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Uber s'attaque aux rentes et fait bouger la société.
L'Edito de Jean-Marc Sylvestre

Bien plus efficace que la loi Macron, Uber s'attaque aussi aux rentes et fait bouger la société

Publié le 09 juin 2015
La mise en service d'UberPop à Marseille, Nantes et Strasbourg provoque la colère des chauffeurs de taxis contre un système innovant qui sera pourtant plébiscité par les clients. Macron ferait bien d'en prendre de la graine.
Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.Il est aussi l'auteur...
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La mise en service d'UberPop à Marseille, Nantes et Strasbourg provoque la colère des chauffeurs de taxis contre un système innovant qui sera pourtant plébiscité par les clients. Macron ferait bien d'en prendre de la graine.

Le système est arrivé sur le marché il y a moins de dix ans et s’est développé dans le monde entier. Il permet, à partir d’une application mobile, de faire venir un véhicule pour être transporté d’un point à un autre. En montant dans le véhicule, on sait quel sera le montant de la course. Uber, au départ, n’offrait qu'un service haut-de-gamme avec une grande qualité de service, le tout à un prix très compétitif. Uber a pris une part de marché significative aux taxis traditionnels, environ 15%.

Aujourd'hui, Uber offre aussi un service plus populaire et encore moins cher, Uber Pop, en permettant à des propriétaires de voitures, chauffeurs non professionnels de charger des clients.

Cette formule connait un énorme succès partout où elle a été ouverte mais elle se développe en concurrence frontale avec les taxis. Il faut dire que les conditions d’exploitation sont très différentes. Uber Pop est conduit par des amateurs à un tarif d’amateur, alors que les taxis doivent eux continuer d’assumer les charges et les contraintes.

Le service Uber X, les fameux chauffeurs haut-de-gamme, est assuré par des professionnels dans des conditions parfaitement légales aujourd'hui. Mais le service Uber Pop a été violemment attaqué et interdit dans certains pays dont l’Allemagne. En France, les tribunaux ont émis des décisions défavorables mais le système n’a pas été formellement interdit. Il devrait l’être, disent les tribunaux.

Profitant du flou juridique, et de la demande commerciale qui est très importante, Uber installe son application au nez et à la barbe des autorités de contrôle et ça marche. Les candidats à l’application Uber sont légions dans toutes les villes.

L’arrivée des Uber Pop à Marseille cette semaine a provoqué la colère des chauffeurs de taxis qui menacent de tout bloquer. Cette histoire est une magnifique illustration des difficultés de développement d’une innovation qui correspond à une demande et qui arrive en s’opposant à des rentes de situation.

Finalement, le principe d'Uber est presque le même que Blablacar, le champion français du co-voiturage. Les deux mettent en rapport des propriétaires et des conducteurs de voitures. Airbnb, le partage d’appartements, fonctionne aussi de la même façon. La plateforme met en rapport des propriétaires qui offrent leur bien en location à ceux qui ont besoin de se loger pour un jour ou pour une semaine.

Ce qui est révolutionnaire, c’est que le digital permet de développer ce type de système sur une grande échelle et très vite. Ce qui est révolutionnaire, c'est que ces activités fondées sur le partage, sur l’optimisation de l’utilisation des outils, des biens et des services, entrent en concurrence avec des professionnels titulaires de rentes. Ce système considéré par les uns, comme un pur produit de l’hyper libéralisme, fonctionne sur les mêmes bases que l’économie collaborative très tendance à gauche de la gauche.

Uber s’est précipité dans la brèche au grand bénéfice du consommateur qui trouve là une voiture propre, un chauffeur très courtois et un prix sans aucune surprise. Le client qui loue un appartement dans une ville qu'il ne connait pas, et qui passe par Airbnb, a la garantie de ne pas être déçu.

Beaucoup de chauffeurs de taxis se sentent menacés, et ils ont raison. Certains se préparent à l’ubérisation. Le problème, c’est qu’ils ont comme sous l’ancien régime, acheté une charge qui devait leur donner un privilège. Ils ont acheté la plaque à l’Etat qui en fait a vendu la rente. Il faudra demain que l’Etat rachète les privilèges qu'il a vendus. Un chauffeur de taxis a acheté une plaque très chère, environ 200.000 euros, pour pouvoir exercer son métier.

Le problème qui se pose pour les chauffeurs de taxis va se poser très vite pour toutes les professions exclusives comme les pharmaciens, les notaires, les greffiers. Ces professions mènent un combat d’arrière garde en expliquant que le prix de leur charge correspond à des obligations de service publique. C’est vrai, mais rien n’empêcherait de distinguer dans leur activité ce qui relève du commercial et ce qui relève du service public. Les blocages sont purement corporatistes, donc politiques.

La loi Macron avait pour objectif d’abattre quelques privilèges d’activité pour que l’économie puisse respirer. Elle a été combattue par les conservateurs de gauche. Elle revient au Parlement en seconde lecture dans un état proche de l’anorexie.

Mais avant Macron, Nicolas Sarkozy avait voulu débloquer lui aussi beaucoup de secteurs de l’économie sur la base d’un rapport qui avait été commandé à Jacques Attali et dont une grande partie avait été écrite par un certain Emmanuel Macron. Ce rapport, qui avait été favorablement reçu par l’ensemble des observateurs du système économique, n'a même pas été jusqu’au stade législatif. Ce rapport qui devait libérer l’économie française a été violemment combattu par les conservateurs de droite.

Le seul pays qui a profité de ces mesures, c’est l’Italie puisque Mario Monti qui avait participé à la commission Attali est arrivé au pouvoir avec sous le bras le fameux rapport. Il a, en trois mois, imposé à l’Italie près de 80% des mesures préconisées. La plupart de ces mesures sont à l’origine aujourd'hui du réveil de l’économie Italienne. Ceci dit, l’avantage de Mario Monti c’est qu’il n’avait pas été élu.

Les dirigeants américains de la société Uber connaissent bien le modèle sociopolitique de l’Europe. Ils connaissent tous ses conservatismes. Ils savent aussi, comme ceux de Google ou de Facebook, quels sont les envies et les besoins du marché. Ils n’attendent pas d’avoir les autorisations juridiques pour mettre un produit ou un service sur le marché. Il présentent le produit ou le service "et, quand l’enfant parait, disait Victor Hugo, le cercle de famille s’élargit". Le marché teste puis adopte, puis développe. Du coup la règlementation s’adapte. A partir du moment où le marché plébiscite une innovation, on pourra toujours grogner à droite comme à gauche, il faudra l’accepter.

Les dirigeants d'Uber sont prudents et lucides. Il s’engouffrent dans un marché dominé par le flou juridique parce qu'ils savent que derrière, les clients ne baisseront pas les bras et défendront la formule. L’"ubérisation"de l’économie est en marche dans tous les secteurs. L’ubérisation pourrait toucher la vie politique et les cabinets ministériels que l’on ne s’en porterait pas plus mal.

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cloette
- 09/06/2015 - 13:08
continuons
à obéir à Bruxelles et à son ultra libéralisme mortifère générateur d'insécurité et de destruction d'emplois .
antidote
- 09/06/2015 - 11:21
Et l'objectivité alors !
Allons nous interdire l'ouverture d'une boulangerie trop proche de celle existante depuis des lustres ? Ce pays est sclérosé par des coutumes encrées par un corporatisme jalousement gardé au détriment du principe égalitaire pour tous et qui ne voit que leurs avantages pécuniaires .Il est temps de mettre les pendules à l'heure et qu'enfin l'égalité de réussite soit reconnu une bonne fois pour toute dans cette soi-disant République !