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Publié le 15 mai 2015
Ce samedi, les Russes commémorent les 70 ans de leur victoire de 1945 sur l’Allemagne nazie. Un évènement très important dans la conscience nationale et pour lequel Vladimir Poutine a vu les choses en grand. Le président russe a convié 68 chefs d’Etat et de gouvernement, et pourtant aucun président ou Premier ministre occidental n’a souhaité s’y rendre.
Michael Eric Lambert est docteur en Histoire des relations internationales à la Sorbonne - INSEAD (BFC'15Dec) et directeur du Black Sea Institute. Ses travaux portent sur les relations entre l'Union européenne, la Russie, et la Chine en Europe...
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Michael Eric Lambert est docteur en Histoire des relations internationales à la Sorbonne - INSEAD (BFC'15Dec) et directeur du Black Sea Institute. Ses travaux portent sur les relations entre l'Union européenne, la Russie, et la Chine en Europe...
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Ce samedi, les Russes commémorent les 70 ans de leur victoire de 1945 sur l’Allemagne nazie. Un évènement très important dans la conscience nationale et pour lequel Vladimir Poutine a vu les choses en grand. Le président russe a convié 68 chefs d’Etat et de gouvernement, et pourtant aucun président ou Premier ministre occidental n’a souhaité s’y rendre.

Atlantico : Ce samedi, les Russes commémorent les 70 ans de leur victoire de 1945 sur l’Allemagne nazie. Un évènement très important dans la conscience nationale et pour lequel Vladimir Poutine a vu les choses en grand. Le président russe a convié 68 chefs d’Etat et de gouvernement, et pourtant aucun président ou Premier ministre occidental n’a souhaité s’y rendre. Qu’est-ce que cela révèle de l’isolement du pays sur la scène internationale ?

Michael Lambert : Les derniers évènements en Ukraine et en Moldavie, auxquels s’ajoutent la crainte d’une potentielle  guerre  hybride  dans  les  pays  Baltes,  ont  mis  à  mal  l’idée  que  Moscou  puisse diplomatiquement  et  culturellement  se  rapprocher  de  Bruxelles  et  Washington. A  ces  tensions, s’ajoute la rupture flagrante entre la perception historique de la Seconde Guerre mondiale par les occidentaux et les eurasiens. Les Européens de l’Ouest perçoivent la chute du Nazisme comme un élément fondateur de leur identité, à l’épicentre du souhait d’instaurer une paix durable sur le continent.  La  commémoration  relate  une  expérience  commune  traumatisante  qui  pousse  à  se rapprocher les uns des autres.  

A  l’inverse,  cette  dernière  décennie  à  été  l’occasion  pour  le  Président  russe  d’instrumentaliser cette  période  afin  de  justifier  la  mise  en  place  de  certaines  des  réformes.  La  Seconde  Guerre mondiale,  présenté  en  Russie  comme  la  “Grande  Guerre  Patriotique”,  ne  commémore  pas  la victoire  de  la  démocratie  mais  celle  de  l’Union  soviétique  sur  l’Allemagne  Nazie,  et  plus généralement  sur  tous  les  pays  qui  furent  sous  tutelle  allemande,  autrement  dit  les  actuels membres de l’Union européenne. L’Histoire s’impose alors comme élément fondateur, mais dans un objectif de rappeler la puissance russe par rapport à la faiblesse des démocraties du continent.

Le  contraste  s’opère  alors  sur  le  perception  des  régimes  totalitaires,  avec  les  occidentaux  qui considèrent  le  nazisme  et  le  communisme  avec  une  vision  péjorative.  Tandis  que  les  russes cultivent  une  vision  positive  vis-à-vis  du  rôle  de  Staline,  justifiant  même  les  déportations  de masse. Rappelons que Poutine présente la chute de l’URSS comme “la plus grande catastrophe géopolitique  du  XXème  siècle”.  La  victoire  de  l’Union  soviétique,  comme  le  décrivait  la sociologue  Lev  Gudkov,  est  perçue  comme  une  victoire  sur  l’Allemagne  nazie,  mais  plus généralement sur l’Ouest. En 2010, le Président russe avançait même l’idée que la guerre aurait pu être gagnée avec les seule troupes russes, sans l’aide des Ukrainiens, dans la mesure ou 70% des morts sont d’origine russe, ce qui constitue objectivement une mise en avant de l’importance de la Russie en tant que puissance apte à s’émanciper sans aide extérieure.  

Ces éléments éloignent les Européens et les Russes. En janvier 2015, lors d’un sondage du Centre Levada, 52% des personnes ont répondu que Staline avait joué un rôle positif dans l’histoire du pays, soit 10% de plus qu’en 2006. A ce jour, plus de 37% des russes souhaitent la création de monuments pour rappeler l’importance de Staline commune figure commune. Un autre exemple frappant est le bonne perception de l’URSS par les citoyens russes, on le constate lors des Jeux Olympiques de Sotchi en 2014, ou la période d’industrialisation rapide est mise en avant comme une réussite nationale, sans évoque les déportations massives.

L’isolement  de  Moscou  n’est  donc  pas  uniquement  lié  à  l’annexion  de  la  Crimée,  le  conflit  en Ukraine,  ou  encore  le  danger  que  celle-ci  représente  pour  la  stabilité  sur  le  continent,  mais  à l’instrumentalisation   de   l’Histoire,   qui   ne   s’accorde   pas   avec   la   représentation   des   pays occidentaux, et n’incite pas ces derniers à y assister.

Il  y  a  vingt  ans,  lors  de  la  parade  du  9  mai  à  Moscou,  on  avait  vu  côte  à  côte  Boris Eltsine, François Mitterrand, Hermut Kohl et Bill Clinton. Récemment, Vladimir Poutine n’a pas souhaité se rendre aux commémorations de la libération d’Auschwitz. Qu’est-ce qui peut expliquer ce refus d’une convergence mémorielle alors que les Alliés ont combattu le même ennemi, le nazisme ?

On assiste à une rupture nette entre les occidentaux et les Russes, car si ces derniers ont tous  combattu  le  nazisme,  ils  ne  l’ont  pas  fait  pour  la  même  raison.  Les  occidentaux  ont essentiellement  lutté  pour  libérer  les  pays  sous  la  tutelle  du  nazisme,  et  pour  rétablir  la démocratie.  Alors  que  la  Russie  ne  s’est  pas  fixé  comme  objectif  d’aider  les  européens,  mais d’accroitre  la  puissance  communiste,  et  par  extension  la  culture  russe,  sur  les  pays  de  l’Est.

Staline n’avait aucune intention de libérer les pays, en atteste les pressions exercées par l’Armée rouge en Tchécoslovaquie afin de l’empêcher de rejoindre le camp occidental en 1947.

Ne  pas  se  rendre  à Auschwitz  s’apparente  alors  au  refus  d’assumer  une  responsabilité  partielle pour  le  triomphe  du  nazisme  sur  le  continent.  C’est  également  un  moyen  de  ne  pas  avoir  à évoquer les déportations pendant la période stalinienne, et ne pas engager le débat sur les crimes de guerre commis par les russes.

Aujourd’hui  il  semble  que  la  Russie  livre  une  guerre  mémorielle  au  sujet  de  la  2nde guerre  mondiale,  notamment  en  punissant  pénalement  quiconque  critique  la  version officielle. De son côté, un pays comme l’Ukraine accuse la Russie de propagande, quel est l’enjeu de cette guerre des mémoires ?

L’article (354.1) du code pénal russe à été mis en place et sanctionne toute personne qui présente  le  nazisme  sous  un  jour  favorable  d’une  amende  de  8600  euros  ou  de  5  ans d’emprisonnement (dans le cas d’une diffusion dans les médias). Il n’est pas non plus autorisé de divulguer  des  informations  “fausses”  en  ce  qui  concernent  les  actions  de  l’URSS  pendant  la Grande Guerre Patriotique.

Ces lois sont objectivement pour nier la réalité des actions commises par les soviétiques pendant cette  période.  On  assiste  un  refus  de  reconnaitre  la  non-intervention  de  l’URSS  pour  aider  les Polonais à lutter contre les Nazis, le viol des femmes en Europe de l’Est et en Allemagne par les troupes russes, et les tueries massives dont on ignore encore l’importance à ce jour en raison de la censure de certaines archives.  

Il semble pertinent de rappeler que le nazisme constitua un rempart pour protéger certains pays des  atrocités  soviétiques.  A  titre  d’exemple,  les  soldats  allemands  qui  luttèrent  contre  la progression des russes en Europe de l’Est le firent pour protéger les populations, notamment les femmes et les enfants, et furent prêt à donner leurs vies pour ralentir la progression de l’Armée rouge et leur permettre de fuir une mort certaine et les viols de guerre.

Avec 27 millions de morts, l’URSS a subi le plus de pertes de tous les pays belligérants de la guerre de 39-45. Une guerre qui, en grande partie, s’est déroulée en Europe. Aujourd’hui on  voit  que  les  positions  anti-occidentales  du  pays  l’éloignent  du  continent  pour  se concentrer   sur   ses   anciens   territoires.   Quelle   forme   pourrait   désormais   prendre   un rapprochement russo-européen ?

La raison du nombre de mort est lié à plusieurs éléments, dont le manque de respect pour la vie humaine qu’éprouvait Staline. A ce phénomène s’ajoute la qualité des équipements russes par rapport à ceux de l’Allemagne, et explique pourquoi l’URSS à perdu tant d’hommes. Il faut également mentionner le fait que Staline n’hésitait pas à envoyer au front des personnes dont ils jugeait qu’elles n’avaient pas d’importance, ce qui constituait une technique abordable pour les éliminer,  sans  avoir  à  les  envoyer  au  goulag.  La  guerre  fut  l’opportunité  pour  Staline  de  se débarrasser de nombreux opposants et minorités.  

Au regard de la politique actuelle du Kremlin, de son incapacité à négocier avec les Européens et les Américains et de la différence culturelle entre les deux espaces, il semblerait cohérent de ne plus  tenter  aucun  rapprochement  avec  la  Russie.  Moscou  est  devenue  l’ennemie  des  valeurs occidentales et considère l’OTAN comme une adversaire, tout comme l’Union européenne.  

La seule attitude à adopter semble être celle du confinement pour protéger les intérêts de l’Union et de l’OTAN, la Russie n’étant pas un partenaire économique ou militaire viable, en témoigne la crise économique que traverse Moscou, et ses récentes actions en Ukraine.  

Cette approche peut sembler radicale, mais légitime au regard des discours russes qui présentent les occidentaux comme hostiles. Nier cette réalité ne fait que repousser la création d’une armée commune  en  Europe,  nécéssaire  pour  endiguer  la  progression  du  Kremlin  et  protéger  la démocratie et les libertés occidentales.

Au-delà   de   la   puissante   propagande   nationaliste   du   Kremlin,   la   Russie   connait d’importants problèmes économiques, une population déclinante, voit la puissante Chine a ses  portes.  Si  Moscou  abandonnait  sa  propagande  et  était  pragmatique,  la  Russie  ne devrait-elle pas se rapprocher de l’UE ?

Sur  un  plan  pragmatique,  la  Russie  devrait  tenter  de  compléter  tous  les  standards européens  afin  de  devenir  une  démocratie  viable,  avec  le  respect  des  populations,  de  la  vie humaine, des droits de l’Homme et de la liberté de la presse. Dans la pratique, l’identité russe est eurasienne et se construit alors sur le mythe d’un occident qui veut détruire la civilisation russe.

Moscou  ne  dispose  pas  des  ressources  pour  parvenir  à  émerger  comme  puissance  mondiale,  et son  agressivité  atteste  de  la  jalousie  du  Kremlin  vis-à-vis  à  de  pays  comme  la  Pologne  et l’Estonie, qui n’ont de cesse de prospérer depuis a fin de la Guerre froide.

Russes et occidentaux ont toutefois, des racines communes, notamment au niveau de la religion,  de  l’histoire  commune  ou  de  la  langue  (indo-européenne).  Dans  un  monde  ou d’autres   sphères   culturelles   puissantes   émergent,   les   Européennes   n’auraient-ils   pas également intérêt à créer « l’Europe de l’Atlantique à l’Oural » ?

Les racines communes ne sont pas apparentes et servent essentiellement la propagande du Kremlin. Si le Président russe aime à mettre en avant le caractère chrétien du continent, il nie la différence fondamentale entre Orthodoxie, Catholicisme et Luthéranisme. Qui plus est, l’Union européenne s’est fondé sur les Droits de l’Homme et du citoyen, sur le respect de la vie et de la laïcité. Par contraste, la Russie s’est toujours basé sur l’autocratie et la violence.

Pour  ce  qui  concerne  la  langue,  nul  doute  que  les  Européens  sont  plus  proches  du  continent américain.  Le  simple  fait  que  l’URSS  ait  souhaité  faire  disparaitre  la  pratique  de  certaines langues  européennes  entre  1945  et  1991  atteste  bien  de  la  non  appartenance  du  russe  à  cet espace.  

Culturellement  parlant,  la  Russie  est  donc  eurasiatique  et  ne  peut  pas  prétendre  à  appartenir  à l’Europe. Moscou n’a ni la tradition démocratique ou humaniste pour prétendre au statut de pays “européen”.

Les  Européens  ont  tout  intérêt  à  se  tourner  vers  les  Etats-Unis  pour  renforcer  leur  puissance  et accroitre  leur  sécurité.  La  Russie  ne  saurait  être  un  partenaire  valable  et  représente  un  danger constant.  Si  les  Européens  de  l’Ouest  pensent  encore  à  Moscou  comme  une  partenaire,  les Européens  de  l’Est  ont  vécu  l’occupation  communiste.  C’est  la  raison  pour  laquelle  des  Etats comme la Pologne et l’Estonie semblent à ce jour les plus à même de dialoguer avec la Russie et de  représenter  l’Union  européenne  et  l’OTAN,  c’est  à  dire  pour  faire  comprendre  au  Kremlin qu’il n’a pas sa place sur le continent et que l’Union et l’Alliance sont prêt a répondre fermement en  cas  d’attaque,  pour  préserver  la  liberté  d’expression  et  la  Démocratie  occidentale  face  à  la  violence russe, en atteste la violence qu’exerce le Kremlin sur les pays qui ne sont pas membres de l’Union européenne et de l’OTAN, et sont sans défense face à Moscou.
 

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Texas
- 10/05/2015 - 14:24
@ Leucate
L' administration Obama tente de suivre à la lettre près , la theorie conceptualisée par " Zbig " Brzezinski ( The Grand Chessboard ) dans les années 90 , selon un principe d' égalité entre les U.S.A , l' Union Européenne et un partenariat responsable avec la Russie . Pour l' instant , il est permis de douter du succès des Democrates américains comme Européens , avec des vols de Sukhoî en formation au-dessus de la Baltique ! .
Anguerrand
- 10/05/2015 - 09:10
A leucate
Quand je vois que le parti le " plus à droite" est maintenant l'UMP - les Républicains, je me dis qu'il n'y a plus de droite en France. A l'étranger l'UMP est considéré comme un parti social démocrate et non de droite. C'est dire le socialisme rampant qui existe chez nous. Il est à noter que sur les problèmes societaux, MLP ne se mouille jamais, je préfère Marion qui a au moins le courage de ses opinions, et qui semble gênée des positions de MLP et des gauchistes comme Philippot, et de la position de MLP vis a vis de son grand pere. Qu'elle revienne à droite et elle aura mon vote.
Anguerrand
- 10/05/2015 - 09:03
A Leucate
Pour répondre à votre question, simplement, je suis un libre penseur, et j'approuve quand je trouve pertinent toute initiative quand elles me semblent pertinentes. Je ne suis affidé a aucun parti. Ce que je repproche a certains sur ce site c'est d'approuver MLP quoi qu'elle fasse, quoi qu'elle dise même quand elle se contredit ou ment. Vous l'avez compris je ne suis pas de gauche, et le FN nous " pond " un programme de gauche pire que celui du FDG. Oui, j'ai pris le temps de le lire, et ce n'est pas rien. Je suis convaincu qu'il enverrait la France dans le mur encore plus vite qu'Hollande! Je lui repproche sa trahison de la droite, et de son électorat de droite pour aller racoler la gauche, jusqu'à la cgt! Seul point d'accord a 100% c'est la lutte contre l'immigration, mais les frontières même fermées restent des passoires, la Chine avec sa grande muraille, Israël avec son mur, ou les USA avec leur clôture, le savent bien, il reste les tunnels, les faux papiers, la mer, les airs...par ailleurs considérant qu'elle a trahi y compris en soutenant Syriza qui a menti pour être élu. Elle a trahi ( comme beaucoup d'autres politiques) désolé mais du socialisme jusqu'en 2022, non merci.