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Et François Hollande entra lui aussi dans le bal de la triangulation : à quoi ressemblera 2017 si tout le monde braconne hors de son champ politique ?

Publié le 26 juin 2015
2016 sera l'année de l'entrée en scène de François Hollande dans la campagne présidentielle, souhaitant bénéficier d'un nouvel élan positif qui restera dans la mémoire courte des électeurs français. Mais d'ores et déjà se dessine les contours de cette campagne, qui se jouera sur la triangulation : aller puiser dans l'idéologie de ses adversaires pour attirer une majorité d'électeurs. Mais à trop s'imiter, le risque de voir l'identité d'un parti disparaître est grand, à l'instar de celui de voir disparaître également son électorat.
Jean Petaux est docteur habilité des recherches en science politique. Ingénieur de recherche, directeur de Communication, des Relations extérieures et institutionnelles de Sciences Po Bordeaux, il dirige une collection aux éditions Le Bord de l’Eau, «...
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Eddy Fougier est politologue, chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). Spécialiste des mouvements de contestation de la mondialisation, il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur ces thèmes : Dictionnaire...
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Francois KALFON est conseiller régional d'Ile-de-France et membre de la direction collégiale du PSIl a publié avec Laurent Baumel un Plaidoyer pour une gauche populaire : La gauche face à ses électeurs, Editions Le Bord de l'eau (novembre 2011).
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Francois KALFON est conseiller régional d'Ile-de-France et membre de la direction collégiale du PSIl a publié avec Laurent Baumel un Plaidoyer pour une gauche populaire : La gauche face à ses électeurs, Editions Le Bord de l'eau (novembre 2011).
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2016 sera l'année de l'entrée en scène de François Hollande dans la campagne présidentielle, souhaitant bénéficier d'un nouvel élan positif qui restera dans la mémoire courte des électeurs français. Mais d'ores et déjà se dessine les contours de cette campagne, qui se jouera sur la triangulation : aller puiser dans l'idéologie de ses adversaires pour attirer une majorité d'électeurs. Mais à trop s'imiter, le risque de voir l'identité d'un parti disparaître est grand, à l'instar de celui de voir disparaître également son électorat.

Atlantico: Selon l'entourage de François Hollande, le président estime que "chaque camp se prépare à faire de la triangulation" pour la présidentielle de 2017. Qu'entend-il précisément par là ?

Eddy Fougier : S'il y a une stratégie dans la mise en place d'une triangulation, c'est pour pousser à la surenchère et pousser ses adversaires à aller trop loin. L'air du temps est conservateur, d'un point de vue social mais aussi au sens économique du terme, au sens libéral. Il y a donc un intérêt évident pour le Parti Socialiste à rentrer dans ces termes, et on observe que Manuel Valls, à plusieurs reprises, a fait des sorties remarquées en reprenant des termes propres au discours sarkozyste. Or Valls a une bonne popularité auprès des électeurs de gauche, du moins des sympathisants de gauches qui sont de plus en plus attirés par le centre. Il y a en réalité deux sons de cloche très distincts chez les électeurs socialiste : d'un côté les sympathisants de gauche qui souhaitent voir la mise en place d'une politique plus autoritaire, centrée sur la question de la sécurité omniprésente et qui développerait l'économie. De l'autre côté, il y les militants qui sont à gauche de la gauche, qui se retrouvent plus dans le discours mélenchonniste et qui souhaitent eux une rupture claire avec le discours de droite. Mais le gouvernement a bien compris que ce n'est pas avec ces derniers qu'il pourra gagner l'élection présidentielle de 2017. Les signes d'ailleurs envers l'électorat de gauche depuis l'accès à l'exécutif sont plus symboliques que réels et en réalité la triangulation est intrinsèque au parti de gauche depuis les années 80 : Jospin l'avait dit, et il l'a payé cher, on ne gagne pas une élection présidentielles avec un discours socialiste.

François Kalfon : La triangulation consiste à aller chercher des valeurs, des marqueurs qui dépassent le socle de son électorat. Mais je ne suis pas certain que cela concerne la prochaine élection. Il ne s’agit pas de l’action prioritaire, il faut d’abord rassembler son camp. Je ne suis pas oracle, mais je pense que pour François Hollande, il aurait voulu insister sur l’importance de la question patriotique dans l’esprit des Français et en particulier auprès d’un électorat populaire qui se retrouve moins spontanément dans l’électorat de la gauche en général et socialiste en particulier. Déçus des résultats sur le front économique et de l’emploi, ils se sont réfugiés au parti de l’abstention voire dans le vote FN, et notamment dans la France péri-urbaine et rurale. C’est donc sur les sujets d’autorité, de l’articulation entre droits et devoirs que compte porter l’effort.

Jean Petaux : Pour dire les choses simplement c’est un mixte entre « braconner sur les terres de ses adversaires » (en récupérant tel ou tel thème politique chasse gardée d’un autre camp) et « pratiquer le billard à trois bandes » (envoyer un « scud » politique sur un concurrent pour atteindre, en réalité, un troisième). Mais je pense que la formule est plutôt ce que l’on appelle une « logique d’acteur » qui vient rationaliser (ou tente de le faire) une stratégie encore assez incertaine et surtout un déficit d’idées nouvelles. En réalité le phénomène n’est pas récent même si l’expression semble l’être. En politique, selon la formule chère à François Mitterrand, « c’est avec des civils qu’on fait des militaires ». Autrement dit si vous n’élargissez pas votre base de recrutement (j’emploie à dessein un mot qu’on retrouve aussi bien dans le champ lexical politique que militaire) vous n’augmentez pas votre effectif de base. La compétition électorale fonctionne en quelque sorte sur cette même loi : dès lors, en démocratie, que le jeu est un jeu à somme nulle (ce qu’un camp gagne, les autres le perdent : le « parti » des « abstentionnistes » faisant partie de ce jeu naturellement) vous êtes presque mécaniquement conduit à vous emparer de certains thèmes chers à certains de vos adversaires de sorte que leurs soutiens, leurs sympathisants retrouvent ces thématiques dans votre discours et se disent : « Tiens finalement, X je ne l’aime pas, mais elle ou il dit des choses que Y (dont je suis pourtant plus proche par exemple affectivement ou moralement) qui est en déficit sur tel ou tel point ». Voilà comment s’explique cette pratique aussi vieille que la rhétorique politique existe.

La campagne devrait, selon le chef de l'Etat, se jouer sur les thèmes des valeurs de la République et de l'islam. Jusqu'où, sur ces thèmes, le PS, l'UMP et le FN peuvent-ils empiéter sur les plates-bandes des uns et des autres ?

François Kalfon : je réfute totalement la vision ethniciste de la société française menée par la droite et l’extrême droite. L’emprunter pour la gauche constituerait une lourde erreur. En revanche, s’appuyer sur le logiciel de la laïcité, une laïcité vivante qui s’adapte aux réalités de notre monde plutôt que le paravent islamophobe qu’en a fait l’extrême droite de Marine le Pen. Oui pour un espace public qui soit notre bien commun où chacun puisse s’épanouir quelques soient ses origines, ses convictions philosophiques, cultuelles ou politiques. Non à l’espace public confisqué  par quiconque, qu’il se revendique de telle ou telle conviction religieuse ou d’une supposé extraction chrétienne de notre République. Donc cette stratégie de triangulation serait évidemment contraire à ces valeurs, et de triangulations en triangulations, que resterait-il d’une gauche qui renoncerait à réguler l’économie et à encadrer la législation du travail pour protéger les salariés et qui, dans le même temps, abdiquerait de son identité humaniste ?

Jean Petaux : Chaque formation politique ou chaque candidat engagé dans la conquête du trophée identifient un certain nombre de thèmes plus mobilisateurs, fédérateurs ou coagulateurs que d’autres. Ils vont aussi avoir tendance à privilégier des sujets clivants et marqueurs qui vont, de la sorte, justifier telle ou telle candidature. On entendra alors dans les explications de vote lorsqu’on interroge des agents sociaux dans les panels : « J’ai choisi de voter pour Madame A parce qu’elle, au moins, à la différence de tous les autres, elle n’oublie pas le sujet X ou Y ou Z, dont personne d’autre ne parle alors que c’est, à mes yeux, une question essentielle ».

Il est donc dans l’ordre des choses que les deux thèmes que vous citez bénéficient d’une mise à l’agenda électorale quasiment automatique. Ils sont « sélectionnés d’office » en somme. Même s’ils n’ont pas une portée comparable. Les « valeurs de la République » sont typiquement une thématique « à la française ». Autrement dit une boite fourre-tout qui va donner lieu à d’interminables discussions, de débats, tous plus étranges les uns que les autres pour des non-Français, où l’on voit voler les mots « égalité », « liberté », « fraternité », « solidarité », « responsabilité », d’autant plus riches comme sources de débats que personne ne s’entend sur leur définition et que chacun y va de sa « colorisation » et son interprétation. De quoi tenir 22 bons mois de campagne d’ici mai 2017. Pour « l’Islam » on est davantage dans l’ordre de la conjoncture. Et ce sujet ponctuel mais très français aussi (ce pays a toujours eu une vraie passion pour les guerres de religion au point d’inventer le mot « laïcité » intraduisible dans les autres langues…) renvoie à deux autres thématiques à même de venir renforcer le débat sur les valeurs : « l’identité française » et « la laïcité ». On va donc assister à un subtil ballet idéologique et politique où chaque camp va tantôt pratiquer la surenchère sur les idées et les propositions formulées par les concurrents tantôt s’emparer de ces mêmes propositions pour crier « au loup » et mobiliser les électeurs en leur répétant à l’envi : « Regardez : c’est bien ce qu’on vous disait, ce type est un nul, un danger public, un mou, un excité ; cette femme est irresponsable, sans personnalité, en manque d’idées, dangereuse pour la République, etc ».

En 2012 on a ainsi vu la question de la viande hallal envahir les scènes politiques tout comme en 2002 le sujet de la sécurité et de la violence contre les bons Français victimes. Autant de sujets ponctuels mobilisés et développés parce que métaphoriques (dont pédagogiques) de thèmes électoraux identifiés comme différenciant. En 1981 la question de la probité du président sortant (VGE) à travers « l’affaire des diamants » utilisée sans retenue par le RPR chiraquien est venue directement impacter la campagne tout comme le PS d’alors avait mis l’accent sur la loi « Sécurité et Liberté » portée par le Garde des Sceaux de Giscard, Alain Peyrefitte, loi présentée comme liberticide. Les giscardiens de la droite libérale quant à eux privilégiaient l’incompétence gestionnaire supposée des socialistes et toute la droite (RPR et UDF), réunie pour une fois, martelait en chorale : « En cas de victoire de Mitterrand, les chars de l’Armée rouge seront dans un mois place de la Concorde car les socialos vont se faire bouffer par les cocos »  (comprenez le « Parti Communiste »).

Sur les thématiques économiques ou européennes, que donnerait cette triangulation ? Est-elle d'ailleurs déjà en marche ?

Eddy Fougier : Le débat est plutôt sur une société qui doit retrouver ses valeurs et, en réalité, depuis qu'il est chef de l'Etat, François Hollande poursuit la politique de Sarkozy, Il fait du Sarkozy à visage humain.

Le discours avant la présidentielle de 2012 de Hollande était assez fort sur la maîtrise de la dette notamment. Mais en réalité, il y a des contraintes, européennes notamment, qui laisse peu de marge de manœuvre au gouvernement. François Hollande lui aussi a fini par accepter ces règles, et l'exemple grec témoigne de la difficulté à rejeter les accords européens qui donnent un cadre assez stricte à l'économie. Malgré son discours au Bourget anti-européen, François Hollande a poursuivi la politique demandée par l'Europe.

François Kalfon : Il y a bien longtemps qu’existe au sein de la gauche et de la droite un clivage entre ceux qui considèrent la nation comme un cadre dépassé (par le marché ou les institutions européennes) et ceux qui considèrent que dans notre pays, indissociable de nos valeurs républicaines, le patriotisme constitue une pépite, pépite qui permet à la fois d’apporter la cohésion nécessaire à notre peuple et de garantir des valeurs démocratiques à portée réellement universelle telle qu’elles sont résumé triptyque « sacré » : liberté, égalité fraternité. Que serait, là encore, une gauche qui renoncerait à l’héritage de Jaurès celui de l’articulation d’un projet socialiste avec notre idéal républicain ?

Jean Petaux : Une partie de la gauche française, toujours prompte à s’embraser pour les « révolutions » des autres (au motif qu’elle s’auto-proclame l’héritière principale de la « Grande Révolution », celle de 1789….) se passionne pour la situation en Grèce, fait de Tsipras son nouvel héros, vibre avec Iglesias et Podemos en Espagne. Dans cette posture l’idée anti-européenne (ou plus exactement le modèle « contre-européen », voire « l’alter-Europe ») fait son chemin. Cette gauche-là croise d’ailleurs très vite l’isolationnisme et le nationalisme préconisés par le Front national. Mais à côté de cet axe thématique hostile à la supra-nationalité pour des raisons diamétralement opposées mais conjoncturellement associées, les Républicains (au moins Sarkozy lui-même) s’emploient à ne pas laisser le terrain de l’hostilité européenne qui monte aux seuls représentants de l’extrême-droite et de l’extrême-gauche. Ici s’opère ce que vous évoquiez plus haut : la triangulation. Sarkozy développe un discours très « euro-critique », cogne sur Hollande et le gouvernement actuel incapables de faire entendre la voix de la France comme le « leader naturel européen qu’elle doit être » (peu importe que la question de la légitimité de ce discours se pose chez tous nos partenaires) et, faisant cela, chasse sur les terres électorales de Marine Le Pen.

En  matière économique la méthodologie est la même mais cette fois-ci c’est plutôt François Hollande et Manuel Valls qui sont à la manœuvre. Alors que Nicolas Sarkozy et la droite n’ont, pour l’instant, que peu de propositions formelles clivantes et mobilisatrices. Le « social-libéralisme » d’un Valls ou d’un Macron est une démarche qui prive de ballons le camp d’en face (faisons dans la métaphore footballistique, elle dit bien ce qu’elle veut dire... et place les acteurs sur un terrain bien connu d’eux) et rend bien plus compliqué les contre-attaques. Aujourd’hui il est très compliqué pour la droite de combattre les socialistes sur le thème d’un « Etat quasi-soviétique » qui bride l’initiative entrepreneuriale. Fort heureusement, pour l’opposition actuelle, en politique la mauvaise foi n’apparaît pas sur le front de ceux qui la pratique, les responsables de droite pourront donc sans problème continuer à décliner cet argument jusqu’en 2017. De la même manière il va devenir de plus en plus compliqué pour les socialistes d’assimiler Marine Le Pen à Hitler.. Au bout d’un moment cet argument débile ne va plus produire que des contre-effets, aussi nuls que l’argument sur les « chars soviétiques à Paris ».

Jusqu'où leurs électorats respectifs pourront-ils le supporter ? Ne risquent-ils pas d'être déstabilisés ? 

Eddy Fougier : il n'y a pas vraiment de demande de gauche, ou bien elle est assez peu audible, si ce n'est sur certains sujets, comme l'immigration ou l'économie, et elle est assez conservatrice. On entend les militants mélenchonnistes, mais ce ne sont pas ceux que le gouvernement souhaite conquérir. Donc en réalité, ce serait déroutant pour les électeurs de voir Valls et Hollande reprendre un discours très socialiste, alors que la politique qu'ils ont menée a été plutôt libérale.

Mais pour l'ensemble des Français, les triangulations ont des effets déstabilisants; une option est de se désinteresser de la politique, de choisir le camp de l'abstentionnisme. Une autre est de suivre celui qui crie le plus, donc les voix populistes, comme le Front National; et une troisième option, comme on voit en Espagne, est l'émergence de petits partis autour de personnalités qui sortent du cadre. On observe en tout cas que pas mal de monde ne se reconnaît plus dans le discours et les élites politiques. Donc c'est compliqué aussi pour les leaders politiques d'essayer de construire des conditions majoritaires.

François Kalfon : en terme de stratégie électorale, je crois fondamentalement que, compte tenue de la désaffection d’une part importante des Français de la politique, il appartient d’abord à chaque camp d’être au clair sur son identité. « Ce qui se conçoit bien s’énonçant clairement » est perçu comme tel par des électeurs qui ont avant tout besoin de repères. Cette vision n’est pas simplement la mienne, elle « matrice » la vie politique américaine depuis au moins trois scrutins présidentiels. La stratégie des républicains américains n’a pas été d’aller chercher chez les démocrates la part d’électorat qui leur manquait, mais bien au cœur de la droite américaine, c’est la stratégie des Tea Party. Quant à Obama, au-delà du charisme qui est le sien, c’est en allant chercher l’électorat, le vote, des minorités noires, hispano, etc. qui participaient faiblement à ce scrutin, qu’il a réussi à trouver une majorité. En outre une grande partie du destin de la présidentielle se joue au premier tour en mobilisant son électorat. Car la persistance  du Front National, réalisant des scores autour de 25% au premier tour, rend aléatoire la qualification de la droite ou de la gauche classique. C’est pourquoi, ce travail de mobilisation et d’approfondissement de son électorat socle est déterminant.

Jean Petaux :  Les électeurs manquent très souvent de recul et de conscience politique pour mesurer le décalage entre les positions d’hier et celles d’aujourd’hui. Il ne faut jamais confondre la fraction des militants voire des sympathisants acculturés à la politique et capables de pointer les décalages, les écarts de ligne ou les déplacements opportunistes avec la grande masse des électeurs qui d’ailleurs votent de moins en moins. Ce retrait par rapport à l’acte électoral n’est pas, contrairement à ce que certains bons esprits (de gauche souvent d’ailleurs… il faut bien se rassurer un peu sans désespérer Billancourt – qui n’existe plus, rappelons-le…) veulent essayer de croire, dû à un « rejet » de la vie politique qui s’expliquerait justement par une forme de perte de repères politiques et par cette fameuse triangulation.

Autrement dit les électorats de droite comme de gauche diraient : « Tous pareils, il n’y a pas d’alternative, donc soit on vote FN soit on ne vote plus ». Il faut vraiment s’interroger ici sur ce type d’explication, sur la nature-même de cette justification ex-post d’une abstention qui se trouverait ainsi rationalisée et donc valorisée. On peut tout à fait formuler une autre hypothèse qui n’est pas du tout fondée sur une quelconque « déstabilisation » de l’électorat. Cette hypothèse pourrait être ainsi formulée : « Les électeurs ne s’intéressent plus qu’à deux élections, celles qui sont simples à comprendre : la  municipale  et la présidentielle ». Pas forcément d’ailleurs pour les idées et les propositions développées (ils n’y comprennent rien la plupart du temps) mais surtout pour élire ou dégager tel ou tel candidat. Comme lorsqu’ils votent pour un concours de télé-réalité : taper 1 pour « Machine », 2 pour « Machin »…

Quel parti politique semble le mieux armé pour prendre l'ascendant dans une telle bataille ? Lequel semble a contrario le plus vulnérable ?

François Kalfon : traditionnellement, l’UMP, renommé les Républicains, a le plus d’atout son électorat, car majoritairement de  têtes blanches, constitue un électorat très fidèle et peu mobile. Toutefois, la question de l’incarnation des Républicain sera très importante, car la personnalité de Nicolas Sarkozy ne laisse personne indifférent. S’il dispose indéniablement d’un socle solide d’électeurs, il a suscité une réaction épidermique chez une très grande majorité de Français, ce qui constitue pour lui le risque majeur de son élection, dès lors qu’il serait investi par son camp.

Eddy Fougier : A priori, en termes de thématiques qui sont abordées, ce sont plutôt celles des Républicains. Donc si on regarde les valeurs qui sont présentes dans le débat, les Républicains ont des atouts, mais est ce qu'ils vont en bénéficier, ce n'est pas sûr.

Mais est ce que les hommes politiques ne sont pas usés jusqu'à la corde en terme de promesse? Est-ce qu'ils  sont crédibles aujourd'hui? Que François Hollande veuille renégocier le pacte européen, on a vu ce que ça a donné, quand Sarkozy veut renégovier Schengen, on se demande ce que ça peut donner…donc on arrive à une certaine usure aussi du côté des électeurs. Mais François hollande pourrait être réélu par défaut, comme il a été élu par défaut précédemment.

Jean Petaux : Il ne faut plus raisonner en termes de parti politique me semble-t-il désormais. Les partis sont les cache-sexes d’une désaffection à l’égard du collectif et du politique au profit d’une hypertrophie de la sphère individualiste et communautaire. Et la « feuille de vigne » qu’ils sont se rétrécie bougrement d’année en année, de congrès en congrès et de changement de nom en changement de nom ou de logo… Il faut poser le problème, à mon sens, en termes de « candidat ». On pourrait considérer que le candidat le plus clivant, le plus « surenchériste » (pardon pour le néologisme) sera celui qui prendra l’ascendant sur les autres dans la bataille présidentielle à venir. Je n’en suis pas du tout persuadé. Celui qui peut mobiliser le plus les électeurs c’est celui qui leur dira le moins de choses et qui saura leur faire croire ce qu’ils veulent entendre. Cela ne signifie pas qu’il devra être un démagogue absolu, cela veut juste dire qu’il devra être ambigu… Et qu’il devra absolument faire sienne la formule du cardinal de Retz qu’affectionnait Mitterrand : « On ne sort de l’ambiguïté qu’à ses dépens ».Mais pour être un « ambigu positif » et « rassembleur » il faudra surtout qu’il se montre clair, franc, direct et sans ruse… Tout le contraire de l’ambiguïté donc. Demeurer flou en apparaissant très net. Cherchez le vainqueur…

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Mike Desmots
- 21/06/2015 - 06:45
" La stratégie de la triangulation " est une intox socialiste...
pour faire croire aux l'adversaires, qu'ils survivront lors du survol du triangle des Bermudes ...
cloette
- 20/06/2015 - 20:41
Gilly
Sarkozy et Hollande font la même politique seule la forme change , il faut reconnaître que le changement n'est que chez MLP et encore ce n'est qu'une supposition !
Nicolas V
- 20/06/2015 - 20:36
@ Ganesha
Mais je ne puis être en déception avec aucun parti. Je refuse de voter depuis 3 scrutins. C'est un parti pris politique très clair et dont la caste a peur.