En direct
Best of
Best of du 4 au 10 mai 2019
En direct
© Reuters
Les pharmaciens forment un corps de métier allergique à la concurrence.
Monopoly
Il n'y a pas que les taxis : petit best of de ces marchés pourris que l'État a laissé s'enkyster en France
Publié le 01 juillet 2015
Des scènes d'émeutes, des chauffeurs de taxis qui vandalisent et retournent des véhicules UberPOP... La semaine dernière, la France s'est rendue compte de la puissante résistance qu'oppose le corporatisme dans le pays. Notaires, opticiens, pharmaciens : les exemples des corps de métier allergiques à toute concurrence sont pourtant nombreux.
Jean-Marc Vittori est un journaliste de presse économique, éditorialiste aux Échos. Il a précédemment été rédacteur en chef et journaliste dans d’autres ouvrages de presse économique : Challenges, L'Expansion, Le Nouvel Économiste.
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Francis Kramarz est économiste, spécialiste des questions d'emploi et du marché du travail.Professeur à l'école Polytechnique et l'ENSAE, il est également directeur du Centre de recherche en économie et statistique (CREST).
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Jean-Marc Vittori
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Jean-Marc Vittori est un journaliste de presse économique, éditorialiste aux Échos. Il a précédemment été rédacteur en chef et journaliste dans d’autres ouvrages de presse économique : Challenges, L'Expansion, Le Nouvel Économiste.
Voir la bio
Francis Kramarz
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Francis Kramarz est économiste, spécialiste des questions d'emploi et du marché du travail.Professeur à l'école Polytechnique et l'ENSAE, il est également directeur du Centre de recherche en économie et statistique (CREST).
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Des scènes d'émeutes, des chauffeurs de taxis qui vandalisent et retournent des véhicules UberPOP... La semaine dernière, la France s'est rendue compte de la puissante résistance qu'oppose le corporatisme dans le pays. Notaires, opticiens, pharmaciens : les exemples des corps de métier allergiques à toute concurrence sont pourtant nombreux.

Atlantico : Le secteur des licences de taxis n'est-il finalement qu'un marché noir que l'Etat a laissé se développer et dont on voit aujourd'hui les contradictions à l'occasion du conflit avec Uber ? Comment les choses se sont-elles concrètement passées ?

Jean-Marc Vittori : Le marché des licences de taxis n’est pas vraiment un marché noir, ce serait plutôt un marché gris. L’Etat ne l’a pas laissé se développer, il l’a créé, face à une profession très organisée… depuis des siècles. Les maîtres cochers, déjà, avaient obtenu des barrières à l’entrée de leur profession, pour protéger leur monopole. Ce système a été perpétué avec les licences, attribuées au compte-goutte par le gouvernement aux chauffeurs de taxi. Ce droit d’exercer dans une profession fermée a bien sûr une valeur, qui s’est élevée avec les revenus des chauffeurs. Devenues cessibles, ces licences sont devenues l’épargne retraite de leurs propriétaires. Pas étonnant qu’ils se révoltent contre tout ce qui en affaiblit la valeur !

Mais la technologie a tout changé. Il y a bien sûr la concurrence des plateformes comme Uber. Il y a aussi en amont l’invention du GPS. Car la protection accordée aux taxis venait non seulement d’un rapport de force qui leur était favorable, mais aussi de la qualité du service qu’eux seuls pouvaient assurer, car ils avaient passé un examen prouvant leur parfaite connaissance des rues de la ville. Une connaissance devenue parfaitement inutile.

Francis Kramarz : Nous en parlons dans notre livre, écrit avec Pierre Cahuc (Vers une Sécurité Sociale Professionnelle). Une décision de justice dans les années 60 a permis aux chauffeurs de taxi de revendre leurs licences. Depuis cette époque leur nombre a très peu évolué, créant la rareté et faisant donc monter le prix de cette licence. Les deux parties, Etat – le ministère de l’intérieur – et taxis – leurs représentants syndicaux, sont totalement responsables de la situation actuelle. Leur impéritie fut, et est, encore totale. Il aurait été simple d’augmenter le nombre de licences progressivement. Mais pour les taxis, il faut bien voir qu’en raison d’une retraite pitoyable, ils ont intérêt à voir croître le prix de la licence qui leur permet d’avoir des vieux jours plus tranquilles. Ainsi, ils ont toujours lutté contre toute hausse de ce nombre. Aujourd’hui nous atteignons la limite du système. La seule solution semble être de donner une licence (ou deux) gratuites à chaque titulaire d’une licence. 

Dans quels autres secteurs économiques l'Etat a-t-il laissé se développer une situation de non-concurrence et de non-droit similaire ?

Jean-Marc Vittori : Le rapport Armand-Rueff en avait dressé la liste… il y a plus d’un demi-siècle, en demandant que les verrous sautent. Les professions concernées peuvent difficilement prétendre qu’elles n’ont pas été prévenues ! Cette liste est intéressante à consulter. Dans la meunerie, la boulangerie, la semoulerie, les verrous ont effectivement sauté. La profession d’avoué, elle, a disparu en 2012, les détenteurs des offices d’avoués recevant une indemnité d’expropriation. L’indemnisation des perdants est souvent une question centrale auquel il faut répondre pour avancer ! En revanche, les notaires, les pharmaciens et les taxis ont préservé leurs privilèges. L’explication est simple. Il s’agit de professions très bien organisées, mettant en avant une expertise qu’eux seuls sont censés détenir. Beaucoup de professions artisanales bénéficient aussi de protections – on l’a bien vu dans les nouvelles contraintes imposées aux entrepreneurs. Soumis à de puissants lobbies, les gouvernements successifs ont beaucoup de mal à faire la part des choses. Les Italiens et les Britanniques semblent pourtant survivre au droit d’acheter de l’aspirine au supermarché. Et dans beaucoup de pays, on parvient à se transmettre des titres de propriété à peu près correctement malgré l’absence de notaires.

Francis Kramarz : Il me semble que les exemples des réseaux d’autocars ou, pour des raisons différentes, des auto-écoles sont intéressants. La LOTI (loi d’orientation du transport intérieur) a été pendant de longues années en opposition aux textes européens. Pour le premier, on a fait face à une double opposition : SNCF et maires. Les maires voulaient conserver leurs lignes de trains locales, massivement déficitaires pour beaucoup d’entre elles. La SNCF voulait éviter toute concurrence pour ses lignes de train. Ceux qui en ont pâti, et en pâtissent encore, sont les étudiants, les vieilles dames, et aussi les travailleurs immigrés. L’absence de telles lignes a été et reste un vrai scandale dû à l’égoïsme et à la méconnaissance des mécanismes et bienfaits de la concurrence. Ceci est d’autant plus vrai que les auto-écoles se sont débrouillées, avec l’aide de l’Etat encore une fois, pour raréfier la détention du permis en imposant toujours plus d’heures de conduite et des taux d’échec à l’examen toujours plus importants. Et ceci alors que Jacques Chirac leur avait fait un cadeau, une vraie manne céleste, en supprimant le service militaire en 1997 ; service qui donnait le permis à près de deux-tiers des hommes d’une génération. Donc pas de voitures, pas de cars, dans un pays extrêmement dispersé où il est – on le sait difficile de se déplacer. 

Ouvrir des secteurs à la concurrence est quelque chose de compliqué car les effets possibles sont multiples. Il y a des gagnants, des perdants. C’est pourquoi il est nécessaire de faire les choses sérieusement. Les analyses économiques, en particulier celles faites par l’Autorité de la Concurrence sont essentielles. On sait beaucoup de choses par exemple sur les effets pervers des lois Royer puis Raffarin limitant l’entrée et la concurrence dans le secteur du commerce de détail par les grandes surfaces alimentaires et non-alimentaires. Ces lois ont "détruit" de l’emploi, et ceci bien plus qu’elles n’en ont protégé chez les petits commerçants. Elles ont augmenté les prix. Les travaux français démontrant ces résultats, précurseurs internationalement ont été confirmés depuis par de nombreux autres travaux sur l’Italie, le Royaume-Uni… mêmes causes et mêmes effets. La lutte récente des supermarchés pour vendre des produits tels l’aspirine ou les tests de grossesses en grande surface et l’interdiction qui leur est faite démontrent la puissance des lobbies des médecins, pharmaciens, en particulier à l’Assemblée et l’effet pervers du cumul des mandats qui empêchent les élus de prendre des décisions autrement qu’à l’aune de l’intérêt (local) de la ville dont ils sont aussi maires.

De tels exemples sont fréquents dans notre beau pays de France. Certains sont bien connus … opticiens, notaires, huissiers, mais aussi coiffeurs… d’autres le sont moins et la question du bail commercial et les effets pervers du "3-6-9" étaient clairement perçus dans les années 70 où des tentatives de réformes, infructueuses, ont été tentées. Mais rien depuis. Et pourtant ce système qui privilégie les personnes pouvant racheter le bail – et donc qui ont de l’argent – a certainement des effets sur le dynamisme du commerce très forts et privilégie très clairement les entreprises en place au détriment des plus jeunes cherchant à développer de nouveaux produits. 

Est-ce le cas par exemple du secteur de l'énergie, où l'ouverture à la concurrence il y a sept ans est en demi-teinte et n'a pas permis de réduire les coûts (seuls 10% des ménages ont changé de fournisseur) ?

Jean-Marc Vittori : La situation est très différente dans l’électricité. Dans les taxis, jamais aucun chauffeur n’a jamais soutenu pouvoir desservir toute la ville à lui tout seul. Dans l’électricité, un seul acteur peut desservir un pays tout entier. Pace qu’il y a là des signes de ce que les économistes appellent un "monopole naturel" : il vaut mieux par exemple avoir une seule ligne à haute tension que trois ou quatre sur le même parcours. L’installation d’un parc de centrales nucléaires imposant est plus facile à mener par une seule entreprise (effets d’apprentissage, organisation du réseau, etc. ). Sauf que… là aussi, la technologie évolue. Avec les "smart grids", les réseaux intelligents, et aussi les énergies renouvelables, l’avenir est sans doute à des productions d’électricité beaucoup plus locales, à des consommateurs qui deviennent aussi producteurs, etc. Avec sa tradition centralisatrice, la France va avoir beaucoup de mal à aller dans cette voie. C’est ici peut-être que l’électricité rejoint les taxis : en France, on n’aime pas la concurrence. L’unanimisme des dirigeants politiques de gauche et de droite à vouloir créer et protéger des champions nationaux est à cet égard frappant. 

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
Pôle Emploi n’aime pas qu’on dise qu’il est peu efficace dans son accompagnement des chômeurs mais qu’en est-il concrètement ?
02.
Le nombre de cancers du côlon chez les jeunes adultes augmente nettement et voilà pourquoi
03.
Immobilier : l’idée folle de la mairie de Grenoble pour protéger les locataires mauvais payeurs
04.
La taxe carbone va prendre l’avion, très bonne idée, sauf que ceux qui vont payer ne sont pas ceux que l’on croit
05.
Faut-il se résoudre à une situation à l’israélienne alors que le Sahel tend à devenir un nouvel Afghanistan ?
06.
La République des taxeurs fous se porte bien
07.
Vidéo de Vincent Lambert : son épouse va porter plainte
01.
Semaine à haut risque pour Emmanuel Macron : les trois erreurs qu’il risque de ne pas avoir le temps de corriger
02.
Pôle Emploi n’aime pas qu’on dise qu’il est peu efficace dans son accompagnement des chômeurs mais qu’en est-il concrètement ?
03.
Immobilier : l’idée folle de la mairie de Grenoble pour protéger les locataires mauvais payeurs
04.
Le nombre de cancers du côlon chez les jeunes adultes augmente nettement et voilà pourquoi
05.
Pétition anti-Delon : l’erreur psychologique majeure commise par ceux qui croient que le bonheur serait garanti dans un monde 100% bon sentiment
06.
Le Monde a découvert une nouvelle et grave pathologie : la droitisation des ados !
01.
Mondialisation, libre-échange et made in France : l’étrange confusion opérée par François-Xavier Bellamy
02.
Appel des personnes en situation de handicap ou familles concernées pour sauver Vincent Lambert d’une mort programmée
03.
Pétition anti-Delon : l’erreur psychologique majeure commise par ceux qui croient que le bonheur serait garanti dans un monde 100% bon sentiment
04.
Chômage historiquement bas mais travailleurs pauvres : le match Royaume-Uni / Allemagne
05.
De l'art d'utiliser les morts : et Nathalie Loiseau enrôla Simone Veil dans sa campagne
06.
Emmanuel Macron, l’Europe, le RN et les Gilets jaunes : un cocktail détonnant de vérités et d’erreurs intellectuelles ou politiques majeures
Commentaires (12)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
Xhishou
- 03/07/2015 - 12:41
@vangog
D'où tiens tu tes informations? Si tu suivais l'actualité tu verrais qu'à l'inverse il y a beaucoup de pharmacies qui coulent, il y a de moins en moins d'emplois aux étudiants sortant. L'age d'or de la pharmacie est bien loin! Connais tu le prix des médocs? As-tu déjà vu la longue liste de courses que peut être une ordonnance d'une personne agée? Et le coût des médicaments en question? je n'ai jamais mis les pieds dèrriére un comptoir c'est vrai, par contre je connais beaucoup de jeunes pharmaciens au chômage, de personnes qui eux y sont allé derrière ce comptoir. Et toi? D'où viennent tes sources?
Xhishou
- 03/07/2015 - 12:33
@Plongeur
Oui revendre les licences avec des prix qui vont s'éffondrer passant de 100 000€ à 10 000€ la licence oui mais tu en auras 10 à vendre, c'est le but de les faire s'éffondrer car de toute façon dans 20 ans elles ne vaudront plus rien (vive les google cars). Et si tu ne faisais pas autant de travail au noir et que tu traitais tes clients comme des clients et non comme des pigeons tu aurais un portefeuille de clientèle (qui correspond au vrai prix de la licence à ce qui t'autorise à la vendre). J'ai été taxi, 80% de médicalisé (chimio, rayons, dyalise) et 20% d'entreprises courses que beaucoups d'autres taxis refusaient car elles rapportaient pas assez...
Xhishou
- 03/07/2015 - 12:27
@cpamoi
Les vitamines et autres tu sais c'est de la parapharmacie et là dessus il n'y a pas de monopole c'est d'ailleurs pour cela que tu les retrouves en grande surface avec des personnes qui s'y connaissent encore moins que ton pharmacien.