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L’Arabie saoudite est confrontée au manque d'eau.
© Reuters
L’Arabie saoudite est confrontée au manque d'eau.
A sec

Et maintenant, l’Arabie saoudite confrontée à la disparition de son agriculture pour avoir abusé de ses ressources en eau

Publié le 13 novembre 2015
Surconsommation de sa population par rapport à la moyenne mondiale, expansion démographique, cultures ultra-intensives en plein désert.... Du fait de son manque d'eau, le royaume sunnite devra principalement compter sur les importations de blé en 2016 pour se nourrir.
David Rigoulet-Roze est chercheur rattaché à l'Institut français d'analyse stratégique (IFAS) et rédacteur en chef de la revue Orients Stratégiques (L'Harmattan).
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Surconsommation de sa population par rapport à la moyenne mondiale, expansion démographique, cultures ultra-intensives en plein désert.... Du fait de son manque d'eau, le royaume sunnite devra principalement compter sur les importations de blé en 2016 pour se nourrir.

Atlantico : L'Arabie saoudite était célèbre pour ses fermes de blé circulaires autant que pour ses gisements de  pétrole. Aujourd'hui, les dernières fermes de blé ont tout simplement disparu pour sauver les aquifères qui les alimentent. Le royaume manque d'eau. Quelles sont les conséquences directes de cette pénurie pour le pays ?

David Rigoulet-Roze : L’Arabie saoudite qui est l’un des pays les plus arides de la planète - couvert largement par le grand désert du Rub al Khali, qualifié d’Empty Quarter ("Quart Vide") par les Britanniques - manque d’eau. Ce n’est en soi pas surprenant. Le royaume des sables ne possède d’ailleurs aucun cours d’eau permanent naturel, mais des wadis qui se présentent comme des cours d’eau intermittents s’écoulant après des épisodes de pluie qui ne sont pas inexistants. C’est ce régime des wadis qui dévalent des pentes des djebels (terme génériquement traduit par "montagnes" mais qui désigne en réalité, géographiquement parlant, plutôt des cuestas, c’est-à-dire des plateaux bordés de grands escarpements) du Hedjaz vers l’Est pour déboucher sur le littoral du Golfe. C’est ce qui est à l’origine des oasis qui parsèment le désert Arabique, dont celle de Houfouf située dans la province orientale du royaume et qui se trouve constitué de l’une des plus grande oasis de la péninsule, voire du monde avec quelque trois millions de palmiers dattiers plantés (1). La capitale du royaume elle-même, Riyad ("Les jardins" en arabe), située en contrebas du Djebel Tuwaiq ("Montagne de la petite guirlande"), est à l’origine une oasis, tout comme la ville sainte de La Mecque.

Il demeure néanmoins que, du fait de conditions climatiques fondamentalement marquées par l’aridité, les eaux de surface ne représentent qu’un apport hydrique considérablement limité. Et tout particulièrement à l’intérieur de la péninsule où la pluie est rare, voire quasi-inexistante, Entre deux averses peuvent s’écouler parfois plusieurs années au point que les Bédouins appellent la pluie "la miséricorde d’Allah". Et on peut d’ailleurs rappeler qu’avant la découverte de l’"Or noir" au début des années 30, le roi fondateur Ibn Saoud avait noué ses premiers contacts avec les Américains en ayant le secret espoir que les forages pétroliers entrepris permissent justement de trouver de l’eau dans les zones désertiques qu’il souhaitait précisément développer. C’est l’"Or noir" qui lui permettra plus tard de financer les aménagements destinés à se procurer ce qui est le plus précieux dans la culture bédouine, à savoir l’"Or bleu". Le royaume allait ainsi construire un nombre considérable de retenues d’eau (plus de 200 barrages déjà en activité dans les années 2000), afin de pouvoir conserver dans de bonnes conditions les eaux de pluie et d’essayer de ralentir la surconsommation des nappes phréatiques (2). Car l’épuisement des nappes phréatiques, y compris des nappes phréatiques fossiles - c’est-à-dire celles qui ne sont pas renouvelables à court terme puisqu’elles se sont constituées avant l’apparition de l’Homme -, est désormais arrivé à un stade critique.

L’Arabie est donc de plus en plus en situation de "stress hydrique". Et le royaume l’est d’autant plus que la demande d’eau - denrée déjà rare - ne fait qu’augmenter avec la croissance démographique d’un pays qui approche les 30 millions d’habitants et, last but not least, dont le mode de vie n’est absolument plus "économe" comme y étaient contraints leurs ancêtres. Ainsi, la consommation d’eau domestique quotidienne y serait en moyenne deux fois supérieure à la moyenne mondiale : chaque habitant du royaume consommerait 265 litres d’eau (contre 150 litres en moyenne pour un Français à titre de comparaison), soit deux fois plus que la moyenne mondiale (3). Selon le ministre de l’eau et de l’électricité, Abdullah Al-Hussayen (4), cette consommation s’élèverait même à 300 litres à Djeddah, deuxième ville du pays avec quelque 4 millions d’habitants et située sur les bords de la mer Rouge - où le "jet d’eau du roi Fahd", haut de 312 mètres, soit le plus haut du monde, fait figure d’emblème de la ville -, et jusqu’à 350 litres dans la capitale Riyad peuplée de près de 5 millions d’habitants.

Une situation d’autant plus alarmante que l’augmentation de cette consommation d’eau croît trois à quatre fois plus vite (+ 7,5 %) que celle la population (5). Par sa consommation d’eau par capita, l’Arabie saoudite figurait ainsi, en 2004, au premier rang mondial (6). Et comme si cela ne suffisait pas, du fait de la dégradation du réseau, le volume des pertes selon des estimations - en l’absence de données précises, car il n’y a pas de compteurs d’eau en Arabie -, serait d’environ 20 % (7), mais dans certaines régions, il atteindrait plus de 50 % (8). C’est ce que l’on qualifie techniquement de Non Revenue Water (NRW) pour caractériser les pertes anormales d’eau dans le réseau de distribution faute d’avoir réalisé les investissements requis ces dernières décennies, une situation d’autant plus paradoxale pour un pays dont les ressources en eau s’amenuisent et se situent  d’ores et déjà en deçà de 250 m3 d’eau par habitant et par an (9). D’où l’enjeu devenu évidemment stratégique d’un investissement accru dans le réseau d’eau pour développer une gestion durable de cette denrée aussi vitale que rare. On est loin de la période flamboyante des années 70 où le prince Muhammad Al Faysal, alors gouverneur de la Saline Water Corporation de Djedda - et frère de feu Saoud Al Faysal, ancien ministre des Affaires étrangères et Turki Al Faysal, ancien chef des services secrets saoudiens - rêvait de tracter des icebergs pour alimenter les besoins en eau du royaume (10).

En 2025, la demande devrait augmenter et l'Arabie saoudite devenir l'un des 10 plus grands acheteurs de blé dans le monde. L'Arabie saoudite devient donc un nouveau marché d'importation de blé. Quelles sont les conséquences économiques et géopolitiques à l'échelle mondiale ?

C’est pour assurer la sécurité de l’alimentation en eau de sa population que l’Arabie saoudite s’est vue récemment contrainte de réformer son agriculture fondée sur un modèle ultra-intensif et donc peu économe dans son utilisation des ressources hydriques puisqu’elle consomme à elle seule plus de 80 % de l’eau du Royaume, alors qu’elle ne fournit pratiquement que 20 % de son alimentation (11). Le royaume a récemment été contraint d’abandonner son rêve de se présenter comme une grande puissance agricole après avoir pourtant assuré un temps son autosuffisance alimentaire, notamment en matière céréalière. Cette politique ambitieuse avait été initiée au début des années 70 et amplifiée par feu le roi Abdallah lorsqu’il n’était encore que prince héritier dans les années 80. En trois moins de trois décennies, entre 1971 et 2000, la surface agricole utile était ainsi passée de 0,4 à 1,6 million d’hectares, les terres cultivables se trouvant concentrées dans les provinces centrales du Haïl et du Qassim, au nord de Riyad, et dans les provinces méridionales du Sud-Ouest celles du Jizan et de Najran (12).

Et selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l'agriculture (FAO), en 1995, la production de blé (qui représentait alors 2,5 millions de tonnes) dépassait alors largement la demande intérieure (s’élevant à 1,8 million de tonnes) (13). Le royaume était même devenu exportateur de blé, même si son coût de revient était quatre fois supérieur aux cours mondiaux et par trop dispendieux en termes d’utilisation des ressources aquifères. Ainsi au début des années 90, la production avait déjà été divisée par quatre en raison du déficit hydrique et la tendance s’était par la suite confirmée. L'autosuffisance acquise en une décennie n’aura donc été qu’éphémère (14). A partir de la crise alimentaire de 2008 qui avaient fait exploser les prix des cours mondiaux et le coût induit par les achats massifs effectués alors par Riyad pour pallier tout risque de crise alimentaire à court terme, Riyad s’était toutefois résolue à renoncer à long terme à son projet de produire la totalité du blé dont la trentaine de millions de Saoudiens et résidents étrangers ont annuellement besoin pour se nourrir, en baissant de 12,5 % la production céréalière nationale (15). "L’Arabie Saoudite a décidé de ne plus avoir du tout de production locale de blé d’ici 2016, explique Sébastien Abis, analyste au Centre international de hautes études agronomiques méditerranéennes (CIHEAM). Cela signifie que le royaume dépendra alors entièrement des importations pour cette céréale. Du coup, le pays va être rapidement contraint d’acheter entre 5 et 6 millions de tonnes de blé dans les années à venir" (16).

L’abandon de l’autosuffisance en blé constituait déjà un premier signe de la prise en compte de cette situation de stress hydrique. "Ce n’était pas un problème d’argent, mais bien de préservation de la ressource", avait déclaré dans une interview à Reuters, Abdullah al-Obaid, le vice-ministre de l’agriculture (17). Quand bien même les prix seraient élevés sur les marchés mondiaux, l’importation de céréales resterait toujours préférable à l’exploitation inconsidérée des ressources locales d’eau. De fait, quelque 80 % des produits alimentaires sont désormais importés (18). La part restante sort néanmoins encore d’unités de production géantes, copiées sur les méga-installations américaines. A l’image de l’établissement de ferme Al Safi ("Le pur") qui abrite plus de 37.000 vaches laitières Holstein, importées des Pays-Bas. Exploitée en partenariat avec Danone, cette ferme-modèle produit le tiers des produits laitiers consommés dans le royaume. Et encore aujourd’hui d’immenses zones de cultures irriguées sont visibles depuis le ciel en plein désert - ces fameux green circles ("cercles verts") -, des espaces cultivés afin de produire les fourrages destinés à nourrir les vaches entassées dans des entrepôts initialement situés à proximité. Les nappes phréatiques étant généralement peu profondes, l’irrigation était techniquement parlant relativement aisée. Mais après des années de gaspillage, l’eau est devenue de plus en rare. Et les champs ont dû être déplacés à plusieurs centaines de kilomètres. Pour alimenter le complexe d’Al Safi, il faut désormais forer à plus de 2.000 mètres de profondeur pour trouver de l’eau ce qui n’est clairement plus rentable (19). Le devenir économique de telles installations sera sûrement similaire à celui de la production intensive de blé, même si le renoncement à ce type d’installations serait symboliquement douloureux pour le royaume. Signe des temps, en juillet 2001, a été créé un Ministère de l’eau (20), lequel par la suite a récupéré et centralisé les responsabilités en matière d’eau potable et d’assainissement, jusque-là partagées de manière inefficace entre le Ministère de l’agriculture et de l’eau et le Ministère des affaires municipales et rurales (21).

Comment le royaume va-t-il faire face à la fin de sa politique d'autosuffisance ?

C’est en prenant en compte ces nouvelles réalités que le royaume développe depuis quelques années une politique de Land grabbing, c’est-à-dire d’achat de terres à l’étranger pour assurer sa sécurité alimentaire, une sorte d’"autosuffisance alimentaire délocalisée" (22). Une stratégie développée à partir de 2008 sous l’impulsion de feu le roi Abdallah en incitant les investissements saoudiens à l’étranger. Les autorités saoudiennes ont ainsi décidé de soutenir les groupes alimentaires saoudiens intéressés par la démarche. Un fonds de 600 millions de dollars (458 millions d’euros) a été constitué et porté, en avril 2009, à 800 millions (611 millions d'euros) (23). Des prospections ont commencé d’abord tournées prioritairement vers l’Afrique, compte tenu de sa proximité géographique avec le royaume, mais aussi parfois religieuse quand il s’agit de pays musulmans. Ainsi d’une entreprise du Haïl, Hadco, qui, après avoir cessé la production de blé, loue désormais des milliers d’hectares de terres arables au Soudan (son objectif serait d’en cultiver 40.000 hectares). Le fameux groupe Saudi Bin Laden, quant à lui plutôt spécialisé dans les travaux publics, s’est néanmoins engagé en Asie à la tête d’un consortium, avec l’ambition de pouvoir gérer, à terme, quelque 500.000 hectares de rizières en Indonésie - plus grand pays musulman du monde -, dans le cadre d’un  projet agricole de 1,6 million d’hectares comprenant la production d’agro-carburant (24).

En dehors de l’agriculture, c’est évidemment la question préexistante de l’alimentation en eau domestique qui est posée. C’est la raison pour laquelle le royaume a développé une stratégie de dessalement de l’eau de mer. Près de la moitié de l’eau consommée aujourd’hui provient des usines de dessalement, contre 40 % qui sont pompées dans les nappes et 10 % dans les eaux de surface (25). Avec ses 30 usines de dessalement d’eau de mer, produisant 45 % de son eau à usage domestique et urbain et les quelque 5.000 kilomètres de pipelines pour alimenter les principaux centres urbains du royaume, l’Arabie Saoudite est devenu le plus grand producteur et distributeur d’eau par dessalement au monde depuis les années 2000. Sa part dans la production mondiale d’eau dessalée se situait à 17,4 %, plaçant le Royaume devant les États-Unis (16,2 %) et devant un autre acteur majeur du Golfe que sont les Émirats Arabes Unis (14,66 %). Dans un cercle plus restreint, celui du Conseil de Coopération du Golfe (CCG), la part de l’Arabie Saoudite atteignait 45,5 % de la production régionale d’eau dessalée, plaçant également le pays devant les Émirats Arabes Unis (38,15 %) (26). Pour répondre à l’explosion de la demande, un doublement de la capacité de dessalement est prévu pour un budget de 70 milliards de dollars. L’eau souterraine et fossile, qui doit également être traitée et dessalée, est prélevée des gisements qui ne se remplissent plus, à des profondeurs pouvant aller jusqu’à 2.400 mètres (27).

Problème, le dessalement est à la fois cher et très énergivore. Selon l’AIE (Agence internationale de l’énergie), le tiers de l’énergie primaire consommée en Arabie saoudite sert désormais à dessaler l’eau de mer. A l’horizon 2030, pourrait ainsi utiliser plusieurs millions de tonnes équivalant pétrole (TEP) par an pour faire tourner ses usines. Autant de pétro-dollars en moins dans les caisses de l’Etat. Sans parler du fait que cela constitue une importante source d’émission de gaz à effet de serre qui devient un sujet de préoccupation majeure dans le cadre des négociations internationales sur le changement climatique. La quadrature du cercle en somme. Ce sont ces deux raisons pour lesquelles la plupart le royaume réfléchit aujourd’hui, dans le cadre de la King Abdallah City for Atomic and Renewable Energy (KA-CARE) (28), opérationnelle depuis 2010, à des projets de diversification énergétiques couplant centrales solaires, mais surtout réacteurs nucléaires civils.



  • (1) L’eau s’échappe d’une cinquantaine de sources et de puits artésiens, d’où elle se répartit par gravité à travers la palmeraie (sayh en arabe). L’Arabie saoudite demeure encore aujourd’hui un des premiers producteurs mondiaux de dattes qui constituaient avant la découverte du pétrole la principale ressource financière du royaume avec la taxe du pèlerinage.
  • (2) Cf. Franck Galland, "Arabie saoudite : quand l’eau signifie opportunité", in Revue Capmena, mars 2010  (voir ici).
  • (3) Cf. Benoît Thévard, "L'Arabie Saoudite dans la tourmente !", on blog Avenir sans pétrole, 30 septembre 2013 (voir ici).
  • (4) Cf. Deema Almashabi, "Saudi Minister Warns of Wasting Water Amid Supply Fears", on BloombergBusiness, 8 avril 2015 (voir ici).
  • (5) Cf. Abdel Aziz Aluwaisheg, "Runaway water consumption alarming for Saudi Arabia", on Arabnews.com, 5 août 2013 (voir ici).
  • (6) Cf. Franck Galland, "Arabie saoudite : quand l’eau signifie opportunité", in Revue Capmena, mars 2010  (voir ici).
  • (7) Cf. Valéry Laramée de Tannenberg, "L’Arabie, le pays où l’eau est plus chère que l’or noir", in Journal de l’environnement, 13 septembre 2011 (voir ici).
  • (8) Cf. Benoît Thévard, "L'Arabie Saoudite dans la tourmente !", on blog Avenir sans pétrole, 30 septembre 2013 (voir ici).
  • (9) Cf. Franck Galland, "Arabie saoudite : quand l’eau signifie opportunité", in Revue Capmena, mars 2010  (voir ici).
  • (10) Au cours des années 70, il étudia très sérieusement ce projet au sein d’une entreprise créée pour l’occasion, Iceberg Transport International.
  • (11) Cf. Benoît Thévard, "L'Arabie Saoudite dans la tourmente !", on blog Avenir sans pétrole, 30 septembre 2013 (voir ici).
  • (12) Cf. Gilles Paris, "L’Arabie saoudite vise une autosuffisance alimentaire délocalisée", in Le Monde, 17 avril 2009 (voir ici).
  • (13) Cf. Ibidem.
  • (14) Cf. Benoît Thévard, "L'Arabie Saoudite dans la tourmente !", on blog Avenir sans pétrole, 30 septembre 2013 (voir ici).

  • (15) Cf. Javier Blas, "Saudi Wells Running Dry - of Water - Spell End of Desert Wheat", on BloombergBusiness,  4novembre 2015 (voir ici).

  • (16) Cf. Yassine Khiri, "Qatar : la sécurité alimentaire comme instrument de puissance", on lexpress.fr, 19 août 2013 (voir ici).
  • (17) Cf. Valéry Laramée de Tannenberg, "L’Arabie, le pays où l’eau est plus chère que l’or noir", in Journal de l’environnement, 13 septembre 2011 (voir ici).
  • (18) Cf. Ibidem.
  • (19) Cf. Valéry Laramée de Tannenberg, "L’Arabie, le pays où l’eau est plus chère que l’or noir", in Journal de l’environnement, 13 septembre 2011 (voir ici).
  • (20) En 2003, le Ministère de l’Eau s’est vu adjoindre la compétence de l’électricité, et est devenu Ministry of Water and Electricity (MOWE).
  • (21) Cf. Franck Galland, "Arabie saoudite : quand l’eau signifie opportunité", in Revue Capmena, mars 2010 (voir ici).
  • (22) Cf. Gilles Paris, "L’Arabie saoudite vise une autosuffisance alimentaire délocalisée", in Le Monde, 17 avril 2009 (voir ici).
  • (23) Cf. Ibidem.
  • (24) Cf. Gilles Paris, "L’Arabie saoudite vise une autosuffisance alimentaire délocalisée", in Le Monde, 17 avril 2009 (voir ici).
  • (25) Cf. Valéry Laramée de Tannenberg, "L’Arabie, le pays où l’eau est plus chère que l’or noir", in Journal de l’environnement, 13 septembre 2011 (voir ici).
  • (26) Cf. Franck Galland, "Arabie saoudite : quand l’eau signifie opportunité", in Revue Capmena, mars 2010  (voir ici).
  • (27) Cf. Benoît Thévard, "L'Arabie Saoudite dans la tourmente !", on blog Avenir sans pétrole, 30 septembre 2013 (voir ici).

 

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jurgio
- 10/11/2015 - 21:19
Pas grave en effet
On trouvera chez nous toujours un peu de place pour accueillir des déclassés.
lasenorita
- 10/11/2015 - 10:44
Arabie Saoudite.
Les muzz doivent se débrouiller et surtout NE PAS VENIR CHEZ nous....ils n'ont qu'à le boire leur pétrole!....Les non-musulmans n'ont aucun droit dans les ''riches'' pays musulmans, mais les muzz peuvent TOUT acheter dans notre pays!....avec les muzz le principe de réciprocité n'existe pas!...
Jardinier
- 09/11/2015 - 19:55
Le rapport à la natalité est total.
Et ne concerne pas que l'eau, mais aussi les ressources monétaires issues du pétrole, qui fondent à une vitesse inquiétante suite à la distribution d'aides sociales généreuses qui se justifie pour un petit nombre mais deviennent dévastatrices lorsque la population croit exponentiellement. La réalité rattrape ce pays, sans capacités productive. Ils achètent de la terre dans les pays pauvres, au soudan selon l'article, ce qui deviendra rapidement moralement insupportable. Je trouve leur avenir lointain assez sombre. J'avais lu un article qui comparait les performances économiques des pays non industrialisés en fonction de s'ils étaient producteur de pétrole ou pas. Quasi systématiquement, les producteurs de pétrole s'en sortaient plus mal. Plus que les femmes, ce sont aux hommes de ces pays qui détiennent la totalité du pouvoir, d'agir. Mais ils ne le feront pas, ils laisseront la situation pourrir, et nous nous retrouveront après la manne pétrolière avec des dizaines de millions de crève la faim, prêts a déferler chez nous et à y répandre leur idéologie mortifère.