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Les élections espagnoles de ce dimanche 24 mai vont probablement confirmer l'engouement que rencontre Podemos.
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L’élection espagnole ou le révélateur des 2 Europe : celle qui a un enjeu d’immigration et celle qui n’en a pas

Publié le 29 mai 2015
Les élections espagnoles de ce dimanche 24 mai vont probablement confirmer l'engouement que rencontre Podemos. En Grèce, Syriza a eu également le vent en poupe lors des dernières élections. Un engouement pour l'extrême-gauche qui n'est pas sans lien avec la gestion de l'immigration dans les pays concernés.
Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble depuis 1999. Il est spécialiste à la fois de la vie politique italienne, et de la vie politique européenne, en particulier sous l’angle des partis.
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Christophe Bouillaud
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Les élections espagnoles de ce dimanche 24 mai vont probablement confirmer l'engouement que rencontre Podemos. En Grèce, Syriza a eu également le vent en poupe lors des dernières élections. Un engouement pour l'extrême-gauche qui n'est pas sans lien avec la gestion de l'immigration dans les pays concernés.

Atlantico : Pourquoi la dynamique politique en Espagne ou en Grèce ne se retrouve-t-elle pas dans l'extrême-gauche française ? Dans quelle mesure le thème de l’immigration joue-t-il un rôle crucial dans des pays qui, comme la France, n'ont pas su traiter la question ?

Christophe Bouillaud : Je ne suis pas certain qu’il n’y ait pas une surestimation médiatique de la performance de Podemos lors de ces élections. Ceci étant, il se trouve qu’en France la gauche est au pouvoir depuis 2012. Même si la gauche de la gauche se montre très critique face aux décisions des gouvernements successifs de François Hollande et face aux choix législatifs de la majorité parlementaire dominée par les socialistes, elle est vue par une majorité des électeurs comme co-responsable de la situation du pays.

Seuls les plus informés et militants des électeurs sont capables de faire la différence entre la gauche au pouvoir, c’est-à-dire François Hollande et les siens, et la gauche d’opposition. En Grèce, Syriza a développé une opposition d’extrême-gauche face à des gouvernements dirigés par la droite libérale, nationaliste et conservatrice de Nouvelle Démocratie. La même situation se retrouve en Espagne avec le PP au pouvoir au niveau national. Par ailleurs, en Espagne ou en Grèce, le système électoral n’interdit pas de fait l’entrée dans l’arène politique de nouvelles forces politiques, indépendantes de celles déjà présentes. En France, l’extrême-gauche (PCF, PG, NPA, LO, Nouvelle Donne, etc.) a en réalité le choix entre s’allier avec le PS pour avoir des élus  - ou ne pas avoir d’élus du tout. Il est d’ailleurs amusant de voir qu’en Espagne, les deux partis dominants historiques, le PP de droite et le PSOE de gauche, caressent l’idée d’une réforme électorale qui introduirait un scrutin électoral à deux tours à la française. Cette réforme neutraliserait de fait les forces dissidentes que représentent Podemos à gauche, mais aussi Ciudadanos à droite. Face aux critiques de la population qui désormais prennent une forme partisane et structurée, il leur semble urgent de renforcer la fermeture du système politique à leur profit. En Italie, la nouvelle loi électorale, elle aussi à deux tours, s’est engagée sur le même chemin de restriction des chances des partis nouveaux de peser dans le système politique.

Ensuite, sur l’immigration, il faut arrêter de croire que la France serait le seul pays qui n’aurait pas su traiter la question ! C’est un problème universel en réalité si l’on se donne la peine de suivre un peu l’actualité des autres pays. L’immigration est en effet un problème qui est susceptible d’être politisé à partir du moment où il existe une crise économique ou une interrogation sur le devenir même de la nation. Je rappelle qu’aux Etats-Unis, pays fondé sur l’immigration s’il en est, il y a actuellement si mes souvenirs sont exacts, pas moins de 12 millions de clandestins, et que le système politique des Etats-Unis reste totalement bloqué sur ce problème. Le problème de l’immigration existe donc partout, mais il n’est pas toujours politisé par des acteurs xénophobes. En effet, ce qu’il faut souligner dans le cas espagnol, c’est que le souvenir de la dictature franquiste d’extrême-droite (1939-1975) reste assez vif dans la population pour qu’aucune force politique ne puisse afficher facilement un discours ouvertement xénophobe et gagner ainsi des voix – c’est un peu l’inverse du cas britannique, où l’UKIP ou même D. Cameron peuvent tenir en toute bonne conscience démocratique et libérale des discours xénophobes sans inquiéter les Britanniques en leur rappelant ainsi un passé désagréable. En effet, il est bien plus facile de faire prospérer un parti anti-immigration, "nativiste", lorsque les conséquences historiques de ce genre de nationalisme fermé ne viennent pas à l’esprit de la plupart des électeurs. En France, par chance, le territoire métropolitain n’a jamais connu de longue période de dictature depuis au moins les années 1860, cela rassure les électeurs, et permet donc de tenir des discours radicaux sur l’immigration sans les inquiéter outre mesure.

L'Espagne et la Grèce ont en partie géré la question de l'immigration, avec des accords bilatéraux, par exemple, entre l'Espagne et le Maroc. Pourquoi, en Allemagne comme en France, les partis extrémistes qui s'emparent du thème de l'immigration rencontrent-ils un franc succès ?

Pour ce qui est du cas de la Grèce, vous vous trompez : la Grèce n’a pas su du tout réguler l’immigration sur son sol. Au contraire, c’est l’une des difficultés que rencontrait le gouvernement précédent, pourtant particulièrement dur avec les immigrés clandestins (et d’ailleurs condamnés pour cela par les cours européennes). Il y aurait eu près d’un million de clandestins en Grèce. La Grèce était aussi le seul pays de l’Union européenne à ne jamais accorder l’asile politique à personne. Il ne faut donc pas le confondre avec le cas espagnol.

Par ailleurs, la différence entre la France et l’Allemagne tient d’abord à l’Histoire. En France, au cours du XXème siècle, l’extrême-droite  au sens historique du terme n’a été au pouvoir que pendant la période de l’Occupation (1940-44), et, finalement, c’est seulement à partir des années 1970 avec le livre de l’historien américain, Robert Paxton, La France de Vichy, que la gravité de l’épisode est vraiment intégrée dans l’histoire nationale. En Allemagne, la période nazie (1933-1945) et ses conséquences ne peuvent pas, elles, être ignorées tout au long de l’après-guerre. Par ailleurs, la tactique des partis conservateurs a été différente dans les deux pays. En Allemagne, dès qu’une force tentait de percer à la droite de la CDU-CSU, cette dernière tendait à tenir un discours très martial, à se droitiser temporairement, tout en s’arrangeant par ailleurs pour que la nouvelle force soit bien identifiée par les électeurs conservateurs comme une résurgence du nazisme (y compris apparemment en infiltrant si nécessaire des agents provocateurs dans ces forces émergentes) : un scénario semblable se dessine d’ailleurs actuellement pour AfD, qui semble dériver vers l’extrême-droite la plus radicale, alors qu’il s’agissait plutôt d’un parti libéral-conservateur eurosceptique au départ. En France, fort du mode de scrutin majoritaire, la droite a appliqué la stratégie du cordon sanitaire en excluant toute alliance avec le FN, étouffant ainsi les velléités carriéristes en son sein. 

Le succès des partis xénophobes, "nativistes", dans toute l’Europe anciennement industrialisée, tient surtout de la conjonction entre le déclin de l’emploi dans l’industrie dans ces pays et de la présence de minorités dont l’origine correspond à la fin de la période d’industrialisation extensive des années 1880-1960, où ces pays sont allés chercher ailleurs un surcroît de main d’œuvre. En France comme en Allemagne, dans les années 1950-1970, pour assurer la profitabilité de l’industrie, les gouvernements et les entreprises ont organisé l’immigration. Dans les pays de l’Europe du sud (dont on partait dans les années 1950-1970), l’immigration est en fait beaucoup plus récente. Elle ne commence que dans les années 1990 quand le réservoir intérieur de main d’œuvre se tarit. Par ailleurs, les événements s’y sont succédé rapidement. Au boom espagnol du début des années 2000, succède une crise violente à compter de 2008 : beaucoup d’immigrés, sud-américains ou est européens, sont alors repartis d’Espagne, parce qu’ils étaient encore assez jeunes pour refaire leur vie ailleurs.

Quand on observe la carte de l'Europe et la répartition des partis populistes, pourquoi l’extrême-droite prend-t-elle le pas sur l’extrême-gauche dans une majorité de pays quand l'immigration n'est pas assez traitée par les pouvoirs publics ?

En fait, le cas grec est un contre-exemple. La Grèce a un énorme problème d’immigration clandestine. Du coup, il y a une extrême-droite qui politise l’enjeu, c’est Aube dorée. En même temps, le système social d’après 1974 s’écroule, et vous avez aussi une extrême-gauche qui se développe, c’est Syriza. C’est à la fois l’histoire longue et la conjoncture politique qui détermine le sort des différentes forces politiques. Le gouvernement grec avant janvier 2015 aurait été dirigé par le PASOK, je ne suis pas sûr que cela n’ait pas été Aube dorée le grand vainqueur des élections. Plus généralement, l’extrême-droite prend l’avantage sur l’extrême-gauche, parce qu’elle souligne que les nationaux doivent avoir des privilèges sur les étrangers, alors que l’extrême-gauche elle tend à insister sur le rôle productif de chacun. Dans une situation où l’emploi salarié se faire rare, il est plus payant d’insister sur les droits spécifiques des nationaux qui ont simplement pris la peine de naître. C’est presque plus réaliste dans le fond, que d’en appeler aux droits des travailleurs, puisqu’à terme, toute l’évolution économique des pays occidentaux semble montrer qu’il n’y aura plus de besoin de travailleurs !

Dans quelle mesure cette thématique est-elle fondamentale dans la formation du paysage politique d'un pays ?

L’immigration est bien sûr une thématique importante, mais elle s’inscrit toujours dans l’histoire longue du système politique d’un pays. Elle s’ajoute en plus à des considérations plus générales sur la mondialisation et l’Europe. Cette thématique est surajoutée en quelque sorte : dans les pays de l’ancienne Europe soviétisée, elle est très peu présente, parce qu’il n’y a guère eu d’immigration depuis 1945 – à moins d’aller voir du côté des pays baltes, où l’Etat soviétique avait organisé une immigration russe, et qui a laissé dans ces pays un conflit entre les majorités baltes et les minorités russophones. Je le répète, je ne crois pas que les pouvoirs publics puissent grand-chose à la formation d’un problème autour de l’immigration. Il existera toujours des entrepreneurs politiques du problème, dès que la situation économique n’est pas excellente ou que l’identité de la nation parait menacée. 

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Anguerrand
- 25/05/2015 - 06:24
Podémos nous refait le coup de Syriza
Sans en avoir les moyens ( sauf les nôtres) il promettent tout ce que les électeurs veulent entendre, sachant que c'est irréalisable, donc ils mentent sciemment. Le tout soutenu par l'inénarrable FN et leurs suppôts ( vangogo, Ganesha et j'en passe) qui veulent faire les mêmes promesses, et donc les mêmes mensonges. Mieux ils veulent revenir au franc, monnaie fantôme et dévaluée, qui ruinera tous les épargnants et ouvrira la vente des entreprises françaises ( devenues très peu chères)
A tous les étranger, depuis l'URSS on n'a jamais vu pareille utopie ruineuse.
vangog
- 24/05/2015 - 21:53
La xénophobie, c'est la haine de l'étranger...
Bouillaud pourrait-il nous indiquer les phrases qui laissent percevoir une haine de l'étranger chez les partis qu'il cite?...ou pas?
clint
- 24/05/2015 - 21:01
L'Espagne avait déjà su régler l'immigration au 15 siècle!
Et comme l'Espagne n'est plus depuis le XVIIIème siècle le grand pays qui a gouverné le monde (en partie) c'est devenu davantage un pays d' émigrés (et ce encore au XXème siècle !). Néanmoins il y a 4 ans, avec la crise, l'Espagne a su faire repartir beaucoup de ses immigrés, notamment ceux d'Amérique du Sud, lesquels avaient d'ailleurs comme "tare" aux yeux de beaucoup de catalans de ne parler que l'espagnol (dit par les catalans le castillan) et ne pas vouloir parler leur langue régionale