes qui les mettent en confiance et leur redonnent l’espoir.

Pour reprendre la métaphore du volcan, il y a à la base de la construction de l’idée populiste, une crise, qui peut être de différentes natures, mais qui fait qu’une partie de la population ne se sent plus comprise. Ensuite la rhétorique est très souvent la même. Celle de la création d’un nouvel homme national et de la négation de la politique politicienne. Les populistes se représentent souvent comme des candidats hors-système. 

Si le mécanisme de création du populisme et le sentiment général d’incompréhension des populations sont les mêmes à l’échelle mondiale, y-a-t-il des spécificités dans chaque région du monde ?

Adeline Joffres : En ce qui concerne l’Amérique latine, c’est un peu plus particulier dans la mesure où il y a un terreau historique. Lorsque nous parlons du concept du populisme, en Europe, en Russie ou aux Etats-Unis, nous faisons référence à des passages furtifs dans l’histoire de ces pays, qui sont presque toujours liés à un moment de crise intense. Lorsque nous parlons de populisme, nous faisons référence à des partis qui mettent en danger la démocratie. Le concept à été beaucoup galvaudé et est passé aujourd’hui dans le vocabulaire courant. Journalistes et politiques s’en sont emparés pour disqualifier l’autre. Peu à peu, le terme de populiste est devenu une insulte. L’Amérique latine a un terrain historique beaucoup plus favorable et structurant que les autre pays.

Dans l’expérience vénézuélienne nous voyons vraiment que ce type de leadership politique s’est construit et consolidé depuis les indépendances latino-américaines. Il est ancré dans cette culture politique. Il y a eu des soubresauts dans l’Histoire. Le plus récent que nous avons en tête est celui de Chavez fin des années 90, mais je ne pense pas que ces populismes soient différents des populismes historiques.

Steven Ekovich : Nous sommes en ce moment dans une période de pré-primaire aux États-Unis et nous observons en effet que ce sont les outsiders qui n’ont pas de parcours ou d’expérience politique qui pour l’instant mènent la barque. Mais cela commence à s’effriter. Il n’y a pas vraiment de parti populaire aux États-Unis, c’est un challenge au sein même du Parti républicain et au sein du Parti démocrate. Au sein du Parti démocrate, on observe le challenge de "l’extrême gauche", où il y a tout de même très peu de non-libéraux. Les gens de gauche du Parti démocrate, qui touchent un peu au socialisme, ceux qu’on appelle sociaux-démocrates, représentent un attrait pour certains qui veulent défier les élites modérées. A droite on retrouve la même situation avec Donald Trump et Ben Carson, les deux "non-politiciens", qui sont en train de défier "l’Establishment républicain". C’est un genre de révolte. Cela à bien sur un lien avec la précarité, le chômage et plus globalement la mauvaise situation économique. Aux États-Unis, c’est aussi une certaine conception de la place du pays dans le monde qui dérange un certain nombre d’Américains. Beaucoup d’entre-eux se voient comme une grande puissance. Par conséquent, lorsqu’ils se sentent humiliés, que ça soit par Poutine ou le terrorisme, cela les dérange. A ce moment-là, soit ils se détachent davantage du monde, soit ils s’affirment d’une manière plus forte. La politique d’Obama est mise en question des deux côtés de toute façon. Elle est l’expression d’un mécontentement sur la politique étrangère des États-Unis et l’image que le pays renvoie.

Les politiques tirent-ils vraiment parti des critiques faites aux gouvernements actuels ?

Steven Ekovich : Aux États-Unis, non. Il y a seulement des factions au sein des deux grands partis. Des tendances. Je crois qu’en fin de compte, l’Establishment va s’imposer. Les institutions sont difficiles à faire bouger aux États-Unis. Elles sont par définition conservatrices. Le système ne sera pas paralysé. Mais c’est tout de même une expression forte du mécontentement profond et une critique du travail des élites politiques, économiques, intellectuelles et médiatiques. Les sociétés évoluent et se modifient lentement, en profondeur. A un moment ou à un autre, il y a une tendance politique ou sociale qui exprime ce mouvement de fond. Mais ce n’est pas cette expression même qui change la société.

C’est ce qui se passe aux États-Unis, mais aussi ailleurs. Un événement est significatif du changement qui est en train de s’opérer. Tout d’un coup, il y a cet événement, un personnage, un parti, qui exprime d’une façon éclatante ce qui se passait depuis plusieurs années déjà.

Les médias ont beaucoup moins d’influence aux États-Unis qu’on ne le pense. Les idées politiques ainsi que les identités culturelles sont ancrées et se forment à un jeune âge, au sein des familles et des communautés. Quand il y a un affrontement entre cette foi culturelle et les médias il y a toujours un rejet des médias. Aux États-Unis les médias engagés voient leurs audiences progresser régulièrement. Même si dans l’ensemble, tous s’estiment modérés. Il ne faut pas perdre de vue que les États-Unis est un pays foncièrement libéral.

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poil à gratter
- 13/12/2015 - 11:04
Et si
Et si le populisme définit de façon si condescendante et péjorative par "ceux qui savent tant", n'était que du bon sens...?? On peut comprendre alors que ce bon sens qui leur manque tant soit si mal vu de leur part!!!
Aldebaran45
- 13/12/2015 - 04:49
Bouc émissaire
J'ai arrêté de lire en arrivant au mot "bouc émissaire". Un peu de fraîcheur dans l'analyse ne ferait pas de mal...
pratclif
- 12/12/2015 - 17:50
En colère
Le peuple est en colère! le peuple souffre: chômage massif, matraquage fiscal, inégalités croissantes, ceux qui ont un emploi à vie, ceux qui ont peur d'être licenciés pour permettre la compétitivité export et pour respecter les critères de Masstricht, ceux qui ont moins de 60% du salaire médian, ceux qui sont au smic, ceux qui paient 40% de leur salaire pour se loger, ceux qui sont au chômage à vie.... Alors nos politiques qui sont là depuis 30 ans, c'est cela le résultat de votre action? Ceux qui s'adressent au peuple pour dénoncer tout cela et dire qu'ils veulent y remédier, sont des POPULISTES. Si vous votez pour eux, votre vote ne sera pas pris en compte. Sachez le avant de voter.