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Génération Vanille

Pourquoi les jeunes de la génération Y ont moins de partenaires sexuels que leurs parents

Publié le 15 mai 2015
Contrairement aux idées reçues, la génération Y n'aurait pas la sexualité débridée qu'on lui accole souvent, et serait davantage attachée que les précédentes à la notion de fidélité, tant de cœur que de chair.
Ghislaine Paris est médecin sexologue. Elle est notamment l'auteur de Un désir si fragile (Quotidien malin, 2014) ou encore Faire l'amour pour éviter la guerre dans le couple avec Bernadette Costa-Prades (Albin Michel, 2010)
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Ghislaine Paris
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Ghislaine Paris est médecin sexologue. Elle est notamment l'auteur de Un désir si fragile (Quotidien malin, 2014) ou encore Faire l'amour pour éviter la guerre dans le couple avec Bernadette Costa-Prades (Albin Michel, 2010)
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Contrairement aux idées reçues, la génération Y n'aurait pas la sexualité débridée qu'on lui accole souvent, et serait davantage attachée que les précédentes à la notion de fidélité, tant de cœur que de chair.

Atlantico : Selon une récente étude menée par l'université de San Diego, contrairement aux préjugés, la génération Y aurait en fait moins de partenaires sexuels que la génération X (née entre 1955 et 1980). Des résultats qui viennent confirmer une enquête française "Génération quoi" réalisée en 2012 par France 2 et Francetv info sur Internet. Qu'est ce qui permet selon vous d'expliquer cette différence ?

Ghislaine Paris : Je crois qu'il faut mettre un premier bémol par rapport aux déclarations qui sont faites car en matière de sexualité, les déclarations ne pas forcément conformes à la réalité mais plutôt à ce qu'on voudrait que notre sexualité soit. C'est ce que l'on appelle la différence entre la sexualité et l'idéologie de la sexualité. La génération précédente était dans une idéologie libertaire dont l'objectif était la conquête de la libération sexuelle, la conquête féministe et la mise à terre des tabous. Aujourd'hui, l'idéologie est plus romantique. Aujourd'hui la recherche de sens va au-delà de la révolution sexuelle, et la génération Y est dans une phase de maturation qualitative. Cela peut même être vécu comme une forme de transgression et de rupture avec le modèle parental. Et comme la génération précédente était dans une idéologie libertaire, il leur faut aujourd'hui construire un modèle différent. Un modèle qui revisite la liberté pure et dure en y introduisant une certaine limite. Il y a aujourd'hui une fausse croyance sur le comportement sexuel des jeunes. Les plus âgés ont l'impression qu'il s'agit pour la génération Y d'un espace sans limite. Alors qu'on sait que la sexualité sans limite est angoissante. Nous sommes aujourd'hui plutôt dans une recherche d'affect et d'amour.

La génération Y aurait également des relations sexuelles plus tardives que ses parents. La prise de conscience quant aux maladies sexuellement transmises peut-elle expliquer à elle seule ce phénomène ?

Tout à fait. Toute une génération dans les années 1980 a subi de plein fouet le SIDA et cela a changé la donne. Avant l'apparition du virus du Sida, la tendance était à la liberté sexuelle absolue obtenue par la contraception notamment et le droit à l'avortement. Le Sida a été un coup d'arrêt avec l'association de la sexualité et de la mort. Et cela est quelque chose de terrible. Les interdits moraux n'existaient plus mais ils étaient face à une réalité absolument terrible et face à cela la solution a été dans la recherche de l'affectif. Je crois que les adolescents ont toujours été romantiques mais les années 1970 ne sont pas représentatives car ce qui primait était la mise à terre des interdits et des tabous. Aujourd'hui on est peut-être définitivement dans une phase de maturation plus fine, de reconstruction et de recherche de sens.

Si la génération Y connait finalement moins de partenaires sexuels, est-elle en revanche plus à l'aise avec les relations d'un soir ? Qu'est-ce que cela dit de l'évolution du rapport au sexe et de la signification qu'on y accorde ?

C'est effectivement plutôt contradictoire mais je pense que s'ils ont envie que leur vie sexuelle soit liée à leur vie sentimentale, ils conçoivent également le sexe sans sentiment.

Un autre élément qui caractérise cette génération Y est le fait qu'au cours de leur existence, ils formeront plusieurs couples, plutôt que d'en connaître qu'un seul "pour la vie". Les couples qu'ils forment ont à leurs yeux beaucoup d'importance, il s'agit de relations profondes basées sur le sentiment, même s'ils ne partagent ensemble qu'une tranche de vie. Au cours de leur vie, ils auront eu deux ou trois couples et cela ne veut pas dire qu'ils ne sont pas investis, que cette relation n'est pas importante. Alors que la génération précédente devait choisir entre le mariage/fidélité toute la vie ou la liberté sexuelle. Les modèles intermédiaires n'existaient pas. L'opposition entre la fidélité et le fait de changer de partenaire n'existe plus.

Quel rapport cette génération entretient-elle avec la pornographie ?

Pour les générations précédentes, l'accès à la pornographie était une conquête. On était fier d'en consommer, car c'était une preuve de transgression. Aujourd'hui le regard vis-à-vis de la pornographie est plus critique. La pornographie est aujourd'hui quelque chose de banal, elle a perdu son côté sulfureux. Au-delà de la pornographie, nous sommes face à une féminisation des modèles. La révolution sexuelle des années 1970/1980 était celle du rejet des carcans moraux mais elle s'est dirigées vers un modèle "androcentré". La performance, l'érection, la rapidité ou encore la multiplicité des partenaires étaient valorisées. La féminisation se caractérise par une introduction de la sensualité, par des rapports qui durent plus longtemps, la pénétration n'est plus centrale. Aujourd'hui, la recherche d'une spécificité féminine est une nouvelle évolution. Ce modèle est parfois même adopté par les hommes et reconnu comme ayant de la valeur.  

Selon l'étude française, 64% des 15-34 ans jugent qu'ils ne pourraient pas être heureux sans fonder une famille, et 72% se disent choqués lorsqu'une personne en couple drague quelqu'un d'autre. La génération Y est-elle finalement plus conservatrice que la précédente ? Comment l'expliquer ?

Je pense qu'aujourd'hui, il y a une grande valeur accordée à la fidélité car l'investissement dans le sentiment et la sexualité est grand et la fidélité de fait est inclue dans la construction du couple. Les générations précédentes avaient une fidélité laxiste. La fidélité était de façade car la sexualité se devait d'être inscrite dans la fidélité d'un point d vue moral. 

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