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Pourquoi il faut remettre au goût du jour le tirage au sort en politique
Publié le 16 janvier 2012
Jadis pilier de la démocratie et de la pratique républicaine, le tirage au sort est tombé en désuétude. Pourtant, le réintroduire dans nos sociétés pourrait dynamiser la pratique politique.
Docteur d’Etat en 1982, Gil Delannoi est chercheur au CEVIPOF, Centre de recherches politiques de Sciences Po, depuis 1982. 
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Jadis pilier de la démocratie et de la pratique républicaine, le tirage au sort est tombé en désuétude. Pourtant, le réintroduire dans nos sociétés pourrait dynamiser la pratique politique.

Pour désigner une personne ou attribuer un bien, les moyens pratiques ne sont pas illimités. Les principaux sont : le vote, l’hérédité, l’offre et la demande, la nomination hiérarchique et… le tirage au sort. Les quatre premiers sont courants aujourd’hui, puisque nos sociétés fonctionnent sur la base d’élections, de la transmission héréditaire du patrimoine, du marché et du recrutement bureaucratique. Pourquoi l’oubli du tirage au sort ? On savait pourtant dès l’antiquité et encore à la Renaissance qu’il pouvait jouer un rôle aussi important que les autres procédures. Le tirage au sort était l’un des piliers de la démocratie et une composante de la pratique républicaine à la renaissance. Et comme ses avantages et ses inconvénients sont différents de ceux des autres procédures, pourquoi s’en priver ?

Les dernières décennies ont vu un timide mais évident retour du tirage au sort. D’une part, dans la théorie politique. De l’autre, dans certaines expériences. Pour faire court, les plus connues sont la sélection d’échantillon de citoyens dans la « démocratie participative » ou « délibérative ». Mais les usages réels et potentiels vont bien au-delà de cet exemple phare. Les exemples potentiels ne se limitent pas à la politique générale. Le tirage au sort peut être combiné avec d’autres procédures et dans d’autres domaines : jurys judiciaires (c’est déjà en partie le cas en France), gouvernements locaux, assemblées, bureaucraties, syndicats, associations, entreprises, marchés.

On ne peut détailler ici ses avantages et ses inconvénients. Contentons-nous de remarquer que, en parallèle aux autres procédures, ses avantages existent. Mais comment et avec quelle volonté les mettre en pratique ?

Ma réponse est la suivante. Mépriser le tirage au sort comme procédure est signe d’arrogance intellectuelle, de paresse politique et de manque d’imagination. L’avenir du tirage au sort, s’il existe, passera par l’expérimentation locale, limitée, variée. Aujourd’hui, deux lignes d’argumentation, par leur fréquence et leur extension, se partagent l’essentiel de l’argumentation : l’une est minimale, l’autre maximale. Selon la ligne minimale, le tirage au sort doit être employé dans les cas où, en dépit de ses défauts, il est moins mauvais que les autres options. Selon la ligne maximale, le tirage est présenté comme l’ultime moyen de radicaliser la démocratie et de démocratiser la société.

Je propose une voie intermédiaire. Au minimalisme on doit répondre que l’on peut essayer le tirage au sort même quand il est équivalent en inconvénients et avantages aux autres procédures, puisque ces qualités et défauts sont équivalents mais pas identiques. Au maximalisme on peut répondre que l’expérimentation sera plus acceptable et plus efficace en étant prudente et progressive plutôt que radicale et brutale. Je suggère de distinguer deux approches. L’une, libérale, républicaine quand on vise l’impartialité, la neutralité, la lutte contre l’abus de pouvoir. L’autre, démocratique, quand on vise l’égalité, la participation, l’autogouvernement. Par sa mécanique, le tirage au sort est toujours égalitaire et impartial, mais selon son niveau de référence, selon le cadre englobant, l’usage devient autant élitiste que démocratique s’il est appliqué dans des groupes restreints, présélectionnés.

En résumé, le tirage au sort peut être démocratique, républicain, libéral, mais aussi élitiste ou démagogique. Il peut servir des fins de consultation, de délibération, d’exécution, d’allocation. Le tirage au sort sera méritocratique s’il s’applique à une population restreinte et préalablement étroitement qualifiée. Il sera démocratique quand il s’applique à tous ou presque. Son usage, de plus, peut être exclusif ou hybride. Ces distinctions nécessaires n’empêchent pas de résumer les effets et les fins du tirage au sort par la devise : impartialité, égalité, sérénité.

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HR
- 16/01/2012 - 16:44
Démocratie? mais de quoi il parle?
Et pendant ce temps , en France, par exemple, on n'a toujours pas le droit d'élire directement: le maire, le conseiller municipal, le sénateur, le président de la Région, les conseillers de la région, le député européen.
Et Sciences Po, qui fabrique la Noblesse d'Etat moderne, les hauts fonctionnaires énarques et autres magistrats vient de l'Ordre des Clercs donner une leçon de démocratie!
HR
- 16/01/2012 - 16:38
Démocratie? mais de quoi il parle?
En période de crise, les ennemis de la démocratie moderne se sentent naturellement pousser des ailes.
zelectron
- 16/01/2012 - 15:32
démocratie mixte directe/indirecte, clérocratie, stochrastie
A l'instar du mode de tirage au sort des jurés populaires en correctionnelle, en placer un certain nombre aux cotés de certaines catégories d'élus éviterait qu'ils commettent des "erreurs" voire leur donner des conseils pour l’exécution de leur mandat à raison d'une ou deux fis par semaine et puis les faire placer en garde à vue en cas d'abus (à la majorité) en attendant mieux (confiscation?)