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© REUTERS/Ints Kalnins
Le ministère de la Santé a lancé une campagne anti-antibiotiques.
© REUTERS/Ints Kalnins
Le ministère de la Santé a lancé une campagne anti-antibiotiques.
Vieilles molécules

Campagne anti-antibiotiques du ministère de la Santé : des chercheurs contestent les fondements scientifiques de la résistance grandissante des bactéries

Publié le 16 octobre 2015
Le ministère de la Santé a récemment lancé une campagne anti-antibiotiques en s'appuyant essentiellement sur un rapport qui présente les antibiotiques comme responsables de la résistance des bactéries. Trois chercheurs démentent ce constat et publient une étude en ce sens.
Didier Raoult
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Didier Raoult, professeur de microbiologie à la faculté de médecine de Marseille, dirige le plus grand centre consacré aux maladies infectieuses, l'IHU Méditerranée Infection. Le professeur Raoult est un des microbiologistes les plus cités en Europe et...
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Le ministère de la Santé a récemment lancé une campagne anti-antibiotiques en s'appuyant essentiellement sur un rapport qui présente les antibiotiques comme responsables de la résistance des bactéries. Trois chercheurs démentent ce constat et publient une étude en ce sens.

Atlantico : Deux de vos collègues marseillais et vous-même avez récemment publié les résultats d'une étude tendant à démontrer que toute une partie du discours sur le rôle des antibiotiques dans l'augmentation de la résistance aux bactéries paraît largement infondé. Que montre votre étude ?

Professeur Didier Raoult : Nous avons mis en place en 2002 – au moment où j'avais été chargé de mission par le Ministère de la Santé sur les maladies infectieuses en général – un système de surveillance qui nous a permis de constituer une base de données unique en France. Depuis cette époque-là, sur l'ensemble du CHU de Marseille, nous détenons des données sur 450.000 bactéries. Depuis maintenant trois ans, nous avons étendu ceci dans un réseau sur la région PACA; Nous examinons une fois par semaine à peu près 80% des bactéries de la région.

Nous avons une surveillance des antibiogrammes de tous les CHU de Marseille : toutes les semaines on regarde tous les antibiogrammes de toutes les bactéries pour voir ce qu'il passe, s'il y a des mouvements de bactéries, si elles sont plus ou moins résistantes. Donc on a des données extraordinairement robustes. Ce sont des données d'observation, et pas du tout des données qui sont déduites.

 Et je peux vous dire qu'en 10 ans d'observation au CHU de Marseille, il n'y a eu qu'une seule fois où une bactérie s'est montrée résistante à tous les antibiotiques testés sur l'antibiogramme. Et de manière paradoxale, le malade a guéri tout seul, car cette bactérie a perdu beaucoup de sa virulence tout en étant résistante.

Il est possible qu'il y ait un certain nombre de morts qui soient dues au fait que les mauvais antibiotiques aient été utilisés au lieu de ceux qui étaient efficaces. Mais il est impossible d'imaginer qu'il y ait eu 14.000 morts dans ce pays (comme le prétendent les statistiques sur lesquelles se fonde le ministère) et que l'on ne s'en soit pas rendu compte à Marseille. Le rapport sur lequel se fonde cette campagne est un rapport qui n'a aucune crédibilité scientifique pour quelqu'un comme moi. C'est un rapport fait de déductions successives et qui n'est pas publié en tant que document scientifique. 

Pourquoi êtes-vous réservé sur l'idée qu'il y ait une augmentation de la mortalité liée aux bactéries résistantes ?

Le grand tueur bactérien, c'est le staphylocoque doré. Il était résistant chez nous à 37% il y a 10 ans et maintenant il ne l'est plus qu'à 13%. Et cela, c'est partout en France. Partout en France et partout en Europe, on voit diminuer la résistance du staphylocoque aux antibiotiques sans que l'on sache pourquoi.

Nous, nous faisons de la recherche et nous savons que les choses sont complexes. Il ne faut pas mélanger la recherche avec les stratégies politiques ou d'éducation. On s'est rendu compte qu'une partie très importante de l'épidémie de staphylocoques résistants et de colibacilles résistants était liée à une épidémie dans les élevages de porcs et de poules. Mais on ne savait pas il y a 10 ans que la source des infections humaines était les élevages. Ce sont des choses que l'on a apprises.

La partie de ce que l'on ignore est importante, mais il ne faut pas faire trop de spéculations déductives. Il faut observer pour voir s'il y a réellement quelque chose. Et quand on fait la balance entre les bactéries qui sont moins résistantes qu'il y a 10 ans et celles qui sont plus résistantes qu'il y a 10 ans, on trouve qu'il n'y a pas plus, dans l'ensemble, de bactéries résistantes.

Il n'y a donc aucune raison d'attribuer la résistance dans les hôpitaux à la prescription médicale des médecins généralistes. Et il n'y a pas plus de bactéries résistantes ni à Paris, ni à Marseille que ce qu'il y en a Lille, ou en Belgique ou en Allemagne.

Vos données d'observation sont régionales tandis que les conclusions du rapport qui est à l'origine de la campagne anti-antibiotiques menée par le Ministère de la Santé sont nationales. Vos divergences ne peuvent-elles pas s'expliquer ainsi ?

La résistance des bactéries, ça va et ça vient. Il y a des bactéries qui ne deviennent jamais résistantes, on ne sait pas pourquoi. Ce sont d'ailleurs les bactéries auxquelles on est confronté en médecine privée. Donc l'idée que la prescription des antibiotiques par les médecins généralistes augmenterait la résistance aux antibiotiques n'est pas réelle. Ce ne sont pas du tout ces bactéries-là qui deviennent résistantes.

Les bactéries vivent dans un écosystème dans lequel il y a des paramètres que l'on connaît bien et d'autres que l'on connaît mal. Parmi les paramètres que l'on connaît dans un écosystème très particulier comme l'hôpital par exemple, vous pouvez avoir une augmentation des résistances qui est due à l'utilisation d'un produit. Et quand vous n'utilisez plus ce produit, la résistance diminue. Parfois, la résistance diminue même sans que l'on sache pourquoi.

Je suis désagréablement surpris par cette espèce de "hit parade du meurtre". Cette surenchère permanente sur tout ce qui nous tue ou qui va nous tuer commence à être totalement déconnectée de la réalité. Je préconise que d'abord on garde son calme. Ensuite il faut modifier les recommandations pour les traitements antibiotiques et je pense qu'il faut abandonner ces prescriptions.

Au final, que pensez-vous de la prescription d'antibiotiques par les médecins de ville ?

On se rend compte que la préconisation de la prescription d'antibiotiques n'a pas toujours de fondement scientifique ni d'évidence. Les Anglais qui ont une santé publique très dynamique considèrent pour leur part que c'est souvent inefficace. Concernant le traitement des angines par les antibiotiques, je pense que ça n'est pas raisonnable. Ce traitement a été mis en place par des données qui n'ont jamais été validées et qui ont 50 ans. On ne doit traiter les angines ainsi que s'il y a des risques d'évolution vers des pathologies graves et non en fonction du fait qu'il s'agisse d'angines à streptocoques ou non.

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Commentaires (2)
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gayet.stephane@chru-strasbourg.fr
- 19/10/2015 - 15:15
Les antibiotiques en agro-alimentaire : l'omerta
Je suis tout à fait d'accord avec le fait que l'on stigmatise en les culpabilisant les médecins généralistes en matière de prescriptions antibiotiques, sans jamais parler ou presque des consommations massives et anarchiques d'antibiotiques dans l'industrie agro-alimentaire. Ces antibiotiques, administrés notamment à des porcs, des poulets et des poissons d'élevage, ont deux impacts. Le premier impact est qu'ils se retrouvent bien souvent sous forme encore active dans nos assiettes et se comportent alors comme des médicaments antibiotiques dans notre corps. Le second impact est qu'ils contribuent à sélectionner des bactéries résistantes aux antibiotiques chez les animaux d'élevage ; ces bactéries résistantes peuvent ensuite passer chez l'homme. Cette interview a le mérite de combattre le pseudo consensus scientifique selon lequel tous les problèmes viendraient des consommations d'antibiotiques en médecine. Merci pour ce pavé jeté dans la marre.
emem
- 10/10/2015 - 15:27
Bon exemple
Enfin une étude scientifique et non des affirmations hasardeuses visant à culpabiliser les médecins et les patients.